Chapitre 1 : La 100 131ème

Note de l’auteur : Avant de commencer la lecture, assurez-vous d’avoir lu le Prologue si ce n’est pas déjà fait. Si cela a déjà été fait, bah… Poursuivez ♪

***

      « Cinq… »

      Leo observa ses alentours : il n’était visiblement plus dans son monde. Derrière lui, il n’y avait que l’étouffante obscurité tachetée par ce qui semblait être l’éclat de plusieurs étoiles lointaines. Idem sur ses côtés, au dessus de lui et étrangement, même le sol semblait être quasi inexistant à l’exception d’un petit sentier blanc faiblement lumineux menant vers cette drôle de petite maison.

      « Quatre… »

      Il considéra ses options : soit il restait planté là à ne rien faire et ne pas savoir ce qui se passait, soit il allait en arrière. Mais à quoi bon ? Il n’y avait visiblement rien. La seule option restante était de suivre le sentier et d’entrer dans la maison.

      « Trois… »

      Et pourquoi ne pas sauter ? Il était dans ce qui semblait être une zone inter-dimensionnelle ayant de vagues relents spatiaux. Peut être la gravité était-elle différente et pourrait-il bondir tel un cosmonaute à la surface de la Lune ? Ça pourrait être fun ! Il essaya. Pas une seule variation dans sa manière de sauter. Pas d’envol. Rien. Juste un saut tout ce qu’il y avait de plus banal. Pffff… J’aurais bien aimé que ça marche, pensa-t-il, ironiquement.

      « Deux… »

      Leo se décida donc de marcher vers cette drôle de petite maison. Elle semblait provenir d’un temps lointain… Ou au moins d’une campagne lointaine, que Leo n’a que très peu eu l’occasion de voir, la faute à sa vie citadine, qui avait duré déjà seize ans. Ses murs à l’armature en bois très présente étaient renforcés par un torchis étonnamment bien conservé et sa toiture en chaume offraient un charme pittoresque indéniable.

     « Un… »

      Était-ce une voix qui comptait ? Il lui semblait bien avoir entendu quelque chose depuis qu’il était arrivé, mais maintenant qu’il était devant la petite porte en bois, il en était certain. Quelqu’un comptait. Mais pourquoi ? La seule chose qu’il y avait à faire était d’entrer, malgré le doute et une certaine appréhension qui commençaient à s’installer. Il observa la petite poignée ronde, qui contrastait fortement avec le reste du bâtiment, notamment à cause de ses dorures et gravures n’ayant rien à envier au plus joli des palais. Malheureusement pour elle, elle faisait tâche dans ce cas. La mettre sur une porte en bois ancien était du gâchis et une faute de goût évident !

      Mais l’heure n’était plus aux tergiversations. Il fallait tourner cette poignée et entrer dans cette maison, ce que fît Leo, après une longue respiration. Il mit la main sur la poignée, la tourna et poussa sur la porte…

       À peine eut-il entrouvert la porte qu’un homme l’attrapa par le col et le traîna vers le centre de la pièce. « Toi ! Comment oses-tu me faire un coup pareil !? » L’homme semblait passablement énervé. Furieux même.

      « Euh… Oui ? Non ? Bonjour ? » Leo, surpris par ce changement radical d’ambiance, ne savait comment réagir. L’homme semblait lui en vouloir.

      « Cela fait à peine une minute que tu es parti que déjà tu reviens !? Tu me prends pour qui ? Une pharmacie magique ? Un… Dieu… Qui n’a que ça à faire ? Et puis quoi encore ! »

      Une minute ? Mais je ne vous ai jamais vu auparavant ! Leo pensa-t-il, mais n’osa dire à voix haute de peur que cet hurluberlu ne s’énerve encore plus.

      L’homme continua : « Non parce que je veux bien que tu meures de temps à autres, mais deux fois d’affilée ? Nom d’un chien, fais attention à toi ! Combien de fois te l’ai-je répét… » Il s’arrêta net, comme s’il venait de se souvenir de quelque chose en voyant le regard effrayé de l’adolescent. Il se calma légèrement «  Ah ben oui, c’est vrai. Tu ne sais pas qui je suis, correct ? »

      Leo n’avait pas d’autre choix que de répondre. Les mots étant coincés dans sa gorge, il ne pût que hocher de la tête.

      « Stupide règle à la noix… » Il relâcha son emprise du garçon et recula de deux pas. Leo pût enfin clairement voir son assaillant : un homme d’une trentaine d’années aux cheveux noirs mi-longs et au bouc finement taillé, vêtu d’une veste noire abritant une chemise blanche et un pantalon noir à la coupe parfaite. Ses chaussures noires en cuir étaient elles aussi parfaites et d’une de ses poches ressortait une chaîne en argent. Probablement celle d’une montre à gousset si l’on se fiait à ce look de parfait gentleman venu d’une toute autre époque. Le garçon était admiratif devant tant de prestance, regrettant presque de n’être habillé que d’un simple jean usé, d’une doudoune au motif douteux et aux baskets quelque peu mal en point. Sur le moment, il avait également honte de ses cheveux désordonnés et de sa petite moustache mal rasée. S’il avait su qu’il allait rencontrer un homme aussi fringuant, il aurait veillé à être un peu plus présentable…

      Reprenant peu à peu confiance en lui, Leo réussit à demander : « – Hum… Où suis-je ? Et qui êtes-vous ?

      – Ah, des questions classiques. Je vois que tu ne changeras jamais. » L’homme se dirigea vers un fauteuil à l’allure fortement confortable, installé devant l’âtre d’une cheminée ancienne. En face de lui se trouvait un autre fauteuil à l’allure tout aussi accueillante bien que visiblement moins usé. Il pointa ce dernier du doigt et dit, avec une légère pointe d’exaspération : « Assieds-toi, je sais que tu vas en avoir besoin. »

      Leo avança et observa un peu son environnement. La pièce était assez grande, composée principalement d’étagères abritant de nombreux ouvrages rangés avec un soin tout particulier. La lumière provenait de lampes à pétrole posées sur des tables réparties un peu partout. À sa grande surprise, un poste de télévision trônait dans un angle, mais son design semblait venu d’un autre temps. La lucarne était petite et faisait partie d’un bloc en bois assez massif, bien que relativement petit. Visiblement, cet homme était coincé dans le passé… Mais ça ne le dénuait pas de charme.

Il prit place dans le fauteuil et observa son hôte qui sortit deux verres et une bouteille, qu’il posa sur la table qui les séparait. « J’imagine que tu as soif, étant donné que tu n’avais pas hésité à me demander de l’eau tout à l’heure. »

L’homme avait raison. Cela faisait depuis le déjeuner que Leo n’avait pas bu et sa dernière course l’avait quelque peu assoiffé. « Euh… Oui. S’il vous plaît. »

La demande fût exécutée et en peu de temps le verre fût de nouveau vide. Le silence se faisait de plus en plus pesant. Ce fût au moment où il fût détendu que l’homme se mit à parler : « Mon nom est Stan et tu es mort. »

      La nouvelle surprit Leo, qui manqua de cracher le peu d’eau qui lui était resté en bouche.

      « J’ai bien fait de te laisser finir de boire cette fois. Il y a quelques minutes tu m’avais recraché toute ton eau dessus… »

      Cela ne l’étonna pas. Il aurait pu au moins annoncer la nouvelle avec un peu plus de tact ! Il reprit une nouvelle fois ses esprits et demanda : «- Attendez… Um, Satan… Vous me dites que je vous ai craché au visage il y a quelques minutes, mais je ne vous ai jamais vu !

– D’une, je m’appelle Stan, pas Satan et de deux, tu m’as déjà vu pour la simple et bonne raison que tu as aussi trépassé il y a à peine cinq minutes. »

      Leo était encore plus perdu. « – Je… suis mort une seconde fois ?

-Techniquement, tu as déjà passé l’arme à gauche 100 130 fois.

– Que… Quoi !? »

      Stan émit un soupir. « Tu comprends pourquoi je me suis énervé tout à l’heure ? À chaque fois que tu meurs, tu arrives ici, à chaque fois, tu réagis de la même manière et à chaque fois je suis obligé de t’expliquer les mêmes choses, encore et encore… J’aimerais bien ne pas avoir à me répéter, surtout quand je viens de faire le même discours il y a à peine quelques minutes. Ça devient lassant à force, tu sais ?»

      Il se pencha, prit son verre, y versa de l’eau et but une gorgée avant de reprendre. «Écoute… Pour faire simple, imagine que chaque action que tu fais a des conséquences. Tu hésites entre deux paquets de céréales ? Eh bien dans le premier cas tu en as pris un et dans le second tu as pris l’autre. Félicitations, tu viens de créer deux réalités légèrement différentes, mais toutes deux existantes. Maintenant imagine qu’à chaque fois que tu manques de tomber ou que quelque chose de mortel a manqué de peu de t’arriver. Dans un autre monde tu es tombé ou tu es mort. Je pense que tu vois où je veux en venir ? »

      Le garçon pensait avoir compris « Vous êtes la personne qui fait que je choisis mon paquet de céréales ? »

      Stan se rapprocha et lui colla une tape derrière la tête. « Crétin ! Non. Les décisions sont tiennes et ce n’est fort heureusement pas moi qui m’occupe de séparer les différents plans de réalité quand il s’agit de choix. Moi, mon but, c’est de faire en sorte que tu finisse ta vie de façon naturelle et donc pour ça je dois créer autant de réalités alternatives où tu n’as pas connu un triste sort.

– Et ça veut dire que pour cette histoire de pot de fleur…

– Oui. Tu as réussi à mourir écrasé par un pot de fleur dans une réalité alternative. »

      Tu parles d’une mort débile… Leo avait réussi tant bien que mal à se détendre et trouvait même la vision d’une de ses morts amusante. Cependant une question lui venait en tête « Mais… Comment faites-vous pour m’empêcher de répéter les événements ? »

       Un sourire se dessina sur les lèvres de l’entité. « Alors en fait c’est bien simple : lorsque tu arrives ici, je te répète plus ou moins ce que je dis là et selon que tu veuilles continuer à vivre ou non – ça arrive que certaines personnes refusent – je remonte légèrement le temps avant le moment de l’accident. Lorsque tu reviens dans ton monde, tes souvenirs de ma rencontre restent jusqu’au moment où tu évites le drame. De là, ta mémoire efface tout ce qui concerne ta vie précédente et tu continues comme si de rien n’était. »

       L’explication était suffisamment simple pour que Leo comprenne, mais cela souleva une nouvelle question « Mais pourquoi ne pas tout simplement laisser nos souvenirs intacts ? Ne serait-ce pas plus simple pour vous ? »

      Le sourire de Stan s’élargit, mais fût mêlé d’une très faiblement perceptible pointe d’amertume «J’aime bien le fait que tu te préoccupes de ma santé mentale Leo, mais tu imagines bien que si l’humanité se souvenait de mon existence, beaucoup s’amuseraient à se tuer volontairement ou bien ils feraient encore moins attention à leurs actions !J’aurais une charge de travail beaucoup trop importante et tu imagines bien que j’aimerais bien me détendre de temps en temps. Surtout vu ton cas… 100 130 morts et tu as quoi ? 17 ans ?

– 18 dans deux semaines monsieur.

– Certes. Tu es un cas vraiment spécial et même si je t’apprécie beaucoup, je commence à en avoir assez de devoir te sauver près de quatorze fois par jour. » 

     Wow… Autant de morts ? Je me demande comment j’y arrive… Leo se mit à considérer les options : « N’y a-t-il pas quelque chose à faire ? Je pense pouvoir me sauver tout seul si les moyens m’en sont donnés. »

     Le sourire de Stan s’effaça, laissant place à un froncement de sourcils. Il mit sa main devant sa bouche et se mit à penser : « Eh bien, il serait possible que je t’aide… Cependant, cela aurait des conséquences assez lourdes que je ne peux encore mesurer… Et vu que de toutes façons tu ne vas pas t’en souvenir une fois que je t’aurai sauvé, je peux tout te dire. » Il se leva de son fauteuil et commença à marcher en cercles au centre de la pièce. « Vois-tu, seule ta vie la plus méritante, la plus pure, peut obtenir des pouvoirs capables de faire le plus grand bien au monde. En ce qui te concerne là, tu es presque un bon candidat, mais tu n’es pas assez pur pour que je puisse te les donner, et avant que tu ne dises quoi que ce soit, tu sais très bien que tu es trop fermé au monde et que tu es encore trop jeune pour les mériter… »

     Il s’arrêta. Sa réflexion se fit plus intense, au point qu’il ne s’adressait plus à Leo, mais à lui-même. « Et si je… Non, les conséquences seraient terribles… Quoique, on n’en sait rien, si ça se trouve ça va l’aider à grandir… » Il se tourna vers Leo, qui le regardait d’un air intrigué. « Tu sais quoi ? Reste ici. Je vais m’occuper de quelque chose et je reviens » Sur quoi il se tourna vers une porte au fond de la pièce, puis disparût.

***

     Stan marcha d’un pas assuré dans le couloir, à la recherche non pas d’une porte en particulier – étant donné que le couloir s’étendait à l’infini et qu’il y avait autant de portes que de réalités parallèles – mais d’une porte blanche.

Marron, marron, marron, marron, marron… Toutes se ressemblaient désespérément… Ah tiens, non, celle-la était noire. Qu’y avait-il derrière ? Même Stan ne souhaitait pas le savoir. Ça ne devait pas être bien joli à voir en tout cas. Il pressa le pas. Marron, marron, marron, marron… Rouge ? Um… Okay, pourquoi pas. Stan était curieux de voir ce qui se trouvait derrière, mais ce n’était pas le moment. Ah ! Voilà une blanche ! Il s’arrêta, respira un grand coup et frappa.

      « Euh… Entrez ? » Dit la voix derrière la porte, qui visiblement ne s’attendait pas à ce qu’un visiteur vienne à cette heure-là. Stan prit la poignée, ouvrit et tomba sur une pièce dégageant des relents de modernité quelque peu effrayants à son goût. Les meubles étaient blancs, leurs formes épurées et en lieu et place d’une grande bibliothèque se trouvait une tablette numérique, posée sur une table blanche. L’homme qui l’accueilla portait une veste à la coupe étrange, laissant aucun arrondi paraître, tout anguleuse. Bien entendu, elle était blanche, tout comme le pantalon, coupé suffisamment long pour que l’on ne puisse qu’entrevoir des bottes en cuir blanches. L’individu arborait une coupe de cheveux étrange : rasé sur le côté droit, tandis que le côté gauche partait jusqu’aux épaules dans une ligne droite et argentée. Son monocle posé sur son œil droit semblait montrer des informations sur un verre verdâtre. À la vue de Stan, l’écran tourna au rouge et clignota. « Ah… Toi. Je vois que tu te portes toujours aussi… bien. » Le ton de l’homme en blanc était aussi froid que le restant de la pièce.

      « Euh, oui, moi ? Excusez-moi, c’est juste que j’ai pris l’habitude que l’on m’appelle Stan. Et vous, vous êtes ? »

L’homme en blanc se dirigea vers son fauteuil en plastique. « Mon nom n’a pas d’importance et je sais que tu t’en fiches. » Il s’assit, puis invoqua une bouteille de vin blanc d’un claquement de doigts. Il se versa un verre. « Que viens-tu faire ici ? »

      Stan fût un peu perturbé par le comportement hautain d’une de ses incarnations les plus lointaines. « Eh bien en fait, je venais vous voir à propos du rituel de Passage… »

      L’homme l’interrompit d’un petit rire « Pourquoi est-ce que cela ne m’étonne pas ? Tu ne sais pas comment faire ? Tu viens constater ma réussite ? La… » Il désigna l’intégralité de la pièce de ses bras « Perfection que j’ai apporté à mon univers ? »

      Alors ça, j’en doute… « Euh… Non. Je venais vous voir pour savoir si vous pensiez qu’il serait possible de faire passer le rituel à quelqu’un qui serait… Disons… Pas totalement pur. »

L’individu blanc n’aurait pas pu être plus pâle. « Sérieusement ? Tu comptes vraiment mener ce genre d’expérience alors même que tu n’as jamais eu la possibilité de le faire sur quelqu’un de pur !? Imagines-tu seulement quelles pourraient être les conséquences sur la personne que tu prends comme cobaye ? Ou même sur ton univers tout entier ? Serais-tu prêt à tout mettre en l’air juste pour satisfaire ta curiosité ? »

      Stan était surpris devant tant de bon sens délivré avec tant de mépris. « Justement, c’est pour cela que j’étais venu vous consulter. Je voulais voir quelles conséquences cela pourrait avoir. » Et au vu des conséquences que ça a pu avoir sur toi, je commence à croire que jamais je ne le ferai sur quelqu’un de pur…

      « Je vois… » L’homme se leva de son fauteuil. Il regarda par la fenêtre, donnant sur un ciel radieux. « Eh bien je ne peux te donner de réponse concrète autre que ‘fais comme bon te semble’. Après tout, je vois dans ton regard que la curiosité y est forte. Tu ne cherches qu’à obtenir une approbation ou bien un ferme refus pour mener ton expérience à terme…» Il se déplaça vers sa tablette, qu’il contempla. «Concrètement, je m’en fous, ma réalité a réussi. J’ai pu faire Passer des dizaines de personnes et ça a parfaitement fonctionné. Mon univers est devenu parfait, une véritable usine à individus purs. D’ailleurs, un des nouveaux élus ne va pas tarder à être suffisamment pur pour pouvoir Passer. Leo Davis est son nom. Tu le connais ? »

      La terreur s’empara de Stan. Leo va Passer chez cet énergumène ? « Hum… Non. Inconnu au bataillon. » Il dissimula son visage lorsque l’homme en blanc se retourna pour le voir.

      « Un brave garçon. Il a sauvé un chaton de la noyade la semaine dernière et d’ici quelques bonnes actions il sera en passe de Passer. »

      Stan crût qu’il allait suffoquer. Il ne devait pas se trahir, autrement cet homme saurait que la personne qu’il comptait bénir était la même personne. « Je… Pense que ma décision est prise. »

      L’homme fût toute ouïe « Oh ? Et que comptes-tu faire… Stan ? »

      Le venin glissé dans son nom le conforta dans sa décision « Je… Vais tenter le Passage. Après tout, si jamais ça rate, ça me retombera dessus et seul mon univers sera affecté, non ? Je suis prêt à en assumer les conséquences. »

Un immense sourire se dessina sur le visage de l’homme « Tant mieux. Du moment que ça ne nous affecte pas tous, tu es libre de mettre ton existence en l’air, donc va. Tente. Mais ne reviens pas pour te plaindre si jamais tu as fait exploser ton univers ou que ton protégé finisse consummé par ses pouvoirs. »

      Tant de malice dans cette voix rendit Stan tellement mal à l’aise que son envie de partir devenait de plus en plus grande. « Oh je ne compte pas me plaindre, croyez-moi » Il se retourna et ouvrit la porte.

      « Vous partez déjà ? Bon, eh bien au revoir.

      – Adieu. » Il claqua la porte, puis marcha d’un pas très rapide le long du couloir. Cet homme n’aura pas Leo, oh ça non pensa-t-il. Déterminé, il se dirigea vers l’endroit où il avait laissé le garçon.

***

      Alors qu’il attendait dans l’autre pièce, Leo décida de se servir un quatrième verre. Le temps commençait à se faire long, mais être assis dans un fauteuil confortable placé devant un feu n’était franchement pas désagréable. « Si c’est ça être mort, alors j’aimerais bien mourir plus souvent », se dit-il, avant de se rendre compte qu’il venait de le dire à voix haute chez quelqu’un qui passe son temps à le ressusciter. Heureusement que Stan ne m’a pas entendu, sinon je pense qu’il m’aurait tué une seconde fois. D’ailleurs, que se passerait-il s’il mourrait ici ? Son âme disparaîtrait-elle ? Disparaîtrait-il à tout jamais de ce plan d’existence ? De toutes façons, Stan semblait être le genre d’entité incapable de le faire et rien ici ne semblait être en mesure de tuer quelqu’un. Ceci dit, cela restait encore à prouver. Après tout, Leo n’était arrivé là qu’il y a quelques minutes. Dans le doute, il se décida d’éviter de faire quoi que ce soit de risqué.

      Le temps continuait de passer et Leo commençait à s’ennuyer. Stan lui avait dit de rester ici, mais pas de ne rien faire, alors l’adolescent décida de se lever de son fauteuil afin d’observer son environnement.

      Il se dirigea vers le poste de télévision, qui l’avait intrigué depuis déjà un petit bout de temps. Il l’observa minutieusement. Il n’en avait jamais vu de pareil. De quelle époque datait-il ? D’au moins quelques décennies au vu du reste de la pièce.

     Au mur faisant face à la porte d’entrée se trouvait une large bibliothèque. Plusieurs centaines de livres y étaient soigneusement stockés et en parcourant les étagères du regard, Leo remarqua qu’il ne s’agissait que de biographies de personnes qu’il ne connaissait pas… Puis il tomba sur les nom de Gary Davis, Hugh Davis et enfin Leo Davis. Mais c’est moi ça ! Et mon père et mon grand-père ! Qu’est-ce que c’est ? Pourquoi y aurait-il des livres à nos noms ?

      Intrigué, il décida de continuer à scruter les étagères soigneusement classées dans l’ordre alphabétique afin de voir s’il n’y avait pas un livre sur sa mère. Eeeet… Elsa Dumont. Yup, c’est bien ce qu’il lui semblait. Je me demande ce que ces livres peuvent bien contenir… Il voulut prendre un de ces livres et le feuilleter, mais il se doutait bien qu’au moment où il commencerait à fouiner, Stan arriverait pile lorsqu’il s’y attendrait le moins – c’est toujours comme ça dans les films : le héros tombe sur un truc mystérieux, dans la maison d’un type louche et lorsque le héros commence à se pencher dessus, le type revient et apparaît de nulle part grâce à un angle de caméra astucieusement bien placé et un bruit censé être flippant – ou remarquerait qu’il a vu des choses qu’il ne devait pas voir. En plus, Leo étant un assez mauvais menteur, tromper une entité quasi-divine relèverait de l’impossible, donc il ne se contenta que de garder ses questions en tête pour les ressortir le moment venu.

      Il décida de retourner à son fauteuil et d’attendre le retour de son hôte.

      Et dire qu’il était mort… Curieusement, en dehors du choc initial de l’annonce, il n’était pas plus nerveux que ça. Il savait que de toutes façons il allait revenir dans son monde sous peu quoi qu’il arrive. Qui plus est, il se pourrait même qu’il revienne avec des pouvoirs super cools… Certes il ne savait pas quel type de pouvoirs il aurait, mais il rêvait au plus profond de lui que ça aurait quelque chose à voir avec la lévitation. En quoi pouvoir voler serait utile au reste du monde, Leo ne voyait pas, mais il espérait quand même que ce soit ça. Ça ou bien voir l’avenir, afin de pouvoir deviner à l’avance ce qui pourrait potentiellement le tuer et ainsi l’éviter sans problème. Mais bon, tant que le pouvoir attribué – si tant est qu’il en reçoive un –  consiste quelque chose de cool, il ne tiendra pas forcément rigueur de sa nature. Reste plus qu’à voir de quoi il s’agit…

***

     Ce fût au moment où Leo se servit un septième verre que Stan revint, le pas rapide et confiant : « Bon, j’ai une bonne nouvelle pour toi ! Étant donné que je n’ai plus envie de m’occuper de ton cas H24 et que tu me sembles suffisamment bon dans cette réalité, ce sera ce toi-là qui hériteras des pouvoirs qui te sont destinés. »

      Leo fût un peu vexé de la franchise de Stan – dire à quelqu’un qu’on lui offre son indépendance juste parce qu’on a la flemme de s’en occuper n’est pas forcément agréable. Mais au moins il allait pouvoir s’essayer à la magie. « Cool ! Et j’aurai quoi comme pouvoir ? »

      Stan s’installa dans son fauteuil et le toisa. « Hum… À vrai dire, je n’en sais rien. Tout dépend de la personne, et vu qu’un seul toi dans tout le multivers peut Passer, je ne peux le dire d’expérience. De plus, je ne sais pas encore comment tout ça va se dérouler. »

      La joie de Leo disparût en un instant, laissant place à la crainte. « – Comment ça ? Vous voulez dire que ça pourrait mal se passer ?

– Hum… Oui.

– Vous voulez dire que vous seriez prêt à risquer ma vi… Mort et potentiellement l’équilibre de l’univers juste pour que vous n’ayez plus à vous occuper de moi !? »

Stan fût quelque peu blessé de voir le monde entier lui poser exactement la même question. Ce n’était pas comme si il voulait mettre en danger l’équilibre de l’univers juste pour son propre amusement « Eh bien… Euh. Non. Bien sûr que non. Mais c’est juste que si tu pouvais ne plus avoir à utiliser mes services et vivre tranquillement, ça vaudrait mieux pour nous deux. De plus, n’as-tu pas envie d’avoir des pouvoirs magiques ? Quelque chose que personne dans ton monde ne pourrait avoir ? »

      Il est vrai que l’idée était séduisante. Le doute commença peu à peu à se rétracter dans l’esprit de l’adolescent. « Tu… Penses que ça se passera bien ? »

      L’entité le regarda dans les yeux et lâcha de la manière la plus nonchalante possible au vu de la situation « Au pire je pense que je pourrai toujours corriger le tir. »

      Autant de doutes pour ça… Si Stan pouvait contrôler la situation, à quoi bon s’inquiéter. « Bon ok… J’espère juste que ça ne ratera pas. »

      Stan se leva de son fauteuil et invita Leo a faire de même, puis les deux hommes se dirigèrent vers le centre de la pièce, où aucun meuble ne venait faire obstacle. Ils se mirent face à face, l’entité s’étira un instant, puis demanda « Tu es prêt ? »

      Leo acquiesca. « – Faisons-le tant que je n’ai pas le temps de le regretter !

– Ok, c’est parti ! »

Stan tendit le bras. Une boule de lumière jaillit de sa main. Elle se dirigea vers Leo qui ne sentit rien… Jusqu’au moment où il fût pris d’une grande douleur, hurla puis s’écroula par terre.

      « … Woops. »

***

       Leo ouvrit les yeux. Les murs qui lui faisaient face étaient blanchâtres et une petite fenêtre ne montrait rien d’autre qu’un ciel noir faiblement éclairé par les étoiles. Il se retourna et vit que la pièce dans laquelle il était n’était ni sa chambre, ni la chambre d’un potentiel ami chez qui il aurait potentiellement passé une soirée dont il ne se souviendrait plus, les meubles étant trop anciens et la décoration trop sobre. Il était allongé sur un lit qu’il n’avait jamais vu. Où suis-je ? Puis les souvenirs de sa mort, de Stan et de la cérémonie rejaillirent. Ah oui, c’est vrai ! Visiblement il était dans une autre pièce de cette drôle de petite maison.

       Il se leva hâtivement puis remarqua une petite table de chevet où trônaient son manteau et par dessus, une montre à gousset en argent. Étant donné qu’il ne s’agissait que du seul objet non décoratif de la pièce et qu’il était situé sur son manteau, il se doutait que ça devait lui appartenir. Mais d’où est-ce qu’elle provenait, il n’en savait rien. Dans le doute il la prit en main, mais ne l’ouvrit pas, ni ne la glissa dans sa poche. Il allait devoir en parler à Stan.

Leo se dirigea vers la porte et l’ouvrit. Elle déboucha sur le living room. Étrangement, son hôte n’était pas là. « Stan ? » Le garçon se demanda s’il était parti loin, comme lorsqu’il était parti réfléchir, auquel cas il ne pourrait probablement pas l’entendre…

       Ce n’était pas le cas, étant donné qu’il arriva dans la seconde. Curieusement, son habillage avait pas mal changé, laissant présager que Leo avait passé plus que quelques dizaines de minutes dans les vapes. Il portait désormais un long manteau en laine noire ainsi qu’un pantalon noir. De plus il portait des gants en cuir noir, contribuant encore une fois à offrir un ensemble chic et classe. Un peu moins classe était l’expression sur son visage. Si l’inquiétude avait été personnifiée, elle aurait pris les traits de Stan. « Leo ! Grand merci tu vas bien. Tu n’es pas blessé ? Tu n’as pas mal ? »

       Leo comprit que le rituel ne s’était pas passé comme prévu. « – Non non, ça va, ne t’inquiètes pas. Il s’est passé quelque chose de mal tout à l’heure ?

– S’il s’est passé quelque chose de mal ? Tu ne t’en souviens pas ? »

     Leo n’était pas sûr d’aimer ce qui allait suivre. « – Euh… Non ?

     La transmission de pouvoirs s’est bien passée. » Stan s’arrêta. Mais Leo devinait qu’un ‘mais’ allait être imminent… Maintenant en fait : « Mais on aurait dit que tu allais disparaître. Je t’ai transmis tes pouvoirs puis quelques secondes plus tard tu as commencé à tousser et tu as recraché une… » Il vit que Leo avait la montre en main. « Ah, je vois que tu l’as déjà vue. » Il vit ensuite l’expression du garçon, partagée entre le choc et le dégoût. « Donc oui, tu l’as craché et avec elle est venue une sorte de… nuage noir qui s’est emparé de ton corps au point que tu commençais à te condenser de devenir de plus en plus petit. Et ensuite ça s’est stabilisé. »

     Leo était horrifié. Les détails n’étaient franchement pas nécessaires. Cependant, il n’arrivait pas à comprendre comment il avait pu redevenir lui-même et il se demandait ce que pouvait bien être ce nuage.

      « Ce nuage devait probablement être du au fait que tu n’étais pas totalement pur. Je me doutais bien qu’il y avait une raison pour laquelle on ne sélectionnait que la vie la plus méritante. Quant à cette montre, l’as-tu déjà ouverte ? »

      Leo fit non de la tête et regarda la montre de plus près. Son motif extérieur montrait un renard se baladant dans une ville. Rien de bien surprenant, les montres à gousset avaient souvent des motifs représentant une scène de vie. Stan lui demanda de l’ouvrir, ce qu’il fit sans attendre. Son cadran était des plus particulier. Il n’affichait aucun chiffre, ni plusieurs aiguilles, mais trois segments, dont un au milieu deux fois plus gros que les deux autres. Pour indiquer ce qu’elle était censée indiquer, il n’y avait qu’une seule grande aiguille rouge. À ce moment-là, elle était située à l’extrémité du dernier segment gauche, arrêtée à droite d’un taquet d’un rouge encore plus vif.

      Le regard de Leo se dirigea vers Stan et il lui demanda « Et donc… À quoi ça sert ? »

      L’entité regarda le garçon « De ce que j’ai pu comprendre, cette montre te servira comme une sorte de jauge de magie. Étant donné que tu n’es pas celui qui aurait du avoir des pouvoirs, tu ne peux les utiliser de manière illimitée. » Regardant furtivement le plafond et sentant la question venir, il anticipa la réponse du garçon « Quand à ces segments, je ne saurais te dire à quoi ils correspondent… Quoi qu’il en soit, plus tu utiliseras tes pouvoirs, plus l’aiguille se dirigera vers l’autre côté du cadran. Faudra que tu fasses attention à ne pas abuser de tes capacités ! »

Au vu de la terreur qu’avait inspiré le spectacle à son hôte, Leo se doutait bien que quelque chose de mauvais se passerait si jamais il ne pouvait plus les utiliser. « – Et si jamais j’en viens à bout, est-ce qu’il y a un moyen de faire revenir l’aiguille du bon côté ?

– Pour le coup, rassures-toi, rien ne sera perdu. J’ai remarqué qu’il faut attendre un peu de temps pour que ça se recharge. »

     Bien pratique pour le coup. Du moment que ça ne se vide pas trop vite et que la recharge ne prenne pas trop de temps, Leo pourrait utiliser ses pouvoirs comme bon lui semble… Quels qu’ils soient. « – Oh et vous ne sauriez pas ce que je peux faire ?

– Ce que tu peux faire ? Tes pouvoirs, tu veux dire ?

– Euh… Oui. J’ai quoi comme pouvoirs ?

– Ah oui tiens, vu que j’ai du te sauver et tout ça, j’ai oublié de voir ce que tu as eu comme prix. Tu me permets que je touche ton front ?

– Ah euh oui, bien sûr. » Leo se rapprocha et sentit la main de Stan se poser sur son front. Par réflexe, il ferma les yeux et attendit le verdict.

     Quelques secondes s’écoulèrent, puis l’homme retira sa main. Il fixa le garçon et dit, souriant « Je pense que tu vas aimer ! »

      La tension était à son comble. À sa propre surprise Leo trépignait comme quand il était petit le jour de Noël « – C’est quoi c’est quoi c’est quoi ?

– Tu peux manipuler le temps ! Autant dire que tu es gâté !

– Quoi, vous voulez dire que je peux voyager dans le temps et apprendre à des raptors à faire du skateboard ?

Stan le regarda bizarrement « Un, non. Deux, non. Trois, quoi ? Tu ne peux pas remonter le temps plus loin qu’aujourd’hui, puisque tu ne les avais pas avant et tu ne veux pas me faire souffrir à devoir gérer des dimensions parallèles en plus des réalités alternatives, si ? Pour faire simple, tu peux ralentir, arrêter et remonter le temps, et c’est déjà pas mal. »

      Leo regarda ses mains tout en laissant s’échapper un petit cri d’émerveillement. Pour une fois dans sa vie il avait une chance monstrueuse et qui plus est non dépendante d’une entité capable de réguler la vie des hommes ! « Oh merci Stan, merci ! Je peux vous faire un câlin ? »

      Stan le regarda encore plus bizarrement, à croire qu’il commençait déjà à regretter sa décision. « Non, tu me froisserais mes vêtements. Mais la pensée y est. »

***

        Après avoir bu un dernier verre et discuté rapidement du fait de garder l’existence de Stan et des pouvoirs secret, ce fût l’heure des séparations.

      « Bon eh bien je pense qu’il est temps que tu retournes dans ton monde… et que tu évites de te faire écraser par le tram et la voiture. Je n’aurais vraiment pas envie de te revoir débarquer ici pour des mauvaises raisons. »

      C’est vrai que Leo devait revenir à la vie, puis un petit doute l’envahit : « Une fois revenu dans mon monde, vais-je vous oublier ? »

      Stan se mit à sourire : « Non. Maintenant que le Passage a été fait et que tes pouvoirs ont été transmis, il n’est plus nécessaire que ta mémoire soit effacée. De plus, comment imaginerais-tu que tu réagirais si un jour tu arrêtais le temps par accident ? » Il regarda le plafond, rêveur « Et tu imagines bien que l’auteur n’aurait pas envie que toutes ces pages d’explication aient été écrites pour qu’ensuite il les réécrive encore et encore…

– Des pages ? » Le garçon était confus.

      Stan se rendit compte de sa bêtise « – Hein ? Euh, oh… C’est pas grave. » Il posa sa main sur l’épaule du garçon et ouvrit la porte. « Maintenant, il est temps de se quitter. De toutes façons, si jamais tu as besoin d’explications ou d’aide, n’hésite pas à m’appeler en disant mon nom au moins deux ou trois fois… De préférence dans un endroit pas trop peuplé pour t’éviter des regards concernés. Compris ?

– Compris. » Leo traversa le cadre de la porte, s’arrêta, regarda ses alentours puis dit, d’un air un peu triste « – Tu vas me manquer.

– Pas moi. » La réponse de Stan était dite avec tellement de détachement et de sérieux que le garçon fût vexé. « Hey ! Pas cool ! »

     Stan ne put s’empêcher de rire, puis pointa le bout du sentier du doigt où un portail lumineux l’attendait. « Allez, amuse-toi bien, vis bien et à bientôt ! »

      Leo sourit, se retourna puis dit « C’est prévu. » avant de se diriger vers le portail.

      Stan attendit de voir le garçon disparaître, souriant, puis à peine eut-il franchi le portail que le sourire de l’homme s’effaça, laissant place à une expression horrifiée. Il claqua la porte, se plaqua contre elle haletant, puis regarda ses mains. Nononononon… Ça ne peut m’arriver. Pas à moi ! Pourquoi pourquoi pourquoi pourquoi !? Il hésita, pensant que ce n’était qu’un rêve. Puis, il enleva ses gants. Il hurla.

***

     « Hé, vous ! Que pensez-vous de la qualité déclinante des huîtres du Bassin d’Arcachon ? »

      Oh non, pas encore… Leo vit qu’il était de retour dans la rue Sainte-Catherine, devant cet homme étrange. Stan devait avoir un sens de l’humour assez décalé pour le ramener pile à ce moment-là.

      Mais cette fois-ci, plus question de perdre de temps ! À vrai dire, il ne lui suffirait que de l’envoyer bouler pour changer son destin et ainsi avoir plus de cinq minutes d’avance sur la voiture et le tram. Il ne mourra pas bêtement… Tout du moins, pas de cette manière. « Désolé, pas le temps… » dit-il, le regard vaguement compatissant, puis il continua d’avancer. Un grand sourire se dessina sur son visage. Ça, c’est fait ! Ne lui restait plus que l’appel, qui arriverait dans un peu moins d’une dizaine de minutes. Dans tous les cas, il n’avait plus à craindre d’arriver en retard pour son dernier cours de la journée. Il marcha ainsi d’un pas tranquille, mais légèrement rapide vers le lycée.

      Arrivé au croisement où il avait connu deux tristes sorts dans des vies parallèles, il s’arrêta, regarda à gauche, puis à droite : aucun tram, véhicule ou bien piano roulant en vue. Il traversa sereinement. Il arriva de l’autre côté et se rendit compte que désormais il n’y avait de place plus que pour le hasard. Ce fût donc non sans crainte qu’il continua sur sa lancée, en espérant que plus rien ne lui arriverait jusqu’à son arrivée dans l’enceinte du lycée.

      Il aperçut l’obélisque de la Place de la Victoire au loin lorsqu’il arriva au second croisement dangereux de la rue. Les feux de signalisation étaient partout, aussi bien du côté des piétons que des automobilistes. Leo attendit que son feu passe au vert, puis traversa… Uniquement pour entendre le bruit insistant et paniqué d’une sonnette. Leo tourna la tête uniquement pour voir un cycliste lui foncer dessus. Oh non… Ça suffit ! Stop !

      Et en effet le vélo stoppa… Mais pas que, car le monde autour de lui s’était aussi arrêté ! Plus rien ni personne ne bougeait et semblait avoir pris des teintes grisâtres. Les yeux de Leo avaient-ils décidé de faire n’importe quoi et lui faire voir le monde en noir et blanc ? Possible. Dans tous les cas, il se devait de bouger. Sauf qu’après avoir exprimé la volonté de le faire, il se rendit compte que la chose était tout bonnement impossible ! Oookay, ça c’est super pratique. Leo voulut hurler le nom de Stan pour le revoir, mais pas même sa bouche ne pouvait bouger. Puis il se rendit compte au bout de trois secondes qu’il n’arrivait pas à respirer ! Un mouvement de panique commença à s’emparer du garçon, qui tenta par tous les moyens de trouver une solution. Ok, tu ne peux plus respirer, pourquoi ? Pourquoi pourquoi pourquoi ?

      Puis la solution vint d’elle même : l’oxygène ! En ayant arrêté le temps, il avait également arrêté le mouvement de toute matière autour de lui. Quand bien même aurait-il pu bouger, un mur d’atomes aussi résistant que du tungstène l’entourait lui, et le monde autour de lui. Pas d’autres options que de remettre le temps en marche et espérer qu’il aie le temps d’éviter la catastrophe.

      Reprends ! Le cours du temps se relança, puis à peine eurent les choses recommencé à bouger et les couleurs commencé à revenir au monde que Leo mit toute sa force sur son pied droit pour sauter en arrière. Heureusement pour lui, ce fût un succès et il esquiva de justesse le cycliste. Se remettant sur le trottoir, il murmura à plusieurs reprises le nom de Stan, espérant que quelque chose se passerait. Une fois encore, les couleurs commencèrent à se délaver, puis un portail lumineux apparût devant Leo. Ni une, ni deux, il sauta dedans avant que tout ne se fige complètement et revit le chemin lumineux ainsi que la petite maison…

***

     Leo frappa à la porte, qui s’ouvrit d’elle même. Il tomba sur l’entité assise sur son fauteuil en train de regarder la télévision, l’air hagard. « Stan ! J’ai comme un petit problème avec mes pouvoirs. »

     L’homme ne prit même pas la peine de se retourner pour regarder le garçon, et dit avec une pointe de tristesse dans sa voix « – Tu veux voir le service après-vente pour te faire rembourser ? Il est au fond à droite…

– Ha ha, très drôle, mais… Attendez, quelque chose ne va pas ? »

Stan, surpris de cette réponse, reprit immédiatement ses esprits, et se tourna vers Leo, l’air extrêmement embarrassé. « Hein, euh, oh… Moi ? Nonononon, tout va bien qu’est-ce qui te fait croire que… »

      L’adolescent n’était pas convaincu. Il voyait bien quand quelqu’un allait mal et là, c’était aussi visible qu’un éléphant dépressif dans une cabine téléphonique. « J’ai comme l’impression que quelque chose ne va pas. Que se passe-t-il? »

      L’entité vit le regard du garçon, déterminé à aider. « Boh non, rien. Rien qui ne te concerne en tout cas. » Puis il commença à s’énerver « Et puis de toutes façons ce ne sont pas tes affaires, voilà. » Il se leva hâtivement « En plus ton problème étant le mien, ton cas est plus important. Que se passe-t-il ? »

       Leo ne voulait pas lâcher le morceau. Mais voyant que c’était perdu d’avance, il changea le sujet , réticent « … Oui, donc j’ai réussi à arrêter le temps, ce qui était plutôt cool, sauf que je ne pouvais plus bouger. Et je pense que c’est à cause du fait que les atomes qui m’entouraient étaient figés. L’oxygène aussi. Il m’est dont impossible de faire quoi que ce soit…. » Sa voix partit dans un long silence. Voyant l’expression de son hôte « Vous pensez que ma théorie est bonne? »

       Stan écoutait attentivement et était surpris devant tant de bonnes déductions. « Eh bé, ton esprit est toujours aussi bien affûté on dirait. Je n’ai pas mal choisi mon poulain. » La tristesse qui semblait l’avoir envahi plus tôt était déjà partie et avait été remplacée par une certaine joie. « En effet, en arrêtant le temps, tu arrêtes tout ce qui t’entoure excepté toi-même. La solution serait pour toi de réussir à créer une sorte de bulle autour de toi qui soit imperméable aux effets de ce pouvoir. Tu me comprends ? »

     Le garçon hocha de la tête « J’y ai pensé aussi. Mais comment faire ? »

     Stan réfléchit l’espace d’un instant, puis suggéra « Je pense qu’il va falloir que tu t’entraînes un peu. » Il se leva de son fauteuil. « Viens avec moi. »

     Les deux se dirigèrent au centre de la pièce, dans la même configuration que lors du rituel de Passage. « Ok, donc tout d’abord, dis-moi comment tu fais pour arrêter le temps »

     Leo repensa au moment où il avait réussi. « J’ai pensé au fait d’arrêter le cycliste qui me foncer dessus et c’est parti tout seul. »

      Ce n’était pas franchement la réponse que l’entité attendait du garçon. « C’est tout ? Pas d’effet de style cool ou quoi ? Pas de mouvement classe que les lecteurs voudraient reproduire ? Pas même d’utilisation de ta montre ? Huh… » Il le fixa quelques secondes, incrédule. « Bon, euh… Bah fais-moi une démonstration. Ne t’inquiètes pas, je ne serai pas affecté.

– Ok. » Stop !

      L’air autour des deux êtres se figea et les couleurs se délavèrent. Tous les objets prirent des teintes noires, blanches ou bien avec différentes nuances de gris. Stan regarda autour de lui, à la fois surpris et émerveillé, tandis que Leo ne put plus bouger. L’homme se rapprocha du garçon « … Je vois. Tu peux revenir ! »

       Reprends ! Les couleurs revinrent puis Leo reprit longuement son souffle. « – Voilà. Je suis coincé et je n’arrive pas à faire quoi que ce soit.

– Ne t’inquiètes pas, je pense avoir trouvé la solution. Quand tu arrêtes le temps, tu ne pense qu’à arrêter le temps, correct ?

– Ouip.

– Et si, une fois que tu as arrêté le cours du temps, tu n’essayais pas de le faire reprendre, mais que sur toi ?

– Vous voulez dire, en ne visualisant que mes alentours ?

– Exactement. Et plus spécifiquement ton entourage immédiat. Pas plus de cinquante centimètres autour de toi comme ça tu peux te déplacer librement. » 

     Mais bien sûr, pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt ? Leo se mit à sourire et dans son enthousiasme déclara « – Oooh ok, compris ! Bon bah on recommence!

– Je suis prêt !  » dit Stan, contaminé par l’enthousiasme du garçon. 

     C’est parti ! Stop ! De nouveau le temps se figea autour d’eux. Leo visualisa son entourage proche, puis relança le cours du temps. Il tenta de bouger la tête, puis sa main. YES ! Ça a marché ! Il vit le regard approbateur de son maître et marcha vers lui… Puis se cogna contre un mur invisible. Il laissa s’échapper un petit cri de douleur.

       Stan rit un bon coup, se rapprocha du garçon, puis dit « Visiblement ce n’est pas encore trop ça ! » Il réfléchit « Essaye de visualiser ta bulle comme une sorte d’armure, je pense que ça devrait t’aider à surmonter ce petit problème. »

       Leo s’exécuta. La bulle temporelle rétrécit, mais cela semblait marcher. Sur le ton de la blague, Stan se remit à l’endroit où l’exercice avait commencé, se pencha vers Leo, les mains sur les cuisses et dit « Allez, viens voir papa ! »

       Le garçon prit assez mal la remarque, mais imaginait bien que cet homme avait besoin de s’amuser un peu au vu de ce qu’il devait vivre quotidiennement. Et il était dans un sale état quand Leo est arrivé, donc il laissa cet écart passer et tenta de marcher vers l’homme. Il tâtonna le terrain du pied au cas où un mur se fasse sentir, mais il ne rencontra aucune résistance. Il fit de même avec son bras droit : pas d’obstacle à signaler. Enfin il se mit à marcher et réussit à se déplacer librement. Yes ! J’ai réussi ! …Puis il vit une expression de légère confusion se dessiner sur le visage de Stan. « Stan ? Quelque chose ne va pas ? »

      L’homme sortit de sa torpeur « Hein ? Quoi ? Hum, non rien, tout va bien. » Il regarda le plafond un instant « J’étais juste en train de penser à des trucs bizarres. Rien de bien méchant… Tu pourrais ramener le temps à la normale s’il te plaît ? »

      Leo ne comprit pas pourquoi il était désormais nécessaire de ramener le cours du temps à la normale vu que tous les deux y étaient insensibles, mais au vu de l’état de son hôte, il ne posa pas de questions et remit tout dans l’ordre. L’homme préoccupé regarda dans toutes les directions excepté celle du garçon, puis dit « Bon eh bien c’est parfait. Parfait. Tu as maîtrisé ce truc là, donc c’est bien. Tu peux rentrer chez toi, allez hop hop hop. Tu as des cours à rattraper, non ? Si, allez ne fais pas traîner ton prof. Va. »

       Ooookay, quelque chose ne tourne définitivement pas rond. Dans tous les cas, au vu de son état il semblait inutile de pousser Stan à cracher le morceau aujourd’hui.  « Vous… Avez raison. Je vais rentrer. » Leo se dirigea vers la porte « Je reviendrai vous voir dans pas trop longtemps, ok ? » Il l’ouvrit « À plus tard Stan. »

       Stan le regarda enfin avec un regard hagard. « Euh… Oui, à plus tard Leo. Amuse-toi bien ! » Il le salua d’un signe de la main.

       Lorsque le garçon referma la porte derrière lui, l’entité se hâta vers le miroir le plus proche pour se regarder. Il observa minutieusement ses cheveux et ne vit rien d’anormal. Alors pourquoi est-ce que ses cheveux ont commencé à roussir ? Stan commença à craindre le pire…

***

      La fin de l’après-midi résumée rapido : Leo arrive à son lycée à temps et rentre en classe sans trahir l’événement extraordinaire auquel il vient d’être témoin. D’ailleurs, heureusement pour lui, le dernier cours de la journée est un cours de mathématiques, et ça tombe bien, vu qu’il se débrouille super bien en sciences. Il prend ses notes avec assiduité, n’est pas distrait par les élèves et éventuels commentaires de camarades, finit son cours, prend son bus, l’auteur a la flemme de tout décrire et il rentre chez lui. Boom ! Suite de l’histoire :

***

     Leo arriva devant la porte de sa maison. Elle n’était pas bien grande et située dans un petit quartier paisible de Gradignan. La vie y était plutôt calme – sa famille considérait avoir eu de la chance de s’installer assez tôt dans le coin, lorsque les prix étaient très attractifs. De plus le voisinage était constitué en très grande partie de personnes modérément âgées et très peu perturbatrices.

      Il ouvrit la porte, entra et cria « Hello ? » dans un léger accent anglais. La voix de sa mère retentit dans le salon « Coucou ! », mais elle ne bougea pas pour le voir. Son père fît de même, mais en étant dans la cuisine, en train de faire les préparations pour le repas du soir. Leo enleva donc ses chaussures, se dirigea vers sa chambre située au fond de la maison pour y déposer ses affaires, puis revint sur ses pas, se dirigea vers la cuisine pour embrasser son père, le laissa à ses affaires après quelques brefs échanges de mots, puis il se dirigea vers le salon, où sa mère était assise sur le canapé en train de regarder un documentaire sur Arte. Il l’embrassa et s’assit sur le vieux fauteuil placé à côté du canapé. Sa mère lui demanda le classique, mais pour le coup tant redouté « Ta journée s’est bien passée ? »

      Oui, je me suis fait haranguer par un gars bizarre qui parlait d’huîtres, suis mort au minimum deux fois, ai rencontré une divinité qui m’a filé des super-pouvoirs et ai arrêté le temps, pensa-t-il fortement « Moui, plutôt bien maman. Tranquillou.

      – Tu avais bien eu un contrôle d’anglais ce matin, non ? J’imagine que tu t’es débrouillé comme un chef, n’est-ce pas ? » Son ton était légèrement teinté de jalousie. Malgré le fait qu’elle aie vécu déjà plus de deux décennies avec son mari, Elsa parlait toujours assez mal anglais et ne le vivait pas toujours bien lorsque son fils ramenait d’excellentes notes .

      Leo le savait et dit, avec un air légèrement moqueur « Of course I did. What did you expect ? »

      Sa mère fronça les sourcils, vexée. « Pfff… Toi et ton père, vous êtes pareils, toujours à m’embêter sur ça. » Puis d’un air pseudo-dramatique « Aie un peu de compassion pour ta pauvre mère ! »

Leo laissa s’échapper un petit rire. « Mais oui, t’inquiètes, on t’adore ! » Il regarda la télé et vit passer un reportage sur les huîtres du Bassin d’Arcachon. Il grogna.

      Sa mère remarqua le petit bruit « Hum ? Tu as quelque chose contre les huîtres ?

– Hein ? Ah euh, non. C’est juste que j’avais profité de ma pause cet après-midi pour faire un tour à la Fnac et sur le chemin du retour un gars m’a demandé ce que je pensais de la qualité déclinante des huîtres… » Il avait du mal à croire qu’il venait de dire ça à voix haute.

      Tout comme sa mère. « Euuuh… Okay ? Tu l’as envoyé paître au moins ?

– Oui oui, t’inquiètes, ça n’a pas duré plus de dix secondes. » … La deuxième fois, pensa-t-il amèrement.

      Elsa regarda son fils, inquiète. « Tu sais ce que je te dis toujours : fais attention en te baladant dans les rues de Bordeaux. Il y a toujours des personnages un peu bizarres qui se baladent… Et encore plus avec ce climat économique. À croire que l’argent influe directement sur l’esprit des gens. »

      Encore un point sensible. La famille de Leo n’était pas la plus aisée qui soit, mais ils n’étaient pas particulièrement pauvres non plus. Le garçon ne s’était rendu compte de leur situation que récemment, lorsqu’il avait du faire la croix sur les écoles les plus ‘prestigieuses’ qui demandaient un investissement financier bien trop important. Depuis, il était devenu bien plus alerte quant aux dépenses de ses parents et refusait bien plus souvent les dépenses superflues.

      « C’est pas faux » lâcha-t-il, avant de se lever de son fauteuil et se diriger vers sa chambre « Tu m’appelleras quand ce sera prêt ? Je vais aller faire mes devoirs !

– Pas de soucis. »

      Leo ouvrit la porte de sa chambre et entra. La pièce était sobrement décorée et bien rangée. Un canapé-lit faisait face à un meuble télé où ses diverses consoles de jeux étaient rangées. Une bibliothèque contenant tous ses jeux, livres de science-fiction et ses CD trônait dans l’angle tandis que son bureau était placé juste à côté. Ses livres de cours et ses affaires y étaient stockés et ce fût vers ceux-ci que le garçon se dirigea.

      Il s’assit sur sa chaise et commença à regarder les différents devoirs qu’il avait à faire… Philosophie et physique. Il poussa un soupir. Ce n’était pas qu’il n’aimait pas le concept de la philosophie, mais les cours étaient plats et le professeur tellement peu impliqué qu’il avait l’impression de perdre son temps. Il décida donc de faire ses devoirs de physique, qui heureusement ne lui avaient pris que dix minutes, puis repensa aux événements de l’après-midi. Ce ne fût que maintenant qu’il réalisa l’ampleur de la situation. Je peux manipuler le temps… Il se mit à rire. Je peux manipuler le temps ! Il se leva de sa chaise, sonda l’intérieur de ses poches et en ressortit la montre en argent. Il fixa le motif, puis l’ouvrit. Rien n’avait changé. L’aiguille était toujours au même endroit. Il décida de la refermer puis la remit dans sa poche. L’envie d’expérimenter le prit, alors il décida d’arrêter le temps. Il remarqua qu’il avait bien maîtrisé le coup de l’armure temporelle étant donné qu’il pouvait bouger sans même y réfléchir, puis il se retourna vers son bureau pour prendre un stylo. Il remarqua que les stylos ne bougeaient pas, puis pensa plus fortement à en prendre un. Il réussit à le soulever. Curieux, il décida de le lancer en l’air. À peine eut-il quitté la zone d’immunité temporelle entourant le garçon que le stylo perdit ses couleurs et se figea. Leo en fit le tour puis décida de relancer le cours du temps après avoir placé sa main au dessus de l’objet. Il l’attrapa en plein vol, le reposa sur le bureau puis sourit.

      Curieux, le garçon décida ensuite de jeter de nouveau un œil à sa montre. Il la sortit de sa poche, regarda le cadran et constata que l’aiguille avait à peine bougé d’un trentième de sa destination finale. Ça fait environ deux minutes que j’expérimente, ce qui veut dire que je dois pouvoir théoriquement utiliser mes pouvoirs pendant une heure… Mais que représentaient donc ces trois segments ? Dans le doute, Leo ne voulut pas savoir ce qui se passerait s’il dépassait ne serait-ce que le premier. Mais comme il lui restait environ 18 minutes avant que cela n’arrive, il s’essaya à une autre petite expérience.

      Il reprit le stylo dans sa main puis le jeta en l’air. Il focalisa toute son attention sur l’objet. Arrêtes toi ! À sa grande surprise, cela fonctionna ! Il tenta de le reprendre, puis heurta sa main sur un obstacle invisible. Il n’avait visiblement pas réussi à n’arrêter que l’objet. Voulant voir l’étendue de son acte, il tâtonna ce mur, uniquement pour se rendre compte qu’il avait créé une sphère d’une dizaine de centimètres autour de l’objet… Puis il commença à la sentir tomber : la sphère était devenue un véritable objet à elle seule et même si elle descendait plus lentement que ne le devrait un objet normal, il n’empêchait qu’isoler un élément ne le rendait pas imperméable aux effets de la gravité. Leo prit donc la sphère entre ses mains, la relança en l’air puis une fois l’objet redescendu décida de s’en arrêter là et de relancer le cours du temps.

      Leo reposa le stylo libéré de sa prison temporelle sur son bureau puis consulta de nouveau la montre à gousset. Comme prévu, un nouveau trentième était parti, signifiant qu’il avait déjà utilisé un quinzième de sa jauge de magie.

Se demandant combien de temps cela prendrait pour se recharger, il décida de poser la montre sur son bureau à côté de la petite horloge qui lui permettait de savoir où il en était lorsqu’il travaillait. 19H05. Leo sortit le matériel dont il avait besoin pour travailler sur sa philo, et se pencha dessus tout en regardant attentivement la montre et l’horloge de temps à autres.

      Et ce fût douze minutes plus tard que l’aiguille de la montre revint au point de départ. Donc si j’utilise ma magie pendant une minute, il m’en faudra trois où je suis totalement inactif pour qu’elle se recharge… Bon à savoir. Puis il retourna à son travail. Une dizaine de minutes plus tard, sa mère frappa à la porte pour annoncer le repas.

      Une fois le repas fini et quelques mots échangés, Leo retourna dans sa chambre où il finit ses devoirs, puis utilisa son ordinateur pour aller sur internet lire les différents flux d’actualité et autres forums qu’il fréquentait. À 23h, il se prépara pour aller au lit puis repensa à cette folle journée. Qu’est-ce que l’avenir lui réserverait ? Leo ne le savait pas, mais il était excité à l’idée de toutes les possibilités qui venaient de se présenter à lui !

À suivre…

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