Les Mésaventures de Matt (Prologue + Chapitre 1)

Note : L’histoire qui suit est un « Work in Progress » à un stade encore assez peu avancé. Toutes les petites incohérences et descriptions et tout le tintouin seront ajoutés bien plus tard, une fois que l’histoire sera terminée. La version finale sera potentiellement très différente de ce que vous trouverez ici au niveau de la forme. Je souhaitais par le biais de cette « version Alpha » vous donner un bon aperçu de l’histoire, des personnages et de leurs relations. N’hésitez pas d’ailleurs à m’offrir vos retours dessus, car vos avis comptent. En espérant malgré l’état un peu brouillon de l’ensemble que vous aimerez lire ce qui suit – Ben.

« N’empêche, ce film était sympa, mais le méchant était tellement… Cliché. Franchement, ça ne tuerait pas les scénaristes d’écrire des personnages un peu plus travaillés ? »
Balon haussa les épaules. « Vous savez, Maître, le public n’a pas nécessairement envie de réfléchir. Un méchant simple est plus facilement identifiable et… »

Ulrich grogna. « Ça, je le sais bien. Plus sa motivation est simple à comprendre, plus facilement il devient une cible au regard du spectateur. Mais je ne veux pas ça. Moi, je veux un humain qui ait des motivations tellement nuancées que l’on arriverait à penser que sa cause est légitime… Non pas que je cautionnerait qu’un humain devienne un héros aux yeux du public, bien évidemment… D’ailleurs, on a obtenu des informations de celui que l’on a enfermé ce matin ? »

Le regard de Balon se dirigea vers le sol. « Je… Je ne voulais pas vous l’apprendre, Maître, mais cet humain s’est donné la mort avant même qu’on n’ait pu lui donner un seul coup de fouet. »
Ulrich s’arrêta. « Comment ? Mais quand je l’ai vu arriver ce matin, il était enchaîné ! »
Le serviteur était de plus en plus hésitant. « L’homme avait… Une capsule faite à base de plantes dans la bouche. Très toxique… Il a croqué dedans et est mort quelques secondes plus tard… »

Une lueur de fureur pouvait se voir dans le regard d’Ulrich. « Bande de sauvages… Personne d’autre n’est mort avec lui ?
– Sur le moment, non… Hélas, lorsque Kassandre a voulu récupérer la capsule de la bouche de l’humain, elle a été contaminée et est morte sur le coup… Si cela peut vous rassurer, elle n’a pas eu l’air d’avoir souffert. »
Ulrich donna un coup de poing très léger contre le mur le plus proche, créant tout de même un petit trou. « Bordel !
– Je suis vraiment désolé, Maître… »

Même si Kassandre n’était qu’une simple sous-fifre parmi les dizaines de milliers qu’il avait sous ses ordres, Ulrich ne pouvait se résoudre à en accepter sa mort. Chaque sous-fifre de perdu était un de trop. C’était une vie qui s’arrêtait, et en cela, c’était du gâchis. Ils me le paieront ! Pensa-t-il.

Des pleurs d’enfant se firent entendre. « Tu as entendu ça ? » dit Ulrich en tournant l’oreille.
« On dirait un bébé. » observa Balon.
Ulrich fronça les sourcils. Le son provenait d’une ruelle un peu trop sombre à son goût. « Attends-moi ici, je vais voir.
– Vous êtes sûr, Maître ?
– Ça devrait aller. Je ne perçois rien d’autre qui puisse être dangereux. »

Ulrich s’aventura dans la ruelle. Et en effet, il n’y avait personne d’autre qu’un petit paquet bruyant posé négligemment au sol, près des poubelles. Qu’est-ce que !?

Il s’approcha. À sa plus grande horreur, quelqu’un avait bel et bien abandonné un enfant dans la rue. Ulrich jeta un coup d’oeil au loin, histoire de voir si le monstre qui l’avait abandonné traînait encore quelque part, histoire qu’il puisse lui coller une bonne leçon… Personne. Le démon prit l’enfant dans ses bras, ce qui sembla le calmer. « BALON !!! »

Le serviteur se précipita à l’endroit où se trouvait Ulrich. « Oui, Maître ?
– Regarde-moi ça ! Quelqu’un a abandonné ce pauvre petit.
– Il va bien ? » demanda le serviteur.
Ulrich lui adressa un petit sourire, bien amer en dépit des circonstances. « Heureusement, oui. »
Balon se rapprocha pour voir l’enfant de plus près. « Oh, Maître, mais cet enfant est…
– Déformé, oui. Mais ce n’était pas une raison pour l’abandonner de la sorte ! »

L’enfant, qui ne semblait plus alarmé, regarda d’un air niais les deux démons. Il avait l’apparence d’une simple chauve-souris, de celles qui ne peuvent gravir l’échelon numéro trois au sein de l’armée d’Ulrich à cause de leurs faibles capacités, mais ce qui semblait choquer les deux démons étaient ses oreilles, qui étaient tellement tordues qu’elles ressemblaient à des cornes.

Pendant une minute, les trois démons s’observèrent. Puis l’enfant s’endormit.
« Que va-t-on en faire ? » demanda Balon.
« Eh bien, vu que l’on ne peut décemment pas le remettre à ses parents, on va le garder. Après tout, il pourra peut-être nous être utile quand il sera plus grand.
– Certes, mais… Qui va bien vouloir l’élever ? »

L’enfant prit inconsciemment le doigt d’Ulrich.

La fureur dans le regard derrière le masque du démon s’éteignit. La partie inférieure visible de son visage laissa entrevoir un sourire.

***

CHAPITRE 1

LE FILS DU SEIGNEUR

Matt se réveilla en grognant. Encore une longue journée qui s’annonçait. Cela faisait maintenant cinq ans qu’il allait à l’école, et cela faisait quatre ans et 360 jours qu’il traînait des pieds pour y aller. Il devait y aller pour apprendre à être un bon petit démon, mais dans quel but ? Son père était le démon le plus fort du monde, donc ça ne servait à rien d’apprendre les mêmes choses que ceux qui allaient fatalement être sous ses ordres, si ?
Après s’être habillé, il se dirigea vers la cuisine, où l’attendaient Balon et son père, qui baissa son journal et lui adressa un sourire. « En voilà un qui est bien bougon, aujourd’hui ! » lança Ulrich.

« B’jour, P’pa… » marmonna Matt.
« Prêt pour l’école, fiston ? » Ulrich ne rencontra comme réponse qu’un simple grognement. Il fronça les sourcils, puis posa son journal sur la table. « Qu’est-ce qui te tracasse ? Dis-moi. »
Matt hésita. « Non, mais c’est juste que la maîtresse n’est pas sympa, et elle nous file un contrôle aujourd’hui…
– Oh, bah si ce n’est qu’un contrôle, tu n’as pas à trop te tracasser. C’est un sujet à propos de moi ?
– Moui. »
Ulrich sourit. « Eh bien ça ne devrait pas être trop compliqué, alors ! »
Matt grimaça. « Oui, mais… Mais on va encore me détester pour ça, si j’ai une bonne note…
– Ah… Ah oui, vu comme ça… C’est encore Petros ? »
Matt resta silencieux. Ulrich soupira. « Bon… Eh bien on va dire à Madame Picks que tu es malade et que tu ne peux pas venir, d’accord ? »

Le garçon lui adressa un faible sourire, ce qui fit sourire son père à son tour. Balon, lui, ne put s’empêcher de lancer un regard désapprobateur aux deux démons.

***

« Maître, je crois que vous en faites un peu trop pour le jeune Maître… » lâcha Balon quelques jours plus tard, lorsque Matt était finalement retourné à l’école.

Ulrich finit de tranquillement mâchonner une tartine. « Bah quoi ?
– Les cadeaux, les exemptions de cours, votre surprotection… Ce n’est pas sain pour lui. Et pour vous, d’ailleurs. »
Ulrich tapota des doigts sur la table. « Et en quoi ? Je ne vais pas le rendre misérable, non plus !
– Ah bah ça, c’est sûr qu’il ne sera pas misérable, là. »

Ulrich s’impatienta. « Mais qu’est-ce que tu insinues, à la fin ? Crache le morceau au lieu de tourner autour du pot !
– Eh bien je veux juste dire que si vous gâtez un peu trop le jeune Maître, il va finir par devenir extrêmement mauvais.
– En même temps, il faut bien qu’il le soit envers les hu…
– J’entends surtout qu’il va être détesté de tous. Les humains et les démons.
– Oh…
– Après, rien n’empêche que vous l’éleviez en l’aimant de tout votre coeur, ça je peux concevoir que c’est possible. Mais il faut le laisser vivre un peu. Pour l’instant, le jeune Matt est votre monde principal, mais pour lui, vous êtes son seul et unique monde. »

Le regard d’Ulrich balaya tout le bureau, tentant au maximum d’éviter celui du vieux démon. « Je vois… Je vais… Voir ce qu’il est possible de faire.
– Sage décision, Maître. »

***

« Mais… Mais P’pa…
– Désolé, Matt, mais non, c’est non. Tu iras en classe aujourd’hui, que tu le veuilles ou non.
– Mais…
– Allez, pas de ‘mais’ qui tienne ! En plus, j’imagine que tu t’en sortiras très bien. Et de toutes façons, j’ai pas mal de travail aujourd’hui. Les humains préparent quelque chose de gros et il faut que je me prépare au combat. »

Matt se mit à trembler, puis poussa un grognement, avant finalement de céder devant le regard insistant de son père et de sortir en claquant la porte.

Ulrich mit quelques secondes à s’en remettre. Il vit le regard approbateur de Balon. Sa mine se renfrogna.

***

Matt prit le bus en direction de l’école. Mais ce jour-là, quelque chose de particulier attira son attention. Parmi tous les démons présents, il y en avait un qui ne lui était pas familier. Une jeune tigresse qui était assise seule sur une banquette. La sienne.
Matt s’avança et toussota. « Excuse-moi. »

La tigresse se retourna. « Oui ?
– T’es assise à ma place… » dit le garçon d’un air légèrement ennuyé.
« Oh euh… Désolée. C’était la seule place disponible et il n’y avait pas ton nom écrit dessus, doooonc… »

Le mélange de sarcasme et de sincérité déstabilisa la chauve-souris. Il resta debout quelques secondes, perdu.
« Oh, faut s’asseoir ! » hurla le chauffeur.
Matt sursauta. « Euh… Oui, m’sieur ! » puis il s’assit, sous les rires de ses camarades.

Pendant une minute, les deux démons se fixèrent sans dire un mot, au point que ça devenait de plus en plus inconfortable. « Tu… N’es pas du coin, j’imagine. » dit Matt.
« Non non. On vient tout juste de déménager, mes parents et moi.
– Ah… Ça explique tout… Du coup, tu ne sais pas qui je suis ?
– Erm… Non. Je devrais ? »
Matt leva un sourcil, surpris. « Je… Erm… Vraiment ? » Il vit le regard insistant de la tigresse. Le garçon eut l’impression de se décomposer. « Je suis le… Fils du Grand Seigneur Ulrich ? »

La tigresse fronça les sourcils. « Ouais, et moi je suis la fille de l’Évêque Daï-Mundus.

– … Sérieusement ? »

Pendant quelques secondes, le plus grand des silences s’installa sur la banquette. La tigresse était incapable de déterminer s’il plaisantait ou non.
Un des démons qui regardait la scène depuis la banquette en face se pencha. « Pas envie de trop me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais Matt est vraiment le fils de Maître Ulrich. »

La tigresse lança un regard au démon d’en face, puis à Matt, puis à nouveau au démon d’en face avec une expression de surprise. Le démon haussa les épaules, puis lui adressa un sourire gêné. La tigresse regarda à nouveau Matt, qui sentait tout le poids de son jugement.

« Oh.
– Voilà.
– Oh !
– Hum ? »

La tigresse sembla se décomposer. « Je… Je suis vraiment désolée ! Si j’avais su, je… »
Matt ne sut comment se placer, il se trémoussa étrangement sur la banquette. « Ce… Ce n’est pas grave, hein ? Ça peut arriver… »
Il fut interrompu par la tigresse, qui s’inclina plusieurs fois. « Je ne le referai plus jamais ! Plus jamais ! Plus jamais ! »

Le plus grand des silences envahit le bus. Tous les regards se tournèrent vers Matt.
« On embête déjà la nouvelle, Matt ? » lâcha Petros du fond du bus.
Matt se tourna vers le démon qui l’interpella. Un crocodile à l’air mesquin âgé d’un an de plus que lui, mais qui avait redoublé pour mauvaise conduite.

« Je… Euh… » Matt tourna la tête vers la tigresse, qui continuait de s’incliner. Il ne savait pas comment réagir face à cette situation. Maladroitement, il tenta de poser sa main sur l’épaule du démon, qui poussa un cri de terreur. Il sursauta à son tour, sous les rires du reste du bus.
« Ce… Ce n’est pas grave… Vraiment ! Je… Euh… Je suis désolé de t’avoir fait peur.
– Bon ! Ce n’est pas bientôt fini, tout ce chahut ! Je vous laisse faire le reste du trajet à pied, si vous voulez ! » hurla le chauffeur une fois à l’arrêt.

Tout le monde s’arrêta net de rire. Le reste du trajet se fit dans le silence le plus inconfortable qui soit pour Matt, qui ne put que regarder la tigresse tenter par tous les moyens d’éviter son regard.

***

Ulrich observa les écrans liés aux caméras de surveillance postés aux remparts de la ville. Il y avait bel et bien de l’activité, mais quelque chose semblait ne pas coller. D’habitude, ils se déplaçaient par bataillons entiers, mais là… Il n’y avait que quatre humains, dotés de grosses épées, bâtons et autres joyeuses armes blanches. Leur confiance en eux n’était pas des plus rassurantes.

Dans un sens, c’était aussi une bonne chose qu’ils soient aussi peu nombreux. Ça limitait le nombre de pertes des deux côtés, car autant Ulrich détestait les humains de tout son être, autant il savait qu’en tuer un signifiait que quelque part, quelqu’un souffrirait sa perte. Il n’y a aucune gratification dans l’acte de guerre. Uniquement plus de souffrance.

Mais il devait se défendre, car les humains voyaient les démons comme une maladie qu’il fallait éradiquer de la surface de la Terre et les innovations technologique comme une trahison envers la Nature. Pourtant, ce n’était pas faute d’avoir essayé de leur expliquer que les technologies utilisées étaient propres et sans danger pour l’environnement… Mais ces sauvages ne voulaient rien entendre. Une machine était une machine et un démon un démon et tous deux devaient être détruits. Les humains, eux, ne réfléchissaient pas aux conséquences des meurtres qu’ils commettaient, préférant voir une douce illusion lointaine plutôt qu’un atroce détail sur le plan rapproché.

Ulrich se leva de son fauteuil. « Je vais m’occuper personnellement d’eux. »
Balon, qui observait les écrans, n’était pas rassuré. « Je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée, Maître. Ils ont l’air fort…
– Et moi je suis le démon le plus fort du monde. Tout se passera bien.
– Mais…
– Et si jamais quelque chose devait m’arriver, je veux que tu veilles sur Matt. Fais qu’il soit un bon démon. »

Un mauvais pressentiment s’empara de Balon. « Je… » Il abandonna en voyant la détermination dans le regard d’Ulrich. « Bien, Maître. »
Ulrich sourit. « Merci, Balon. Tu peux aller me chercher mon équipement ? Mieux vaut que je sois prêt… Au cas où. »
Balon s’inclina. « Tout de suite… Maître. »

Tandis que le serviteur s’absenta pour aller chercher ses affaires, Ulrich continua d’observer les écrans, une lueur d’inquiétude dans le regard. Matt…

***

« Bien. Les enfants, comme vous l’avez probablement remarqué, aujourd’hui marque l’arrivée d’une nouvelle élève parmi nous. Ismilla, peux-tu t’introduire auprès de la classe ? »

La tigresse s’avança au niveau du bureau de l’institutrice. Nerveusement, elle observa la classe, qui la jugeait du regard en retour. « Eh bien… Bonjour ? Je me nomme Ismilla Kreutz, et je viens de Jinfuroh… Je… » Elle croisa le regard de Matt, puis sentit un frisson la parcourir. « Un plaisir de faire votre connaissance ! »

« Jinfuroh ? » « Mais c’est super loin ! » « C’est où ? »

Madame Picks adressa immédiatement la vague d’interrogations. « Jinfuroh est une ville située au fin fond de notre territoire. De ce que j’ai pu comprendre, Ismilla est arrivée ici il y a seulement deux jours, donc prière de ne pas trop l’embêter. Elle est certainement encore un peu fatiguée du voyage. »
Ismilla se retourna. « Oh non non. Ça va, franchement. J’ai pu récupérer hier et…
– On ne chipote pas, ma chère. Je préfère que vous n’en fassiez pas trop aujourd’hui si vous voulez bien. Maintenant, vous allez vous asseoir auprès de Matt, là-bas et on commencera les cours en douceur. »

Un semblant de terreur s’empara des deux enfants. Le reste de la classe se mit à sourire. L’institutrice le remarqua. « Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? »
Ismilla serra les dents. « Nonon, rien, rien. »
La vieille chouette plissa les sourcils, puis fit mine de comprendre. « Bon, eh bien si ce n’est rien, je vais vous demander de vous mettre à votre place alors. »

La tigresse s’inclina, puis marcha d’un pas nerveux vers le centre de la classe à la table où se trouvait Matt. Elle lui adressa un sourire gêné.

« Bien… Eh bien vu que Mademoiselle Kreutz vient d’un coin assez reculé, pourquoi ne pas faire un peu de géographie ? »
Un soupir collectif résonna dans la pièce.

***

Les quatre humains restèrent devant les portes, menacés par les dizaines de fusils pointés sur eux. Ulrich était arrivé sur les remparts et les observa. Ils ne semblaient pas vouloir bouger.

« Que voulez-vous ? » cria Ulrich.
« On veut voir le Maître des Ténèbres ! Nous nous devons de sauver le monde ! »

Encore ces bêtises… Autant le titre de Maître des Ténèbres sonnait bien, autant Ulrich n’était le Maître de rien du tout. Bon ok, peut-être une petite armée d’une centaine de milliers de démons, mais franchement, ce n’était pas ce qui s’appelait les Ténèbres. « Vous vous rendez compte que vous demandez à tuer quelqu’un en face de tous ses hommes, qui, je le rappelle, braquent sur vous des dizaines d’armes ?
– Et ?
– … Et ? » Ulrich leva un sourcil. Tellement de confiance, ça ne signifiait vraiment rien de bon. Il soupira. Mieux valait que ce spectacle tourne court avant que ses soldats ne commencent à devenir nerveux. « Si vous cherchez Le Maître des Ténèbres, il est juste ici !
– Ça on sait bien. Pour ça qu’on vous demande d’aller le chercher ! » cria ce qui semblait être le chef de la bande.

Ulrich posa sa main sur son masque. Son effet de style venait totalement d’être brisé. « Vous êtes des truffes ou vous le faites exprès !? C’est moi, celui que vous cherchez !
– Ah, bah fallait le dire plus tôt ! »
Ulrich grogna. « Mais quelle bande de…
– Allez, ramenez-vous, qu’on en finisse ! »

C’en était trop. Si ça continuait, Ulrich allait les vaporiser. « Si c’est si gentiment demandé ! »

Le démon sauta du mur et atterrit en contrebas, creusant un petit cratère sur son passage. Il se dépoussiéra en se relevant. « Bien… Que me voulez-vous ? »
Les quatre héros fonçaient déjà sur lui. « Te tuer, pardiiiii !!!! »

Ulrich sortit son katana de son fourreau pour détourner le coup porté par le leader. Il sourit. « Tch… On va bien voir ça. »

***

Une vague de curiosité s’était emparée de tous les élèves à la récréation, tant et si bien qu’Ismilla était bloquée dans un coin du préau, harcelée de questions diverses sur Jinfuroh, ses parents et la raison du déménagement. Matt, lui, ne savait plus quoi penser. Isolé au sommet de la cage à écureuil, il observa le spectacle au loin. C’était une bonne chose qu’Ismilla était devenue accidentellement le centre de l’attention, mais Matt se sentait un peu seul. Peut-être que la situation changerait d’ici les prochains jours ? Le garçon l’espérait.

Et le redoutait.

Une grande explosion pouvait être entendue par delà le mur. Matt n’y fit pas plus attention que ça. Après tout, les explosions et les bruits de bataille avaient lieu suffisamment régulièrement et n’atteignaient jamais la ville elle-même. La menace des hommes n’était qu’une simple broutille aux yeux de l’enfant. L’armée de son père les écrasait systématiquement, donc il n’y avait pas de soucis à se faire.

***

« SEIGNEUR ULRICH !!! »
Le bouclier magique d’Ulrich céda. Son masque tomba au sol, fendu en deux par la lame du guerrier. Un petit filet de sang se mit à couler sur le visage couvert de cicatrices du démon. Il recula de trois pas, le temps que ses adversaires s’exclament sur la laideur de son visage, comme le font d’habitude les rares humains à le voir.

Pour ce qui était de capturer les humains et leur soutirer des informations utiles, ce n’était plus la peine. Il n’en restait plus que deux, particulièrement remontés après la mort des deux autres. À ce stade de la bataille, soit c’était Ulrich qui y passait, soit c’était eux. Toute autre alternative était impossible.
« Je suis désolé pour la mort de vos compagnons, mais c’est désormais à votre tour. Je ne puis vous laisser massacrer les miens. » Surtout vu votre niveau… Les autres n’auraient que trop peu de chances de s’en sortir.

Le guerrier, déjà pas mal énervé, venait d’atteindre un niveau de rage telle que les rares mots qu’il pouvait sortir étaient incohérents. L’avantage, c’est qu’il était tellement énervé que les ouvertures étaient bien plus grandes et ses attaques beaucoup plus faciles à éviter. Le démon parvint à transpercer l’humain de part en part avec sa lame, puis régénéra son bouclier afin de mieux parer les boules de feu lancées par la plus grande énigme de ce groupe : un magicien, qui s’était tenu à distance durant tout le combat et qui n’arrêtait pas de lancer des sorts de Nature divers et variés. Heureusement pour Ulrich, ces sorts étaient inefficaces sur lui et le sorcier qui les lançait n’était pas bien fort au combat rapproché. Tellement peu fort en fait que lorsque le démon se rapprocha de lui, le sorcier prit peur et tenta vainement de s’enfuir, avant d’être empalé.
Ulrich se rapprocha du chef du groupe, qui était sur le point de rendre son dernier soupir. « Sois maudit… Démon… Notre magie… Vous fera tous… Tomber… »

Le démon entreprit de ramasser son masque, puis de faire signe à ses soldats qu’il allait bien.

Les acclamations de soulagement résonnèrent sur tous les remparts. Ulrich sourit, même si quelque chose le préoccupait. Les humains ne devraient pas être en mesure de maîtriser la magie… Comment ont-ils fait ? Et de plus, c’était la première fois qu’il affrontait un si petit groupe, qui plus est capable de lui tenir un minimum tête… Ce n’était pas bon signe.

L’esprit troublé, Ulrich demanda à ses hommes d’enterrer les corps des humains, puis il rentra chez lui afin que Balon soigne sa blessure.

***

À la sortie de l’école, Matt remarqua à sa grande surprise que la limousine de son père était garée devant l’établissement et que Balon l’attendait.

« Balon ?
Ah ! Maître Matt, vous allez bien ?
Erm… Oui ? Mais pourquoi est-ce que tu es là ?
Votre père a défendu la ville aujourd’hui et il nous semblait plus judicieux de vous ramener directement, plutôt que de vous laisser seul dehors.
Ah ? Et… Il va bien ?
Justement, entrez. Je vais vous expliquer sur la route. »

Matt entra dans la limousine, puis, lorsqu’ils étaient au coin de la rue, Balon pencha légèrement la tête en direction de Matt. « Votre père se porte assez bien. Les humains d’aujourd’hui étaient anormalement puissants, mais ça n’a pas empêché votre père de s’en débarrasser. Votre père et moi préférions vous récupérer pour vous préparer, puisque le Maître a été légèrement blessé durant la bataille. Rien de grave, rassurez-vous, mais ça reste assez impressionnant. »
Matt fronça les sourcils, perplexe. Son père ne pouvait pas être mis en déroute par de simples humains, si ? « Je… Vois… Merci, Balon.
À votre service. Sinon, comment était cette journée ? »

***

Matt entra dans la salle de méditation. La pièce était toujours aussi impressionnante, même après sept années passées à la côtoyer de plus ou moins loin. Matt n’osait que très rarement s’en approcher et n’y entrait que s’il n’y en avait véritablement besoin. Les murs étaient noirs, le parquet était en bois et deux fauteuils trônaient devant un feu qui n’avait jamais été éteint, donnant à la pièce une ambiance rarement trouvée ailleurs.

« P’pa ? »
Ulrich fit tourner lentement son fauteuil, révélant un visage recouvert de bandelettes. « Ah, Matt. Tout va bien ? »
Malgré les avertissements, le garçon était tout de même impressionné. « Ça serait plutôt à toi que je devrais demander ça… Tu n’as pas trop mal ? »
Ulrich fit un geste négligent de la main. « Pfah… Ce n’est rien, crois-moi ! Juste un coup de pinceau de plus sur ce bien laid tableau. »
Le garçon ne put s’empêcher de sourire.

« Alors ? Comment s’est passée ta journée, fiston ? » La mine du garçon se renfrogna presque aussitôt. Celle d’Ulrich aussi. « Pas très bien, j’ai l’impression…
Oh euh… Si si… Enfin, je crois. »
Ulrich leva un sourcil. « Tu crois ?
Eh bien, on a eu une nouvelle élève aujourd’hui… »
Le regard du père s’illumina. « Oh ? Elle est mignonne ? » Matt fixa le sol, rougissant. « J’en déduis que oui. » lâcha Ulrich, souriant.
« Oui, mais elle est devenue super populaire, super vite et… Plus personne ne faisait attention à moi. Ça fait bizarre. »

Le père fit un petit mouvement des épaules. « Boh, c’est normal. Elle vient tout juste d’arriver après tout. Les gens sont curieux, c’est tout. Et puis bon, dans un sens, si tu dis qu’on ne fait plus attention à toi, ça veut dire que Petros et sa bande ne t’ont pas embêté aujourd’hui, si ? »

Matt hocha la tête.

« Dis-toi que c’est toujours ça de pris ! N’oublie pas ce que je te dis toujours :
N’oublie pas de toujours voir le côté positif dans le mauvais. » dirent-ils en choeur.
Ulrich sourit, puis Matt aussi. « Allez viens méditer un peu, ça te fera du bien. » suggéra le père.

***

« P’pa ? »

Ulrich ouvrit les yeux, puis se tourna vers son fils. « Oui ?
Les humains que tu as affronté… Balon a dit qu’ils étaient plus forts que d’habitude… C’est vrai, ça ? »

Ulrich fit une moue gênée. Il ne pouvait pas lui mentir, surtout avec les bandelettes qui décoraient son front. « Moui… Après, vu que la moyenne est assez basse, ça ne veut pas dire grand chose.
Oui, mais… Ça ne t’inquiète pas ?
Un peu… Mais avec suffisamment d’entraînement, ça ne sera pas bien compliqué de tous les envoyer paître…
Oui, enfin… Tu ne vas pas non plus passer ton temps à te battre, si ? »

Ulrich sentit la frustration de l’enfant et ne sut comment réagir. « Je… Je me battrai autant de temps qu’il le faut pour endiguer la menace humaine. Si ça peut te rassurer, je demanderai aussi à nos hommes de s’entraîner plus vaillamment. En tout cas, ne t’inquiètes pas. On gagnera. »

Le sourire de son père rassura Matt.

***

« Aujourd’hui, les enfants, on fera une dictée ! Sortez une feuille simple et un crayon… »

Tout le monde se mit à soupirer. Matt fixa le plafond. La dictée était la pire des matières, juste après les mathématiques, la grammaire, la géographie, l’histoire, l’éducation civique et l’humain. Il sortit ses affaires, puis tendit au maximum les oreilles, en espérant que le texte choisi serait assez simple.

« Ah quelle beauté ce ne fut là ! Aussi enchanteresse était sa vision que je ne pus que… »

Matt grogna. Tellement de mots pseudo-savants mis bout-à-bout, c’était énervant. Pourquoi est-ce que les gens du passé faisaient ça ? Bon, d’accord, il y avait moins de choses à faire pour s’occuper à l’époque, mais quand même, ils pouvaient s’exprimer normalement, non ?

« Psst ! »

Matt tourna la tête. C’était la première fois qu’Ismilla lui adressait la parole depuis l’incident du bus. « Mmgn ?
Elle vient de dire quoi, là ? »

Même si la dictée était une des pires matières, Matt n’était pas du genre à ne pas écouter. « Erm… Les prés qui s’étalaient devant moi étaient tels des peintures célestes peintes par des…
Ahem ! On ne chuchote pas ! » cria l’institutrice depuis l’autre bout de la classe.
Désolée ! J’avais perdu le fil ! Vous pourriez répéter ? »

Madame Picks soupira. Matt et Ismilla s’échangèrent des regards gênés, puis sourirent.

***

À l’heure de la récréation, Ismilla prit Matt à partie. « Eum… Écoute, Matt… À propos d’hier…
Je suis désolé. »
Ismilla leva la tête pour voir le regard triste du garçon. « Hein ? Mais c’était à moi de dire ça ! »
Matt lui adressa un faible sourire. « Je sais que tu allais le dire, mais tu n’as pas à l’être. C’était moi le premier en faute, tu sais… Donc je suis désolé et erm… Voilà ? »

Ismilla fronça les sourcils. « Grumpf… Ça m’embête, parce que maintenant je ne sais pas quoi dire… »
Pendant quelques secondes, il y eut un silence gênant, brisé par le haussement d’épaules du garçon et les rires des deux enfants.

« Du coup… Ton père, c’est vraiment le Seigneur Ulrich ? »
Matt hocha la tête. « Oui oui, même si une fois il m’avait révélé qu’il m’avait trouvé dans la rue et a préféré m’adopter plutôt que de m’abandonner. Après, vu que c’est lui qui m’a élevé, c’est mon seul et véritable père.
Je vois… Je ne pensais pas que… Enfin… Vous ne vous ressemblez pas du tout, donc…
Ouais… Ça, je l’avais assez vite remarqué. Et c’est pour ça qu’il m’a dit la vérité. »

Ismilla semblait perdue. « Mais… Ça ne t’a pas rendu triste ?
De ?
Connaître la vérité ?
Hein ? Oh non, pas du tout. Après tout, c’est mon père qui m’a recueilli et mon père est vraiment cool, donc dans un sens, je suis presque content que ceux qui m’ont fait naître n’ont pas été ceux qui m’ont élevé.
Huuuuh… Huh ?
C’est comme ce que dit toujours mon père : n’oublie pas de toujours voir le côté positif dans le mauvais ! »
Ismilla mit quelques secondes à digérer le proverbe et le comprendre. « D’aaaaaccoooord… »

Matt se mit à rire. Ismilla sourit en retour.

***

Quelques jours passèrent. Les relations entre Matt et Ismilla s’étaient grandement améliorées, au point qu’ils discutaient tranquillement à la cour de récré… Ce qui suscita des commentaires désobligeants de la part de Petros.

« Ouuuh, la nouvelle est tombée amoureuse du gosse de riche, c’est beauuu. »
Matt fronça les sourcils. « Petros, tu ferais mieux d’arrêter.
Sinon ton Papa va venir me mettre une raclée ? Regarde comment j’ai peuuur.
… On ferait mieux de l’ignorer. » dit Ismilla.

« Et puis je suis sûr, Matt, qu’elle en veut juste après ton argent et… »

La tigresse fonça sur le crocodile et le plaqua au sol, toutes griffes dehors. Sans un mot, elle fixa le garçon, qui ne pouvait bouger, choqué par la rapidité de l’escalade des événements.

Le duel de regards dura une dizaines de secondes. « … L-Lâche-moi…
Dis que t’es désolé. »

Le crocodile tenta de se débattre. En vain. « D’accord… D’accord, je suis désolé.
Bien. » Ismilla rangea ses griffes, puis se releva avant d’enlever la poussière sur ses genoux. « Allez viens, Matt, on va là-bas. »

Choqués, les élèves regardèrent les deux enfants se diriger vers les toboggans.

***

Lorsque Matt rentra à la maison, il eut la surprise de voir un visage très familier dans le salon. « Oncle Drenkar ?
Ah, mais c’est le p’tit Matt ! Comment que ça va, mon gars ? »
Le coyote se leva pour prendre le garçon dans ses bras. Drenkar n’était pas l’oncle biologique de Matt, mais du fait qu’Ulrich et Drenkar étaient bons vieux amis, Matt avait pris pour habitude de le considérer comme un oncle.

Et à chaque fois que Drenkar venait à la maison, ça finissait toujours par discuter du « bon vieux temps », où lui et Ulrich étaient les pires rivaux au monde. Tous les coups bas étaient permis pour devenir le démon le plus fort au monde, mais au final, c’était Ulrich qui l’avait emporté « de peu », selon Drenkar.

« Regarde un peu c’que j’t’ai ram’né ! Je pense que ça devrait t’plaire. »
Drenkar tendit un paquet à Matt, qui l’ouvrit délicatement. À l’intérieur se trouvait la boîte du dernier épisode des Combattants de la Téci, un jeu de combat que Matt adorait.

« Ooooh ! Trop cool ! Merci, Oncle Drenkar !
Bah de rien, p’tit ! » Drenkar se mit à rire. Ulrich grimaça légèrement. « Que dirais-tu d’aller l’essayer ? J’ai deux-trois trucs dont je dois discuter avec ton pater. »

Matt hocha la tête, puis partit en direction de sa chambre.

Drenkar retourna à sa place. Sa mine réjouie laissa instantanément place à une expression grave. « J’ai vu à la télé que tu t’es battu contre des humains hier. »
Ulrich soupira. « Ça ne t’a pas échappé, on dirait.
Non… Ils avaient l’air un peu trop fort et ça, ça m’inquiète. »

Ulrich ne répondit que par un simple silence.
« Tu sais ce qu’il faut faire.
Et tu connais mon avis sur la question. C’est non. »

Drenkar s’impatienta et pointa du doigt l’extérieur de la pièce. « On ne peut pas perdre de temps ! Si ça continue, d’autres humains aussi forts que ceux-là vont débarquer et nous anéantir ! Il faut éliminer le mal à la racine ! »

Ulrich tapota du doigt sur son fauteuil. « Nos troupes ne sont pas prêtes et on ne sait pas combien ils sont à être aussi puissants. Aller là-bas, c’est du suicide pur et simple.
Ah bah c’est sûr que c’est mieux d’attendre qu’ils viennent tous joyeusement frapper à notre porte. Eux-aussi, ils veulent notre mort !
Tu penses sincèrement que je n’y pense pas ? On ne peut pas prendre de tels risques !
Au rythme où ça va, je ne te donne pas cinq ans avant qu’une armée aussi forte que ces quatre gus n’arrive.
Eh bien je nous entraînerai tous pour que tout le monde devienne aussi fort que moi ! Des gars comme ça, je peux en prendre dix, facile.
… Dix… Dix ! Mais tu te rends compte de ce que ça représente, dix hommes !? Si ça se trouve, pour l’instant, ils n’y en a plus, des comme ça ! Frappons tant qu’il est encore temps ! »
Ulrich ferma les yeux et tenta de canaliser sa fureur. « Non. Je ne veux pas causer autant de souffrance juste en se basant sur des spéculations. »
Drenkar fit grincer ses dents. « C’est sûr qu’en ne faisant que se défendre, on ne risque pas de causer de souffrance pendant quelques années… Par contre après…
Arrête, Drenkar.
Repense à…
Ne fais pas ça… N’en parle pas.
Où est passée ta volonté de détruire tous les humains ? De venger ta fam…
Dehors.
Je dis juste que…
DE-HORS ! »

Drenkar se mit à grogner, avant de se lever et se diriger vers la porte. « Si jamais Matt meurt dans un des assauts de ces pourritures, tu ne pourras pas dire que je ne t’aurai pas prévenu ! » Puis il claqua la porte, laissant Ulrich seul dans la pièce.

***

Matt entendit le claquement lointain d’une porte. Inquiet, il mit le jeu en pause, puis se dirigea vers le salon. Lorsqu’il ouvrit la porte, il vit son père, seul.
« Papa ? »
Ulrich se retourna. « Matt… »

Le père se leva, se dirigea vers son fils, et posa sa mais sur la tête de son fils. « Je ne les laisserai pas te faire du mal. Tout ira bien. »
Puis il quitta la pièce dans le plus grand des silences. Le garçon remarqua l’étrange lueur de fureur qui brillait dans son regard.

Chapitre 2

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