Chapitre 3 : Petits Crimes, Grosses Conséquences

      Plusieurs mois passèrent. Leo continua de vivre sa vie comme s’il n’avait pas obtenu ses pouvoirs, ne les utilisant que en cas d’extrême nécessité – en gros, à chaque fois qu’il traversait la route. Il étudia avec rigueur et assiduité et passa son bac de sport à la loyale, réussissant à obtenir la note correcte de 14/20 en natation.

      La seconde partie des examens du baccalauréat approchait à grand pas, et même si il avait plutôt bien maîtrisé les épreuves de français et l’histoire-géographie l’année précédente (au point d’obtenir un 15/20), il avait eu la malchance d’être en filière scientifique. De fait, il allait au devant d’une deuxième session extrêmement chargée en épreuves.

      Ainsi, il trouva en Mars un usage à la fois original et intelligent de ses pouvoirs, puisque chaque soir, lors des séances de révisions, il veillait à rester enfermé dans sa chambre au minimum une heure, qu’il rallongeait au départ de vingt minutes en arrêtant le temps. Passée l’heure de récupération, si jamais il avait encore du temps devant lui et qu’il n’avait pas besoin de sortir (et donc de risquer de se compromettre auprès de ses parents), il recommençait. Ces sessions rallongées lui permettaient en plus de gagner beaucoup de temps de sommeil, puisque les vingt minutes passées en dehors du temps étaient rattrapées la nuit.

      De temps à autres il allait visiter Stan et ils parlaient de tout et de n’importe quoi. Ils devinrent bons amis. Et qui pouvait se targuer d’être pote avec une entité millénaire au savoir immense ? Personne, puisque personne ne s’en souvenait de toutes façons… Ces nombreuses visites influencèrent le garçon, qui décida au fil du temps de renouveler sa garde-robe pour enfin ne porter que des vestes sans manches, des chemises pourpres, blanches ou noires ainsi que des pantalons à la coupe parfaite. Il les dénicha dans les friperies de la ville, qui proposaient des prix bien plus attractifs que les boutiques classiques, et ses parents, devant une telle volonté de se faire élégant, n’avaient pas hésité à mettre la main à la poche. Leo devint un garçon très classe et même si ses camarades de classe avaient eu du mal à se faire au changement de style, ils trouvaient que ça lui allait très bien.

      Stan, de son côté, était particulièrement heureux d’avoir enfin quelqu’un à qui parler. Cela le dérangeait un peu au départ, mais il s’y fît assez vite et y prit goût… Tant et si bien que quand le garçon partait, l’entité allait visiter ses autres incarnations et échanger des nouvelles. Peu à peu, le domaine des dieux – dont les portes étaient habituellement fermées et les couloirs déserts – commença à reprendre vie. Tout le monde alla visiter tout le monde… À l’exception de ceux aux portes rouges et blanches, car avec les discussions vinrent les premiers commérages. Et un certain homme en blanc fût très vite la cible de nombre de rumeurs et autres paroles rapportées.

      Ah ça… Les mots ne furent pas tendres, et jamais on ne le vit se plaindre. Certes, c’était aussi et surtout parce qu’il n’était pas au courant des faits extérieurs à son domaine, mais s’il avait entendu dire qu’il était un ruffian de bas étage, hautain et détestable, son ego en aurait pris un sacré coup..

***

      Un beau jour de Mai, alors que les examens commençaient dans un peu plus de deux semaines, Leo se promena dans la rue Sainte-Catherine, écouteurs solidement ancrées dans les oreilles. Alors qu’il se dirigeait vers la Fnac pour voir s’il n’y avait pas une bonne affaire à dénicher, le temps s’arrêta et un portail s’ouvrit à côté du garçon. Stan me convoque ? Le garçon, curieux, sauta dedans et entra dans la maison.

      Ce qu’il y vit le surprit. Stan portait son attirail habituel, avec toujours cette longue veste étrange et ses gants noirs. Mais en plus de cela, l’entité portait des lunettes de soleil rondes et sombres ainsi qu’un chapeau haut de forme noir et, plus surprenant encore, l’homme avait à ses côté un sac en cuir noir assez grand. « Euh… Bonjour ? »

Stan le regarda, souriant. « Ah Leo, tu arrives au bon moment !

– Eh bien, vous m’avez convoqué en même tem… » commença à dire le jeune homme avant d’être interrompu par l’entité, qui se rapprocha de lui, tendant les bras.

« Façon de parler Leo… Façon de parler. » Il l’embrassa. « Mon garçon, j’ai une nouvelle très importante à t’annoncer ! »

      Voyant le sac, le garçon se risqua à une supposition « Laissez-moi deviner… Vous partez en vacances, n’est-ce pas ? »

      Stan se mit à sourire. « Toujours aussi perspicace ! Oui, je pars en vacances quelques temps. Surveiller ton monde, c’est bien beau, mais tu imagines bien que ça devient monotone. » Il posa sa main sur son épaule et lui montra avec son bras toute la maison « Il faut changer d’air, explorer d’autres horizons ! Il y a tellement de… Possibilités. De mondes différents que j’ai envie de visiter…

– Attendez une seconde… Vous voulez dire que vous allez laisser ce monde sans surveillance ? Et qu’en est-il de tous ces gens qui vont mourir ? De… De ma famille ? »

Le dieu se retourna et le regarda brièvement avec une expression d’incompréhension, avant de reprendre ses esprits « Ah ça… Eh bien en fait… Je… Ne t’ai pas dit toute la vérité. »

      Ce fût au tour du garçon d’arborer une expression d’incompréhension. « Hum ? Comment ça ? »

-Eh bien tu te souviens dans le chapitre précédent quand tu avais observé que personne ne venait nous interrompre et que j’ai dit que je n’allais rien dire parce que la partie était trop longue, laissant le lecteur totalement perdu et un peu dégoûté de ne pas avoir la vérité ?

– Euh… Non ? »

Stan fût légèrement déçu devant ce manque de mémoire. « Pour faire simple : je ne surveille et ne m’occupe que des personnes de ta famille. Ce qui est déjà pas mal, vu comment vous avez tendance à vous attirer les ennuis ! »

Leo n’avait pas vu ce retournement de situation venir et était encore plus confus « Mais… Mais c’est encore pire ! Vous voulez dire que vous allez tous nous abandonner juste pour que vous puissiez prendre des vacances !? Mais… Et si il leur arrive quelque chose ? »

      Stan le regarda avec une compassion teintée de pitié. « Leo. Tu sais bien que si jamais il leur arrivait quelque chose, de toutes manières ils ne seraient plus là dans cette réalité. Que je sois là ou non, ça ne change rien, ils n’auraient juste pas de seconde chance dans la réalité où ils ont décidé de prendre des céréales au lieu d’une tartine de confiture. »

      Euh… Okay. Mauvaise analogie. « Oui, mais… »

      Stan l’interrompit sèchement « Pas de ‘oui, mais’ qui tienne ! J’ai envie de me reposer un peu et mon envie d’explorer le monde depuis que tu m’as raconté tes visites en Angleterre n’a eu de cesse d’augmenter ! » Puis il vit le regard effrayé du garçon « Heh ! Moi aussi, j’ai le droit de me reposer, non ? » Puis le choc. L’entité soupira « … Bon ok, je vais tenter un truc, mais juste parce que c’est toi et que je t’apprécie beaucoup ! »

      La divinité fit un vague geste de la main en direction de l’extérieur, puis le garçon vit sa mère sortir du portail. Puis son père, toujours en uniforme de policier. Puis son grand-père maternel, ses grand-parents paternels, sa tante, ses oncles, ses cousins et des personnes qu’il ne reconnaissait pas. Tous se regardèrent dans l’incompréhension la plus totale. Puis Elsa vit son fils à l’entrée de la maison. « Leo ? ».

      Stan demanda poliment au garçon de se pousser et sortit de sa demeure. Lorsqu’il agita son bras, toutes les têtes se tournèrent vers lui. Il bomba le torse et dit de sa voix la plus imposante et solenelle « Mesdames, mesdemoiselles, messieurs. Bienvenue chez moi. Je suis Stan et je suis votre divinité attitrée. Non non, ne posez pas encore de question, je sais comment vous allez réagir – surtout toi Gary, range ce doigt tout de suite – et non, vous n’êtes pas encore mort. » Il se tourna vers Leo et l’invita à se joindre à ses côtés. « Je suis ici avec Leo pour vous annoncer que je pars en vacances. » Une vague de contestation commença à pointer le bout de son nez, mais Stan remit très vite tout le monde à l’ordre en éclaircissant sa voix « Et étant donné qu’il n’y aura personne pour vous surveiller et que Leo est un bon ami – votre fils est charmant Elsa, vous avez bien réussi votre travail – j’ai décidé de vous faire un cadeau. » Il claqua des doigts et une faible lumière rayonna au dessus des têtes de la famille. Certains commençaient à se poser des questions entre eux.

      Leo regarda le spectacle et fût pris d’un doute. Paniqué, il chuchota à l’oreille de l’entité « Vous n’êtes pas en train de les faire Passer quand même !? »

      L’entité tourna la tête vers le garçon « Non, ne t’inquiètes pas, si je les faisais Passer, tu l’aurais vu tout de suite… » Puis, la lumière disparaissant, il déclara « Je viens de vous faire le don temporaire de la manipulation temporelle. » Le silence retomba sur la famille. Archibald, le grand-père paternel de Leo, commença à lever le doigt lorsque Stan reprit « Ainsi, pendant que je m’absenterai et durant les deux mois à venir, dès que vous serez en danger, le temps se mettra automatiquement à considérablement ralentir, histoire que vous puissiez éviter un événement indésiré… Si cela est possible, bien évidemment, car vous imaginez bien que je ne puisse rien faire en cas de crise cardiaque ou bien une quelconque maladie mortelle… »

      Chacun se mit à regarder l’autre et à poser des questions à l’entité. Stan commença à s’impatienter : jamais n’avait-il eu à s’occuper d’autant de monde en même temps. « Bon bah voilà, c’est tout ce que j’avais à dire. Et ne prenez pas la peine d’entamer une conversation avec les autres puisque vous ne vous en souviendrez plus en rentrant chez vous. » Un cousin lointain se mit à huer. « Bon… Je n’ai pas que ça à faire, maintenant, partez. »

      Le portail se mit à s’agrandir et engloutit chaque membre de la famille, qui se dirent précipitamment au revoir. Elsa regarda son fils puis, n’ayant pas trop compris ce qui venait d’arriver, dit « On se retrouvera tout à l’heure Leo ! » Le garçon eut un sourire gêné, puis lui fit un signe d’au revoir. Elle fût aspirée puis le lieu retrouva son calme habituel.

Leo se tourna vers l’entité, qui continua d’observer le ciel étoilé. « Euh… Merci Stan, c’est gentil de votre part. »

Stan le regarda dans les yeux, puis se mit à sourire « C’est moi qui devrait te remercier, puisque maintenant je peux partir explorer le multivers la conscience tranquille ! »

      Le jeune homme le regarda avec un regard toujours teinté de reproche, mais ça ne valait pas la peine de lutter. Il était vrai que la divinité avait mérité son temps de repos et Leo imaginait bien que, comme lui, sa curiosité et son envie de découverte devaient être grandes. Ils rentrèrent dans la maison et s’assirent chacun dans leur fauteuil, vu que techniquement le temps était figé. Ils pouvaient souffler un peu « Au fait, vous partez combien de temps ?

– Hum… Deux mois au maximum. De toutes façons, tu as bien vu que le sort que j’ai jeté sur ta famille ne dure que ce temps-là et j’ai cru comprendre que tu avais des examens à passer, donc mieux vaudrait que tu évites d’avoir à te préoccuper d’autre chose et que tu sois totalement concentré là-dessus ! »

Il avait raison. Peut être valait-il mieux éviter d’avoir à se focaliser sur trop de choses en même temps, aussi tentant cela soit-il que d’aller voir une divinité millénaire quand il le voulait pour apprendre des choses que peu pourraient imaginer apprendre. « Oh et au fait… Comment avez-vous fait pour que ma famille anglaise vous comprenne ? Vous avez une sorte de capacité spéciale ?

– À vrai dire, oui. Je parle Multilingue. Votre cerveau choisit la langue à laquelle vous êtes le plus habitué et traduit de lui-même ce que je dis. C’est très pratique. Dommage que vous ayez perdu cette capacité lors de l’incident de Babel… » 

     Comme… Dans la Bible ? « Vous voulez dire que la Bible est…

– Véridique ? Oui. Peut être pas dans cette dimension, mais ça s’est vraiment passé et ça a malheureusement influencé tous les mondes suite à un accident regrettable… » Il fit une pause, l’air perdu, puis repris une dizaine de secondes plus tard « Je t’ai déjà parlé de la vérité sur les Auteurs ?

– Nope, jamais entendu parler.

– C’est quelque chose de fascinant. Tu sais bien que nous ne vivons que dans un seul plan de réalité parmi une infinité… Eh bien sache que tout le monde en a au moins visité deux en plus du sien, si ce n’est plus, très souvent parce qu’un des Moi les laisse faire. Ils y vivent des aventures particulières et les relatent dans leurs livres une fois rentrés. Ce sont les Auteurs. Bien entendu, du fait qu’ils sont passés par ici, en rentrant chez eux, ils oublieront que tout cela est vrai et ceux qui s’en souviennent n’en auront que de vagues bribes, pensant que cela est dû à leur imagination. Ainsi, les loups-garous, les contes et tous ces recueils de science-fiction sont véritables et se sont déroulés quelque part dans le multivers. Pour qu’un livre soit excellent et réaliste, il faut qu’un Auteur ait fait le Passage. Parfois cela arrive, mais cela n’a pas encore été fait dans ton monde . » Il se versa un verre d’eau ainsi qu’un autre pour Leo « Penses-tu écrire un livre si jamais l’opportunité t’es offerte de le faire ? »

     Le garçon était émerveillé à l’idée que tout ce qu’il avait lu dans sa vie soit vrai et qu’un jour peut être aurait-il la possibilité de visiter ces univers. Il était totalement perdu dans ses pensées, mais répondit un ‘oui’ franc et fort. Puis la curiosité le piqua « Peut-on partir maintenant ? Je veux visiter les autres mondes ! »

      Stan considéra qu’il n’aurait peut être pas du en parler. Il venait d’éveiller la flamme de l’aventure qui sommeillait en Leo et ce n’était peut être pas une bonne chose « Non, pas maintenant. Il faut d’abord que j’aille visiter moi-même ces différents mondes… Et tu as un examen à passer ! » Voyant l’expression dépitée du garçon, il rajouta d’un ton paternaliste « Donc tu vas oublier tout ce que j’ai dit, réviser autant que possible tes matières – d’ailleurs, j’ai remarqué que tu utilisais tes pouvoirs intelligemment, c’est bien – et tu vas avoir ton diplôme. Je me suis bien fait comprendre ? »

      Le garçon hocha la tête, légèrement déçu par ce brutal retour à la réalité.

      Stan finit son verre, le posa sur la table et le fit disparaître en claquant des doigts « Bien… Eh bien je crois qu’il est temps de nous quitter, non ? » Il se leva « Allons-y ! »

***

      Stan se dirigea vers son sac, toujours posé au milieu de la pièce. Il l’ouvrit et lista en silence les choses dont il avait besoin tout en vérifiant qu’elles étaient dedans. Leo se leva à son tour et le regarda faire, intrigué par le fait que ce processus prenne autant de temps. À croire que le sac était en fait une sorte de poche inter-dimensionnelle bien plus grande à l’intérieur qu’elle n’y paraissait de l’extérieur. Et vu qu’il pensait au sac d’une divinité millénaire capable d’invoquer des bouteilles d’eau de nulle part, il y avait 99,99999998% de chances que ce soit ça. « Ce sac… Il est sans fond, non ? »

      Stan s’arrêta de réfléchir et tourna sa tête vers le garçon, un peu irrité à l’idée d’être interrompu de la sorte « Non, c’est un sac comme celui que tu as dans ton dos et je suis juste très lent quand il s’agit de vérifier ce qu’il y a à l’intérieur… » Puis voyant l’expression incertaine du garçon. « Mais bien sûr que ça en est un ! Tu imagines bien que si je pars plusieurs mois en vacances il me faut un sac qui convienne. Et qu’est-ce que tu fiches là encore, tu n’es pas censé aller faire ce que tu étais en train de faire, peu importe ce que c’était que tu faisais ? Bon… Où est-ce que j’en étais moi ? »

      Leo regretta d’avoir posé cette question « Désolé… » Puis après un léger silence « Bon bah je vais y aller alors. »

Sentant la tristesse de son protégé, l’entité se leva et lui dit, avec une pointe de regret « Pardon d’avoir été un peu sec. C’est juste… qu’il ne faut pas m’interrompre quand je réfléchis. Je déteste ça. Dans tous les cas, j’espère que tu réussiras tes examens et que tout se passera bien. Avec le sort que j’ai lancé sur ta famille, tu ne devrais pas avoir à t’inquiéter. Maintenant va, amuse-toi et vis bien, d’accord ? »

      Le garçon se remit à sourire « C’est prévu ! Passez de bonnes vacances et… À bientôt !

– À bientôt Leo. »

     Leo sortit de la maison et passa le portail. Une fois qu’il fût assuré que le garçon n’était plus là, l’entité se dirigea vers sa chambre, où son double attendait, couché sur le lit, lisant le livre sur la vie de Gary Davis. Au vu de la pile posée sur la table, il avait eu un joli stock pour s’occuper en attendant que les choses se tassent. « Il est enfin parti ?

– Oui, ça y est. Et je lui ai dit que je m’absentais quelques mois.

– Ça je l’ai bien entendu, mais pourquoi ne pas avoir dit que j’existais et que j’avais la possibilité de garder un œil sur le reste de la famille ? Ce n’est pas comme si ce n’était pas mon travail à la base. Et en plus, c’est quoi cette idée d’utiliser toute ta magie de la sorte ? Tu ne vas plus pouvoir en utiliser beaucoup avant longtemps ! ».

     Stan savait qu’une telle question allait arriver à un moment où à un autre « J’ai envie de mener une petite expérience pour voir si je ne me suis pas trompé sur le compte de Leo. »

      Le double fût légèrement choqué. Certes, il parlait plus ou moins à lui-même et connaissait sa manière de penser, mais cela ne l’empêchait pas de se voir douter « Tu n’as pas confiance en Leo, c’est ça ? Même après tous ces mois où vous avez pu discuter et sympathiser ? Tu as bien vu que depuis l’incident il n’a pas utilisé ses pouvoirs à de mauvaises fins alors pourquoi douter de lui ?»

      Ce fût au tour de Stan d’être choqué. Dire qu’il n’avait pas confiance en Leo était une vérité assez dure à entendre de la bouche de quelqu’un d’autre, encore plus de lui-même ! « Eh bien… Pas totalement. Tu imagines bien qu’il n’a pas exploité ses pouvoirs principalement parce que j’étais là pour le surveiller… J’ai envie de savoir s’il est un garçon spécial ou quelqu’un de normal, qui, lorsqu’une figure d’autorité tourne la tête, décide de braver les interdits. »

Le double était perplexe. Il se leva de son lit et marcha en direction de Stan. Il posa sa main sur son épaule. « Et que comptes-tu faire si jamais il lui arrive de braver les interdits ? Lui enlever ses pouvoirs ?

– Eh bien en fait… Oui. »

     Jamais un Stan ne fût autant effrayé en entendant ce simple mot. Le double ouvrit le bouche pour répliquer, mais n’y arriva pas avant quelques secondes « Tu… Sais ce que cela impliquerait ! Comment oses-tu penser à une chose pareille ? As-tu ne serait-ce que pensé aux conséquences que cela aurait sur sa vie !? C’est de la folie !

– Tu penses bien que j’y ai pensé. Pas qu’une fois en plus. Et c’est pour cela que je pars. Il me faut trouver un endroit décent pour le purifier. Puisque si ma théorie est bonne, si jamais il devient pur, il pourra utiliser ses pouvoirs comme bon lui semble ! Cela ne vaudra-t-il pas le coup sur le long-terme de faire ce petit sacrifice ? »

     Le double était perplexe, mais comprenait les motivations de l’homme. « Je vois… Alors tu t’es vraiment attaché au garçon. » Puis après un long silence « Et où comptes-tu aller ?

– À l’endroit le plus approprié. »

     Stan enleva ses gants puis son manteau sous le regard craintif du double, qui savait ce qu’il y avait dessous « Que fais-tu ? »

      Stan se mit à sourire « Je finis de me préparer. » Il fit un geste de la main, et fit apparaître un nuage noir qui l’enveloppa intégralement. Le double tendit le bras pour essayer de l’arrêter, mais se retint de le toucher, de crainte d’être à son tour affecté.

      Le nuage disparût et Stan regarda son double, dont l’expression mélangeait peur et fascination « Alors ? De quoi ai-je l’air ? »

      Le double sortit de sa torpeur, puis sourit après l’avoir observé de bas en haut « Pas mal… Pas mal du tout ! »

      Ce fût au tour de Stan de sourire « Bon eh bien vu que c’est moi qui le dit, c’est que c’est vraiment bien. » Il sortit de la chambre, trouva le miroir le plus proche, puis se remit à sourire « Ah oui en effet ! Vraiment pas mal ! » Il enleva son chapeau haut de forme, continua de se contempler quelques secondes et se dirigea vers sa valise, qu’il ramassa. Il se tourna vers son double, qui était resté dans l’encadrement de la porte de la chambre pour contempler le spectacle « Bon, il est temps d’y aller ! Je te rends les clés de ta maison. Veille bien sur Leo et si jamais quelque chose de très mauvais arrive, n’hésite pas à venir me chercher, compris ? »

      Le double fit un signe approbateur de la tête « Pas de soucis ! Allez, va t’amuser ! Mais sache que quand tu en auras fini, ce sera à mon tour de partir explorer le multivers, ok ?

– C’était prévu de toutes façons… Allez, à plus ! » Il se dirigea vers la porte menant au couloir infini, l’ouvrit et sortit.

***

      Deux semaines chargées de révisions passèrent. La tension monta peu à peu jusqu’à atteindre son pic deux jours avant la première épreuve. Et si je me ratais ? Qu’en adviendrait-il de moi ? Leo se monta la tête pour un rien et devint extrêmement nerveux. Certes, il savait qu’il avait ses chances en langues étrangères et en sciences, mais la littérature et la philosophie le tracassaient sans cesse. Il avait relu les quatre œuvres de l’année entre trois et cinq fois chacune, relu ses notes de multiples fois – arrêter le temps par tranches de vingt minutes lui avait été particulièrement utile – et tenté de comprendre en vain ses cours de philosophie. Ces notions étaient tellement abstraites et ses notes tellement mauvaises à cause de son professeur qu’il s’était même acheté ‘Le Bac Philo pour les Nuls’ dans l’espoir de démêler ce sac de nœuds.

       Sa mère tenta de dédramatiser la situation et avait de plus en plus de mal à contenir son stress. Elle lui raconta de nombreuses fois qu’il n’avait pas à s’en faire et que le bac était de toutes façons bien plus facile qu’il ne voulait le croire, mais rien n’y faisait. Leo eu bien trop de mal à dormir et passa le lendemain dans un état de crispation extrême, tant et si bien qu’il tomba le soir dans son lit et s’endormit immédiatement, épuisé.

      The Road of Trials se lança à 6h15 le matin du premier jour d’examens. Leo avait très mal dormi (il se réveilla en sursaut à 2h31 lorsqu’il rêva qu’il ne reçut pas son diplôme et ne pût se rendormir avant 3h13), mais suffisamment pour ne pas se sentir totalement dénué de ses fonctions cognitives. Le garçon se mit à sourire en écoutant le morceau jouer et en se rappelant du sens du titre. La route des épreuves. Ça collait bien ! C’est le grand jour aujourd’hui et je ne vais pas me louper ! Le morceau l’avait surmotivé. Il s’habilla rapidement, et alla dans la salle à manger pour préparer son petit déjeuner. À sa grande surprise, ses parents étaient déjà réveillés et discutaient de tout et de rien. Ils s’arrêtèrent, saluèrent leur fils, puis ils mangèrent ensemble. Au fur et à mesure du repas, le stress revenait pour s’emparer de Leo, qui commença de nouveau à douter de lui et se plaindre lorsque sa mère lui demanda joyeusement s’il était prêt à attaquer les épreuves. Elle fronça les sourcils, puis dit « Roh, mais ne t’inquiètes pas ! Tu as révisé bien comme il faut, non ? »

      Leo regarda son bol désormais vide et commença « Oui, mais…

– Eh bien il n’y a pas de ‘mais’ qui tienne ! Si tu as correctement travaillé, tu devrais t’en sortir sans problème. Et même si on sait que tu n’aimes pas vraiment la philo, qui sait ? Tu tomberas peut être sur une question toute simple ! N’est-ce pas chéri ? » Dit-elle en s’adressant à son mari.

« Euh, eh bien oui, c’est tout à fait possible. Et quand bien même tu te raterais, tu te rattraperas avec les autres matières n’est-ce pas ? Et au vu de ta moyenne sur l’année, tu n’as pas beaucoup de points à obtenir ne serait-ce que pour avoir le diplôme, c’est jouable ! »

      Le garçon n’était pas convaincu, aveuglé par sa hantise de l’échec « Ouais… On verra bien. » Il se leva de table et partit dans sa chambre pour finir de se préparer, sous le regard inquiet de ses parents.

      Alors qu’il était en train de finir de mettre ses affaires dans son sac, Elsa entra, prit son garçon dans ses bras et lui murmura. « Je sais que c’est difficile pour toi, mais sois calme et ne panique pas. Tu es mon fils, tu n’es pas idiot et je sais que tu vas y arriver. » Elle s’écarta légèrement « Et quand bien même tu te raterais, ton père a raison. Tu as une très bonne moyenne et le diplôme est plus ou moins déjà en poche, donc no stress, okay ? » Le sourire de sa mère rassura Leo, qui enfin se mit à sourire. « Bien. Maintenant tu vas aller là-bas et montrer aux correcteurs qui est-ce qui mène la danse !

– J’y compte bien ! » Toutes les peurs du garçon avaient disparu en un instant. Il était prêt à attaquer l’épreuve et la mettre en pièces pour trouver comment la passer. À sa grande surprise, ce fût son père qui le conduisit sur les lieux de l’épreuve et à 7h30 il arriva devant le lycée.

Au moment de descendre de la voiture, son père lui dit un au revoir chaleureux « Bon courage fiston. Et n’oublie pas : évite de t’arrêter une fois que tu as commencé à écrire. Quatre heures, ça passe vite ! »

      Une pensée traversa le garçon. Et si… « Ne t’inquiètes pas Papa. Je pense que ce ne sera pas le temps qui me manquera. » Il se mit à sourire.

      « Ça roule ! Tu rentres en bus à la maison, c’est ça ?

– Yup ! See ya later and have fun at work ! » Dit-il avec une petite pointe de malice dans la voix.

Son père grogna. « Urgh… See ya later son. » La voiture repartit et Leo se dirigea vers le lieu d’examens. Il allait réussir, cela ne faisait aucun doute…

***

      Lucy était le plus heureux des hommes… Bon ok, remplacez ‘Lucy’ par ‘Lucien-Ferdinand’ et ‘hommes’ par ‘entités’ puis accordez le tout au féminin puisque entités est un nom commun féminin et vous aurez quelque chose de plus fidèle à la réalité que cette phrase d’introduction, qui malgré son étrangeté a une certaine classe.

      Bref, l’entité était heureuse. Pourquoi ? Tout simplement car aujourd’hui marquait le Grand Jour. Le jour où Leo Davis allait devenir suffisamment pur pour avoir le droit de connaître le rituel de Passage, qui lui permettrait d’éveiller ses pouvoirs dormants. Lucy avait passé ces derniers mois à analyser l’âme du garçon et avait déduit qu’il allait recevoir les meilleurs types de pouvoirs possibles et imaginables : ceux de la télékinésie et de la manipulation temporelle. Il ne lui reste plus qu’une bonne action à faire et il sera en mesure de Passer ! Cette pensée réjouit l’entité, qui pour l’occasion avait revêtu son costume le plus blanc et le plus parfait de sa garde-robe et retravaillé sa coupe de cheveux pour être encore plus resplendissant qu’à l’accoutumée. Le ciel dehors était radieux et le jardin parfaitement ordonné. Oui, tout était parfait…

***

     Leo entra dans la salle où il allait passer son examen. Celle-ci était assez grande et haute de plafond. Les bureaux étaient impeccablement arrangés en rangées droites et ordonnées, et au coin de chacun y était collé une étiquette au nom de chaque candidat. Malheureusement pour Leo, les murs étaient blancs et froids et les fenêtres trop hautes pour donner un bon aperçu du monde extérieur. Le garçon n’aurait aucun moyen de souffler en regardant le monde extérieur donc. Son anxiété commençait peu à peu à revenir, mais il était devant le fait accompli. Plus moyen d’y échapper, et quand bien même il aurait aimé, cela aurait été impossible.

      Il prit son stylo plume ainsi qu’un effaceur, un crayon à papier et une gomme, puis alla déposer son sac près du bureau des examinateurs.

      « Vous n’oublierez pas de prendre votre justificatif d’identité ainsi que de laisser votre téléphone portable dans votre sac avant d’aller à votre place, merci. » Woops. Leo avait oublié d’éteindre son téléphone et corrigea son erreur dans l’instant. Il le déposa dans son sac et en profita pour mettre la main sur sa carte d’identité, après quoi il vérifia où se situait sa place. Heureusement pour lui, il remarqua qu’il fût situé tout au fond de la pièce, un peu avant la dernière place à côté de la porte. Si jamais le besoin se manifestait, au moins je ne me ferai pas remarquer.

      Il observa ses alentours et remarqua qu’il ne reconnaissait pas une bonne partie des autres participants. Ils devaient provenir d’autres établissements, autrement il les aurait reconnu de visu. Il vit quelques uns de ses camarades de classe s’installer et leur fit un signe amical lorsqu’il tournaient la tête en sa direction. Sans prononcer un mot, il leur disait ‘bon courage’, puis il regarda l’heure. Dans cinq minutes, l’épreuve allait officiellement commencer. Le jeune homme sentit son estomac se nouer…

***

      Lucy était assis sur son fauteuil en plastique, consultant en temps réel la vie de son protégé sur son ebook. Ce Leo-là ne passait pas d’examens, car il avait déjà sauté de nombreuses classes et était considéré comme un jeune prodige. Et comme tout bon prodige qui se respectait, il était déjà debout aux aurores et était en train de faire le peu de vaisselle qu’il y avait à faire pour éviter à sa mère de le faire. Il lui raconta encore une fois comment il avait réussi à sauver toute une famille pauvre d’un bâtiment en feu à la seule force de ses mains et d’une serviette de bain humidifiée.

      Lucy se mit à sourire, mais une chose le taraudait : comment faire passer le garçon si jamais il ne mourait pas ? Car même s’il fréquentait le danger quasi-quotidiennement, il n’avait que très rarement connu le malheur de faire une erreur fatale. Dans un sens, cela était rassurant, car cela montrait à quel point il était parfait. Mais à moins de manquer de chance, il ne serait pas prêt à aider l’humanité sur une plus grande échelle avant un bon bout de temps… Peut être fallait-il forcer le destin, se demanda l’entité. Mais cela ne serait-il pas contre les règles d’intervenir ? Quelles en seraient les conséquences ? Et si…

      Il se leva et se dirigea vers une grande table, d’où il fit apparaître un hologramme représentant la rue Sainte-Catherine. Il créa une simulation où il plaça une vieille femme traversant la rue, un camion de transport de marchandises et Leo. Si jamais le camion fonçait sur la grand-mère devant les yeux de Leo, son instinct devrait le pousser à la sauver. Avec un peu de chance, la grand-mère sera sauvée et lui connaîtra un triste sort, faisant que non seulement je l’aurai purifié avec cet acte de bonté ultime, mais en plus il pourra arriver ici et je pourrai le faire Passer ! Lucien-Ferdinand, tu es un génie !Satisfait de lui-même, il s’empressa de mettre son plan à exécution et commença à insérer des idées dans les esprits des trois protagonistes. Restait plus qu’à attendre que les pièces se mettent en place et laisser le spectacle se faire…

***

      7h56. La tension était à son comble. Leo regarda nerveusement les surveillants distribuer les copies et les sujets d’examen, soigneusement posées de sorte à ce que rien ne soit visible. À 7h58, un des surveillants arriva devant son bureau et déposa le sujet sur la table de façon la moins cérémonieuse possible. La tentation de regarder la question qui allait occuper son esprit durant les 4 prochaines heures était grande, mais il se retint. Il n’était pas question de se prendre une pénalité aussi près du début.

      Puis vint le moment fatidique. 8 Heures. L’homme le plus âgé assis au bureau regarda sa montre puis déclara d’une voix solennelle « Vous pouvez désormais commencer. »

      Au même moment, tous les élèves dans la salle consultèrent leur sujet. Le bruit du papier raclant la table au moment d’être retourné retentit dans toute la salle et Leo entendit le grognement de certains de ses camarades. Les doigts tremblant, il retourna la feuille contenant le sujet. Son cœur s’arrêta l’espace d’un instant. Il analysa les trois sujets et au bout de dix minutes, il considéra le premier : ‘Science et conscience peuvent-elles être compatibles ?’ Après tout, les autres sujets étaient tout aussi cryptiques. Il se mit à réfléchir et nota toutes ses idées sur son brouillon. Allez, je vais y arriver ! Il s’attela à la tâche, motivé. Je vais y arriver !

***

     Je ne vais pas y arriveeeeeer ! Quarante minutes passèrent et Leo fût dans un état proche du désespoir. Sa feuille était restée désespérément blanche tandis qu’il avait dû demander trois fois une feuille de brouillon, car elles n’avaient de cesse d’être remplies de mots balancés à tout va et sans signification particulière. L’une d’entre elles, cachées, comportait même un dessin d’un petit bonhomme en fil de fer tentant de se pendre avec l’élastique d’une chemise en carton. Leo remarqua l’heure. 8H42. Ça ne va pas ! À ce rythme j’aurai perdu trop de tem… Puis lui vint l’illumination. Roh et puis merde ! Aux grands maux, les grands remèdes. Je ne voulais pas en arriver jusque là, mais je n’ai pas le choix, si ? J’arrête tout !

      Le temps se figea autour de lui. Il fût tenté de prendre son sac et prendre son livre ‘Le Bac Philosophie pour les Nuls’ – un de ces faux cadeaux de Noël que ses parents adorent lui faire pour rigoler – pour revoir les notions en rapport avec le sujet et pouvoir s’aider, mais ne considéra pas cela comme une solution viable. Son fort sens de la morale le lui interdisait. Au moins je vais gagner un peu de temps comme ça. Il prit sa montre en argent, l’ouvrit et la posa sur le bureau pour surveiller sa jauge de magie.

      Les quinze minutes qui suivirent furent consacrées à de la prise de notes et un peu avant de remettre sa montre dans sa poche de pantalon, il eut enfin une idée à peu près précise du plan de sa dissertation. Il relança le temps, confiant, et en dehors d’un surveillant qui remarqua un certain changement, personne ne fit attention au garçon qui avait pas mal roussi.

***

      10h59. Lucien-Ferdinand regardait son poste de télévision avec une attention particulière. Braqué sur le croisement de la rue Sainte-Catherine, il vit une vieille femme marcher d’un pas relativement agité d’un côté et de l’autre un Leo Davis à l’air serein et confiant. En effet le garçon ne sût pas pourquoi il lui prit l’envie d’aller en centre-ville, mais il sentait qu’une action héroïque l’attendait quelque part dans le coin.

      Au bout de la route donnant sur la cathédrale de Bordeaux, un camion de transports de marchandises venait de passer au vert et s’était mis à accélérer. Il avait perdu énormément de temps dans les bouchons sur la rocade et avait déjà vingt minutes de retard sur sa livraison.

      La vieille dame n’était plus qu’à vingt mètres du croisement tandis que Leo en était à une trentaine de mètres. Lucien-Ferdinand avait préparé un sachet de pop-corn et en mangeait par grosses poignées sans jamais quitter l’écran des yeux. Dans une minute il allait enfin pouvoir faire Passer quelqu’un. Il attendait ce moment depuis si longtemps qu’il avait compté les minutes depuis le début de la matinée.

      Plus que quelques secondes. La vieille femme venait de traverser les rails du tram et s’apprêtait à traverser la route. Étonnamment pour elle, elle ne la regarda pas et se mit à traverser. Le chauffeur, tellement préoccupé par son retard, ne vit pas la femme commencer à traverser et continua sa route à un bon 35km/h. Leo vit la femme traverser sans regarder et se mit à craindre le pire. Il n’était qu’à une dizaine de mètres de la scène lorsqu’il se mit à courir sans se retenir.

      Le chauffeur n’était plus qu’à une dizaine de mètres de la femme lorsqu’il vit un jeune homme courir vers elle et se placer en plein milieu de la route. Le garçon poussa la dame, qui tomba en arrière, puis il se tourna pour voir le chauffeur, qui, paniqué, appuya sur le frein avec autant de force qu’il le put. Lucien-Ferdinand avait arrêté de mâcher du pop-corn et retint son souffle. Oui, oui, oui, oui, oui !

      Puis vint l’impact.

      Ouuuuiii !!! Le corps de Leo fût projeté sur trois mètres et frappa le sol avec grand fracas. Les passants se mirent à courir vers le garçon et la vielle femme et commencèrent à composer le numéro des urgences. La vieille femme se releva et lorsque Leo la vit, il se mit à sourire, avant de fermer les yeux et lâcher un dernier souffle.

***

      « Il vous reste une heure ! »

      Leo regarda d’un air désabusé le surveillant le plus âgé et regarda de nouveau sa copie. Il avait essayé par tous les moyens, mais n’avait pu écrire que deux pages. Malgré les quelques moments de répit qu’il s’accordait lorsqu’il sentait que suffisamment de temps s’était écoulé entre chaque utilisation de sa magie, il n’avait pu correctement écrire. Tous les signaux d’alarme de son cerveau s’étaient allumés et il avait l’impression que ce dernier avait décidé de sauter en parachute après avoir touché un iceberg. Il cacha son visage derrière ses mains et commença à tirer sur ses cheveux. Aaaargh, je ne vais pas y arriver ! C’est foutu, ma note va être super mauvaise et je vais pas avoir mon diplôme ! Ma vie est finie !Tout bon sens avait désormais fini par le quitter. Si seulement je pouvais remonter le temps et me retrouver je sais pas moi, ne serait-ce qu’à 7h40 comme ça j’aurais au moins quinze minutes pour revoir mes notions et réussir ce foutu truc !

      Une brise fraîche lui caressa le visage. L’air pur et le son de nombreuses voix le sortirent de sa torpeur. Il retira ses mains et constata qu’il était devant les portes du lycée, à moitié accroupi. Que ? Qu’est-ce que ?Il regarda à droite et à gauche et vit quelques lycéens le regarder bizarrement. Oh non…Il regarda sa montre : 7h40. Woops.

***

      Lucien-Ferdinand n’attendit pas pour ouvrir la porte de sa maison à Leo Davis, le garçon qui allait Passer ! « Ah, Leo ! Content d’enfin pouvoir te revoir ! »

      Le garçon s’avança vers l’homme en blanc et demanda « Où suis-je ? Est-ce que je suis mort ? »

      L’entité s’avança et vint lui serrer la main. « Oui en effet, tu es mort et c’est une excellente chose. Lucien-Ferdinand, à ton service ! Tu peux m’appeler Lucy si tu veux. »

      Le garçon fût quelque peu choqué « C’est… Une bonne chose ? Et comment est-ce que je vais pouvoir aider les autres ? Et la vieille dame ? »

      Lucy l’interrompit « Oui oui, elle va bien ! Allez, entre, j’ai une excellente nouvelle à t’annoncer. »

Leo suivit l’entité dans la maison après s’être convenablement essuyé les pieds sur le tapis à l’entrée puis, sur invitation de son hôte, s’installa dans le fauteuil en plastique. « Je vais la faire rapide : j’ai mis en scène ta mort afin que tu puisses venir ici pour obtenir des pouvoirs magiques. »

      Le garçon regarda le dieu avec des yeux ronds « Vous… M’avez tué !?

– Non… Enfin oui, mais c’est parce que tu étais quelqu’un de quasi increvable et pour que tu puisses obtenir des pouvoirs, il fallait que tu passes me voir, donc il fallait que tu meures pour pouvoir aider les autres. C’est pas compliqué, non?

– Mais… Mais… Et comment je peux aider les autres si je suis mort !?

– Bah c’est bien simple banane : je te ramène dans ton monde après !

Le garçon n’aima pas ce ton condescendant et ce manque de clarté. « Vous n’auriez pas pu le dire plus tôt, espèce de sot ? Je ne savais pas que Lucifer était un crétin fini !

      Yeouch !Lucy prit très mal ce revirement de ton, puis après un certain silence, il entendit de la bouche de son invité « Je… Suis désolé d’avoir dit ça… Mais vous auriez pu mieux expliquer aussi. »

      Il était vrai qu’il ne l’avait pas volé « Non, non, ce n’est rien. C’est à moi de m’excuser, je me suis mal expliqué, j’étais sous le coup de l’émotion. Imagine un peu : tu vas être une personne qui va rendre mon monde parfait encore plus parfait ! D’ailleurs, si tu veux bien, on va faire le Passage tout de suite, comme ça ce sera fait et tu pourra sauver ta grand-mère sans soucis, ok ? »

      Le garçon hocha de la tête malgré une légère réticence. « Bien parfait, alors commençons ! » Lucy invita le garçon à se lever et à ce mettre en face de lui.

      L’entité leva son bras et en fit sortir une boule de lumière. Il la lança sur le garçon, puis tous deux attendirent. « Ça… Ça a marché ?

– Bah j’en sais rien… C’est vous qui faites le truc, pas moi.

– Mais où sont les explosions de lumière, les réactions du corps du sujet qui fait des ‘oooh’ et des ‘aaaah’ ?

– Le seul ‘aaaah’ que je ferai, c’est que lorsque je me rendrai compte que vous m’aurez fait perdre mon temps… »

L’entité observa le garçon sous tous les angles « Il… Ne s’est vraiment rien passé ? » Le garçon haussa des épaules. « Essaye de faire bouger mon fauteuil avec ton esprit pour voir ? »

Leo se concentra de toutes ses forces sur le fauteuil pendant une trentaine de secondes, mais rien n’y fit. Il ne bougea pas d’un millimètre. « Nope. Pas possible.

– Bon euh… Réessayons. » L’entité invoqua une nouvelle boule de lumière et l’envoya sur le garçon. « Ok, ça devrait être bon. »

     Leo retenta de faire bouger le fauteuil, sans succès. « Je pense qu’il faudrait que vous arrêtiez de mentir. Ça ne se fait pas de se moquer d’un homme qui vient tout juste de mourir…

– Non mais attends quelques minutes, ça va peut être faire effet. Tiens, assieds-toi et boit un verre. » Il claqua des doigts et fit apparaître une bouteille dont il versa le contenu dans un verre qu’il invoqua. Pourquoi est-ce que ça ne marche pas ? La dernière fois que j’ai vérifié, aucun Leo Davis n’est Passé donc… Puis il repensa à sa rencontre avec Stan. Il était parti assez précipitamment après que… Oh non. Nononononononon, ne me dites pas que…

     Lucien-Ferdinand se précipita vers la porte menant au couloir, sous le regard inquiet du garçon « Reste ici et fais ce qui te plaît. » Il sortir, referma la porte et, se parlant à lui-même d’un air furieux « J’ai une affaire urgente à régler ! »

***

     Pendant ce temps, dans la dimension abandonnée par le bachelier :

      Encore une journée placée sous le signe du calme plat. Stan regarda par la fenêtre et en dehors d’une étoile qui brillait particulièrement fort, il n’y avait rien à signaler. Il s’assit sur son fauteuil puis alluma la télévision. Programme de téléréalité inintéressant, programme de téléachat, journal télévisé d’un régime corrompu scandant des messages nationalistes, clips de musique pop formatée… Diantre que ce monde mériterait d’être amélioré. Si seulement Leo pouvait utiliser ses pouvoirs pour le bien et ne pas avoir peur d’hommes stupides et ignares, peut être pourrait-il un jour devenir un héros et instiller un peu de bon goût chez ces gens-là.

      Puis une chaîne américaine le fit s’arrêter. « Nous interrompons notre programme en raison d’un incident technique survenu dans nos bureaux New-Yorkais. » Inquiet, Stan zappa sur une chaîne californienne « Nous recevons des images d’une grande explosion blanche survenue il y a quelques secondes à New-York. Tout communication a été interrompue… Attendez un instant. Notre correspondant dans le Colorado a des images à nous montrer. Conan, c’est à vous ! »

      Ce que Stan vit ne le rassura pas. Une vague de lumière blanche fonçait à grande vitesse sur les reporters, qui furent engloutis en moins d’une minute. La présentatrice commença par lâcher des explications rationnelles avant de paniquer en entendant quelque chose dans son oreillette. Une minute plus tard le signal de la chaîne fût coupé.

Le dieu jeta un œil à la fenêtre et mit peu de temps à comprendre que ce que son double lui avait raconté était en train de se reproduire et que l’étoile qui brillait fortement n’était autre que la Terre. Cette lumière allait l’engloutir si jamais il ne sortait pas immédiatement ! Il se leva de son fauteuil et vit la bibliothèque, dont les livres se transformaient les uns après les autres. Mais ce n’était pas le moment d’être diverti par ce spectacle : dans un peu moins de cinq minutes, sa maison allait être attaquée par le rayon et il devait sortir pour en contenir ses effets et éviter au multivers d’être affecté.

      Il ouvrit la porte menant vers le couloir et la referma hâtivement derrière lui.

      « STAAAAN !!! »

       Une voix furieuse avait rugi à une centaine de mètres à gauche de l’entité. Stan regarda dans cette direction et vit l’homme en blanc lui foncer dessus. « Eheheh, salut, ça va ? »

       Lucien-Ferdinand fonça sur l’homme en noir et le prit par le col « Comment as-tu osé faire Passer Leo Davis !? Il m’était destiné ! À moi et à personne d’autre ! »

      Stan le regarda. Ah oui, c’est cet hurluberlu du chapitre 1. « Euh… Ce n’est probablement pas le moment de parler de ça… »

      Lucy l’arrêta net « Oh que si, c’est le moment parfait pour ça. Tu viens de m’empêcher de faire Passer mon protégé alors que je venais de faire exprès de le rendre totalement pu… » Il s’arrêta à son tour.

      Stan fût choqué « Tu as fait quoi !? »

      L’homme en blanc fût embarrassé. « Euh… Rien, rien, je ne suis pas intervenu dans les affaires des hommes, ni n’ai volontairement tué mon protégé pour… Woops.

– QUOI !? Pourquoi ne l’as-tu tout simplement pas invoqué de manière classique !? Tu savais pas que tu pouvais faire ça ? Je ne savais pas que Lucifer était un crétin fini ! »

      Lucy leva un doigt et ouvrit la bouche pour émettre une objection « Euh… » Il la referma puis baissa le doigt, incapable de répondre. Il aurait pu dire qu’il avait oublié sur le moment, mais cela aurait été bien plus embarrassant. Un long silence s’ensuivit. Une des lointaines incarnations des deux entités passa dans le couloir « Salut Stan ! » Puis voyant l’homme en blanc « Salut… Toi… »

      Lucien-Ferdinand ne comprit pas, mais fût énervé par le ton condescendant de son collègue « Qu’est-ce que tu me veux, toi ? »

       Puis remarquant enfin que l’un était en train de passer à un savon à l’autre, l’entité prit peur « Nonon, rien ! » Puis s’enfuit en courant.

      Le silence régna le temps que Lucy reprit ses esprits, puis profita de cette ouverture pour recentrer le débat sur quelque chose qui l’avantagerait « Comment as-tu osé me voler mon Leo ! J’allais rendre mon monde encore plus parfait ! »

      C’est vrai que j’ai été un peu égoïste à l’époque. Embarrassé, Stan leva son bras droit pour se gratter le derrière de la tête et rigola « Eh bien en fait… »

      Lucy remarqua la main gantée de son double lointain, puis, de son bras qui était libre tenta de l’attraper. Stan tenta de se débattre « Ah non ! Ça on n’y touche paaaaa…ack ! »

      Lucy avait réussi à arracher le gant puis vit avec effroi ce que la main de Stan était devenue. Il relâcha sa victime puis pointa la main du doigt « Tu… Tu… »

      Stan, énervé, lui répondit « Oui, j’ai merdé en faisant Passer le garçon et en voici le prix ! »

      Le regard de Lucy se dirigea ensuite vers la porte menant aux appartements de Stan, puis constata que non seulement elle était noire, mais qu’une tâche rose commençait peu à peu à se répandre. « Que… Qu’est-ce que c’est que ça !? »

      Stan tourna la tête vers la porte. Oh merde, j’avais oublié ! Et lorsqu’il tenta de dire un mot, Lucy se dirigea vers elle, puis l’ouvrit. Ce qu’il y vit l’effraya encore plus « Mais qu’est-ce que c’est que… çaaAAAAH !!! »

      Sans crier gare, il fût aspiré à l’intérieur de l’appartement. Stan, horrifié, n’attendit pas une seconde pour agir. Il utilisa toute la magie qui était à sa disposition pour fermer la porte et contenir la menace lumineuse.

       Pendant quelques minutes l’entité se concentra sur la porte, sachant que les vies de tous les univers en dépendaient. Une musique épique jouait dans la tête du dieu, qui se voyait comme l’être le plus important du multivers à ce moment précis.

« Salut Stan ! Ça va ? »

      Lors de la troisième minute de lutte, une des incarnations de Stan déambula dans le couloir et cassa le semblant de tension qui était en train de prendre forme.

« Ouais tranquille, merci Manu ! »

      Puis elle continua son petit bonhomme de chemin, insensible au venin que Stan avait injecté en masse critique dans sa phrase.

      Et ce fût au bout de six longues et intenables minutes que la lumière se mit à faiblir, puis disparût. L’entité posa sa main sur la poignée de la porte lorsque celle-ci s’ouvrit d’elle même. De l’autre côté, Lucien-Ferdinand. Se tenant debout et immobile, son regard était vide. On sentait une certaine dévastation dans son regard… Et pour cause, son apparence n’était plus aussi parfaite : ses oreilles se dressaient en hauteur au dessus de sa tête, blanches et touffues. Son museau blanc arborait de longues et majestueuses vibrisses ainsi qu’un petit nez tout rose et tout mignon. Son costume anguleux avait laissé place à un costume blanc assez classique, mais toujours bien classe tandis que ses chaussures blanches avaient étonnamment grandi et grossi. Enfin, ses mains étaient plus ou moins les mêmes qu’avant bien qu’un peu plus grosses et couvertes de poils blancs.

      Stan fût choqué de voir à quel point la transformation avait été radicale, mais à peine eut-il commencé à sourire que le lapin blanc se mit à parler d’un ton blasé « Ne t’avise même pas de rire ! »

      Son sourire s’élargit malgré lui et Lucien-Ferdinand le prit très mal. « Arrête. S’il te plaît. C’est déjà assez difficile comme ça à accepter alors stop ! »

      Puis Stan explosa de rire. Furieux, Lucy sortit de la pièce pour entrer dans le couloir, poussa Stan et partit vers ses appartements « Tu me le paieras, je t’en fais le serment Stan ! »

      Stan continua de rire puis lâcha « À plus… Mon gros lapin !

– MERDE ! » Lucien-Ferdinand accéléra le pas et disparût de la vision de l’homme en noir.

Après s’être remis de ses émotions, Stan remit son gant, regarda à gauche, puis à droite, puis partit d’un pas innocent en quête de la porte où l’attendrait son nouveau double ainsi que le voyageur temporel.

***

      En parlant du voyageur temporel, Leo venait de se rendre compte qu’il avait désormais un quart d’heure devant lui pour lire son livre de philosophie et revoir les notions liées au sujet qu’il étudiait. Relisant les pages, tous les souvenirs de ses relectures passées lui revinrent. Le stress qu’il ressentait quelques minutes plus tôt avait entièrement disparu et il mémorisa bien plus facilement les différentes pistes proposées.

      Voyant qu’il ne lui restait plus que deux minutes avant d’entrer dans la salle d’examens, il décida d’arrêter le temps une dizaine de minutes supplémentaire, histoire de bien relire tout ce qui était nécessaire à sa dissertation. Au point où j’en suis, de toutes façons, je n’ai pas grand chose d’autre à craindre…Et connaître le sujet de son examen était-il forcément synonyme de triche ? Bof, non.Pour le coup, c’était involontairement prendre avantage des outils qui étaient à sa disposition et qu’est-ce que tricher si ce n’est qu’une notion perçue subjectivement par les autres. Leo laissa toutes ses appréhensions de côté puis se dit que peut être avoir un bon diplôme l’aiderait mieux à sauver le monde à l’avenir… Donc dans un sens c’était peut être un moindre mal destiné à bénéficier au bien de tous !

      Après s’être assuré d’avoir toutes les clés en main pour réussir son examen, Leo entra sereinement dans la salle sous les regards curieux des autres candidats et surveillants, qui voyaient débarquer un garçon aux cheveux roux/noirs/bruns. Il remarqua qu’il attirait l’attention et adressa un sourire gêné à ses observatuers lorsqu’il se rendit compte que peut être utiliser ses pouvoirs plus de dix minutes n’était pas une si brillante idée. Il déposa ses affaires à côté du bureau des surveillants puis alla naturellement vers sa place sans faire mine de la chercher.

      Lorsqu’il fût assis à sa place, il vit que certains de ses camarades de classe le regardaient bizarrement et faisaient des signes interrogatifs en pointant du doigt leurs cheveux. Il articula les mots « C’est la mode au Japon. ». La réponse fût accueillie par des regards perplexes, mais rapidement ses camarades regardèrent devant eux car il était bientôt l’heure de regarder les différents sujets.

      À 7h58, Leo reçut ses feuilles de brouillon, ses copies-doubles ainsi que la feuille contenant le sujet d’examen. À 8h, l’examinateur le plus âgé déclara l’ouverture des hostilités et à 8h05 Leo avait déjà noté la plupart des notions et notes qu’il avait mémorisé plus tôt. À 8h13, le plan était déjà établi et il commença à sereinement écrire sa dissertation.

***

      Au domaine des dieux, Leo Davis attendait patiemment le retour de son  »’bienfaiteur »’. Il alluma la télévision, s’assit sur un canapé et regarda les différents journaux télévisés, où l’on déclarait avec tristesse son décès. Car depuis ces 18 dernières années, le garçon avait sauvé de nombreuses vies et aidé de nombreuses personnes à trouver leur voie ou bien sortir des éventuels problèmes dans lesquels ils se seraient fourrés. Leo prit le seau de pop-corn à moitié entamé et en prit quelques poignées lorsqu’il entendit la porte menant au couloir s’ouvrir.

Il se retourna et vit un grand lapin blanc en costume-cravate arriver, haletant et poussant des râles, furieux. « Ne pose pas de questions mon gars, je ne suis pas d’humeur !

– Lucifer ? » Leo venait de se rendre compte qu’il s’agissait bel et bien de son hôte, en un peu plus poilu. Il se mit involontairement à sourire.

Lucien-Ferdinand eut un léger spasme « Ne… M’appelle pas comme ça, s’il te plaît. J’ai déjà assez souffert comme ça aujourd’hui alors une insulte en plus, ça va pas le faire ! »

      Le garçon était curieux « Que s’est-il passé ? Pourquoi est-ce que vous…

– Une expérience qui a mal tourné, voilà quoi ! Évitons d’en parler, ok ? J’ai déjà du mal à croire que quelqu’un d’autre t’aie déjà fait Passer, alors mon… Apparence… Ne… » Il se dirigea vers son fauteuil, qu’il transforma pour l’adapter à sa nouvelle forme, puis fondit en larmes.

Leo se leva du canapé et tenta de consoler l’entité. « Boh, vous savez, ce n’est pas non plus comme si j’avais besoin de pouvoirs magiques pour améliorer le monde. Regardez la télévision : on me consacre pas mal de reportages parce que j’ai déjà fait énormément de bonnes actions… Et je n’ai pas eu besoin d’utiliser de télékinésie ou quoi ! »

Lucien-Ferdinand leva la tête en direction du téléviseur et regarda les différents reportages. Il fût impressionné de voir autant d’attention portée sur un seul être humain dénué de tout pouvoir « Mais… Et comment vas-tu faire pour améliorer mon monde si tu… »

      Leo l’interrompit « Bah, il n’y en a pas besoin ! Regardez tous les ingénieurs et les scientifiques. Eux ne sont pas Passés, si ?

– Eh bien non…

– Justement ! Qui a dit qu’il y avait besoin de magie pour améliorer le monde ? Si j’y mets du mien, peut être créerais-je quelque chose d’utile à l’humanité ou bien lui instillerai suffisamment d’espoir pour qu’elle puisse évoluer dans le bon sens et devenir parfaite ! » Il se mit à sourire.

     L’entité regarda en direction du garçon et vit son sourire. L’espoir… Peut être est-ce ça, la perfection ? Il s’arrêta de pleurer puis se mit à sourire

***

      11h33. Leo avait enfin fini sa dissertation. Depuis plus d’une demi-heure déjà avait-il l’opportunité de partir, mais il préféra rester pour relire attentivement son travail et vérifier qu’il n’avait pas raté quoi que ce soit d’important. Nope, c’est bon, je pense que ça sera au moins passable ! Il se leva en silence, puis se dirigea vers le bureau des examinateurs pour déposer sa copie-double. Il signa la fiche de présence, mit ses affaires dans son sac et leva les voiles après avoir observé une dernière fois la salle pour voir si certains de ses camarades de classe étaient encore là. Une petite partie des élèves était partie, mais beaucoup étaient encore au boulot. Certains regardaient avec jalousie le garçon qui s’en allait, mais ne prirent pas trop de temps pour le faire, préférant plutôt s’assurer de ne pas se rater.

      Sans trop traîner, le garçon partit en quête d’un arrêt de bus puis rentra chez lui, content de lui malgré le léger sentiment de culpabilité qui le rongeait.

***

      Sentant les remords le guetter, Leo décida de passer les autres épreuves du baccalauréat à la loyale – à l’exception de littérature, où il n’arrêta le temps qu’une dizaine de minutes.

      Lucien-Ferdinand, quant à lui, renvoya son Leo Davis dans son monde, où il continua de sauver des vies quasi-quotidiennement. L’entité accepta tant bien que mal sa nouvelle apparence et tout semblant d’animosité envers Stan avait disparu. Il avait fauté et décidé qu’il valait mieux assumer sa part de responsabilité plutôt que de tenter de les rejeter entièrement sur quelqu’un d’autre.

      Du côté des Stan, le double partit vivre dans les appartements de l’autre double qui surveillait Leo, tandis que l’original visitait un autre monde bien étrange, quoique fascinant… Lequel ? Vous le saurez dans le Chapitre 4 : Petits Crimes, Très Grosses Conséquences !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s