La Prophétie de Bellus (Abrégée) [1ère Partie]

Note : La Prophétie de Bellus est une histoire rédigée suite à un concours organisé sur Twitter, où je demandais il y a une vingtaine de jours à mes « Followers » de me donner des pistes d’histoire en un Tweet et où je tentais ensuite de leur faire prendre corps… Toutes en même temps.
Ça a dérapé.
Du coup, vu que le texte a atteint les 70 pages Word, que lire autant sur un écran peut plus ou moins donner envie de s’arracher les yeux à la petite cuillère, et aussi parce que le projet a pris une telle ampleur que je compte faire un truc vraiment ambitieux dans les prochains mois (correction au 17/09/2016 : années. Vais d’abord finir Les Multiples Vies de Leo Davis dans leur intégralité avant de considérer revisiter cette histoire, donc on va plutôt miser sur du 2018/2019), j’ai décidé de mettre en ligne aujourd’hui une version abrégée du texte. L’Histoire est là, les backgrounds des personnages un peu moins, mais je pense avoir trouvé un moyen de rendre cette version à la fois cohérente, conséquente et fun à lire.
Mais assez de blabla et place au texte !
Happy reading :

« Layla ? Layla !? Oï ! C’est pas drôle ce que tu nous fais, là ! »

Ignace tenta de secouer la jeune femme. En vain. Il ne pouvait que sentir sa respiration et voir ses yeux bouger.

C’était la première fois de sa vie qu’il voyait cela. Une personne qui dormait ? Cela semblait impossible !

Certes, il avait déjà entendu des histoires de gens qui avaient « dormi » et qui en étaient revenus avec plein d’histoires étranges à raconter, mais ce n’était que ça. Des histoires. Personne n’était censé « dormir ».

Aux côtés de la jeune femme endormie se trouvait un drôle d’objet. Ignace n’en avait jamais vu. C’était une sorte de bloc découpé en une centaine de tranches fines, mais toutes étaient retenues par une étrange reliure. L’étrange objet reposait au sol et on ne pouvait en voir que le devant. En dessous, le nombre de tranches était inégalement réparti. Deux tranches d’un côté, plusieurs centaines de l’autre. Nul doute que c’était cet objet qui avait plongé Layla dans un profond sommeil.

Mais un détail l’intriguait : il y était écrit quelque chose sur le devant et Ignace était capable de le lire.

Il y était écrit : « Contrat de Licence et de Logiciel pour iOS 8.1, Apple. »

***

Il est deux notions que notre peuple ont décrété comme vraies. La première, c’est que le Multivers existerait, mais qu’il nous est impossible (pour l’instant) de l’explorer. La seconde, qui est intimement liée à la première, c’est que nous utilisons notre imagination pour créer des mondes et écrire des « œuvres de fiction ».

Ces deux notions sont fausses.

Car ce que les gens décrivent comme étant l’imagination n’est rien d’autre que notre capacité à explorer le Multivers par la pensée. Lorsque nous rêvons, éveillés ou non, nous ne faisons qu’ouvrir une porte vers cet espace aux possibilités infinies et nous en revenons avec des souvenirs plus ou moins concrets.

Ce que Layla va voir dans son rêve est on ne peut plus réel, et je suis là pour vous conter ce qu’elle a vu.

Le plus extraordinaire dans cette histoire, c’est que contrairement à nous, habitants de ce monde, elle a eu la chance d’assister à la rencontre de différents mondes et de suivre le parcours de ces cinq Voyageurs des Rêves (ou Voyageurs du Multivers, mais je préfère Voyageur des Rêves, parce que ça rend plus classe sur le papier et je peux caser une référence gratuite à Klonoa comme ça… Zing!)

Voici leur histoire.

Dun dun !

***

Erwan

« Eeeeet… Voilà ! Vos cheveux sont à nouveau courts ! » lâcha Erwan avec un sourire satisfait.

Isabella ouvrit les yeux et vit son reflet dans le miroir. La hundini grimaça. « Erf… Je les aimais bien longs. » Puis elle soupira. « Enfin, j’imagine que ça vaut mieux comme ça. Vous pensez que l’épidémie de Capillotractite finira bientôt ? »

Le jeune kutz haussa les épaules. « J’espère. Ceci dit, vu que ça m’amène des clients… » Il lui lâcha un petit sourire moqueur.

« Tsss… Je vois qu’il y en a qui en profitent. » lâcha-t-elle d’un air lui aussi dénué de tout reproche.

Ils se mirent à rire, puis se dirigèrent vers le comptoir.

« Même tarif que d’habitude ? » demanda Isabella.

Le kutz fit un geste amical de son bras mécanique. « Nah, je vous le fait pour sept Virillions. »

La hundini leva un sourcil. « Hé bé ! En voilà, un coiffeur généreux !

Oh, vous savez, si on peut aider à surmonter cette épidémie sans avoir à les saigner par derrière, je ferai de mon mieux pour le faire ! »

Isabella sourit. Elle reprit son sac dans la réserve et en tira un billet jaune pâle avec un joli dix inscrit dessus. « Vous pouvez garder la monnaie. »

Erwan lui lâcha un petit sourire. « C’est bien aimable. »

Lorsqu’ils eurent fini de discuter, Erwan se tourna vers les sièges où attendaient les très nombreux clients aux cheveux tous plus incroyablement longs que ceux des autres. Il se frotta vigoureusement les mains. « Bien ! À qui le tour ? »

***

Nathan (et Julius)

‘*Allez, fais-le. Je sais que tu en as envie !

*Bordel, pour la dernière fois Julius, tu peux arrêter !? Je ne lui mettrai pas de chewing-gum dans les cheveux, je ne la ferai pas trébucher dans les escaliers et je ne piégerai certainement pas son Coca avec des Mentos !’

Nathan déambulait d’un pas relativement rapide dans le couloir menant à la salle B 113. Devant lui se trouvait Penny, une jeune fille pour qui il éprouvait des sentiments plus que forts.

‘*Alleeeez, au moins pique-lui son sac !’

Nathan grogna.

Penny se retourna. « Nathan ? C’est ton ventre qui gargouille aussi fort ? »

‘*Elle s’est retournée ! Vite, un plan B !

*Au pire, dis-lui que c’est un ours…

*Venant de toi, ça m’étonne que tu suggères ça…’

« Oh euh… Ouais, j’ai une dalle d’enfer. » Nathan se mit à rire nerveusement.

Penny le regarda d’un air inquiet. « Tu sais, j’ai des pancakes dans le sac, si tu veux. »

Le garçon secoua vivement ses mains. « Oh euh nononon, c’est pas nécessaire euh… Merci ! »

Penny lui adressa un faible sourire. « Ok, en tout cas n’hésite pas à me demander si tu en veux. »

Puis elle se retourna.

L’esprit de l’ursidé flotta devant les yeux de Nathan, un sourire tellement large qu’il allait d’une oreille à l’autre. ‘*Heheheh, même pas besoin d’intervenir, tu t’es enfoncé tout seul !

*Va mourir…

*Dit-il à ce que vous autres humains considéreriez comme un ours mort.’

Nathan soupira.

Le sourire de l’esprit s’élargit.

***

???

Une jeune femme lâcha un long soupir. Elle venait à l’instant de finir de dernier livre de la Bibliothèque d’Alexandrie 9.0 et rien de nouveau. Aucun indice concret sur sa véritable identité.

Elle avait l’impression d’avoir passé une éternité dans ce bâtiment pour pas grand chose.

Elle avança vers la réception, uniquement pour constater que le réceptionniste était depuis bien longtemps devenu un squelette… Lui qui semblait pourtant dans la fleur de l’âge lorsqu’elle était arrivé ici pour la première fois.

Puis elle décida de regarder l’heure sur l’ordinateur. Rien à faire. Celui-ci était presque fossilisé.

Pas découragée pour autant, elle décida de claquer des doigts pour faire apparaître sa valise, d’où elle fit sortir une montagne de poussière céleste, puis un vieux smartphone. L’allumant, elle put enfin voir la date.

13 Août 6992.

God dammit… Elle avait vraiment passé une éternité dans cette bibliothèque ! La dernière fois qu’elle avait regardé, la date indiquée était celle du 23 Janvier 2015. C’était peut-être pour ça qu’elle s’était sentie bizarre en voyant que certains livres d’Histoire faisaient référence à la 3ème grande guerre contre l’empire dregozardien de 4013 avec une inexactitude digne d’un mauvais roman de science-fiction.

Passablement ennuyée, elle décida de mettre à nouveau la main dans sa valise pour tirer le livre de sa vie et espérer trouver un nouvel indice.

Rien à faire. Le livre était tel qu’elle l’avait retrouvé lorsqu’elle était devenue une déesse. La couverture avait brûlé et les nouvelles pages racontant ses années passées ici ne faisaient aucune référence à son prénom, ni à son nom.

La seule consolation qu’elle pouvait désormais avoir était celle qu’elle savait désormais tout sur tout. Excepté elle-même.

La jeune femme lâcha un long soupir.

***

Hideki

« Je vous en prie ! Faites-moi un rôti avec la sauce la plus piquante que vous ayez fait de votre vie ! Vous êtes mon dernier espoir ! »

Hideki était à bout de souffle. Il venait de gravir les nombreuses marches aménagées au flanc du Mont Fuji pour aller à la rencontre du cuisinier de légende. Celui qui l’amènerait à deux doigts du paradis gastronomique. Hideki allait lui demander la plus affûtée des sauces samouraï et il comptait bien lui résister.

Le vieil homme posa sa manette et regarda le jeune effronté d’un air dédaigneux. « J’ai pris ma retraite il y a bien trop longtemps pour cuisiner sur commande. Rentrez chez vous. »

Si près du but ! Hideki ne pouvait se résoudre à abandonner maintenant ! « Je vous en prie, je dois goûter à votre sauce spéciale !

Même pas en rêve ! Maintenant filez et ne me dérangez plus ! J’ai un Slime particulièrement coriace qui m’attend. »

Hideki fronça les sourcils. Il n’allait pas se laisser abattre !

S’agenouillant, il posa son front contre le sol. « Nagami-sama ! Laissez-moi aller en Enfer pour vous ramener le plus fort des piments ! Et si jamais j’y parviens, alors vous me ferez la sauce ! »

Le vieil homme s’arrêta de jouer. Quelque chose le perturbait. « C-Comment savez-vous que…

Wikipedia. »

Le vieil homme grogna, puis marqua une pause d’une dizaine de seconde en prenant un air pensif. « Hum… Je vous accorde trois jours pour négocier avec lui. Si vous échouez, vous devrez rentrer chez vous avec le Panneau de la Honte. »

Hideki suivit le doigt du vieil homme, qui désignait une vieille pancarte en bois, sur laquelle était inscrite ‘Je suis un méga-gros loser. Balancez-moi des bananes.’

Le jeune homme haussa un sourcil, puis dit. « D’accord ! J’accepte ! Mais euh… Où est la porte de l’Enfer ? »

Le vieil homme pointa derrière son dos. « Oh euh… Au fond du couloir à droite. Et ne faites pas de bruit, ma femme dort. »

Hideki s’inclina et remercia l’homme avant de marcher d’un pas lent et discret vers une porte d’un blanc immaculé sur lequel était écrit en lettres dorées « Enfer ».

Réunissant tout son courage, Hideki ouvrit la porte, puis la referma derrière lui.

***

Lucifer… Euh… Lucien-Ferdinand ? Ouais, non, c’est mieux Lucy.

Lucy

Lucien-Ferdinand observa l’univers depuis la fenêtre de sa maison. Ça faisait bien longtemps que personne n’était venu le voir. Non pas que personne ne voulait le voir, juste qu’il savait que tout le monde était occupé. Stan et son Leo Davis étaient sûrement en train de s’amuser avec les protégés d’Edgar dans un nouveau pan du Multivers, tandis qu’Edgar lui-même était avec sa famille en vacances du côté du système Day. Même Manu était occupé. À quoi précisément, Lucy ne le savait pas, mais il était occupé.

Lucy soupira, puis se dirigea vers le miroir.

Même si ça faisait maintenant cinq ans qu’il était devenu un lapin blanc humanoïde, le voir comme ça continuait de lui faire un drôle d’effet. Non pas que ça le dérangeait particulièrement, maintenant qu’il en avait l’habitude, mais tenter de faire comprendre à son cerveau que l’image qui l’imite au mouvement près dans le miroir n’était que son propre reflet était un exercice qu’il avait encore du mal à réussir.

Si seulement il y avait un moyen de changer d’apparence sans utiliser un simple sort d’illusion. Au moins perdre quelques kilos, quitte à devenir un canidé (ce qu’il apprécierait) ou même un félidé (ce qu’il apprécierait moins), à défaut de redevenir humain.

… Peut-être que rater exprès un Passage et ingérer volontairement les ténèbres du cœur de sa « victime » lui permettrait de changer.

* Toc toc toc *

Lucien-Ferdinand ouvrit la porte menant à son univers et sourit. Il venait tout juste de trouver sa victime.

***

Dr. Hope von Lightbringer

Le Docteur von Lightbringer était assis sur sa chaise, tapotant de sa griffe aiguisée son bureau tout en veillant à ne pas rayer le verre.

« Toujours aucun signe ? » demanda-t-il à un de ses collègues.

« Non. Toujours rien. »

Hope soupira. Cela faisait maintenant vingt ans qu’il travaillait sur sa machine diabolique, et aucun héros n’était encore venu l’arrêter. Pourtant, la Prophétie annonçait l’arrivée de cinq héros pour venir arrêter un grand léopard scientifique humaniste à la jambe de bois de détruire le monde à cause d’une machine qu’il aurait construit lui-même.

Et tous les signes étaient là : Grand ? Oui. Léopard ? Yep. Humaniste ? Il n’avait pour l’instant tué personne. Jambe de bois ? Hélas, oui. Construction d’une machine capable de détruire le monde ? C’était en cours. Mais où étaient les cinq héros !?

Si ça continuait, à ce rythme, il allait vraiment détruire le monde, et tout ça parce que tout les pays lui avaient donné les fonds pour le faire et tester la véracité de cette Prophétie écrite il y a déjà bien des siècles de cela. Depuis vingt ans maintenant il essayait de convaincre le monde que les héros arriveraient d’une minute à l’autre pour l’arrêter… Mais rien. Zilch. Nada. Niet. Pekoratanaraïna*.

Franchement, si les héros ne venaient pas, non seulement Hope perdrait toute crédibilité, mais en plus, le monde entier essayerait de le tuer pour avoir gaspillé les ressources publiques, et ce, deux minutes avant la fin du monde. Et être considéré comme un charlatan, Hope l’appréciait moyennement.

« Bon… Bah mission du jour : serrez ce boulon, là et on va dire que l’on a fait notre part du travail pour aujourd’hui. Ça ira, Joy ? »

L’assistant konijin du nom de Joy haussa les épaules. « Eh, du moment que l’on va au pub après. »

Hope soupira à nouveau. « Encore le pub ? Tu veux pas plutôt aller au Von Mickeys ?

Nah, leurs burgers sont toujours trop mous…

Ouais, enfin j’aime bien ça. Pense à mes crocs, bunny. »

Joy fronça les sourcils. « Bon, ok pour le Von Mickeys, mais tu n’y couperas pas pour le pub demain.

Deal ! »

Les deux scientifiques se serrèrent la main, puis entreprirent d’accomplir la mission du jour.

*Rien en Naranshien.

***

Nathan (et Julius)

Nathan passa sa soirée devant l’ordinateur à regarder ses différents feeds Twitter. Il avait intelligemment trié ses flux via une application, ce qui lui permettait de voir des fils d’actualité sérieuse ou juste les pensées de ses amis. Tout dépendait de son humeur.

Au bout de deux heures, il commença à maintenir sa tête avec son bras. La fatigue commençait à le rattraper, mais il devait savoir ce qu’il se passait dans le monde.

Soudain, son bras céda et il tomba le front sur le clavier.

Il sursauta et se releva dans l’instant. ‘Julius !’

L’esprit de l’ours était en train de se regarder dans le miroir. ‘*Hum ? J’ai rien fait pour une fois !

*Je t’ai senti prendre mon bras !’ Protesta mentalement le jeune garçon.

Mais pas du tout. Ça, c’est ton imagination qui te joue des tours.’

Nathan grogna. Julius fit hausser ses épaules spectrales. ‘Je pense qu’il est temps pour toi d’aller au lit. En plus, j’ai envie de dormir, donc éteins les lumières et va te coucher.’

Le garçon ne pouvait pas contester l’ours. Il était vrai qu’il se sentait fatigué. Et de plus, s’il ne dormait pas, il avait toutes les chances de rater le contrôle d’anglais du lendemain.

***

‘*Pourquoi moi ?

*Hum ?

*Pourquoi parmi tous les gens qui habitent cette planète, tu as choisi de me hanter ?

*Oh ! Julius fixa le plafond. Tout comme Nathan. ‘*Eh bien… Il n’y a pas de raison particulière. Tu sais, quand je suis arrivé ici, j’ai observé les gens. Et tout le monde semblait… Occupé. Mais toi, non. Tu es un peu solitaire…

*Hey !

*Admets-le, tu ne sors pas beaucoup pour voir tes copains.’

Nathan fronça les sourcils, serrant plus fort un petit renard en peluche, doudou qui accompagnait ses nuits depuis sa naissance. ‘*Certes mais…

*Et ta vie est globalement plate. Ce qui n’est pas forcément un mal, puisque ça me sert de prétexte pour la rendre un peu plus animée.

*Ouais, enfin si par animée tu entends me faire des crasses toutes les trois heures, je m’en serais bien passé.

*Si tu le prends comme ça…’

Les deux observèrent le plafond pendant deux minutes, sans rien dire.

‘Tu dors ? Demanda Julius.’

Nathan marmonna un ‘non’ insatisfait.

‘Juste pour m’en assurer’, chantonna l’ours.

‘Au fait. Est-ce que je pourrai visiter ton monde un jour ?’ demanda le garçon.

Julius sembla pensif l’espace d’un instant. ‘*Je ne vois pas comment, mais si c’est ce que tu souhaites, j’essayerai de trouver une solution pour compenser tes ‘tourments’.

*Oh ? C’est gentil.

*Bof, tu sais, il n’y a pas grand chose à voir chez moi. Ils sont tous timbrés de toutes façons.

*Pour le coup, ça ne devrait pas trop me changer.’ Nathan tourna la tête en direction de l’esprit et lui tira la langue.

Julius lui donna une petite tape de sa patte sur la tête. ‘*Tsss…

*Mais du coup, je me demandais… Il est où ton corps ?

*Hum ?

*Bah tu es un esprit flottant. Tu dois sûrement avoir un corps quelque part, non ?’

Julius regarda le garçon d’un air perplexe. ‘*Errrm, bah il est là. C’est juste que quand je suis arrivé ici pour la première fois, j’ai vite appris que vous autres humain n’aimez pas trop les gens différents.’

Les rouages dans l’esprit du garçon tournaient à plein régime. ‘Mais pourquoi est-ce que tu es resté alors ?’

L’ours tenta d’y réfléchir. ‘*Flemme de rentrer j’imagine. Ça et puis malgré vos peurs, je trouvais ça rigolo de rester et observer votre façon de vivre.

*Ooookay… Tu sais que tu es bizarre ?

*On me le dit souvent.

*Et tes parents ? Ils en pensent quoi ?’

Julius fixa à nouveau le plafond, et ne dit rien l’espace d’une trentaine de secondes.

‘*Aucune idée.

*Oh…’ Nathan se sentit bizarre. ‘*Désolé si la question était indiscrète.

*Bah, c’est pas grave. Ce n’est pas non plus comme si je te l’avais déjà dit. Mais bon, je t’en parlerai probablement une autre fois. Je n’ai pas vraiment envie d’en parler maintenant.’

Nathan grimaça. ‘Je comprends.’ Un silence inconfortable s’installa dans la chambre du garçon.

‘Tu veux une glace ?’ Demanda Julius.

Nathan fronça les sourcils. Ce changement de ton était assez drastique. ‘*Erm… Pas maintenant. Maman me dit que trop de sucre le soir détruirait mon sommeil.

*C’est toi qui vois.’ Julius claqua des doigts, faisant apparaître une glace de nulle part.

‘Huh… Tu ne me l’avais jamais fait, ce coup.’ Remarqua Nathan.

‘*Tu sais, je peux garder quelques atouts dans ma manche.

*Comme celui de te matérialiser ?

*Bien vu, petit détective. Et non, je ne me matérialiserai pas ce soir. Tu peux toujours courir.

*J’aurai essayé…’

***

Hideki

Hideki fut surpris de constater que l’Enfer était beaucoup moins chaud que prévu. Les flammes n’étaient pas là, les murs de cadavres sombres et crasseux manquaient à l’appel et les piscines de lave n’existaient tout simplement pas. Même le bruit était inexistant !

En lieu et place de tout ça se trouvait une immense tour de style américain dans un petit jardin parfaitement entretenu. Il y avait même un petit géranium à ses pieds.

Était-ce une ruse de Lucifer ? À tous les coups, oui. Faut dire que le roi des Enfers était réputé pour être un maître de la manipulation.

Dans tous les cas, il fallait que Hideki brave ce charmant petit jardin et atteigne l’entrée du seul bâtiment aux alentours.

Nerveusement, il fit un pas, imaginant qu’un trou béant allait s’ouvrir sous ses pieds et le faire tomber dans ce qu’il attendait de voir depuis le début.

Mais il n’en était rien. Il n’en était rien non plus au pas suivant. Ni au suivant.

En fait, il ne se passait tellement rien qu’il arriva sans problème à l’entrée de la tour.

Peut-être alors que le couloir menant à l’ascenseur au fond était sans fin ? Nope. Non plus. Juste dix mètres et il était arrivé devant les portes de l’ascenseur.

Alors peut-être que l’ascenseur était piégé et il allait s’enfoncer sous la croûte terrestre !? Il lui fallait vaillamment choisir le… Seul bouton sur le panneau de contrôle. Huh… Okay ?

Il appuya et se sentit monter. Bizarre.

Les étages défilaient lentement, mais sûrement et en quelques secondes il était arrivé en haut.

Les portes s’ouvrirent, révélant encore un couloir d’une dizaine de mètres de long menant à une unique porte blanche. Voilà enfin la demeure de Lucifer ! Hésitant, il avança.

Cinq mètres, trois mètres, un mètre. Il déglutit. Il ne fallait pas qu’il perde courage, car c’était le seul moyen pour lui d’avoir le Piment Ultime !

Réunissant jusqu’à sa dernière once de volonté, il serra son poing, et frappa à la porte.

* Toc toc toc *

Il ne fallut qu’une dizaine d’interminables secondes pour que la porte s’ouvre.

À la grande surprise du jeune homme, il vit un grand lapin blanc en costume blanc l’accueillir avec un large sourire.

***

Lucy

« Ah, bienvenue Hideki ! Félicitations pour être le 1000ème mort ! »

Le jeune homme regarda d’un air inquiet le grand lapin blanc et les cotillons tomber de nulle part. « Vous êtes Lucifer ? »

Le lapin fronça les sourcils. « Encore ce surnom… Appelle-moi Lucien-Ferdinand… Ou Lucy, si tu préfères, les deux me vont. » Puis il se ressaisit. « Enfin bref, félicitations pour ta place de 1000ème mort aujourd’hui. »

Une nouvelle nuée de cotillons tomba du plafond.

Hideki ne comprit pas. « Erm… Je suis encore en vie, vous savez ? »

Lucy s’arrêta net, puis fixa le jeune homme. « Oh ? Ah bah oui ! Mais comment vous êtes arrivé ici ?

Nagami-sama m’a laissé entrer par la porte de sa maison. »

Lucy jeta un œil perplexe à Hideki. « J’avais laissé une porte là-bas ? »

La réponse déstabilisa le jeune homme. « Vous aviez oublié ?

Oh bah vous savez, on laisse des portes ici, on laisse des portes là, ça arrive à tout le monde, non ?

Erm… Pas vraiment. » dit Hideki d’un air gêné.

Un long silence envahit la pièce.

Lucy s’éclaira la gorge. « Bah, pas grave. Entrez ! Il faut que vous récupériez votre prix.

Mon prix ?

Pour être le 1er homme vivant à être venu ici de la journée. » répondit le lapin.

« Ce n’était pas pour les morts ? »

Lucy s’impatienta. « Bah, pas grave. Tu ne veux pas de prix ? »

Hideki se ressaisit immédiatement. Il venait d’offenser le roi des Enfers. « Oh euh… Désolé, désolé ! » Puis il se reprit. « D’ailleurs, je suis venu précisément pour vous demander une faveur. »

L’oreille du lapin fut prise d’un léger spasme. « Une faveur ? » Voilà qui devient très intéressant.

Hideki se rendit compte de ses paroles. « Euh… Oui oui oui ! Je voudrais que vous me donniez le piment le plus fort que vous possédez ! »

L’espace d’un instant, Lucy crût à une mauvaise blague. Le regard confus, il observa avec attention l’expression du jeune homme avec de voir que c’était une requête sérieuse. Il explosa de rire.

« Vous ai-je offensé ? » demanda Hideki.

Lucy mit quelques secondes à se ressaisir, remarquant qu’il venait de manquer de respect à un de ses protégés. « Non non, du tout. C’est juste que c’est tellement sorti de nulle part ! Je pensais que vous vouliez sauver quelqu’un ou quelque chose du genre.

Je vois… »

Lucy inspira un grand coup pour définitivement se calmer. « Du coup, pourquoi me demandez-vous ça ? »

Hideki sursauta. Il avait oublié de préparer une réponse à ça. « Eh bien euh… Nagami-sama accepterait de se remettre à la cuisine pour moi et me faire la sauce la plus épicée au monde si jamais je lui ramenais un de vos piments. »

Lucy mit quelques secondes à intégrer ce récit. « Oh… Euh, vous savez… Je ne m’y connais pas trop en piments. Enfin, je peux en invoquer, mais je ne sais pas s’il sera très fort ou non. »

La plus grande déception pouvait se lire sur le visage du jeune homme.

Uh oh. Une occasion pareille ne pouvait se manquer ! « Mais je vais essayer quand même ! » Le dieu claqua des doigts et invoqua un piment à l’allure particulièrement sinistre. Il était à la fois bleu, rouge, jaune, vert et blanc et avait presque une forme de crâne humain si l’on enlevait la petite tige à son sommet.

Le regard du jeune homme s’illumina. « Whoah ! Je n’en ai jamais vu de pareil ! »

Moi non plus, je dois avouer… Lucy lui tendit le légume, avant de se retenir. « Je vais vous le donner, mais à une seule condition. »

Le regard du jeune homme était tellement brillant qu’il aurait pu être monté sur le devant d’une voiture et éclairer une nuit de plein brouillard. « Tout ce que vous voudrez, Maître ! »

Wow, ça devient bizarre. « Erm… Oui. Alors, si vous voulez ce fruit, il faudra m’aider à rendre mon monde parfait. »

***

Hideki

Le côté énigmatique de la phrase perdit le jeune homme. « Comment ça ? »

Le lapin se mit à réfléchir. « Comment dire erm… Vous avez entendu parler du Passage ? »

Les yeux d’Hideki s’ouvrirent grand. Avait-il bien entendu ce qu’il venait d’entendre !? Non, ce n’était pas possible. Il n’allait pas… « Vous allez faire de moi un Envoyé de Dieu !? »

Lucien-Ferdinand recula un peu devant la spontanéité de la question. « Euh… Plus ou moins, oui. Enfin techniquement, envoyé de Dieu, ça fait un peu fort, mais oui, je vais vous faire Passer. »

Hideki n’en croyait pas ses oreilles. Non seulement il allait pouvoir goûter à la Sauce Piquante Ultime, mais en plus il gagnerait des super-pouvoirs qui lui permettraient de changer le monde ! Mais quelle fantastique journée !

Ceci dit, il savait que seuls les plus purs de cœur pouvaient devenir des Envoyés de Dieu et il savait aussi qu’il n’avait pas fait grand chose de particulièrement noble pour devenir pur de cœur. Certes, il avait aidé une vieille dame à traverser la rue une fois et il avait fait particulièrement attention à ne pas brusquer de femme de sa vie, mais en dehors de ça… Pas grand chose.

« Du coup, si vous acceptez, le piment est à vous. » rajouta Lucien-Ferdinand, un large sourire aux lèvres.

Hideki hocha frénétiquement de la tête. « Ouiouiouiouioui, vous pouvez y aller ! »

Le sourire du lapin s’élargit. « Eh bien parfait ! Tenez, posez vos affaires ici et mettez-vous au centre de la pièce, on va faire ça de suite. »

Hideki s’exécuta. « Vous êtes prêt ? » demanda le dieu.

Le jeune homme hocha de la tête.

« Bien. Ça ne fera pas mal. »

Lucien-Ferdinand fit sortir une boule de sa paume et la lança sur Hideki.

Pendant quelques instants, le jeune homme ne sentit rien de particulier. Il fixa son torse, où était entré la boule, puis il sentit une vive douleur au niveau du cœur qui le fit s’écrouler.

***

Lucien-Ferdinand

Lucien-Ferdinand observa le spectacle avec fascination et horreur. Fascination, car il s’agissait de son premier Passage avec un être non Pur et horreur, parce que pour le coup il se passait quelque chose, et c’était loin d’être agréable à regarder.

Le nuage des ténèbres sortait petit-à-petit du corps de Hideki et l’enveloppait, le recouvrant progressivement au point qu’il ne restait plus qu’une simple silhouette noire.

Le dieu attendit quelques secondes de plus, le temps de voir un changement notable. Il savait que plus le temps d’attente était long, plus dure était la malédiction de la personne Passée. Il n’était pas non plus question de torturer le pauvre homme avec un temps de récupération des pouvoirs qui soit trop long.

Lorsqu’il jugea que c’était suffisamment long, Lucien-Ferdinand se précipita sur Hideki, puis prit à pleines mains le voile noir, qu’il décida avec l’aide de magie de le laisser graviter quelques secondes autour de son corps, sans possibilité de retourner à son hôte.

La sensation n’était pas si désagréable que ça. À vrai dire, ça chatouillait même un peu. Bon ok, là, ça commençait à faire mal.

Sans plus attendre, il décida de faire comme Leo l’avait une fois fait et d’avaler purement et simplement le nuage. À tous les coups, il allait disparaître de lui-même, éradiqué par la lumière en lui.

Cela ne se passa pas totalement comme prévu. Le nuage avait décidé de se battre jusqu’au bout et fit en sorte que le dieu soit au minimum à genoux avant de disparaître pour de bon.

Lucien-Ferdinand respira lourdement. C’était une idée débile, certes (en même temps, venant du Leo de Stan, ça ne l’étonnait pas) , mais elle semblait avoir eu au moins un effet.

Lorsqu’il releva la tête pour voir comment était son protégé, il découvrit avec stupeur que Hideki était en train d’assez rapidement se transformer en canard.

Difficilement, le dieu se releva, puis se précipita sur le jeune homme pour vérifier les pouvoirs qu’il avait obtenu. Lucien-Ferdinand roula des yeux.

Un pouvoir passif ! Forcément, de tous les gars impurs qu’il aurait pu faire Passer, il fallait que ce soit quelqu’un avec un pouvoir passif ! The type de pouvoir qui fait que si tu es impur, tu te transformes sans possibilité de retour en arrière. Su-per !

Le dieu claqua des doigts pour l’empêcher de se transformer plus. Heureusement, il en était proche du stade intermédiaire, le seul stade dans ce type de transformation où le résultat final est relativement classe et pas trop effrayant.

Ce problème réglé, le dieu s’en alla voir dans le miroir si ce fiasco n’avait pas totalement été pour rien. Après tout, il avait vraiment fait tout ça pour changer d’apparence et être un peu plus clas… Putain, mais même pas, quoi !

Lucien-Ferdinand regarda son reflet d’un air blasé. Il était resté un lapin. À croire que la malédiction de la destruction d’univers était plus forte que celle du Passage…

Dégoûté, il frappa dans le miroir, puis entreprit de s’asseoir dans son fauteuil.

***

Hideki

Hideki se réveilla au son des morceaux de miroir tombant au sol et aux grommellements d’un dieu visiblement énervé.

Le jeune homme plissa des yeux pour tenter de réajuster sa vue, mais il en était incapable. Un drôle d’objet jaune lui barrait la vue.

De sa main, il tenta de le faire bouger, mais tout ce qu’il entreprit, ce fut de se faire mal en heurtant violemment le sol du coin de son… Bec ?

Intrigué, il jeta à nouveau un œil à sa main, qu’il avait cru voir d’une autre couleur que d’habitude. Yep, elle était définitivement noire et couverte de plumes. Au moins, tous ses doigts étaient encore là et fonctionnels, ce qui était un plus.

Hideki tenta de se relever pour constater l’étendue des dégâts. Définitivement devenu un canard anthropomorphe.

Et meeeeeeerde…

Il ne hurla pas. Non pas que ça l’effrayait d’être devenu l’équivalent de ce qu’il mangeait au moins deux à quatre fois par mois, au contraire, mais juste qu’il s’y attendait. Après tout, aller aux Enfers pour avoir un piment et avoir juste derrière la promesse de super-pouvoirs, c’était un coup à se faire plumer… Et commencer à faire des jeux de mots débiles.

Son regard se tourna vers le dieu des Enfers, qui semblait rouspéter dans son fauteuil.

« Sale journée, huh ? » dit le jeune canard.

Lucien-Ferdinand sursauta. « D-Déja réveillé ? »

Hideki haussa les épaules. « Ouais… Le miroir m’a aidé. D’ailleurs, vous n’en auriez pas un à me prêter ? Je pense en avoir besoin. »

Le dieu semblait choqué. « Vous… Vous ne devriez vraiment pas.

S’il vous plaît, j’ai envie de constater l’ampleur des dégâts.

Errrrm… Vous êtes vraiment certain ?

Mais oui, mais oui. Allez, donnez-moi un miroir. »

Le dieu s’exécuta, d’un air extrêmement confus. Hideki observa son reflet.

La première chose étrange qu’il remarqua, c’était la présence encore en masse de ses assez longs cheveux bruns désorganisés. Ça lui donnait un certain cachet s’il prenait en compte les plumes vertes qui recouvraient son visage et la sorte de col blanc autour de son cou.

Il tenta de regarder le peu de torse que son t-shirt permettait de voir, mais en était incapable à cause du bec qui obstruait la vue. Il soupira. « Eh, ça aurait pu être pire. »

Lucien-Ferdinand semblait surpris par l’incroyable capacité du jeune homme à rester détaché, malgré le changement radical. « Vous êtes sûr que ça va bien ?

Oui oui. Ne vous inquiétez pas, j’aurais juste du le voir venir. »

Pour la première fois, Hideki crût voir de la pitié dans le regard du lapin. « Je suis vraiment désolé pour vous…

Bah, c’est pas grave. Vous aviez dit que j’allais recevoir des pouvoirs avec ça, non ? »

Le dieu tenta de se ressaisir. « Oh euh oui… Et je dois vous avouer que ça me peine de le dire, mais vous êtes invincible. »

Hideki était curieux. « Ça vous peine ? Pourquoi ?

Oh, eh bien, même si vous ne pouvez désormais plus être atteint par les balles, les lames et tout autre truc capable de vous tuer, ça reste un pouvoir passif, qui ne peut être désactivé. Or, il s’avère que vous pourriez redevenir normal si vous aviez un pouvoir actif.

Donc en gros, je ne peux pas le désactiver, c’est ça ?

C’est ça…

Je vois… » Un long silence s’installa. Cela sous-entendait qu’il allait être incapable de rentrer chez lui avnt un trèèèès long moment.

« Enfin, si ça peut vous consoler, vous avez aussi le pouvoir de changer de masse à volonté, sans avoir à changer de taille. »

Un deuxième pouvoir ? Intéressant, même si Hideki n’en voyait pas vraiment l’utilité immédiate.

Un nouveau silence prit ses aises. Lucien-Ferdinand semblait pensif.

Puis le dieu décida de faire un german suplex au silence. « Ah mais voilà ! » Il claqua des doigts. « Je sais comment vous pourriez retrouver forme humaine ! »

Ces quelques mots redonnèrent vie au jeune homme, qui retrouva immédiatement toute volonté de vivre. « Ah ? Comment ?

Eh bien c’est assez simple, mais ça risque de prendre un peu de temps. Il faut que vous deveniez totalement pur !

Ah, parce que je ne l’étais pas ?

Erm… Non, pas vraiment. Pas loin, mais suffisamment impur pour vous retrouver maudit.

Erf… Du coup, je fais comment pour redevenir pur si je ne peux rentrer chez moi ?

Eh bien on va faire comme un jeune ami à moi. On va visiter Loutre-Monde et vous serez sympa avec les gens là-bas et vous rentrerez chez vous en moins de temps qu’il ne faut pour dire ‘Rindfleisch­etikettierungs­überwachungs­aufgaben­übertragungs­gesetz’

À vos souhaits.

Merci. Bref, ça se fera tranquillou-billou. »

Puis un détail sauta aux yeux de Hideki. « Vous avez parlé… D’Outre-Monde ?

Hein ? Ah euh non… Loutre-Monde. C’est une vieille blague qu’un pote à moi a utilisé pour vendre ce monde à un de ses protégés. Grosso modo, c’est un monde peuplé d’animaux qui parlent et qui sont très civilisés.

Oh… Ça existe vraiment, ça ?

Bitch please, on est dans le Multivers ! Tout existe vraiment ! »

Hideki fronça les sourcils. Il sentit que cette épopée allait être des plus rocambolesques.

***

???

La jeune femme sortit de la bibliothèque. Elle savait déjà ce qu’elle allait voir, puisqu’elle l’avait lu dans un des derniers livres d’Histoire, mais le voir en vrai n’en était pas moins impressionnant.

Des tours immenses se dressaient devant elle. Toutes plus grandes les unes que les autres, elles semblaient vouloir toucher le ciel. Et du fait qu’il faisait nuit, les voir à moitié éclairées avec les différents néons rendait le spectacle encore plus étrange.

Car il s’avérait que la ville avait été abandonnée depuis bien des siècles. Les panneaux solaires et l’automatisation avaient fait que les maisons étaient devenues totalement autonomes. La plupart des néons qui brillaient témoignaient de l’abandon, car ils crépitaient dans un petit écho à la fois relaxant et inquiétant.

En bas, elle pouvait entendre le bruit de l’eau qui s’écrase contre les façades des bâtiments, comme si elle tentait désespérément de les faire tomber. Manque de chance, ces tours avaient été construites pour durer.

Ce calme était à la fois reposant et incroyablement stressant pour la jeune femme. Elle voulait rejoindre les gens qui étaient partis coloniser les autres planètes des différents systèmes, mais à quoi bon ? Elle savait déjà que si elle arrivait sur l’une des colonies par n’importe quel moyen, les gens sauraient qu’elle possède des pouvoirs surnaturels, et feraient tout pour l’analyser. Mais la seule chose qu’ils parviendraient à faire, ce serait de la tuer et créer ainsi une guerre sur qui aurait le droit de devenir un dieu. Un mauvais plan en somme.

Ceci dit, elle savait aussi qu’il existait d’autres univers, et l’un d’eux semblait particulièrement indifférent aux personnes dotées de pouvoirs magiques. Elle allait le rencontrer enfin, après avoir lu tant d’histoires sur sa vie banale.

D’un claquement de doigts, elle rentra chez elle, puis, sans se retourner pour regarder une dernière fois une demeure vide pour lequel elle n’a jamais pris le temps de s’attacher, elle ouvrit la porte menant à un couloir infini, où chaque porte menait à un monde différent. Elle savait laquelle ouvrir, et même si c’était à l’équivalent d’un jour de marche, elle y arriverait.

***

***

Erwan

À moitié réveillé, Erwan marcha d’un pas lent et lourd en direction du salon de coiffure. La journée allait être longue et il le savait déjà. Enfin… Heureusement que son bras faisait la moitié du travail. Il ne l’épuisait pas autant que lorsqu’il avait un bras normal, ce qui était plutôt cool.

Arrivé devant le bâtiment, il fouilla dans ses poches pour retrouver ses clés. Lorsqu’il les eut enfin trouvé, il leva la tête pour faire entrer la bonne dans la serrure. Puis s’arrêta net avant de l’avoir fait. Il sentait que quelqu’un l’observait.

Lentement, sa tête se tourna vers la droite. Il sursauta.

La personne qui l’observait n’avait rien de normal ! C’était… Une femme ? Probablement. En tout cas, elle était dénuée de tout poil en dehors de longs cheveux bruns et de fins sourcils. Sa truffe était très peu allongée et… C’est moi, où elle n’a pas de queue !?

La personne, voyant Erwan terrorisé, commença à tendre le bras avant de se raviser. « Oh, excusez-moi, Monsieur Smith ! Je ne vous ai pas fait peur ? »

Mais… « Mais… Maimaimai… Comment connaissez-vous mon nom !? »

La personne semblait confuse. « Je sais tout de vous. Je suis une très grande fan !

Et c’est censé me rassurer, ça !? » Le ton d’Erwan était des plus paniqués.

« Je… Euh… Ack ! » puis d’un claquement de doigts, elle disparut.

Les yeux du kutz s’écarquillèrent. Qu’est-ce qu’il venait de se passer. C’était un rêve ? Un cauchemar ? Une hallucination entraînée par un manque de sommeil !? Ouais, non, c’était probablement ça, parce qu’il ne sentait que trop bien le vent glacial sur ses poils.

Lentement, il tenta de se ressaisir. C’était fini, dans tous les cas, la personne avait disparu.

Erwan secoua violemment la tête, puis enfonça la clé dans la porte et entra dans le salon avant de refermer derrière lui, le temps de préparer le salon.

Tentant d’enlever cette image mentale de la tête, il rangea délicatement son manteau dans la réserve, puis avala une grande gorgée de café. Ça allait bien le réveiller, au moins.

La tasse à la main, il retourna dans l’entrée pour allumer les lumières… Puis manqua de se brûler en revoyant la personne sans poils qui l’attendait d’un air inquiet devant la porte.

« Woh bord… »

La personne tendit à nouveau la main pour empêcher le café de tomber par terre et lui brûler les pieds… Ce qui sembla fonctionner, puisqu’une bulle entourait le liquide.

Erwan fixa la bulle, puis la personne, puis à nouveau la bulle, puis il hurla.

***

???

Oh non… Mauvaise tactique d’approche !

Malgré le fait qu’elle savait tout de ce kutz au poil gris et au bras bionique, elle avait été incapable de prédire son comportement face à quelque chose des plus étranges. Et si…

Elle claqua des doigts pour prendre les traits d’une charmante jeune chatte au poil brun. « Euh… Ça passe mieux comme ça ? »

La panique dans le regard d’Erwan se mua en quelque chose de bien pire.

Puis il s’écroula au sol.

Et mer… Hum… La jeune femme se mit à réfléchir. Cet évanouissement était peut-être un excellent moyen de tout recommencer sur des bases saines. Elle regarda sa main, qui semblait parfaitement normale, puis elle l’observa via le reflet dans un des nombreux miroirs. Au moins le sort d’illusion fonctionnait. Parfait.

Elle amena à elle la bulle de café, qu’elle se mit à boire. Quitte à ce qu’il y en aie, autant le boire avant qu’il ne refroidisse. Puis elle attendit deux minutes, le temps que ses souvenirs se mélangent bien avec le début de rêve qu’il devait être en train de faire.

Mais elle ne pouvait pas non plus le laisser comme ça. La ville commençait à se réveiller, et si quelqu’un passait devant le salon et la voyait avec un homme prétendument mort, les gens commenceraient à se poser des questions. Dans le doute, mieux valait débloquer la porte, ce qu’elle fit.

Puis elle se rapprocha d’Erwan et claqua des doigts.

Les yeux du kutz s’ouvrirent progressivement. « Mgnnn ? »

C’était le moment de reprendre la main. « Monsieur ? Vous allez bien ? »

L’air confus, le jeune kutz s’appuya sur son bras bionique pour se relever. « Hum ? »

Puis il s’arrêta à nouveau en voyant la jeune kutz. La frayeur commença à le reprendre « Vous… !? »

La jeune femme fit mine de ne pas comprendre. « Hum ? Qu’y a-t-il ? »

Erwan cligna des yeux. Quelque chose n’allait pas. « Vous n’étiez pas…

Erm non ? Je vous ai vu inconscient dans votre boutique, alors j’ai accouru pour vous réveiller ! Vous m’avez fait une peur bleue, Monsieur. »

Erwan mit quelques secondes à essayer de comprendre ce qu’il se passait. « Oh… Je… Vois.

En tout cas, je suis heureuse que vous allez bien… Monsieur ?

Euh… Smith. Erwan Smith. C’est écrit sur la porte. »

La jeune femme leva un sourcil, puis tourna la tête vers la porte. Ah bah oui, c’est écrit dans un langage que je ne connais pas… « J’avais pas fait gaffe, je n’ai vu que vous par terre. » fit-elle remarquer pour tenter de se rattraper.

« Bah, pas grave. » Erwan se releva. « Merci de vous être inquiété pour moi… Madame ? »

Argh, c’était une question qu’il ne fallait pas poser. « Errrm… J’ai oublié. » Mais fallait pas le dire, grosse cruche !

Cela suscita la curiosité du jeune kutz. « Oh ?

Simple amnésie. » La jeune femme lui adressa un sourire nerveux.

« Je vois… Vous m’en voyez désolé. »

Quel charmant jeune homme ! Comme elle l’avait lu. « Oh, euh… Bah, ce n’est pas grave, c’est juste un petit détail ! Ça reviendra peut-être plus tard ! »

Erwan lui adressa un faible sourire. « C’est drôle, parce que j’ai l’impression de vous avoir déjà vu quelque part. »

Ne pas faire référence à tout à l’heure. Ne pas faire référence à tout à l’heure. « Oh ? C’est assez flatteur !

Vous venez d’où… Si ce n’est pas indiscret ? »

La jeune femme hésita. « Oh euh… De loin. Loiiiin loin loin, là-baaas. » Elle pointa une direction au hasard.

Erwan fronça les sourcils. « Errrm… Okay ? »

Sa réaction n’était pas norma… Oh merde. Elle venait de se rappeler que le monde d’Erwan était plat et que sa ville était située à quelques mètres du bord. À tout les coups, elle venait de pointer en direction du vide. Elle se mit à rire. « Façon de parler. Heheh. Vous savez, on revient tous d’un peu loin. »

Erwan fit une moue sceptique. « Ouais, pas faux. » Puis son expression changea. « Enfin, vous voulez un café ? Je dois quand même vous remercier d’être venu à mon secours pour tout à l’heure ! »

Un café en tête à tête avec une de ses idoles ? La jeune femme ne pouvait le croire. Elle se mit à bafouiller. « Oh euh… Ce serait gentil, mais euh… Je suis un peu occupé maintenant et euh… »

La mine d’Erwan se fit inquiète.

« Mais on peut totalement se revoir pour un dîner un de ces quatre, si vous voulez euh… » Elle vit le regard de plus en plus confus du jeune kutz. « Erm… Je dois y aller ! J’ai une affaire urgente. » Elle tourna le dos, puis ouvrit précipitamment la porte. « Kay’ thanks bye ! » Puis elle claqua la porte et marcha d’un pas rapide dans une direction au hasard.

Mais quelle cruche, quelle cruche, quelle cruche !

***

Erwan

Erwan resta quelques secondes à fixer la porte d’un air confus. Cette femme venait-elle vraiment de lui proposer un rendez-vous ? Bizarrement, et à sa grande surprise, la proposition le fit sourire, lui qui n’avait jamais eu de chance avec les femmes.

Elle repassera très certainement, se mit-il à penser, un sourire niais aux lèvres.

***

Dr. Hope von Lightbringer

D’un air satisfait, Hope mangea enfin son burger. Traîner ses trois assistants au Von Mickeys n’avait pas été une mince affaire – il est le seul de son équipe à aimer aller là-bas – mais après un bon rappel des faits, il parvint à les convaincre.

L’avantage du Von Mickeys, c’est que même si la nourriture était réputée comme étant mauvaise pour la santé sur le long terme, elle était mangeable pour Hope. Il n’avait pas vraiment besoin de faire d’efforts avec sa mâchoire, là où le pub servait à 90% des plats aussi solides que des rocs.

Et alors que le Docteur leva la tête pour atteindre la paille de la boisson posée sur son plateau, il remarqua que tous les regards étaient braqués sur lui.

Et ce n’était pas la première fois. Depuis maintenant deux ans, lorsqu’il sortait, il pouvait assister à ce drôle de spectacle où tout le monde s’arrêtait pour l’observer avec un regard mélangeant attente, reproche et menace.

Et plus le temps passait, plus les regards étaient fréquents et longs. Hope n’y faisait plus particulièrement attention, mais ça ne l’empêchait pas de se sentir inconfortable.

Ses assistants remarquèrent eux aussi assez rapidement le changement d’ambiance. Il fallait vite trouver une diversion avant que les remarques désobligeantes ne fusent.

« Oh au fait, t’as vu le match, hier soir ? » demanda l’assistant canin du nom de Happy d’un air très faussement interrogatif et intéressé.

« Ouais… Ouais, le match, ouaiiis… » Le regard de l’assistant loutre Sunny partit dans tous les sens. « C’était un beau match, ouaiiis…

Et ce point de Jaystan ! Il était trop cool. » dit Joy, qui avait sorti le seul nom de joueur de tabernok qu’il avait entendu une fois à la radio.

Les sourcils de quelques personnes se froncèrent. À tous les coups, c’était ceux des fans de tabernok et il était presque sûr et certain qu’il n’étaient pas des supporters de l’équipe de Jaystan.

Hope devait vite réagir pour améliorer l’ambiance. « Par contre, c’est juste chiant que la machine soit encore en panne. Pfff… Encore au moins… Neuf mois de maintenance avant que ça ne puisse fonctionner. »

Des murmures commencèrent à se faire entendre dans le restaurant. « Neuf mois ? » « Ça nous laisse du temps ! » « Ça tombe bien, j’avais piscine dans deux semaines ! »

Puis les regards se détournèrent des chercheurs et les conversations reprirent. Hope ne put s’empêcher de lâcher un discret soupir de soulagement.

***

Erwan

Erwan était en train de changer son bras en vue de se préparer à sortir. « Du coup, vous disiez venir d’un autre monde il y a deux jours ? » Il vit l’expression confuse de la jeune femme. « Façon de parler ! » Puis il ajouta d’un ton doucement moqueur. « Vous pointiez vers le bord du monde après tout, donc vous viendriez d’ailleurs, si je ne me plante pas. »

La jeune femme fronça les sourcils, comme si elle avait été offensée, mais son ton en disait autrement. « J’ai un mauvais sens de l’orientation. » Elle se mit à rire. « Non, je viens de Ker’Pelegrith et j’ai cru comprendre que vous y êtes déjà allé, non ?

En effet. » Erwan grimaça au moment où il déconnecta le module de coiffure de son bras, ce qui sembla inquiéter son interlocutrice. « J’ai l’habitude, ne vous inquiétez pas. » Sans plus attendre, il attrapa le module normal et se l’attacha, non sans grimacer à nouveau. « Mais ouais, on y est passé avec ma famille il y a pas mal d’années de ça. Une simple étape pour aller à la capitale. »

Le regard de la jeune femme s’assombrit.

***

???

Elle savait où l’histoire allait et elle savait aussi qu’Erwan n’allait pas continuer maintenant – après tout, c’était une histoire qu’il ne criait pas sur tous les toits – mais elle ne pouvait s’empêcher de ressentir de la peine pour lui.

« Hum ? »

Le ton curieux du chat la tira tellement fort de sa réflexion qu’elle sursauta. Il lui fallait trouver un mensonge capable de rester cohérent avec les émotions qu’elle venait de ressentir. « Oh euh… Non rien. Juste que la capitale me rappelle des choses peu agréables. » Mieux valait rester vague.

« Je vois… »

***

Erwan

Poltan Restaïjah… Tellement de souvenirs étaient associés à ce lieu damné. Erwan regretta d’en avoir parlé.

Le Silence revint, plus inconfortablement qu’auparavant, enveloppant les deux chats dans leurs pensées.

Mais ce n’était pas le moment de se replonger dans le passé ! Il avait invité cette femme à dîner et passer un bon moment, pas plomber l’ambiance et visiblement lui faire ressurgir d’anciens démons. Il fallait changer de sujet, d’autant plus qu’il était prêt à sortir. « Enfin bref, vous pensez rester longtemps à Taer Bolagh ?

Hein ? Oh euh, je ne sais pas trop, à vrai dire. Je suis à la recherche de travail, donc j’imagine que j’irai là où le vent m’amène… Comme on dit dans ma famille ! »

Cela intéressa Erwan. « Oh ? Pour le coup, ce n’est pas ici que vous manquerez de travail. D’ailleurs, si vous avez besoin d’aide pour en trouver, je peux vous mettre en contact avec des amis à moi… Mais on va en parler dans un endroit un peu plus approprié, si vous le souhaitez.

Au restaurant ? »

La question surprit le chat. « Hein ?

Quoi ? » Elle sembla comprendre quelque chose. « Ah euh oui oui, au resto. Oui, non allons-y, oui. » Elle lâcha son petit rire nerveux.

La mine d’Erwan se fit des plus confuses. La personnalité visiblement tête-en-l’air de cette femme n’arrêtait pas de le déstabiliser. « Erm, oui, allons-y. »

***

Le repas se fit dans une assez bonne ambiance. Personne n’osa aborder le sujet du passé de l’autre, au vu des réactions de chacun dans le salon, alors il fut décidé de parler de l’avenir proche.

Erwan proposa à la jeune femme différents corps de métier dans lequel elle pouvait éventuellement travailler et pour lesquels il y avait du travail. À sa grande surprise, il découvrit l’intérêt qu’elle portait pour la menuiserie. Elle semblait avoir une très grande connaissance du bois, ce qui était définitivement un plus. Il fut donc acté que le lendemain, Erwan prendrait le temps d’aller à la rencontre de Illyos, le maître menuisier de la ville et il essayerait de le convaincre de la prendre sous son aile.

***

Alors qu’ils attaquaient le plat principal, Erwan grimaça. La jeune femme le remarqua. « Qu’est-ce qu’il y a ? »

Le chat la regarda d’un air gêné. « Eh bien… Ne le prenez pas mal… C’est juste que j’ai un peu de mal avec le fait que vous n’ayez pas de nom. »

Le regard de la jeune femme se fit à la fois confus et amusé. « Comment ça ? »

Quitte à s’être enfoncé là-dedans, autant y aller jusqu’au bout. Fallait juste trouver les mots qui feraient que cette conversation soit la moins bizarre possible. « Je sais que ça peut paraître assez stupide de demander ça, mais… Pourquoi ne vous êtes vous pas donné un prénom vous-même ? »

La jeune femme manqua de s’étouffer avec son verre. Erwan tendit le bras, par réflexe, avant qu’elle ne l’en empêche. « Ça va. Ça va… Mais pour en revenir à votre question, je dois avouer que je n’y ai pas trop pensé… Disons que le nombre de possibilités est presque infini et je ne sais vraiment pas lequel m’irait. » Puis elle se mit à réfléchir. « Ceci dit, si vous voulez, vous pouvez m’en donner un ! »

Les yeux d’Erwan s’écarquillèrent. Cette requête était purement insensée. « Vous… Vous êtes sûre ? Je veux dire… Je n’ai pas vraiment autorité à vous imposer… »

Sa surprise fut encore plus grande lorsque la femme lui adressa un sourire, puis dit. « Ce serait un honneur que vous le fassiez. »

Quelque chose n’allait pas. « Vous euh… Un honneur ? »

***

???

Il ne fallait pas trop l’effrayer, et offrir une explication satisfaisante. Tout se jouait ici et maintenant. « Vous êtes la première personne à avoir été aussi gentille avec moi depuis que j’ai perdu la mémoire. » En même temps, il s’agissait de la première personne à qui elle avait adressé la parole en plus de 4000 ans. « Du coup… Si vous voulez bien me donner un prénom, je le porterai avec grande joie. »

***

Erwan

Erwan ne savait plus comment se placer. Il tenta faiblement de se redresser. « Eh bien euh… Euuuh… » Il lui fallait trouver un prénom qui aie de l’importance et qui sonne bien. « Je… Euh… Et si je vous appelais Grenda ? »

Au vu de l’expression à la fois choquée et confuse de la jeune femme, il avait fait un mauvais choix. « Euuuh… Non. Je suis vraiment pas fan. Vous n’en auriez pas un autre ? »

Tellement d’efforts pour s’être fait rembarrer de la sorte. Erwan se sentit vexé. D’autant plus que… « … C’était le prénom de ma grand-mère… » marmonna-t-il.

Le Silence s’installa et commanda un filet mignon avec supplément de sauce au chocolat.

La jeune femme lança un regard embarrassé au chat. « … Oh. »

Mais ce n’était pas le moment de se laisser abattre. Ce n’était pas non plus le seul prénom que Erwan connaissait. « … Sinon, je peux vous appeler Zelda ? »

***

???

Zelda ? Mais grave !

Des rares choses dont elle se souvenait de son passé, la jeune femme était une fan de jeux vidéo, et notamment de la série des Zelda. Qu’Erwan connaisse ce prénom était un miracle inespéré et se faire appeler Zelda tout en ne ressentant pas la honte de se faire vanner dessus était un rêve devenant réalité. Son sourire s’élargit. « Oooooh oui ! »

La tête d’Erwan partit par réflexe en arrière. Visiblement, il ne s’attendait pas à ce que ce prénom aie un effet pareil. « V-vraiment ? Vous voulez que je vous appelle Zelda ? »

La jeune femme hocha vigoureusement la tête. « Ouiouiouiouioui.

Huh… Je n’aurais jamais cru que ça marche aussi bien aussi vite. En plus c’est vrai que ça sonne bien.

Carrément !

Du coup, Zelda, bah voilà votre prénom. »

Le sourire de Zelda était tellement large que cela réconforta Erwan.

***

Dr. Hope von Lightbringer

Le Docteur von Lightbringer s’étira sur son fauteuil. Une nouvelle journée, un nouveau boulon à serrer, et toujours pas de signe de héros prophétisés à l’horizon.

Même si cela faisait plus de vingt ans qu’il avait accepté de détruire le monde à des fins scientifique et qu’il avait lu, relu et rererererererererererererererererelu la Prophétie pour s’assurer que tous les détails collaient, Hope regarda à nouveau le post-it sur lequel il l’avait noté.

Puis il soupira en voyant le cadre juste à côté. Pourquoi est-ce qu’il fallait que ces héros soient spécifiquement d’un autre monde que celui-ci ? Après tout, ce n’était pas comme si celui-ci en manquait.

Suffisait de regarder la tribu des Jefferson. Tous les membres de cette tribu étaient nés avec des pouvoirs magiques et se les transmettaient à leur mort, faisant que chaque génération était plus puissante que la précédente. Il n’aurait fallu que cinq Jefferson pour détruire la machine et ainsi sauver le monde.

Hope leur avait demandé l’an dernier de mener la Prophétie à bien tout en prétendant qu’ils venaient d’un autre monde, comme ça tout le monde aurait été célébré en héros et la Paix se serait définitivement installée dans ce monde. Mais noooon, fallait que les héros viennent d’un autre monde. Résultat : la machine avait été détruite, et le monde avait été sauvé, mais le peuple n’a tellement pas apprécié ce geste que la tribu a été massacrée jusqu’à son dernier membre et Hope a été forcé à reconstruire la machine.

Et le pire, c’est que Hope connaissait certains Jefferson. C’étaient des gens plus qu’aimables et il les aimait bien. Son meilleur ami était un Jefferson, et il avait été tué par le peuple. Bande de cons…

Enfin… S’il y avait une consolation à considérer, c’est que malgré ce fiasco retentissant, Hope était encore en vie. En vie dans un monde totalement cinglé certes, mais encore en vie. Et au pire, si jamais le plan foirait, il aurait la satisfaction d’avoir détruit le monde et vengé son meilleur ami.

Hope prit le cadre-photo montrant une photo de lui, ses collègues et quelques Jefferson, et l’observa d’un regard vide quelques instants avant de le reposer et s’affaler dans son fauteuil, tout en tentant de ne penser à rien.

***

Quelques minutes plus tard, Joy considéra qu’il s’agissait d’un moment un peu plus approprié pour entrer. « Hope ? Tu veux que l’on fasse quoi aujourd’hui ? »

Le Docteur sursauta légèrement, comme tiré de ses pensées. « Hein ? Oh, euh… Serrez juste deux boulons. On a certes bossé tous les jours depuis le début de la semaine, mais si on n’en serre pas deux aujourd’hui, ils vont penser qu’on le fait exprès. »

Joy lui adressa un petit salut. « Compris. On va faire ça. »

Hope lui adressa un faible sourire, puis lorsque son assistant fut parti, il se mit à contempler ses écrans. Au moins, on a réussi à nous créer un sursis de neuf mois… C’est bien.

Puis une alarme retentit, le faisant bondir.

« Hein ? Quoi ? Keskispasse !? »

D’un pas rapide et maladroit, Hope se précipita vers la salle des machines… Et devint livide.

La machine s’était enfin mise à fonctionner.

À suivre…

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