Les Mésaventures de Matt ; Chapitre 3 : Nemesis

Les tentatives d’invasion humaines étaient désormais terminées. Plus aucune menace ne planait sur la Ville-Frontière, au point qu’il fut décidé six mois après le plan d’extermination d’étendre le territoire des démons au reste du monde. Après tout, les ressources étaient là pour être exploitées, non ?

Ulrich mena avec ses guerriers le plan de reconquête du reste du monde. À tâtons, ils avancèrent, mais ils ne trouvèrent rien de dangereux, en dehors de quelques bêtes sauvages relativement puissantes.

Matt, lui, continua sa scolarité tranquillement. Un peu trop tranquillement, même, puisque rien d’important ne se passait, au point qu’il s’ennuyait.

***

Le téléphone sonna : « Seigneur Ulrich ?
Oui, qu’y a-t-il ?
Des témoins ont aperçu une grotte dans la forêt, à deux kilomètres du mur. »

Ulrich fronça les sourcils. « Une grotte ? Mais nous avons tourné et retourné cette forêt et jamais nous en avions trouvé…
Vous voulez envoyer quelqu’un pour l’inspecter ? »

Le démon hésita. Mais il savait que le soldat à l’autre bout de la ligne attendait des ordres. « Oui. Envoyez un groupe de cinq. Forts de préférence. Mieux vaut être prudents. Oh, et gardez ça secret. Mieux vaut éviter d’inquiéter la population.
Compris, Seigneur Ulrich. Nous préparerons une escouade dans la journée.
Parfait. Tenez-moi informés au plus vite.
Bien, Seigneur Ulrich. »

Ulrich raccrocha, puis se posta devant la fenêtre de son bureau. Un mauvais pressentiment s’empara de lui.

***

Le lendemain…

« Hey, Matt.
Hey Ismilla, ça va ?
Tranquille, tranquille. Tes vacances, ça se passe bien ? »

Matt tenta tant bien que mal de continuer sa partie avant d’abandonner. Jouer et téléphoner en même temps, c’était un peu trop compliqué. « Eh, pourrait être plus… Moins ennuyant.
Ça tombe bien. J’ai quelque chose à te montrer dans la forêt. Ça te dit de venir ?
Hein ? Dans la forêt ? Pourquoi pas.
Chouette ! On se retrouve à l’entrée de la forêt dans une heure ?
Oki doki. On fait ça.
Bon bah à tout à l’heure !
T’à l’heure ! »
Matt raccrocha, puis entreprit de sauvegarder sa partie avant de tout éteindre et se préparer à aller dehors.

Alors qu’il s’apprêtait à ouvrir la porte menant à l’extérieur, il aperçut Balon du coin de l’oeil. « Vous allez quelque part, Maître ?
Oh eh bien… Juste une petite sortie avec Ismilla. Rien de plus.
Je vois… Faites attention à vous.
J’y veillerai ! À toute ! »

***

Matt et Ismilla arrivèrent tous deux légèrement en avance. « Eh ben, t’as fait vite !
Je devrais te dire la même chose. » répondit Matt. « Du coup, tu voulais me montrer quoi ?
Je ne vais pas te le révéler tout de suite ! » lâcha Ismilla en souriant.
Cela ne rassura pas Matt, qui fronça les sourcils.

« Tu verras. Suis-moi. »

***

Ulrich rentra au manoir, préoccupé. L’escouade envoyée dans la grotte n’était toujours pas rentrée et toute tentative de les contacter s’était soldée par un échec.

Mais quelque chose d’autre de plus immédiat le préoccupa encore plus. Le manoir était anormalement calme. « Balon ? »
Le majordome arriva à peine une minute plus tard. « Oui, Maître ?
Où est Matt ?
Le jeune Maître a dit qu’il sortait voir Ismilla.
Et il t’a dit où il allait ?
Aucune idée. Probablement en ville. »

L’instinct paternel couplé à l’inquiétude causée par la disparition de ses hommes rendit Ulrich nerveux.

***

« C’est encore loin ? » demanda Matt, légèrement agacé par la longue marche.
« Plus vraiment, t’inquiètes. On y est presque. »

Le téléphone de Matt se mit à vibrer. Il le sortit de sa poche. « Ah, c’est mon père. Attends, je décroche. » Il appuya sur le bouton. « Oui, Papa ?
Oui, Matt ? T’es où ?
Je suis dans la forêt et…
Dans la forêt !? »

La spontanéité de la question rendit Matt nerveux. « Euh… Oui ? »

Pendant quelques secondes, il y eut le plus grand des silences, au point que le garçon se demandait s’il n’avait pas raccroché par accident.

Puis la voix de son père résonna à nouveau. « Tu euh… Je viens te chercher tout de suite. Surtout ne t’approche pas de la grotte. »
Matt fronça les sourcils. « Une grotte ?
Bon, tu n’es pas allé dedans… Tant mieux. Tu es où, exactement ?
Euh… » Matt observa ses alentours. Je ne sais pas trop. J’entends de l’eau au loin, mais en dehors de ça, je ne vois pas trop… »

Ulrich se mit à réfléchir. « Dirige-toi vers la source, je sais où elle se situe. Tu vas là-bas, tu y restes et tu m’attends. Et surtout… Surtout reste sur tes gardes et ne fais rien d’insensé, d’accord ? »

La nervosité d’Ulrich était contagieuse. Matt comprit qu’il n’était pas au meilleur endroit. « … D’accord.
Parfait. J’arrive tout de suite. »

Ulrich raccrocha presque immédiatement.

Ismilla avait entendu la conversation et jeta un regard effrayé au garçon.
« Il… Faut que l’on rejoigne la source. » déclara Matt.
« Ça… Ça tombe plutôt bien. Je comptais t’y emmener. » admit Ismilla d’un air à la fois gêné et nerveux.
« Heheh… Au moins, on sera arrivés à destination… »

***

L’endroit où se trouvait la source était des plus magnifiques. Une cascade coulait au bout d’une petite étendue d’eau et derrière elle se situait un petit creux dans la roche, offrant un abri des plus reposants… Du moins, ça l’aurait été si le père de Matt ne l’avait pas appelé cinq minutes plus tôt, car le garçon était désormais incapable d’apprécier la vue.

« Donc voilà… Je voulais te montrer ça…
Je vois… C’est… Joli. » répondit Matt machinalement.
« Du coup, on fait quoi ? » demanda Ismilla.
« Eh bien… Maintenant, il faut attendre que mon père arrive.
Il n’avait pas l’air rassuré.
Moins que d’habitude, oui. Il a parlé d’une grotte, mais je n’en avais jamais entendu parler.
Moi non plus. Tu penses que c’est ça qui l’inquiétait ?
J’imagine, oui, mais on devrait en savoir plus quand il arrivera… »

***

Il fallut un peu moins d’une demi-heure pour qu’Ulrich retrouve Matt et Ismilla. « Ah, vous voilà ! Vous allez bien, les enfants ? » Les deux adolescents hochèrent la tête. « Parfait, parfait. Il nous faut rentrer au plus vite. Cet endroit n’est pas sûr.
Comment ça ? » demanda Ismilla.
« Je… J’ai envoyé des hommes inspecter une grotte qui est apparue de nulle part, mais personne n’est revenu et je n’ai plus eu de nouvelles d’eux. Je crains qu’il ne leur soit arrivé quelque chose.
Si ça se trouve, c’est juste le réseau qui ne fonctionne pas ? » tenta Matt, dans l’espoir de rassurer un peu son père.
« J’en doute. J’attendais d’eux un rapport hier soir, voire ce matin, mais on n’a rien eu de leur part. »

Matt grimaça. Ça ne valait rien de bon, en effet.

« Je vais vous déposer à la maison, et ensuite j’irai voir de quoi il en retourne.
Seul ? » demanda Matt, d’un air de reproche.

Ulrich sentit l’inquiétude de son fils. « Mais non. Je vais demander à quelques soldats de m’accompagner. Ne t’inquiètes pas. »

Le garçon souffla du nez, puis accepta de se faire raccompagner.

***

Après avoir raccompagné son fils au manoir, Ulrich réunit quelques personnes de bon niveau, puis partit en direction de la mystérieuse grotte.

À peine arrivé sur place, Ulrich remarqua que quelque chose n’allait pas. En regardant la formation du terrain autour du trou, il était évident que ce n’était pas l’action de la nature, mais bel et bien quelqu’un ou quelque chose qui l’avait creusée. Au meilleur des cas, c’était un très gros ours qui en était responsable, même si cela semblait hautement improbable. Le pire des cas et le plus plausible aurait été une créature intelligente Il lui faudrait être des plus prudents.

Tout le monde décida de descendre en même temps.

En entrant, il était tout de suite évident que la théorie comme quoi quelqu’un avait creusé était exacte. Le tunnel descendait de manière assez douce et les murs donnaient l’impression d’avoir été creusés avec un outil et non de simples griffes.

Puis, à un virage quarante mètres plus bas, les preuves se firent plus concrètes. Des torches avaient été placées contre le mur et émettaient une lumière peu rassurante. Pire encore, elles étaient placées à intervalles réguliers sur une distance bien trop grande pour qu’il ne s’agisse que d’une simple grotte. Quelqu’un avait délibérément creusé un tunnel, et au vu de ce qui avait déjà été fait et de la relative droite qu’empruntait ce long couloir, il ne faisait aucun doute que le responsable creusait en direction de la Ville-Frontière. Restait plus qu’à savoir à quelle distance en était le responsable.

Ulrich prit son téléphone et remarqua que la réception était brouillée. Très certainement parce qu’ils étaient sous la surface. Le démon se mit à réfléchir.
« Gon, va à l’extérieur et préviens tout de suite les chaînes de télé. La Ville-Frontière est en danger et tout le monde doit être prêt à se défendre !
Mais… Et vous…
Ne t’inquiètes pas pour nous. On devrait pourvoir les retenir s’ils sont encore ici. Allez, file ! »

Le soldat se précipita vers l’extérieur, téléphone à la main. Ulrich fit signe aux autres de longer le tunnel en direction de la Ville-Frontière.

***

Matt tenta tant bien que mal de se changer les idées en jouant avec Ismilla dans sa chambre, mais n’y arriva pas. Quelque chose au fond de lui lui disait que quelque chose ne tournait pas rond, mais il n’arrivait pas à déterminer ce dont il s’agissait.

Une alarme retentit au loin. Balon arriva quelques secondes plus tard. « Maître Matt, Dame Ismilla ! Il faut que vous vous prépariez au combat ! »
Matt bondit de son lit. « Qu’est-ce qu’il se passe ?
On ne le sait pas encore… Mais il se pourrait que la Ville-Frontière soit en danger, donc je ne peux que vous conseiller de vous mettre en tenue de combat. »

Le garçon hésita quelques secondes, perdu dans ses pensées, puis hocha de la tête.

***

Les torches avait arrêté d’être posées quelques mètres plus loin. Ulrich décida de sortir de son sac une lampe-torche, puis avança prudemment dans le tunnel.
Au bout de sept-cent mètres, la galerie s’arrêta net. Ulrich manqua d’étouffer un cri de surprise.

Cinq corps jonchaient le sol, tous quasi-méconnaissables. Certains étaient calcinés, d’autres sévèrement entaillés, mais l’un d’entre eux, brûlé, était encore plus inquiétant.
« Où… Où est son armure !? » demanda un des soldats.

Ulrich observa le mur au fond et remarqua que seule une immense pelle avait été abandonnée. Il est… Seul !? Pourtant cela paraissait impossible. La grotte n’avait été découverte qu’il y a deux jours et plusieurs centaines de mètres de galerie avaient été creusées. Il ne pouvait pas être seul, à moins que…

Ulrich se retourna. « Il y a quelqu’un déguisé comme un des nôtres quelque part ! Il est probablement dans la Ville-Frontière à l’heure qu’il est et très certainement en direction de ma maison ! Vite, il faut que l’on sorte ! »

Matt…

Tout en courant, Ulrich prit son téléphone. « Drenkar, il faut que tu viennes au manoir au plus vite ! Matt court un grave danger. Il y a potentiellement un humain qui en a après nous et… Bref, grouille-toi d’arriver ! »

***

Quelqu’un sonna à la porte du manoir.
Balon sortit son téléphone pour consulter les caméras de sécurité. Une personne en armure était postée devant le portail, à côté de l’interphone. « Oui, c’est pour quoi ?
Le Seigneur Ulrich. J’ai besoin de le voir immédiatement. »
Balon hésita quelques instants. « Le Seigneur Ulrich n’est pas là pour le moment… »

Le téléphone de Matt se mit à sonner.

« Je vois… » dit calmement la personne en armure.

Matt décrocha. « MATT ! IL FAUT QUE TU TE METTES À L’ABRI AU PLUS VITE ! JE… J’ARRIVE TOUT DE SUITE ! »

Balon vit la personne en armure sortir un sabre de son fourreau, puis fendit le portail en deux, avant de marcher d’un pas tranquille en direction des portes du manoir.
Le majordome rangea immédiatement le téléphone, puis se tourna vers les deux enfants, qui étaient terrifiés. « Allez vite dans la salle de méditation ! Je vais essayer de le retenir. VITE !
O-o-oui ! »

Tandis que Balon se dirigea vers l’entrée, Matt et Ismilla se précipitèrent vers la salle de méditation. Matt appuya sur tous les boutons du panneau de contrôle pour activer tous les renforcements possibles et imaginables.
Le garçon, terrifié, ne pouvait s’empêcher de trembler. Tout va bien se passer… Tout va bien se passer… Tout va bien se passer…

***

Balon resta devant les portes de l’entrée pendant deux interminables minutes. Des cris pouvaient se faire entendre à l’extérieur. À tous les coups, des passants avaient été témoins de la destruction du portail et se sont mis à attaquer la personne en armure. Avec un peu de chance, ils avaient réussi à…

La porte de l’entrée fut coupée en morceaux. Une immense silhouette noire se dessina dans la lumière. « Bien… À qui le tour ? »
Balon fonça sur la silhouette en armure, sabre à la main. Il tenta de donner quelques coups, mais tous étaient bloqués. « Ohoho ! Je vois que mon adversaire a un peu plus de répondant que les précédents. Pas mal, pour votre âge. »
Balon recula et sourit. « Heh, merci du compliment. Cependant, je ne peux vous laisser mettre la vie du jeune Maître en danger. Voilà pourquoi…
Votre vie prendra fin maintenant. » La silhouette fonça sur le majordome, donnant un coup puissant qui manqua de le faire basculer.
« C’était à moi de dire ça ! » Balon donna un coup de tête en direction du casque et parvint avec ses cornes à retirer le casque de la personne en armure.

À sa grande surprise, la personne en dessous n’était rien d’autre qu’un simple humain. Cependant, ses yeux ne disaient rien qui vaille. Ils étaient d’un vert émeraude, légèrement en fente à cause de la luminosité. Tels ceux d’un lynx.

« Oh ? Intéressant. » dit l’homme. « Très intéressant… »
Balon fonça une nouvelle fois sur l’humain en vue d’asséner un coup visant les articulations de l’armure.
« Cependant… »

Alors que Balon s’apprêtait à le toucher au niveau des côtes, l’homme disparut, uniquement pour réapparaître dans son dos.
« Voilà qui était bien inutile… Vieux démon. »
Balon sentit une lame le traverser au niveau du coeur. À peine eut-il le temps de voir que le visage de l’humain s’était totalement transformé qu’il sentit ses forces le quitter.

L’humain retira sa lame et respira un grand coup. Il pouvait encore sentir la présence de quelques personnes dans le manoir. Il entreprit de ramasser son casque, puis vit son reflet dans le miroir placé au niveau de l’escalier. La satisfaction de sa victoire sur le vieux démon s’évapora en un instant. « Mon frère… Pourquoi m’as-tu fait comme ça ? »

Se ressaisissant, il vissa à nouveau le casque sur sa tête avant de se diriger vers la salle de méditation d’un pas lent et calme.

***

Le plus grand des silences. Depuis la salle de méditation, il était impossible d’entendre quoi que ce soit. L’effet avait été voulu afin de rendre les séances de méditation plus efficaces, mais au vu des circonstances qui se présentaient à Matt, ça ne pouvait que le rendre plus nerveux.

Ismilla lui tenait la main, tentant en vain de le calmer. « Tout va bien se passer. Ton père est probablement déjà arrivé et il s’est déjà débarrassé de la menace, j’en suis certain.
Si… S’il en avait déjà fini, les portes se seraient déjà ouvertes… Si ça se trouve, il…
N’y pense pas. Il va bien, et tout se passera bien. J’en suis certaine. »

Plus les minutes passèrent, plus la conviction d’Ismilla s’effrita. « Tout… Va bien se passer. »

***

Ulrich arriva dans la cour du manoir, accompagné d’une soixantaine de personnes. Des corps de démons traçaient un chemin macabre vers l’entrée.

« Tous avec moi ! Il faut retrouver un démon en armure et le neutraliser à tout prix ! Mon fils est encore à l’intérieur ! »
Un cri de guerre retentit, puis tout le monde se précipita vers l’entrée du manoir.

Mais à peine arrivé devant la porte, Ulrich s’arrêta net. Le corps de Balon était sans vie. La peur s’empara de lui quelques secondes, suivi peu après d’une fureur comme jamais il n’en avait connue auparavant. D’un pas décidé, il partit devant pour trouver le responsable. Et le faire payer.

***

Tout va bien se passer… Tout va bien se passer… Tout va bien se passer…

Matt et Ismilla poussèrent un cri de terreur en voyant la lame d’une épée traverser le blindage de la porte, brisant tout silence et tout espoir de survie.
Un deuxième coup d’épée parvint à créer une entaille un peu plus grande. Puis le troisième coup permit à Matt de voir le reflet de l’armure sombre, éclairée par une faible lumière.

Et alors qu’elle s’apprêtait à porte un nouveau coup, elle s’arrêta. De très nombreux bruits de pas résonnaient dans le couloir.
Matt entendit les pas lents de l’armure bouger en direction des bruits. Puis un cri se fit entendre. « JE NE TE LAISSERAI PAS TOUCHER À MON FILS !!! »

***

La personne en armure se mit en position de combat, uniquement pour partir à l’autre bout du couloir suite à un coup de poing bien placé au niveau de l’estomac de la part d’Ulrich.

L’armure commença à se fissurer, mais la personne se releva, comme s’il venait de se recevoir un coup faible.

Un soldat un peu trop téméraire dépassa Ulrich en vue d’asséner un coup, mais fut facilement contré et transpercé.

La personne en armure tendit le bras, faisant crépiter des flammes au bout de ses doigts. « VITE ! REPLIEZ-VOUS !!! »

Ulrich fonça dans la pièce située juste à côté de lui, échappant de peu à une immense boule de feu qui frappa de plein fouet le groupe. Lorsqu’il se releva, Ulrich sortit immédiatement dans le couloir en vue de voir si tout le monde allait bien. Il fut horrifié de voir plus d’une trentaine de pauvres démons calcinés, tandis que ceux qui étaient derrière ou qui avaient eu le temps de se cacher dans les pièces adjacentes furent terrorisées.

Seuls une dizaine semblaient encore en mesure de bouger. « Fuyez ! Sortez tous d’ici !
Mais… Seigneur Ulrich ! »

La personne en armure leva légèrement la tête. « Oh ?
Ne discutez pas ! Fu… »

Ulrich n’eut pas le temps de finir sa phrase qu’il entendit les pas rapides de la personne en armure foncer sur lui. Sans trop de problèmes, il parvint à détourner son coup, puis contra avec un autre coup de poing qui envoya l’armure voler.
« FUYEZ ! TOUT DE SUITE ! »
Sans plus attendre, tout le monde partit aussi vite qu’il le put, ne laissant plus que la personne en armure et Ulrich dans le couloir.

Ulrich était enfin à un avantage stratégique. Le couloir était assez étroit pour empêcher à la plupart des coups à l’épée d’être correctement exécutés. De plus, maintenant qu’il n’y avait plus le risque que des personnes soient victime de dommages collatéraux, il pouvait désormais y aller sans retenir ses coups. Ne restait plus que…

La personne en armure se releva, puis se précipita vers la porte de la salle de méditation.
« Matt ! »

La personne en armure laissa tomber son épée, puis tendit son bras en direction du trou dans la porte, puis l’autre bras en direction d’Ulrich.
« On ne bouge plus ! Sinon, c’est le gamin qui y passe ! »
Ulrich s’arrêta net. « Lâche ! Comment oses-tu faire ça !? »

La personne en armure laissa passer quelques secondes. « Lâche ? Après ce que vous avez fait aux miens ? Après avoir tué des enfants sans défense ? Après avoir tué mon frère ? En voilà une bien bonne ! »

Ulrich entendit de faibles bruits de pas provenant de la salle de méditation. Non non non… Ne faites pas ça… Il lui fallait vite couvrir le bruit. « Alors si je ne me trompe pas vous êtes bien humain, c’est ça !?
En effet ! Vous avez exterminé les miens presque jusqu’au derniers ! Je ne suis venu ici que pour les ven… »
Le discours de l’homme en armure fut interrompu par une lame qui jaillit d’un des trous, se plantant dans sa paume et s’enfonçant assez profondément.

Un immense cri de douleur retentit dans le couloir. C’était l’occasion rêvée ! Ulrich fonça lame la première en direction de l’homme en armure, qui hurla. « VOUS ALLEZ ME LE PAYEEEEER !!!! »

Une immense boule de feu surgit de la main encore intacte de l’homme en armure, frappant Ulrich de plein fouet. La chaleur était insoutenable, mais le bouclier magique d’Ulrich se déclencha juste à temps. Hélas, il ne put tenir jusqu’au bout de l’attaque, faisant qu’Ulrich fut touché l’espace d’une dizaine de secondes.
Lorsque le feu se dissipa, le corps d’Ulrich était gravement brûlé. Immobile.
« PAPAAAAAAAA !!!! »
L’homme en armure haletait. « Heh… Enfin fini… »

Puis il partit violemment en arrière. Ulrich, qui venait de retrouver ses esprits, réussit à placer un coup en pleine tête, brisant le casque de l’homme en armure en plusieurs morceaux. « Heh… Enfin fini… » répéta Ulrich, qui s’écroula par terre.
« PAPA ! »

Matt fonça vers le panneau de contrôle de la salle de méditation, déverrouillant la porte. « Papa ! Reste avec nous ! »
Ulrich sourit difficilement. La plupart de ses poils avaient brûlé. « Ne t’inquiètes pas, Matt… Je vais bien…
Pas… Pour longtemps ! » L’homme en armure se releva, révélant un visage aux traits de lynx couvert de sang. « Je ne… Me ferai… Pas battre… Ici… Mon frère… Me l’a… Interdit… »

Toute la peur de Matt se mua en rage. « Toi… » Il se releva à son tour. Tout son corps tremblait. Arme à la main, il fonça sur l’homme avec une vitesse dont il ne soupçonnait même pas l’existence. « CRÈVE, ORDURE ! »

L’homme en armure tenta difficilement de lever le bras pour se défendre, mais n’en eut pas le temps. La lame de Matt se faufila à travers la faille de son armure et trouva le coeur de l’homme, le transperçant non sans mal.

Les deux tombèrent au sol. Matt eut du mal à reprendre son souffle.

« Mon frère… Ma soeur… Je suis… désolé… » L’homme en armure poussa son dernier souffle.

Pendant quelques secondes, les pensées de Matt étaient confuses, puis la voix d’Ismilla le réveilla. « Matt ! »
Le garçon se retourna et vit son père, toujours allongé au sol. « PAPA !!! »
Sans plus attendre, il fonça vers son père, qui respirait difficilement. « Ismilla, contacte une ambulance, vite !
Matt ! »

Le garçon leva la tête. Drenkar venait d’arriver dans le couloir et vit le triste spectacle. Il fonça vers les enfants et Ulrich.
« Oh non ! Ulrich, ça va !? »
Ulrich tourna difficilement la tête en direction de son meilleur ami. Il sourit. « Tu arrives un peu tard, toi…
Oh bordel, non ! Ulrich, tiens bon, bon sang, les secours vont arriver d’une seconde à l’autre !
Tant mieux… » Puis le regard d’Ulrich se tourna vers Matt, qui était à nouveau en train de pleurer. « Ne t’en fais pas Matt, tout ira bien, tu verras. On va me soigner et je serai sur pied en un rien de temps.
Pa… pa… »

***

Les secours passèrent les trois jours qui suivirent à tenter de sauver Ulrich. En vain.
Les brûlures infligées par l’homme en armure avaient fait fondre son armure et tenter de retirer les morceaux ne faisaient que l’affaiblir encore plus. Les poumons aussi avaient été touchés, au point qu’il était impossible de faire quoi que ce soit pour le sauver.

« Matt… Je veux… Que tu sois fort. Bon… Peut-être pas aussi fort que… Moi, mais je veux… Que tu grandisses et… Que tu deviennes quelqu’un… De bien. Drenkar veillera sur toi et… Tu lui obéiras… Jusqu’à ce que tu sois en âge de prendre… Tes propres décisions. Oh et… Sois heureux… Et… Rend tous les gens… Autour de toi… Heureux. Voilà la clé… Pour être quelqu’un… De bon… Je pense… Avoir tout… Dit… Donc… Voilà… Heheh… Heh… »

Les funérailles eurent lieu quelques jours plus tard. Comme l’avait demandé son père, Matt resta le plus fort possible durant la cérémonie. Aucune larme ne coula ce jour-là. Le ciel s’en chargea pour lui.

***

« Alors comme ça… Mon frère est mort ? »

Drenkar, ainsi qu’une dizaine de milliers de soldats étaient arrivés au bout du tunnel. Là-bas, il y trouvèrent un petit village creusé dans la montagne, où ne vivaient qu’une centaine d’humains. Les derniers de leur espèce.

Une humaine, armée et en armure, se tenait devant les portes. Elle était assez jeune et au vu de sa position, elle savait se battre.
« Oui. Il a tenté de s’attaquer à l’un des nôtres, mais nous avons réussi à le repousser avant qu’il ne commette un massacre. »
Un long silence enveloppa l’entrée du village. Puis la femme se mit à rire. Un rire désespéré.
« A-t-il… Réussi à en tuer beaucoup d’entre vous ? »

Drenkar fronça les sourcils.

Le bas du casque de la femme laissa entrevoir un sourire. « Quelqu’un d’important, j’ai l’impression. Parfait. Ceci dit, il semblerait que cela n’a pas endigué votre détermination à nous causer encore plus de souffrance. »

Drenkar resta silencieux. Il savait que ses actions étaient lourdes de conséquences, mais il ne pouvait se permettre d’en laisser ne serait-ce qu’un seul en vie. C’était pour le bien des siens.
La femme se mit en position de combat. « Vous… J’imagine que la personne qui a tué mon frère est parmi vous ? »

Drenkar resta silencieux. Même si il comptait la tuer ici et maintenant, mieux valait laisser Matt à l’écart de tout ça.

« Visiblement non… Matt, c’est ça ? »
Drenkar sursauta. Comment !?

Une faible lueur émanait derrière le casque, au niveau des yeux de la femme. Pouvait-elle lire dans les pensées !?

Un sourire se dessina sur le visage de la femme. « Charmant petit garçon, apparemment. » Puis une frustration soudaine s’empara d’elle. « Comment a-t-il pu tuer quelqu’un d’aussi expérimenté que mon frère ? »

Son apparence se mit à changer petit à petit. Des poils blonds commençaient à pousser sur son visage. Elle commença à paniquer. « Non… Non non non ! Pas maintenant ! Je ne veux pas devenir comme eux ! »

Drenkar observait le spectacle avec surprise, mais aussi pitié. La pauvre femme était totalement en train de perdre les pédales.
« JE NE VOUS AI PAS SONNÉ !!! »

Sans prévenir, elle se mit à foncer sur le démon, donnant des coups désordonnés, mais non moins puissants. Drenkar parvint à parer chacun d’entre eux avec aisance.

La femme poussa un cri de rage, puis changea de cible, privilégiant les soldats les plus faibles.
Surpris, les soldats tentèrent de lui asséner des coups, mais elle se faufilait tellement rapidement entre eux que bien souvent ils s’arrêtaient avant de toucher un de leurs camarades.
Deux cent hommes tombèrent avant que quelqu’un ne parvienne à la toucher. Quelques secondes plus tard, c’était fini. Étonnamment, ce n’était pas un soldat qui l’avait eu, mais elle-même, car sa propre épée s’était retournée contre elle.
Le champ était libre. Il ne restait plus qu’à ouvrir les portes et…

Elles s’ouvrirent toutes seules, révélant des dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants armés et habillés parfois d’armures faites de pièces récupérées ça et là. Tous avaient une lueur dans le regard qui ne disait rien qui vaille. Tous marchèrent en direction du groupe, prêt à livrer une dernière bataille, perdue d’avance. Si l’humanité devait tomber, ça serait avec une arme dans chaque main et en tentant d’emporter un maximum de démons dans la tombe.

Chapitre 4

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s