Chapitre 2 : L’Arrêt

Les maisons en marbre blanc étaient soigneusement disposées le long de l’allée. Toutes étaient dénuées d’angles et leur base donnait l’impression de fusionner de façon gracieuse avec le sol. On aurait dit qu’un architecte un peu fou avait eu carte blanche pour s’occuper de l’intégralité de la ville. Des deux côtés de l’allée se trouvaient des canaux en marbre d’un mètre de large et allant jusqu’à cinquante centimètres de profondeur, laissant s’écouler de l’eau claire et pure. Étrangement, le niveau de l’eau ne semblait pas dépasser les dix centimètres là où Leo aurait imaginé qu’il arriverait au minimum à cinq centimètres du bord, surtout au vu des petites passerelles en marbre créées devant chaque porte de chaque maison. Peut-être était-ce une saison sèche et peut-être était-il arrivé un jour où il faisait particulièrement doux ? C’était anormal, mais il décida de continuer sa route en destination de la Grand Place, comme l’avait suggéré son accompagnateur.

Ce qui le surprit encore plus cependant, ce furent les habitants de cette ville. Il y croisa des chiens, des chats, et aussi des loutres. Beaucoup de loutres. Tous étaient bipèdes et tous le dévisageaient lorsqu’ils le voyaient. Vous pourriez éviter ? C’est déjà assez difficile comme ça et là, ça n’arrange pas les choses, voulut dire le garçon, qui avait rarement l’habitude d’attirer autant l’attention. Pire encore, il vit que derrière Stan – qui semblait observer avec attention et émerveillement chaque maison qui passait – certains individus le suivaient de loin, poussés par la curiosité. Il les regarda en baissant légèrement la tête et, ne sachant pas quoi faire, leur fît de petits signes amicaux. Grant, son accompagnateur, lui jetait également des regards de temps à autres et Leo remarqua que sa curiosité était plus qu’embarrassante. Le garçon réunit tout son courage et lui dit « S’il vous plaît… Vous pourriez arrêter ? Ça me gène énormément. ».

La loutre regarda de nouveau devant elle et s’excusa. « Désolé. Ce n’est pas tout les jours que quelqu’un comme vous débarque ici… Ah, regardez ! Voici la Grand Place, notre fierté ! »

Et en effet, ils avaient de quoi être fiers ! L’allée s’élargit pour laisser place à une place immense au centre de laquelle trônait fièrement une fontaine à eau en marbre brun, blanc et même quelques plaques d’or à par endroits. La statue au centre représentait une loutre en armure soufflant dans une corne de chasse assez grosse et finement décorée. Elle semblait avoir pris appui sur le corps inanimé d’un lion dont l’armure semblait être sacrément endommagée. L’eau sortait de la corne et coulait dans un bassin doté de treize ouvertures. Chaque ouverture était ornée par ce qui semblait être divers blasons, chacun différent les uns des autres et chacun ouvrait sur un des canaux qui descendait le long des six rues sur lesquelles débouchait la Grand Place. Une septième rue, bien plus large avait en son centre une digue de plusieurs mètres de large et semblait être celle qui alimentait la fontaine en eau.

Leo s’arrêta pour observer, fasciné par le niveau de détail de l’œuvre, car même si la fontaine ne faisait que sept mètres de haut, son niveau de finition était exemplaire. Stan arriva aux côtés du garçon. Il lâcha un petit cri d’émerveillement. Grant fit montra dans un geste exagérément dramatique la fontaine et déclara « Voici la statue construite en l’honneur de Daryl, autrement appelé Daryl le Sauveur. C’est lui qui nous a tous sauvé du règne des Raions et qui a permis à notre peuple de reprendre nos terres. »

Stan donna un petit coup d’épaule à son compagnon. « Alors ? J’ai bien fait de t’emmener ici, non ? » Le garçon ignora la question, contemplant la statue sous ses moindres détails. Puis il regarda le soleil. Sentant sa douce chaleur, il ferma les yeux et se laissa transporter par le vent et les diverses odeurs de la ville.

Quand il les rouvrit, il vit la fenêtre de sa chambre, illuminée par les rares rayons de soleil qui arrivaient à passer au travers des volets. Il laissa pousser un grognement et voulut directement se rendormir, mais fît l’erreur de regarder le réveil. 10:32. Hein ? Que… « Ack ! » Se rendant compte de l’heure tardive, il se leva précipitamment de son lit… Puis se rappela que l’on était samedi. Il soupira, puis hésita à retourner visiter ce mystérieux monde onirique dont les détails commençaient déjà à s’effacer. Dommage, ça avait l’air sympa en plus.

Mais l’heure n’était plus au sommeil, car il avait un ami à aller voir !

***

     Sortant de sa chambre, il constata que la maison était étrangement calme. Ses parents étaient visiblement absents. Son père était très certainement parti au travail, mais sa mère ? Peut être avait-elle laissé une note quelque part. Il alla dans la salle à manger vérifier si un post-it ou un papier avait été laissé sur la table. Bingo. Il trouva un petit papier sur la table. Il reconnut l’écriture erratique de sa mère, déchiffra le message et comprit qu’elle était partie faire quelques courses et qu’elle était allée faire un saut en centre-ville.

Son anniversaire approchant, Leo se douta bien qu’elle était probablement partie faire du repérage pour trouver un cadeau… Mais pourquoi ne pas le faire quand son fils est à l’école, étant donné qu’en tant qu’écrivain elle peut plus ou moins faire ce qu’elle veut quand elle veut ? Dans le doute, le garçon évita de tirer des conclusions trop hâtives et partit récupérer de quoi constituer son petit déjeuner. Il ne prit qu’un croissant qu’il enduisit de confiture étant donné que dans à peine deux heures il allait manger avec son meilleur ami. Inutile donc de trop se goinfrer.

Ce frugal petit déjeuner englouti, Leo se prépara à sortir. Il enfila une petite veste, puis un gros manteau, mit ses chaussures, se dirigea vers la porte d’entrée… Puis, oubliant s’il avait prévenu ou non sa mère de sa journée, se redirigea vers le salon, où il prit un stylo et un morceau de papier pour écrire une petite note qu’il déposa à sa place dans la salle à manger.

Enfin prêt, il se redirigea vers la porte… Puis se rendit compte qu’il avait oublié son porte-feuille, qui contenait la carte de bus, ainsi que son lecteur MP3, qu’il aurait mieux fait de prendre avec lui la veille… Ceci dit, peut être qu’avec le MP3 il aurait survécu aux deux incidents et n’aurait pas obtenu ses pouvoirs ! À toute chose, malheur est bon à ce que l’on dit.

Ces objets en poche, il se dirigea une dernière fois vers la porte d’entrée, fit une dernière vérification des choses qu’il aurait potentiellement oublié… Nope, c’est bon, on peut y aller ! Il ouvrit la porte et sortit.

Le ciel était d’un bleu éclatant. Seuls quelques petits nuages ça et là entachaient un peu le tableau, mais de par leurs formes et leur couleur, ils restaient bienvenus. Leo se dirigea vers l’arrêt de bus lorsqu’une bourrasque de vent l’atteignit. L’air était glacial, tant et si bien que le garçon regrettait déjà d’avoir oublié son bonnet. Il avait à peine fait 300 mètres, donc il pouvait rentrer chez lui pour le récupérer. Eerf… la flemme. Il continua son chemin, imaginant bien que le bus allait être chauffé et qu’il n’aurait pas besoin de l’attendre longtemps à l’arrêt.

Il se trompa.

Il arriva à l’arrêt de bus à 11h13. Il était déjà 11h28, cela faisait déjà une vingtaine de minutes que le vent lui rafraîchissait les idées en plus de ses cheveux bruns et toujours aucun bus en vue. À 11h29, il vit un bus arriver… De l’autre côté de la route. Il grogna, prit son lecteur MP3 et changea de morceau, passant de When the Wind Blows de la bande-son de Rayman Legends à un remix pêchu du thème de Corneria de Star Fox. Il sourit, puis tapota furieusement du pied en rythme avec la musique, histoire de maintenir une partie de son corps en activité pour chasser le froid.

Deux minutes plus tard, il envisagea de rentrer chez lui pour n’aller voir son ami que l’après-midi… Et ce fût pile au moment où il commença à bouger pour partir qu’il aperçut la silhouette de son bus se rapprocher – car c’est toujours lorsque vous en avez enfin marre de l’attendre qu’il arrive… à croire qu’il existe un complot fomenté par les compagnies de transports publics. Leo fît signe au chauffeur de s’arrêter, puis monta dans le véhicule tout en faisant attention de passer sa carte devant la borne électronique.

Le trajet se déroula tranquillement. Leo continua d’écouter ses musiques tout en regardant le paysage défiler. Il vit son reflet de temps à autres, et même parfois ses yeux vert foncé lorsqu’il traversait une zone plus sombre. S’approchant de l’arrêt Peixotto, le garçon se leva de son siège et se dirigea vers la porte. Il remarqua qu’un bus était en train de partir. Sentant le mauvais coup, il tenta de se concentrer sur la plaque lumineuse qui affichait son numéro de ligne. 35. Pas de bol, c’était celui qu’il devait prendre. Il soupira, puis tenta de réfléchir à une solution de secours. Il vit le tram B en direction du centre-ville de Bordeaux passer. C’est ça ! Le bus et le tram empruntaient plus ou moins le même chemin et se rejoignaient pas loin d’une des universités. Sachant que le tram était assez rapide et que le trajet du bus était assez long à cause des quelques détours et des éventuels feux rouges, peut être avait-il une chance de rattraper le bus en prenant le tram !

Les portes du bus dans lequel Leo se trouvait s’ouvrirent, puis il fonça vers l’arrêt de tram, direction Pessac Centre. Coup de chance, une rame allait arriver dans moins d’une minute. Elle s’arrêta, puis Leo monta à l’intérieur. Il passa sa carte devant la machine, se posa contre les portes et sélectionna le thème principal de Monty on the Run sur son lecteur.

Les arrêts défilaient au rythme de la symphonie folle de Rob Hubbard. Puis arrivèrent les universités Bordeaux III et IV dans le champ de vision du garçon. Peut être un jour allait-il étudier ici ? À vrai dire, il n’en savait encore rien, alors que les inscriptions pointaient le bout de leur nez. Les possibilités d’études étaient presque infinies au vu de ses excellents résultats scolaires. Dans tous les cas, il observa les bâtiments. Peu accueillants, ils avaient vu de bien meilleurs jours et semblaient avoir fait un tabac auprès des architectes plusieurs décennies plus tôt, mais leur design était sérieusement dépassé. Au moins, le petit sentier boisé improvisé à côté était joli.

Le tram continua sa route et enfin arriva la destination tant convoitée : l’arrêt Unitec. Leo descendit, se dirigea vers l’arrêt de bus vingt mètres plus loin et attendit.

***

       Cinq personnes attendaient à l’arrêt de bus. Deux minutes passèrent. Avait-il réussi à mettre à l’amende le bus ou bien était-il déjà passé ? Leo commençait à s’inquiéter. Il consulta son lecteur MP3, puis décida de mettre Snake, oh it’s a Snake ! tiré de la bande-son de Trine 2. Au moment où il sélectionna la piste, il vit du coin de l’oeil un bus de sa ligne passer de l’autre côté de la route. Le garçon leva la tête et vit le véhicule s’arrêter, laissant descendre quelques passagers. La silhouette de l’un d’eux captura l’attention du garçon. Elle commençait à courir. Probablement une de ces personnes qui va tenter à tout prix de rattraper un tram en courant comme une dératée.

Leo tourna la tête pour voir s’il avait vu juste et constata que son bus était en train d’arriver en même temps qu’un tram… Attends. Il redirigea son regard sur la personne en train de courir. Une jeune femme venait de passer derrière le bus à l’arrêt et était sur le point de traverser. Le bus de l’autre voie allait bien trop vite et n’était plus qu’à quelques mètres. L’avait-elle vu ? Non, elle était encore en train de courir et venait de poser un pied sur l’autre voie ! Puis l’autre. Le chauffeur salua son collègue d’en face et ne vit la piétonne qu’au dernier moment. Leo commença à courir, tendant son bras droit vers l’avant. Le chauffeur se tassa sur son siège tout en appuyant sur le frein de toutes ses forces. La femme commença enfin à tourner la tête vers le véhicule. Nonononononononon STOP !!!

Et en effet le bus s’arrêta. La femme également. Tous deux étaient devenus immobiles et étaient privés de leurs couleurs. Leo s’arrêta de courir : il avait de nouveau arrêté le temps et réussi à temporairement éviter le pire.

« Whoa bordel, mais y se passe quoi là ? »

Le garçon se tourna en direction de la voix. Horrifié, il vit qu’un homme chauve d’une trentaine d’années était encore en train de bouger.

« Que quelqu’un aille l’aider ! » Un autre homme bien plus âgé regardait la scène, paralysé non pas par le sort du garçon, mais par la peur.

Du coin de l’oeil, Leo vit une jeune femme aux vêtements d’un jaune éclatant courir en direction du bus paralysé. Puis il regarda le lieu de l’incident et son cœur s’arrêta de battre l’espace d’un instant.

Une bulle incolore entourait le véhicule et la femme et les avait isolé du temps. Les personnes à l’arrêt de tram commencèrent à se diriger vers elle tandis que les passagers ayant remarqué le spectacle se mirent à descendre de celui qui venait d’arriver. Les passagers de l’autre bus se massaient devant les vitres pour observer tandis que ceux qui en étaient descendus s’y précipitaient et commençaient à taper sur la bulle, tentant de secourir la captive.

Leo, quant à lui, était resté figé sur place, horrifié par ce qu’il avait fait et incapable de savoir quoi faire. Cela faisait à peine 24 heures qu’il avait reçu ses pouvoirs et déjà avait-il réussi à se compromettre. Ça sentait mauvais. Très, très mauvais.

Le morceau qu’il écoutait venait de finir et le hasard de la sélection aléatoire fît que ce fût In the Space Pirate Ship de Kid Icarus Uprising qui se lança. Les cuivres ronflants de l’introduction sortirent le garçon de sa torpeur qui, sans réfléchir, se dirigea vers la bulle.

L’attroupement autour de la prison temporelle était assez impressionnant pour un endroit qui d’habitude était désert. Leo se rapprocha, puis tenta tant bien que mal de se frayer un chemin « Laissez passer ! Pardon ! ‘Scusez moi ! Merci ! ». Certaines personnes tentaient de frapper le mur quasi-invisible, sans succès.

Il arriva enfin devant la bulle. « Excusez-moi.» Il posa sa main sur la bulle, puis repensa à la leçon qu’il avait eu la veille avec Stan. Pensant à une armure, le garçon réussit à traverser la barrière, à la grande surprise de tous. Leo avança vers la femme. Elle était jeune et plutôt bien habillée, avec un manteau noir élégant et un pantalon visiblement noir. Il la fixa, puis tenta de la bouger en la prenant par le bras. Rien. Et si il était possible de partager l’armure ? Son esprit se focalisa sur cette pensée et il posa sa main sur le bras de la femme. Les couleurs lui revinrent rapidement puis elle se remit à bouger. La foule eut le souffle coupé.

Son élan fit qu’elle bascula vers l’avant, mais le garçon était là pour la rattraper. Elle le regarda, puis tourna la tête en direction du bus, qui n’était qu’à quelques dizaines de centimètres d’elle. Elle laissa s’échapper un petit cri, mais constata à la fin que le bus ne bougeait pas d’un poil. Elle reregarda son sauveur, puis le bus, puis la foule, puis de nouveau le garçon. « Ne vous inquiétez pas, tout va bien, je suis là pour vous sauver !» Ce fût incroyablement cliché, mais ce furent les premiers mots auquel Leo pensa. Embarrassé par cet étalage super-héroïque, surtout en voyant le regard perplexe de la femme, il lui fît un signe de la tête en direction de l’extérieur de la bulle. « Euh… On y va ? ». La femme hocha de la tête, puis, se tenant la main, ils se dirigèrent vers la foule médusée. Tous se mirent à applaudir à leur sortie, mais là n’était pas le moment pour des célébrations. « Que tout le monde se mette sur le trottoir ! Le bus pourrait se relancer à tout moment ! »

Ce n’était peut être pas une bonne idée de le dire de la sorte. La petite foule fût prise d’un bref moment de panique et tous tentèrent de se carapater en lieu sûr dans le désordre le plus total. Leo tenait toujours la main de la femme puis une fois sur le trottoir, il lui demanda « Ça va aller mademoiselle ?

– Euh… Oui, je crois. Merci. » Ce sur quoi ils se lâchèrent la main «…Zoé. »

Leo ne sût comment prendre cette phrase. Il rougit puis lâcha « … Je m’appelle Leo. » Ne sachant quoi ajouter de plus, il fit alors quelques signes bizarres puis dit « Je… Dois y aller, j’ai un bus à… Prendre… Euh… Au revoir Zoé ! » Il la laissa au soin des passants, qui se réunirent autour d’elle pour voir si elle allait bien, puis partit chancelant vers l’arrêt de bus sous le regard confus de la femme.

Une fois tout le monde en sécurité, Leo relança le cours du temps. Comme il s’en doutait, il vit le chauffeur du bus piler pour tenter d’éviter une femme qui n’était plus là. Au vu de la distance de freinage, si le garçon n’avait pas été là, la femme n’aurait pas eu une seule chance de s’en sortir et aurait inévitablement payé une visite à Stan… Qui lui aurait probablement passé un savon.

Tandis que le chauffeur tentait de comprendre ce qui lui était arrivé, les gens fixaient le héros avec une étrange fascination mêlée de crainte. Leo, se sentant inconfortable, tenta de faire comme si de rien n’était en regardant son reflet dans une des vitres de l’arrêt. Il constata très vite que quelque chose n’allait pas : non, pas son visage finement taillé à l’exception de la petite cicatrice sur sa joue laissée suite à une partie de basket qui avait mal tourné et des rares points noirs qu’il prenait toujours la peine d’éradiquer chaque matin. Une partie de ses cheveux étaient devenus roux et noirs. Euh… Okay ? Ça, ce n’est pas normal, pensa-t-il, alors qu’il venait de créer une bulle temporelle et de sauver une femme qui avait manqué de se faire écraser par un bus.

Dans le doute, il trifouilla dans sa poche et sortit sa montre en argent, fraîchement acquise. Il l’ouvrit et constata que la barre avait déjà parcouru plus d’un sixième du chemin. Il semblait qu’utiliser n’importe quel pouvoir, et ce peu importe l’intensité, n’affectait pas de façon différente la progression de la barre et cela faisait déjà onze minutes qu’il avait utilisé sa magie. Était-ce un effet secondaire ? Dans tous les cas, ce n’était pas rassurant et savoir qu’il devait se trimballer plus d’une demi-heure en étant à moitié roux ne l’enchantait guère.

Mais la réflexion sur le pourquoi du comment devrait attendre, étant donné que le chauffeur avait repris ses esprits et que le bus était de nouveau en marche. Leo fît un signe de la main et le véhicule s’arrêta à l’arrêt. Les cinq personnes qui avaient attendu se précipitèrent vers le véhicule tandis que le garçon montait. Il salua le chauffeur qui le regarda étrangement, passa sa carte sur la machine, et se dirigea vers le fond du bus où il trouva une place libre. Il s’assit, vit ses camarades d’arrêt monter. Voyant que leurs regards se dirigeaient sur lui, il tourna la tête vers la fenêtre comme si de rien n’était et ferma brièvement les yeux.

[…]

Lorsqu’il les rouvrit, il reconnût un visage un peu trop familier.

« Leo ? Ça va ?

– Stan ? » Le garçon se demanda pourquoi l’entité se trouvait devant lui. Et pourquoi était-il assis directement dans le fauteuil de son salon alors que d’habitude il devait passer par la porte d’entrée ? Puis, se redressant, il sentit quelque chose de froid au niveau de sa lèvre supérieure. Il mit sa main dessus, et regarda le bout de ses doigts. Du sang ? Il regarda sa veste, qui en était recouvert. Un vent de panique commença à s’emparer du garçon. « Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Que m’est-il arrivé ?»

Stan semblait gêné. « Eh bien… Tu veux que je commence par où ? Parce que je peux te dire ce qui s’est passé à l’instant ou bien il y a déjà trente minutes. »

Trente minutes ? Leo se leva sous le regard surpris de l’entité et tenta de trouver un endroit d’où il pourrait voir son reflet. De la fenêtre il ne pût voir qu’un vague reflet, mais une chose était sûre : il était toujours aussi roux que quand il était monté dans le bus. Dans le doute, il retroussa sa manche droite et constata que non seulement ses poils semblaient plus nombreux, mais aussi bien plus sombres. Il retroussa sa deuxième manche : idem. Il considéra l’option de regarder son ventre, mais se rappela qu’il était invité chez quelqu’un d’autre et que s’exhiber en la présence d’un hôte que l’on connaît n’était pas reconnu officiellement comme coutume acceptable dans de nombreux pays du globe, y compris le sien. Il se contenta de regarder Stan, les yeux écarquillés. « Qu’est-ce qui s’est passé ? » dit-il, avant de rajouter « À l’instant ? ».

L’homme se leva de son fauteuil et se dirigea vers le garçon. Il posa ses mains gantées sur les épaules de son protégé « Tu… Viens de tenter une expérience et ça a raté de façon spectaculaire. Résultat, il semblerait que tu aies perdu la mémoire… Mais au moins ton nez n’est plus cassé ! » Cette dernière phrase, lancée sur un ton un peu trop joyeux rendit Leo livide.

« Le… Nez… Cassé ? » Il se mit à le toucher et constata que son nez était toujours aussi bien placé et qu’il ne faisait pas mal, ce qui en soi était plutôt une bonne chose. Ceci dit, cela n’expliquait pas pourquoi il avait été cassé en premier lieu, ni comment il aurait pu être réparé. La réponse de l’entité soulevait encore plus de questions qu’elle n’en résolvait. Leo en prit conscience « Eeet comment est-ce que j’ai fait mon compte ? Pourquoi est-ce que j’ai eu le nez cassé ? »

La réponse de Stan surprit le jeune homme « Aucune idée. » Il se tourna vers la bibliothèque et prit le livre au nom de Leo Davis. « Par contre, ce livre le sait ! »

La curiosité prit le pas sur la confusion. Leo se précipita sur Stan « Ne me dites pas que ce livre…

– Si c’est ce que tu penses, alors oui, c’est le cas. Ce livre relate tous tes faits et gestes, et ce jusque dans les moindres détails si je le souhaite ! »

Le garçon observa le livre « Mais il est super fin ! Comment est-ce qu’il peut contenir ce que j’ai fait dans toutes mes vies ? Tous les embranchements ? »

Stan referma le livre et regarda son invité. Son regard témoignait d’une grande fierté. « Voilà une excellente observation et une très bonne question ! Vois-tu, lorsque tu fais un choix dans ta vie, l’univers tout entier se divise en autant de parties que le nombre de décisions qu’il t’est possible de prendre. Ce livre est propre à cette continuité, et même si je ne sais toujours pas pourquoi il s’écrit tout seul, je sais qu’il ne relatera que tout ce qui est lié au choix que tu as fait dans ce plan de réalité. C’est tout bête, mais il nous est impossible de savoir comment tu t’en sors dans le monde où, par exemple, tu es devenu le chef d’une bande de vauriens. »

Leo avait du mal à s’imaginer être à la tête de quoi que ce soit, mais il voyait très bien où Stan voulait en venir. « Et donc, il est possible de voir ce qui s’est passé il y a une demi-heure ? »

L’expression de l’hôte se changea pour laisser place au dépit. « Je viens de le voir et… je pense qu’il vaut mieux que ce soit toi qui le lise. »

Leo fût surpris de voir qu’il avait le droit de poser la main sur un objet aussi important. « Je peux vraiment le lire ?

– C’est ta vie. À moins que tu ne veuilles vraiment y enfouir quelque chose dont tu ne veux vraiment pas te souvenir, tu peux consulter ce livre à ta guise, tout comme tous ceux qui viennent ici peuvent consulter n’importe quel livre… De toutes façons en dehors de ceux qui ont connu le Passage, personne ne s’en souvient. Et n’espère pas y lire ton avenir. Rien n’est décidé à l’avance. » Stan lui tendit le livre. Leo le prit dans ses mains et commença à le feuilleter rapidement.

En effet, tout y était consigné : sa naissance, son enfance, ses quelques voyages en Angleterre et même l’accident de la veille et ses très nombreux dialogues avec l’entité. Il vit quelques phrases concernant des événements dont il ne se souvenait pas avec de nombreuses mentions d’un bus, remonta quelques lignes plus haut puis relut à partir de ce passage :

 

‘Il s’assit, vit ses camarades d’arrêt monter et, voyant que leurs regards se dirigeaient sur lui, il tourna la tête vers la fenêtre comme si de rien n’était et ferma brièvement les yeux.’

***

     Leo regarda le paysage défiler. La zone entre l’université et Pessac n’était pas des plus joyeuses en terme de diversité et le ciel, devenu fortement grisâtre, n’arrangeait pas les choses. Dans tous les cas, c’était toujours mieux que de voir cinq visages tournés vers lui et déterminés à ne pas le lâcher du regard.

Il se risqua de regarder dans leur direction. Yup, tous toujours en train de le fixer, tous tenus à une bonne distance de lui et tous s’accrochant aux barres au lieu de s’asseoir sur les sièges libres autour d’eux. Le garçon se tourna rapidement de nouveau vers la fenêtre.

Le reflet était très faible, mais il ne faisait aucun doute que ses cheveux étaient toujours d’un roux aussi flamboyant. Ses pouvoirs avaient des effets secondaires très peu désirables et le jeune homme se mit à penser qu’il ferait bien de les utiliser avec une extrême parcimonie.

Il continua de regarder son reflet tout en se triturant les cheveux lorsque le bus passa sous un pont. Le bus étant éclairé, le reflet dans la vitre était bien plus visible. Ce que Leo y vit n’était pas plaisant : un homme chauve se tenait derrière lui et l’observait. J’ai comme un mauvais pressentiment… Voyant bien que l’homme avait remarqué qu’il avait été repéré par le garçon, Leo se retourna. Ce fût encore moins plaisant.

L’homme avait une carrure imposante, portait une veste en cuir noir bardée d’insignes de motard et son visage, en plus de transpirer l’ignorance, montrait qu’il était terrifié, mais n’osait l’assumer. « C’est toi qu’a fait ça ? »

Leo se doutait bien qu’il faisait référence à l’incident survenu il y a à peine trois minutes. « Je… Ne vois pas de quoi vous voulez parler. » Feindre l’ignorance n’était probablement pas la meilleure option, mais le garçon ne sût pas comment réagir.

L’homme prit le garçon par l’épaule et le souleva comme un ballot de paille. « Te fous pas de moi ! J’ai bien vu comment tu es entré dans… l’truc, pour sortir la fille ! Dis-moi comment t’as fait ! »

Leo était sous le choc de voir que les choses en étaient déjà arrivées là. « Je… Je… Je ne sais pas, ça c’est passé,

c’est tout. » Puis haussant les épaules : « Je n’y suis pour rien, j’ai juste eu de la chance ! »

La peur sur le visage de l’homme fût d’autant plus visible lorsqu’il remarqua qu’une des mèches rousses sur le front de Leo redevenait brune. « T’as… Eu de la chance ? » Un silence pesant s’empara du bus. Le chauffeur n’avait pas encore remarqué l’agitation tandis que les autres témoins reculèrent de plus en plus vers l’avant du bus. Le peu d’autres passagers dans le véhicule ne comprenaient pas ce qui se passait et, ne voulant pas interférer, ne firent qu’observer la scène.

L’homme en noir avait l’air de tenter de digérer l’information et de la traiter avec le peu d’intelligence dont il semblait disposer. Le processus paraissait lent, quand soudain un sourire se dessina sur son visage et qu’une flamme de curiosité s’alluma dans son regard. « Eh bien essaye d’arrêter ça ! »

Le coup fût tellement rapide que Leo ne le vit pas venir.

Sa tête bascula en arrière violemment. Et si ce n’était pas pour la poigne de fer de son adversaire, il aurait bien reculé de quelques pas, quand bien même il ne serait pas carrément tombé. Sa tête revint vers l’avant et la première chose qu’il put voir furent quelques gouttes rouges tomber en direction du sol. Puis il sentit une douleur abominable provenant de son nez. Il poussa un petit cri. Les passagers commencèrent à se lever. Le chauffeur entendit le cri, regarda dans son rétroviseur et, voyant qu’il ne pouvait rien faire, décida de continuer sa route dans le but de s’arrêter au prochain arrêt pour pouvoir intervenir correctement.

L’incompréhension que ressentit Leo ne mit pas beaucoup de temps avant de se transformer en colère noire. Il leva la tête en direction de l’homme et le regarda dans les yeux. Le soulagement qu’aurait ressenti l’homme en voyant que sa théorie était fausse disparût en un instant pour laisser place à une inquiétude mêlée d’une certaine crainte.

Alors que les passagers commençaient à se précipiter vers les deux hommes, Leo leur fît signe de ne pas bouger, puis, d’une voix grave mélangeant douleur et haine, il dit « Toi… Tu vas ARRÊTER TOUT DE SUITE ! »

L’homme avait préparé son deuxième coup sous le coup de la terreur, mais alors qu’il était sur le point de frapper, il ne pût finir son action. Le peu de couleurs qu’il montrait avait disparu et tout autour de lui l’air s’était figé. Leo contempla son œuvre, non sans une certaine satisfaction, puis regarda d’un œil vengeur les passants, tous effrayés. Son expression changea dans l’instant, puis il lâcha un cri de douleur. « Owowowowow, la vaaache que ça piiiique ! » En dépit du fait qu’il venait de se faire casser le nez, ses nombreuses expériences avec la mort et les petites douleurs quotidiennes l’avaient pas mal endurci. Il se tourna vers le passager le plus proche et demanda, d’un air assez calme « Vous n’auriez pas un mouchoir, s’il vous plaît ? ».

L’homme devant lui était choqué, mais reprit bien assez vite ses esprits. « Euh… Non, désolé. »

Leo s’adressa au reste du bus « Quelqu’un aurait-il un mouchoir ? S’il vous plaît ? »

Une femme qui avait déjà fini de fouiller dans ses poches s’avança et lui en tendit un. « Merci beaucoup. » Il le porta à son nez, puis laissa échapper un juron, la douleur ayant repris de plus belle.

Le bus s’arrêta. Le chauffeur ouvrit les porte et sortit de sa cabine pour se diriger vers le lieu du conflit. Il vit l’homme en noir et blanc, totalement figé, se heurta légèrement contre la petite bulle, puis en fît le tour tout en l’observant avec une certaine fascination. Il vit le garçon, puis la petite mare de sang qui s’était formée à ses pieds. « Woh anky. Vous allez bien monsieur ? »

Leo se tourna vers le chauffeur et vit son inquiétude. « Ça va… Ça va, ne vous inquiétez pas, merci. » Leurs regards se tourna vers le malfrat, toujours le poing en train de fendre l’air en direction d’un ennemi invisible. Un jeune homme s’était précipité vers la scène et avait sorti son carnet de croquis. « Wah, la pose est parfaite ! Fascinant. »

Leo se mit à sourire devant cet étrange spectacle mais son inquiétude se mit à grandir. Il ne pouvait utiliser ses pouvoirs plus que huit minutes après quoi qui sait ce qu’il se passerait. S’adressant au dessinateur, il lui dit d’un air calme « Je suis désolé, mais il va falloir que l’on s’en débarrasse vite. »

L’artiste tourna brièvement son regard vers le garçon. « Attendez une seconde, je finis juste de prendre les contours. »

Le garçon s’impatienta et dit, légèrement gêné. « Vous ne pourriez pas juste le prendre en photo et continuer plus tard ? Je n’ai pas trop le temps… Et le chauffeur non, plus, non ? » Son regard se tourna vers le chauffeur, qui n’écoutait pas, captivé par le spectacle. Leo soupira.

Le dessinateur, légèrement dépité, sortit son smartphone et prit la scène sous plusieurs angles. Après quoi il se tourna vers le super-héros et le prit en photo. « Ouaip, merci c’est parfait ! » Il retourna vers l’avant du bus où il continua de dessiner.

Leo ne comprit pas ce qu’il venait d’arriver, mais se ressaisit immédiatement, car il ne lui restait à peine plus de six minutes. Alarmé, il fit un signe à tous les curieux et déclara à voix haute « Écartez-vous, je vais… Relancer ce monstre et… » Il réfléchit brièvement, puis se mit à sourire « Lui faire la peur de sa vie ! » Tandis qu’un sourire se dessina sur les visages de la plupart des passagers, ils se mirent à reculer. Puis, posant la main sur l’épaule du chauffeur qui était en train de reculer, il lui dit « Excusez-moi, vous pourriez rester stationné ici quelques minutes et laisser les portes ouvertes ? Il faudra qu’on le fasse descendre. »

« Vous ne préféreriez pas plutôt porter plainte et attendre la police ?

– Pas cette fois. Je manque de temps et en plus, au vu de la punition que je lui réserve, il aura retenu sa leçon ! » Leo fit au chauffeur le plus beau sourire maléfique qu’il avait jamais fait de sa vie.

Une certaine inquiétude s’empara de l’homme, qui se dirigea vers sa place pour ouvrir les portes « Hum… Ne faites pas quelque chose de stupide ! »

Nonchalamment, le garçon déclara « Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas ce genre de personne. » Après quoi il se mit dans le dos de son agresseur. S’adressant à la foule, il demanda « Vous êtes prêts ? » Il entendit un grand ‘OUI’, puis dit « Ok, c’est parti ! »

Leo relança le temps et vit le coup de poing partir à grande vitesse. Phew, heureusement que je ne me le suis pas pris ! L’homme, emporté par la force de son coup, bascula en avant. À peine fût-il rétabli qu’il sentit quelqu’un le tapoter du doigt sur l’épaule et entendit « Vous cherchez quelqu’un ? »

Les passagers furent pris d’un fou rire, puis laissèrent s’échapper un cri de surprise lorsque l’homme se retourna très rapidement et lança un troisième coup de poing, déterminé à toucher sa cible. Uh oh. Leo se baissa, réussit à éviter le coup et arrêta de nouveau son assaillant. Il se redressa lentement, réajusta son manteau et se retourna vers la foule. « Ça va ! Tout va bien ! » Il regarda de nouveau l’homme et constata que ce n’était pas la peine de tenter quelque chose de stupi… Remarque, vu le public qu’il y avait, autant en profiter pour monter un petit show !

Leo s’adressa aux passagers au fond du bus « S’il vous plaît, vous pourriez vite aller devant ? Je vais tenter un petit quelque chose ! »

Une fois les trois passagers du fond passés devant, Leo s’installa confortablement sur le siège au fond qui faisait face à toute l’allée. Il prit une pose quasi impériale et relança le cours du temps.

L’homme fût de nouveau entraîné par son coup. Puis il chercha de vue sa victime, lorsqu’il entendit un sifflement derrière lui. « Hey, psst, par ici ! »

Leo vit le regard de l’homme. Il bouillonnait de rage. « Toi ! Tu vas voir c’que tu vas voir ! »

Leo se déplaça pour se rendre encore plus confortable. « Hey, ça ne te dirait pas de faire un coup de pied sauté ? J’ai toujours eu envie de voir ce que ça donnait en vrai ! »

La brute se mit à sourire. « Avec plaisir ! » Il se mit à courir en direction du garçon et alors qu’il était à deux rangées de sièges du fond, son corps bascula légèrement vers la gauche, puis il se mit à sauter, plia son genou et commença son coup. Leo se mit à sourire, et alors qu’il allait manquer d’être touché, il arrêta sa victime dans les airs.

La foule avait retenu son souffle, puis fit retentir un tonnerre d’applaudissement lorsque le prodige leur montra un pouce levé pour montrer que tout allait bien. Leo se leva délicatement de son siège, fit le tour de son expérience fixa le public et s’inclina théâtralement, créant une vague de fou rire. Le garçon ne s’était jamais autant amusé depuis… Bien des mois. Prenant avantage de la situation, il déclara, d’un ton moqueur « Et voici, mesdames et messieurs, comment se débarrasser d’une brute ! »

Il se tourna vers la statue humaine et la fixa d’un air pensif. Il ne lui restait plus ou moins que 3 minutes. Il avait encore le temps d’expérimenter, alors, repensant aux expériences de la veille, il réduisit la taille de la bulle de sorte à ce qu’elle ne touche plus le sol. Lentement, la statue tomba de quelques centimètres. Leo se baissa et tenta de la soulever. À sa grande surprise, elle ne pesait presque rien, alors il la tira pour l’amener vers la porte du fond. Puis, se demandant s’il n’était pas possible de rendre l’expérience plus intéressante, il envisagea de créer une autre bulle extrêmement fine autour de la prison temporelle. Le garçon la jeta en l’air puis créa la bulle. Cela semblait fonctionner parfaitement, alors il décida de libérer sa pauvre victime, qui heurta de son pied un mur invisible. Il tomba, sous le regard amusé de la foule.

L’homme se releva, regarda le garçon qui le soulevait sans problèmes et commença à bouger dans tous les sens, frappant désespérément sa prison et proférant des insultes que personnes autre que lui n’entendit. Leo se tourna vers le chauffeur. « Préparez-vous à redémarrer, je dépose ce colis dehors et on est partis ! »

Le chauffeur lui fit un signe de la main et Leo se dirigea traînant sa victime dehors. Le bus s’était arrêté dans le centre ville de Pessac et les rares passants qui circulaient à ce moment-là eurent du mal à croire qu’un frêle garçon tenait dans ses bras un homme aussi costaud. Il le déposa sur le trottoir à une dizaine de mètres du véhicule et lui fit un signe d’au revoir mesquin avant de courir vers le bus. L’homme, furieux, frappait de toutes ses forces les murs de sa prison et fît quelques bras d’honneur.

Leo rentra dans le bus et, se rendant compte qu’il ne lui restait à peine une minute avant que son temps ne soit écoulé, demanda au chauffeur de mettre les voiles et partir en quatrième vitesse. Le chauffeur s’exécuta et à peine eurent-ils atteint l’autre bout de la rue trente secondes plus tard que le bourreau libéra sa victime de sa prison, qui se mit à courir après le véhicule, avant d’abandonner sa poursuite lorsqu’il le vit tourner au feu, qui fort heureusement était passé au vert.

S’attendant à le voir débarquer à tout moment, Leo, tout comme quelques passagers, n’avait pas détourné son attention de la fenêtre pendant deux bonnes minutes. À peine eut-il détourné le regard de la fenêtre qu’il entendit les clameurs de certains passagers. Il se sentit observé. Tandis que certains étaient purement admiratifs devant un tel exploit, d’autres regardaient toujours le garçon d’un œil craintif. Il faut avouer que son petit jeu n’était pas forcément des plus sains et même lui s’en rendit compte en voyant leurs expressions désapprobatrices.

Les dix minutes qui suivirent furent comprises de quelques paroles avec certaines personnes, ainsi que de quelques selfies pris sans que Leo ne comprenne vraiment pourquoi. Puis, pas mal gêné par tant d’attention, il décida de descendre à l’arrêt Pierre Mendès-France, d’où il pût prendre un autre tram pour aller directement au centre-ville de Mérignac. S’adressant à ses nouveaux fans, Leo déclara, d’un ton super-héroïque « Je suis désolé, mais c’est ici que nos chemins doivent se séparer ! Adieu ! ». Puis il descendit du bus en sautillant.

***

      Le garçon se dirigea vers l’arrêt de tram lorsque la réalité le frappa de nouveau au visage et que la douleur provenant de son nez cassé le reprit. L’excitation de ces vingt dernières minutes avait été tel qu’il avait oublié ce petit détail. Roh, super ! Comment est-ce que je vais réparer ça, moi ? Il faudrait que j’aille aux urgences et que j’explique tout à mes parents… Il chercha un endroit d’où il pouvait voir son reflet, mais ne vit que les panneaux publicitaires de l’arrêt de tram et la grille d’horaires de l’arrêt de bus. Ne voulant pas exposer au public le triste spectacle qu’il avait produit, il décida de se rabattre sur la dernière option.

Il revint sur ses pas et vit qu’il n’était plus aussi roux que lorsqu’il avait laissé son agresseur sur le trottoir. Au moins il avait de nouveau le champ libre pour utiliser ses pouvoi… C’est ça ! Il savait qu’il pouvait arrêter, ralentir et remonter le temps, mais rien ne disait qu’il ne pouvait pas remonter le temps uniquement sur lui-même ! Si je remonte le temps sur mon nez d’environ 25 minutes, il devrait être remis à neuf !

Il visualisa son nez, ainsi que la période d’il y a 25 minutes plus tôt et tenta. Il sentit une sensation comme jamais il n’en avait ressenti. Il fût pris de légers spasmes « Gah gah gah gah gah gakh ! » Il haleta, puis se redressa et toucha son nez. Plus de douleurs, plus d’écoulement de sang. Ça a marché ! Yes !

Il vérifia son reflet dans la glace. Seule une mèche de cheveux avait de nouveau roussi, mais rien de plus. Ainsi, seule la durée d’utilisation du sort influence ces changements. Intéressant.Mieux valait ne pas perdre son temps quand il s’agissait de voyager dans le temps donc. Content du résultat, il se dirigea vers l’arrêt de tram. Il traversa la route au feu rouge, puis se posa sur le quai en attendant le tram suivant, qui allait arriver dans deux minutes.

Il monta dans le tram. Très peu de personnes étaient à l’intérieur et quelques uns regardaient avec curiosité cet hurluberlu aux cheveux roux, bruns et noirs entrer. Leo leur adressa un regard gêné, puis s’assit sur un des strapontins.

Deux minutes très embarrassantes passèrent lorsqu’il sentit d’étranges vibrations provenir de son nez. Elle commencèrent à s’intensifier, puis le garçon ressentit un grand pic de douleur. Il laissa s’échapper un cri qui alerta les autres passagers, dont les regards indifférents se teintèrent d’une terreur sans nom. Leo tenta de voir son reflet dans la vitre du véhicule et vit son nez se noircir. Ok, ça ce n’est vraiment vraiment vraiment pas normal. Temps de paniquer ! « StanstanstanstanstanstanSTAN !! »

Le temps s’arrêta et un portail vers l’autre monde se forma à côté du garçon. Ni une, ni deux, il sauta dedans et se mit à courir vers la porte de la petite maison de l’entité. Elle s’ouvrit avant même qu’il ne l’atteignit et Leo vit Stan commencer à former une salutation avant de voir avec horreur ce qu’était devenu son protégé. Il le prit dans ses bras et le posa sans préavis dans le fauteuil au coin du feu. « Bonté divine Leo, que t’es-t-il arrivé ? »

Leo tenta de sortir une explication, mais la débita à une telle vitesse que ça ressemblait plus ou moins à ça : « Suis batavec ungars quima cassélné et j’aissayé dle réparer éça a faissa. »

Stan le regarda d’un air inquiet. Le nez du garçon était devenu complètement noir et il semblait que ça commençait à se propager sur le reste du visage. « Tu veux dire que tu as tenté de réparer ton nez en remontant le temps dessus et que ça a créé un paradoxe monstrueux entraînant un rejet de la part de ton propre corps ? »

Le garçon ne se demanda pas si son hôte n’allait pas dans des détails un peu trop pointus destinés à quelqu’un d’autre, mais hocha tout de même plusieurs fois la tête. L’entité parut réfléchir l’espace d’une seconde puis dit « Il faut que tu remontes le temps sur toi au plus vite. Et cette fois de façon intégrale. »

Leo repensa au dernier moment où il n’avait pas été amoché : en entrant dans le bus il y a environ 35 minutes. Focalisant toute son attention sur ce moment, il remonta le temps sur sa personne. Le fauteuil se mit à vibrer et petit à petit la noirceur qui s’était emparé de lui disparût. Une fois le processus terminé, il s’enfonça dans le fauteuil et s’évanouit quelques secondes. Lorsqu’il rouvrit les yeux, la première chose qu’il vit fût un Stan inquiet.

 

« Leo ? Ça va ?

– Stan ? » Leo se demanda pourquoi l’entité se trouvait devant lui…

***

     Ce fût sur ces lignes que Leo referma son livre. Au fil de la lecture, son expression était passée plusieurs fois de l’inquiétude à l’horreur, puis une fois à l’admiration pour sa propre audace. Il tourna son regard vers Stan, qui le regardait d’un air désapprobateur. « Je vois… J’ai vraiment fait n’importe quoi, hein ?

– Et pas qu’un peu ! Je me demande vraiment si j’ai bien fait de te confier tous ces pouvoirs. Tu n’étais pas prêt et cela en est la preuve. Et en plus tu as déjà réussi à te compromettre. Ça fait quoi ? » Il regarda le pendule accroché sur la cheminée. « Même pas 21 heures ? Sérieusement !? »

Un grand sentiment de honte s’empara du garçon. Il fixa le sol puis dit « Je… Suis désolé.

– Tu as bien intérêt à l’être ! » Stan se dirigea vers son fauteuil. Il regarda le feu, avec un soupçon de regret. « Et en plus, il est trop tard pour faire machine arrière maintenant que c’est fait… »

Un court silence se manifesta. Leo réfléchit, puis leva la tête. « Il y a toujours un moyen, et je sais comment faire ! »

Stan se tourna vers le garçon. « Comment ? C’est tout bonnement impossible !

– Ne suffirait-il pas que je revienne au moment avant que la femme que j’ai sauvé ne se fasse avoir ? Je change deux-trois détails et c’est bon, non ? »

Stan semblait perdu « Hein, que ? Ah oui, ça ! » Il se releva « Oui, on va faire ça et cette fois tu veilles à faire les choses bien. Tu ne dois pas attirer l’attention. »

Le garçon regarda son torse, qui baignait dans une mare de sang séché. « Et pour ma veste, on en fait quoi ? Elle est recouverte de sang, ça, ça peut attirer l’attention…

– Ta… Et tu n’aurais pas pu remonter le temps sur ta veste, triple buse ?

– Ah oui tiens, je n’y avais pas pensé. » Il s’exécuta, et la veste fût remise à neuf… Enfin… Au moins dans le même état qu’avant, le sang en moins, ce qui était toujours ça de pris. Il regarda son reflet dans la fenêtre et constata que ses cheveux étaient toujours en partie aussi roux.

Son hôte constata ses déboires capillaires. « Il semblerait que tu aies pris connaissance de cet… effet secondaire. En même temps, je pense que j’aurais eu du mal à ne pas m’en apercevoir. C’est normal ce truc-là ? »

Stan le regarda, inquiet. « Pas à ma connaissance. C’est probablement parce que tu as fait le rituel de Passage sans être totalement pur. M’est avis qu’il va falloir que tu fasses avec, malheureusement. »

Leo était dépité. Non seulement au vu des répercutions entraînées il ne pouvait pas encore utiliser ses pouvoirs devant tout le monde, mais en plus il n’allait pas pouvoir les utiliser à volonté sans avoir l’air d’un monstre… Ou d’une de ces filles bizarres que l’on ne trouve qu’au Japon, ce qui revenait plus ou moins au même. « Je peux rester ici une quinzaine de minutes ? Je ne peux pas revenir dans mon monde comme ça. »

Stan s’assit sur son fauteuil et invita son hôte à en faire de même. « J’allais te le suggérer. Il n’est pas question que tu reviennes dans cet état. » Un fois Leo confortablement installé, il lui demanda « Alors ? Tu comptes faire quoi une fois revenu dans le passé ? »

Leo prit la carafe d’eau, puis, se versant un verre « Eh bien, maintenant que je sais comment les choses se sont déroulées, je vais tout simplement attendre mon bus et sauver la fille avant même qu’elle ne traverse la route. Je ne sais pas encore comment, mais ce sera fait de manière à ce que je n’aie pas besoin d’arrêter le temps. »

Les deux hommes sourirent puis il discutèrent pendant une vingtaine de minutes de tout et de n’importe quoi. Leo tenta d’en savoir plus sur la vie de l’homme qui n’arrête pas de sauver les vies des autres. Puis, au bout de ce temps, il remarqua quelque chose d’étrange. « C’est moi, ou depuis que je suis arrivé ici, pas une seule personne n’est venue ? »

Stan fût surpris par tant de perspicacité. « Bien vu ! Cependant, je ne peux pas encore t’en parler.

– Et pourquoi donc ?

– D’une, tu es redevenu parfaitement normal, donc il est temps pour toi de rentrer chez toi. De deux, trop d’informations d’un coup tuerait le suspense. Et de trois… Bah faut bien passer à autre chose mon grand ! Cette partie n’a que trop duré et le lecteur de ton histoire risque de s’ennuyer. Hophophop, remonte-moi ce temps comme il faut ! »

Rarement dans sa vie Leo n’avait autant froncé les sourcils, mais comme l’avait si bien dit Stan, cette partie n’avait que trop duré et il avait une mission importante à accomplir.

Leo salua son hôte et sortit de la maison. Revenant dans le tram qu’il avait quitté dans la plus grande précipitation, il constata que les quelques passagers qui l’avaient remarqué étaient encore plus confus que lorsqu’il les avait laissé en le voyant de nouveau normal et sans sa coupe de cheveux extravagante. Il leur fît un sourire gêné, puis visualisa le moment le plus approprié pour corriger les événements : le moment où l’autre tram atteignait l’arrêt Unitec. Il disparût d’un tram et arriva dans un autre, plusieurs kilomètres plus loin et 40 minutes plus tôt.

***

      Au lieu d’aller à l’arrêt de bus et attendre que les événements ne se déroulent, Leo décida de traverser la route et d’attendre sur la voie opposée. Il prit son lecteur MP3, et changea de morceau pour mettre une version rallongée du thème des mini-jeux de The Legend of Zelda : A Link Between Worlds. Il adorait le solo de violon, le côté enjoué du morceau et trouvait que ça convenait bien à la situation, qui allait enfin changer pour le mieux.

Deux minutes passèrent et, comme prévu, les deux bus et le tram commençaient à arriver. Le bus où la femme devait sortir arriva en premier. Leo prit son téléphone portable puis fit mine d’appeler quelqu’un. Les portes s’ouvrirent et la femme commença à sortir précipitamment.

« Zoé ! » La femme s’arrêta net, puis se tourna en direction de la voix. Leo vit qu’elle le regardait, puis sa voix se noua. « Oui euh, Zoé ? Qu’est-ce qu’on capte mal ici, je te rappelle. »

Sous le regard suspicieux de la future victime potentielle, Leo raccrocha.

« Votre téléphone est éteint. »

Leo regarda son téléphone et remarqua qu’en effet il était éteint. Il avait dû être déchargé dans la nuit et avait oublié de le branche. «  Ah euh… Oui en effet… » Un silence gênant s’installa, l’espace de cinq secondes. « Woops. »

Zoé se rapprocha du garçon. « Comment connaissez-vous mon prénom ? Qui êtes-vous ? »

Le garçon se mit à rougir « Euh… Je… Euh… Leo et je… Connais votre nom parce que c’est une… » Il vit dans le regard de le femme quelque chose de très déplaisant. Il n’avait pas intérêt à se rater. « Coïnciden…ce ? »

Un enfant de cinq ans en train de mentir alors qu’il aurait repeint les murs de sa maison avec un pot de confiture aurait été plus convaincant pour nier les faits. Zoé était outrée « Ha ha, très drôle. Maintenant vous me dites la vérité sinon j’appelle les flics !

– Ah euh… Bon. Bah vous voyez ce bus qui vient de… Par…tir » Il se rendit compte que son bus venait de lui passer sous le nez. « Eh bien en fait, vous alliez vous précipiter sous ses roues parce que vous étiez tellement déterminée à rattraper le… Tram… » Elle se rendit compte que son tram venait de lui passer sous le nez. Extrêmement embarrassé, il tenta de finir sa phrase, mais ne pût y arriver.

« Comment est-ce que vous savez pour le tram ? »

Ne pas lui dire que tu viens du futur. Ne pas lui dire que tu viens du futur. « Parce que je viens du futur et que si je n’avais pas été là vous auriez été encore plus écrasée par le bus que vous ne l’auriez été si je n’avais pas foiré mon plan. » Et merde.

Elle le regarda comme si elle avait vu un fou parler d’huîtres du Bassin d’Arcachon. « C’est… l’excuse la plus débile que j’ai jamais entendue de l’année. » Elle prit son téléphone. « J’appelle les flics. »

Leo paniqua. « Non, Zoé, attendez, arrêtez ! » Et en effet elle arrêta, puisque le garçon venait encore une fois d’arrêter le temps sans le vouloir. Heureusement pour lui, le reste aussi s’était arrêté. Ok super… Bon, qu’est-ce que je fais maintenant ? Il considéra remonter de nouveau le temps pour tout recommencer ou bien il pourrait…

Il posa sa main sur l’épaule de la femme et ne relança le cours du temps que sur elle. « Ok, je sais que je ne devrais pas faire ça, mais voilà. Je viens vraiment du futur et là je viens d’arrêter le temps, ça vous va ? »

La femme regarda autour d’elle et ne vit plus aucune voiture, ni aucun passant bouger. Elle regarda le garçon. « Vous…

– Oui, je vous dis la vérité et oui, je vous ai sauvé la vie il y a une heure… Enfin, il y a deux minutes. En plus, ce n’est pas mon genre d’espionner les gens… Vous n’allez pas appeler la police maintenant, si ? »

Zoé fût hésitante. « Euh… Non. Nonon, c’est bon, j’ai eu ma preuve. Vous… Pourriez remettre tout à la normale maintenant s’il vous plaît ?

– Hein ? Ah euh oui ! » Leo relança le cours du temps.

Un autre tram arriva en vue. « Argh, c’est le mien, je dois y aller ! »

Leo vit une bonne opportunité de se racheter. « Vous permettez ? » Il arrêta de nouveau le temps, à l’exception de Zoé. « C’est bon, vous pouvez y aller tranquillement. Vous me ferez signe une fois arrivé là-bas que je relance le temps ? On n’entend plus rien passé une certaine distance. »

Zoé regarda ce sorcier gentleman et lui dit « Merci beaucoup… Euh ?

– Leo.

– Merci beaucoup Leo… Oh et merci pour la fois où vous m’avez sauvé !

– De rien, c’est normal. Allez-y maintenant et… S’il vous plaît, tentez de garder cet événement secret, d’accord ?

– C’est promis ! »

Elle traversa la route, puis se hâta en direction de l’arrêt de tram. Elle arriva sur le quai puis leva son pouce tout en criant un ‘merci’ inaudible. Leo relança donc le cours du temps, puis elle disparût derrière l’imposante silhouette du véhicule. Les portes s’ouvrirent, se refermèrent, puis le garçon vit la jeune femme lui faire un dernier signe de la main avant que le tram ne disparaisse de sa vue.

Souriant, Leo veilla à ce qu’aucun véhicule ne circule avant de traverser la route pour rejoindre son arrêt de bus. Regardant la fiche horaire, il remarqua qu’il lui fallait encore attendre 25 minutes. Il soupira, mais se dit que ce sacrifice aura été pour la bonne cause.

Sentant une brise fraîche, il regarda le ciel grisâtre et sourit.

L’après-midi qu’il passa avec son meilleur ami fût des plus productifs car il lui infligea une belle raclée à Super Smash Bros Brawl, après quoi il fût annihilé sur Super Street Fighter IV… Une bonne journée en somme.

Fin du chapit… Ah bah non en fait :

 

Pendant ce temps-là, un univers était peu à peu en train de se détruire de façon absurde et spectaculaire.

***

      Parfois un grain de poussière peut totalement ruiner une machine parfaitement fonctionnelle. Et dans ce cas-là, c’est plutôt l’absence du grain de poussière qui détraque la machine. Et pour ceux du fond qui ne suivent pas l’analogie : le grain de poussière, c’est Leo Davis et la machine fonctionnelle, c’est l’univers… Enfin… Un des univers… Enfin, vous voyez quoi.

Car en disparaissant de la réalité où il était censé prématurément devenir une star, l’univers s’est rendu compte qu’il y avait une anomalie. Et plutôt que de devoir expliquer aux parents du garçon que Leo était parti dans un univers parallèle ou bien n’existait pas et devait subir leur tristesse pendant des semaines entières, l’univers, perdu, a décidé de s’auto-détruire. Ou du moins… De remplacer tous les êtres vivants par des lapins. Quoi ? Ce n’est pas de notre faute, c’est elle qui fait n’importe quoi, et si ça ne vous plaît pas, plaignez-vous à l’auteur !

Comment ? Vous n’êtes pas encore partis et vous voulez savoir comment tout cela s’est déroulé ? Urgh… On espérait franchement que vous alliez vous enfuir devant tant de folie. Bon… Pas où commencer ? Ah oui, le début.

Imaginez l’endroit où Leo a disparu de cet univers pour remonter le temps. Oui ? Oui, c’est bien dans le tram en direction de Mérignac, on voit que vous avez suivi. En lieu et place du garçon, il y avait une sorte de trou blanc. Lentement, mais sûrement, ce trou a commencé à s’élargir, puis il a atteint une première personne. Oui, cette personne est devenu un lapin. Un lapin bipède de la taille de la personne et dotée de sa conscience ? Nah, on n’y est pas enc… Woops, je n’ai rien dit.

Nan, la personne est devenue un lapin tout ce qu’il y a de plus normal. Puis la personne suivante aussi. Et la suivante. Et la sui… Enfin vous voyez quoi.

Le trou avait déjà englouti tout le tram et continuait de se propager. Il avait atteint tout le quartier, puis la ville, engloutissant même la maison de l’auteur (… Wow, ce passage est méta), puis le pays entier avant d’engloutir le globe. Grosso modo, vous êtes tous devenus des lapins dans un monde alternatif. Oui, je sais, ça craint… Mais au moins il n’y a plus de véritables guerres, donc c’est toujours ça de pris !

Et puisque le trou n’a que faire des limites de l’espace, il s’était même décidé à s’emparer des planètes environnantes et des différents systèmes spatiaux.

Stan était en train de consulter sa bibliothèque lorsqu’il s’était aperçu que le livre contenant la vie de Leo Davis avait mystérieusement disparu de l’étagère des Davis. Se demandant ce qui se passait, il a regardé dehors, histoire de voir si quelque chose de bizarre ne se passait pas… Bah il n’avait pas tort, puisque le ciel d’habitude noir devant chez lui était devenu blanc et semble peu à peu arriver à sa porte. Alors ni une ni deux, flairant le mauvais coup, il s’est carapaté dans le couloir infini. Mais si, vous savez, ce couloir où il y a plein de portes de couleurs différentes. Et en fermant sa porte, v’là-t-y pas qu’il voyait que sa porte était devenue noire. Donc ouais, les portes noires, ce sont tous les « Stan » qui se sont risqué à faire Passer des gens impurs. Voyant la menace blanche arriver, il utilisa toute sa magie sur la porte pour l’empêcher de se propager à travers tout le multivers. Heureusement, qu’il a eu du bol que ça marche, parce que sinon toute la partie que vous venez de lire plus tôt n’existerait pas et en plus vous seriez en train de bouffer des brins d’herbes, la notion de lecture était une notion abstraite et lointaine.

Bref, la porte devenue rose, Stan ne comprit pas ce qui s’était passé. Dans le doute, il attendit cinq minutes, et vu qu’il n’y avait plus de lumière blanche autour de la porte, il s’est décidé de l’ouvrir… S’il avait su que sa maison allait devenir une résidence pour lapins morts en attente de revivre, il n’aurait probablement pas fait l’erreur de filer des pouvoirs à Leo…

Après ce traumatisme, il est parti voir si jamais il ne pourrait pas retrouver l’embranchement dans lequel il avait envoyé son protégé. Alors par le procédé de… Quelque chose qui arrange l’auteur, parce qu’il a la flemme de développer, Stan a retrouvé la dimension perdue et remarqua qu’un autre Stan en tout point similaire à lui occupait une maison identique en tous points. Et si vous êtes perdus, c’est tout simple : en changeant le passé, Leo a créé une dimension parallèle et donc un tout nouvel univers avec son Stan qui va bien. Résultat on se retrouve maintenant avec deux Stan. Ouaip, ça ne va pas arranger nos affaires ça…

 

Ah oui, et l’homme en blanc super bizarre du chapitre 1 ? Bah il attend son heure et a estimé que son Leo devrait arriver à maturation dans 5 mois… Mais ça, vous le verrez aussi dans le chapitre 3 : ‘Petits Crimes, Grosses Conséquences’.

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