Leo Davis [Fr] – Chapitre 2 : L’Arrêt

Note : Pour ceux qui ont lu la première version du Chapitre 2 datant de 2014, préparez-vous à être surpris ♪ C’est à partir de ce chapitre que les différences entre ce que j’ai écrit il y a deux ans et la version bouquin se font bien ressentir (et rassurez-vous, ce n’est pas parce que l’ancien chapitre 2 n’est plus « canon » que vous avez perdu votre temps. Après tout « Rien ne se perd, rien ne se créé… Tout se transforme. » ♫)

***

Les maisons en marbre blanc étaient soigneusement alignées le long de l’allée. Toutes étaient dénuées d’angles et leur base donnait l’impression de fusionner de façon gracieuse avec le sol. On aurait dit qu’un architecte un peu fou avait eu carte blanche pour s’occuper de l’intégralité de la ville. L’allée comportait des arbres soigneusement placés au centre de lopins de terre en forme de croix, carrés, triangles ou ronds se suivant dans un ordre précis et à une distance parfaitement égale. Des deux côtés de l’allée se trouvaient des canaux en marbre d’un mètre de large et allant jusqu’à cinquante centimètres de profondeur, laissant s’écouler de l’eau claire et pure. Étrangement, le niveau de l’eau ne semblait pas dépasser les trente centimètres là où Leo aurait imaginé qu’il arriverait au minimum à cinq centimètres du bord, surtout au vu des petites passerelles en marbre créées devant chaque porte de chaque maison. Peut-être était-ce une saison sèche et peut-être était-il arrivé un jour où il faisait particulièrement doux ? C’était anormal, mais il décida de continuer sa route en destination de la Grand Place, comme l’avait suggéré son accompagnateur.

Des chiens, des chats, des loutres… Différents types d’animaux parcouraient les rues. Tous étaient bipèdes, tous portaient des vêtements que l’on aurait cru tirés d’un livre d’histoire sur la révolution industrielle et tous le dévisageaient lorsqu’ils le voyaient. Vous pourriez éviter ? C’est déjà assez difficile comme ça et là, ça n’arrange pas les choses, voulut dire le garçon, qui avait rarement l’habitude d’attirer autant l’attention. Pire encore, il vit que derrière Stan – qui semblait observer avec attention et émerveillement chaque maison qui passait – certains individus le suivaient de loin, poussés par la curiosité. Il les regarda en baissant légèrement la tête et, ne sachant pas quoi faire, leur fit de petits signes amicaux. Grant lui jetait également des regards de temps à autres et Leo remarqua que sa curiosité était plus qu’embarrassante. Le garçon réunit tout son courage et lui dit « S’il vous plaît… Vous pourriez arrêter ? Ça me gène énormément. ».

La loutre regarda à nouveau devant elle et s’excusa. « Désolé. Ce n’est pas tous les jours que quelqu’un comme vous débarque ici… Ah, regardez ! Voici la Grand Place, notre fierté ! »

Et en effet, ils avaient de quoi être fiers ! L’allée s’élargit pour laisser place à une place immense au centre de laquelle trônait fièrement une fontaine en marbre brun, blanc et même quelques plaques d’or par endroits. La statue au centre représentait une loutre en armure soufflant dans une corne de brume assez grosse et finement décorée. Elle semblait avoir pris appui sur le corps inanimé d’un lion dont l’armure semblait être sacrément endommagée. L’eau sortait de la corne et coulait dans un bassin doté de treize ouvertures. Chaque ouverture était ornée par ce qui semblait être divers blasons, chacun différent de l’autre et chacun ouvrant sur un des canaux qui descendait le long des six rues sur lesquelles débouchait la Grand Place. Une septième rue, bien plus large avait en son centre une digue de plusieurs mètres de large et semblait être celle qui alimentait la fontaine en eau.

Leo s’arrêta pour observer, fasciné par le niveau de détail de l’œuvre, car même si la fontaine ne faisait que sept mètres de haut, son niveau de finition était exemplaire. Stan arriva aux côtés du garçon. Il lâcha un petit cri d’émerveillement. Grant montra d’un geste exagérément dramatique la fontaine et déclara « Voici la statue construite en l’honneur de Daryl, autrement appelé Daryl le Sauveur. C’est lui qui nous a tous sauvé du règne des Raions et qui a permis à notre peuple de reprendre nos terres. »

Stan donna un petit coup d’épaule à son compagnon. « Alors ? J’ai bien fait de t’emmener ici, non ? » Le garçon ignora la question, contemplant la statue sous ses moindres détails. Puis il regarda le soleil couchant. Sentant sa douce chaleur, il ferma les yeux et se laissa transporter par le vent et les diverses odeurs de la ville.

Quand il les rouvrit, il vit la fenêtre de sa chambre, illuminée par les rares rayons de soleil qui arrivaient à passer au travers des volets. Il poussa un grognement et voulut directement se rendormir, mais fit l’erreur de regarder le réveil. 10:32. Hein ? Que… « Ack ! » Se rendant compte de l’heure tardive, il se leva précipitamment de son lit… Puis se rappela que l’on était samedi. Il soupira, puis hésita à retourner dans ce mystérieux monde onirique dont les détails commençaient déjà à s’effacer. Pendant cinq minutes, il ferma les yeux pour essayer de continuer le rêve, mais rien n’y fit. Il restait bloqué à cette dernière image de la fontaine. Dommage. Ça avait l’air sympa en plus, pensa-t-il.

Puis il se rappela qu’il avait prévu d’aller voir un ami ce jour-là. S’il continuait de traîner dans son lit, il n’y irait jamais et il aurait la flemme de bouger. Se motivant un bon coup, il se leva et s’habilla.

***

Sortant de sa chambre, il constata que la maison était étrangement calme. Ses parents étaient visiblement absents. Son père était parti travailler à l’Hôtel de Police, mais sa mère ? Peut être avait-elle laissé une note quelque part ? Il alla dans la salle à manger vérifier s’il y en avait une sur la table. Bingo. Leo trouva un petit papier sur la table. Il reconnut l’écriture erratique de sa mère, déchiffra le message et comprit qu’elle était partie faire quelques courses et qu’elle allait faire aussi un saut en centre-ville.

Son anniversaire approchant, Leo se doutait bien qu’elle était probablement partie faire du repérage pour trouver un cadeau… Mais pourquoi ne pas le faire quand son fils était en cours, étant donné qu’en tant qu’écrivaine elle pouvait plus ou moins faire ce qu’elle voulait quand elle le voulait1 ? Dans le doute, le garçon évita de tirer des conclusions trop hâtives et partit récupérer de quoi préparer son petit déjeuner. Il ne prit qu’un croissant qu’il enduisit de confiture. Dans deux heures il allait manger avec son meilleur ami, donc il était inutile donc de trop se goinfrer.

Ce frugal petit déjeuner englouti, Leo se prépara à sortir. Il enfila une petite veste, puis un gros manteau, mit ses chaussures, se dirigea vers la porte d’entrée… Puis, oubliant s’il avait prévenu ou non sa mère de sa journée, se redirigea vers le salon, où il prit un stylo et un morceau de papier pour écrire une petite note qu’il déposa à sa place dans la salle à manger.

Enfin prêt, il se redirigea vers la porte… Puis se rendit compte qu’il avait oublié son porte-feuille, qui contenait la carte de bus, ainsi que son lecteur MP3, qu’il aurait mieux fait de prendre avec lui la veille… Ceci dit, peut être qu’avec le MP3 il aurait survécu aux deux incidents et n’aurait pas obtenu ses pouvoirs ! « À toute chose, malheur est bon » à ce que l’on dit.

Ces objets en poche, il se dirigea une dernière fois vers la porte d’entrée, fit une dernière vérification des choses qu’il aurait potentiellement oublié… Nope, c’est bon, on peut y aller ! Il ouvrit la porte et sortit.

Le ciel était d’un bleu éclatant. Seuls quelques petits nuages ça et là entachaient un peu le tableau, mais de par leurs formes et leur couleur, ils restaient bienvenus. Leo se dirigea vers l’arrêt de bus lorsqu’une bourrasque de vent l’atteignit. L’air était glacial, tant et si bien que le garçon regrettait déjà d’avoir oublié son bonnet. Il avait à peine fait 300 mètres, donc il pouvait rentrer chez lui pour le récupérer. Eerf… la flemme. Il continua son chemin, imaginant bien que le bus allait être chauffé et qu’il n’aurait pas besoin de l’attendre longtemps à l’arrêt.

Il se trompa.

Il était déjà 11h28 et ça faisait déjà une vingtaine de minutes que le vent lui rafraîchissait les idées en plus secouer de façon incessante ses épais cheveux bruns. Et toujours aucun bus en vue. À 11h29, il vit un bus arriver… De l’autre côté de la route. Il grogna, prit son lecteur MP3 et changea de morceau, passant de When the Wind Blows de la bande-son de Rayman Legends à un remix pêchu du thème de Corneria de Star Fox2. Il sourit, puis tapota furieusement du pied en rythme avec la musique, histoire de maintenir une partie de son corps en activité pour chasser le froid.

Deux minutes plus tard, il envisagea de rentrer chez lui et d’aller voir son ami l’après-midi. Et ce fut pile au moment où il commença à bouger pour partir qu’il aperçut la silhouette de son bus se rapprocher – car c’est toujours lorsque vous en avez enfin marre de l’attendre qu’il arrive… À croire qu’il s’agit un complot fomenté par les compagnies de transports publics.

Leo fit signe au chauffeur de s’arrêter, puis monta dans le véhicule tout en faisant attention de passer sa carte devant la borne électronique. Il se secoua tant bien que mal pour chasser le démon du froid, mais le chauffage du bus s’en chargea tout aussi bien.

Le trajet se déroula tranquillement. Leo continua d’écouter ses musiques tout en regardant le paysage défiler. Il vit son reflet de temps à autres, et même parfois ses yeux vert foncé lorsqu’il traversait une zone plus sombre. S’approchant de l’arrêt Peixotto, le garçon se leva de son siège et se dirigea vers la porte. Il remarqua qu’un bus était en train de partir. Sentant le mauvais coup, il tenta de se concentrer sur la plaque lumineuse qui affichait son numéro de ligne. 35. Pas de bol, c’était celui qu’il devait prendre. Il voulait arrêter le temps, mais s’il le faisait, soit c’était l’univers tout entier, soit juste le bus. Dans le premier cas, il aurait été incapable de sortir du véhicule, et dans le second, tous les témoins hurleraient.

Leo soupira, puis tenta de réfléchir à une solution de secours. Il vit le tram B en direction du centre-ville de Bordeaux passer. C’est ça ! Le bus et le tram empruntaient plus ou moins le même chemin et se rejoignaient peu après une des universités. Sachant que le tram était assez rapide et que le trajet du bus était assez long à cause des quelques détours et des éventuels feux rouges, peut être avait-il une chance de le rattraper en prenant le tram !

Les portes du bus dans lequel Leo se trouvait s’ouvrirent. Il fonça vers l’arrêt de tram, direction Pessac Centre. Coup de chance, une rame allait arriver dans moins d’une minute. Elle s’arrêta, puis Leo monta à l’intérieur. Il passa sa carte devant la machine, se posa contre les portes et sélectionna le thème principal de Monty on the Run3 sur son lecteur.

Les arrêts défilaient au rythme de la symphonie folle de Rob Hubbard, ce qui rendait la situation encore plus dramatique et excitante.

Puis, à peine une dizaine de minutes plus tard arrivèrent les universités Bordeaux III et IV dans le champ de vision du garçon. Peut être un jour allait-il étudier ici ? À vrai dire, il n’en savait encore rien, alors que les inscriptions pointaient le bout de leur nez. Les possibilités d’études étaient presque infinies au vu de ses excellents résultats scolaires. Et certes, il s’était engagé dans une filière scientifique, mais rien ne l’empêchait de changer de voie quand il le voulait pour aller dans cette université de lettres qu’était Bordeaux III ou bien celle de droit qu’était Bordeaux IV.

Dans tous les cas, il observa les bâtiments. Ils étaient peu accueillants, et avaient vu de bien meilleurs jours. Ils semblaient avoir fait un tabac auprès des architectes il y a plusieurs décennies, mais leur design était sérieusement dépassé aujourd’hui4. Au moins, le petit sentier boisé improvisé à côté était joli.

Le tram continua sa route et enfin arriva la destination tant convoitée : l’arrêt de tram et de bus Unitec. Leo descendit, se dirigea vers l’arrêt de bus vingt mètres plus loin et attendit.

***

Cinq personnes attendaient à l’arrêt de bus. C’était généralement le signe qu’une dizaine de minutes s’étaient écoulées depuis le dernier passage, ce qui le réconforta un peu.

Mais désormais trois minutes s’étaient écoulées. Avait-il réussi à mettre à l’amende le bus ou bien était-il déjà passé ? Leo commençait à s’inquiéter. Il consulta son lecteur MP3, puis décida de mettre Snake, oh it’s a Snake ! tiré de la bande-son de Trine 25. Au moment où il sélectionna la piste, il vit du coin de l’œil un bus de sa ligne passer de l’autre côté de la route. Leo leva la tête et vit le véhicule s’arrêter, laissant descendre quelques passagers. La silhouette de l’un d’eux captura l’attention du garçon. Elle commençait à courir. Probablement une de ces personnes qui allait tenter à tout prix de rattraper un tram en courant comme une dératée6.

Leo tourna la tête pour voir s’il avait vu juste et constata que son bus était en train d’arriver en même temps qu’un tram… Attends. Il redirigea son regard sur la personne en train de courir. Une jeune femme venait de passer derrière le bus à l’arrêt et était sur le point de traverser. Le bus de l’autre voie allait bien trop vite et n’était plus qu’à quelques mètres. L’avait-elle vu ? Non ! Elle était encore en train de courir et venait de poser un pied sur l’autre voie ! Puis l’autre. Le chauffeur salua son collègue d’en face et ne vit la piétonne qu’au dernier moment. Leo commença à courir, tendant son bras droit vers l’avant. Le chauffeur se tassa sur son siège tout en appuyant sur le frein de toutes ses forces. La femme commença enfin à tourner la tête en direction du véhicule. Nononononononon STOP !!!

Et le bus stoppa. La femme également. Tous deux étaient devenus immobiles et étaient privés de leurs couleurs. Leo s’arrêta de courir : il avait de nouveau arrêté le temps et réussi à temporairement éviter le pire.

« Whoa, mais y s’passe quoi là ? »

Le garçon se tourna en direction de la voix. Horrifié, il vit qu’un homme chauve d’une trentaine d’années était encore en train de bouger.

« Que quelqu’un aille l’aider ! » Un autre homme bien plus âgé regardait la scène, paralysé non pas par le sort du garçon, mais par la peur.

Du coin de l’œil, Leo vit une jeune femme aux vêtements d’un jaune éclatant courir en direction du bus paralysé. Puis il regarda le lieu de l’incident et son cœur s’arrêta de battre l’espace d’un instant.

Il se rendit compte qu’il n’avait créé qu’une bulle incolore qui entourait le véhicule et la femme et les avait isolés du temps. Les personnes à l’arrêt de tram commencèrent à se diriger vers elle tandis que les passagers ayant remarqué le spectacle se mirent à descendre de celui qui venait d’arriver. Les passagers de l’autre bus se massaient devant les vitres pour observer tandis que ceux qui en étaient descendus s’y précipitaient et commençaient à taper sur la bulle, tentant de secourir la captive.

Leo, quant à lui, était resté figé sur place, horrifié par ce qu’il avait fait et incapable de savoir quoi faire. Cela faisait à peine 24 heures qu’il avait reçu ses pouvoirs et déjà avait-il réussi à se compromettre. Ça sentait mauvais. Très, très mauvais.

Le morceau qu’il écoutait venait de finir et le hasard de la sélection aléatoire fit que ce fut In the Space Pirate Ship de Kid Icarus Uprising qui se lança. Les cuivres ronflants de l’introduction sortirent le garçon de sa torpeur qui, sans réfléchir, fut influencé par le caractère héroïque du morceau. D’un pas décidé, il se dirigea vers la bulle.

L’attroupement autour de la prison temporelle était assez impressionnant pour un endroit qui d’habitude était désert. Leo se rapprocha, puis tenta tant bien que mal de se frayer un chemin « Laissez passer ! Pardon ! ‘Scusez moi ! Merci ! ». Certaines personnes tentaient de frapper le mur quasi-invisible, sans succès.

Il arriva enfin devant la prison temporelle. « Excusez-moi.» Posant sa main sur la bulle, il repensa à la leçon qu’il avait eu la veille avec Stan. Pensant à une armure, le garçon réussit à traverser la barrière, à la grande surprise de tous. Leo avança vers la femme. Elle était jeune, à peine la vingtaine, et plutôt bien habillée, avec un manteau noir élégant et un pantalon visiblement noir. Il la fixa, puis tenta de la bouger en la prenant par le bras. Rien. Et si il était possible de partager l’armure ? Son esprit se focalisa sur cette pensée, puis il posa sa main sur le bras de la femme. Les couleurs lui revinrent rapidement. Elle se remit à bouger. La foule eut le souffle coupé.

Son élan fit qu’elle bascula vers l’avant, mais le garçon était là pour la rattraper. Elle le regarda, puis tourna la tête en direction du bus, qui n’était qu’à quelques dizaines de centimètres d’elle. Elle laissa s’échapper un petit cri, mais constata à la fin que le bus ne bougeait pas d’un poil. Elle reregarda son sauveur, puis le bus, puis la foule, puis de nouveau le garçon. « Ne vous inquiétez pas, tout va bien, je suis là pour vous sauver !» Ce fut incroyablement cliché, mais ce furent les premiers mots auquel Leo pensa.

Embarrassé par cet étalage super-héroïque, surtout en voyant le regard perplexe de la femme, il lui fit un signe de la tête en direction de l’extérieur de la bulle. Il toussa. « Euh… On y va ? ». La femme hocha de la tête, puis, se tenant la main, ils se dirigèrent vers la foule médusée. Tous se mirent à applaudir à leur sortie, mais là n’était pas le moment pour des célébrations. « Que tout le monde se mette sur le trottoir ! Le bus pourrait se relancer à tout moment ! »

Ce n’était peut être pas une bonne idée de le dire de la sorte. La petite foule fut prise d’un bref moment de panique et tous tentèrent de se carapater en lieu sûr dans le désordre le plus total. Leo tenait toujours la main de la femme puis une fois sur le trottoir, il lui demanda « Ça va aller mademoiselle ?

— Euh… Oui, je crois. Merci. » Ce sur quoi ils se lâchèrent la main «…Zoé. »

Leo ne sut comment prendre cette phrase. Il rougit puis lâcha « … Je m’appelle Leo. » Ne sachant quoi ajouter de plus, il fit alors quelques signes bizarres puis dit « Je… Euh, dois y aller, j’ai un bus à… Prendre… Euh… Au revoir Zoé ! » Il lui adressa un sourire gêné, puis la laissa au soin des passants, qui se réunirent autour d’elle pour voir si elle allait bien, puis partit chancelant vers l’arrêt de bus sous le regard confus de la femme.

Une fois tout le monde en sécurité, Leo relança le cours du temps. Comme il s’en doutait, il vit le chauffeur du bus piler pour tenter d’éviter une femme qui n’était plus là. Au vu de la distance de freinage, si le garçon n’avait pas été là, la femme n’aurait pas eu une seule chance de s’en sortir et aurait inévitablement payé une visite à Stan… Qui lui aurait probablement passé un savon pour ne pas avoir fait attention en traversant la route.

Tandis que le chauffeur tentait de comprendre ce qui lui était arrivé, les gens fixaient le héros avec une étrange fascination mêlée de crainte. Leo, se sentant inconfortable, tenta de faire comme si de rien n’était en regardant son reflet dans une des vitres de l’arrêt. Il constata très vite que quelque chose n’allait pas : non, pas son visage finement taillé à l’exception de la petite cicatrice sur son menton laissée suite à une partie de basket qui avait mal tourné et des rares points noirs qu’il prenait toujours la peine d’éradiquer chaque matin. Une partie de ses cheveux étaient devenus roux et noirs. Euh… Okay ? Ça, ce n’est pas normal, pensa-t-il, alors qu’il venait de créer une bulle temporelle et de sauver une femme qui avait manqué de se faire écraser par un bus.

Dans le doute, il trifouilla dans sa poche et sortit son téléphone. Il activa le mode photo, puis appuya sur le bouton pour activer la caméra faisant face à lui pour mieux voir son image. Yep, définitivement roux. Et bien flamboyant en plus… Son regard se tourna vers les autres passants, qui le dévisageaient. Eeeet ils l’ont remarqué aussi. Super.

Tentant de faire comme si de rien n’était, il sortit sa montre à gousset fraîchement acquise, ce qui lui valut encore plus de regards curieux, probablement de ceux qui se demandaient pourquoi il se trimballait avec une montre alors qu’il venait à l’instant de voir l’heure sur son téléphone. Il l’ouvrit et constata que la barre avait déjà parcouru plus d’un huitième du chemin. Il semblait qu’utiliser n’importe quel pouvoir, et ce peu importe l’intensité, n’affectait pas de façon différente la progression de la barre et cela faisait déjà onze minutes qu’il avait utilisé sa magie. Était-ce un effet secondaire ? Visiblement, il n’était que temporaire, puisqu’il ne l’avait jamais remarqué les fois précédentes. Dans tous les cas, le fait que ce soit aussi visible n’était pas rassurant et savoir qu’il devait se trimballer plus d’une demi-heure en étant à moitié roux ne l’enchantait guère.

Mais la réflexion sur le pourquoi du comment devrait attendre, car le chauffeur avait repris ses esprits et le bus était de nouveau en marche. Leo fit l’air de rien un signe de la main et le véhicule s’arrêta à l’arrêt. Les cinq personnes qui avaient attendu se précipitèrent vers le véhicule tandis que le garçon montait. Il salua le chauffeur qui le regarda étrangement, passa sa carte sur la machine, et se dirigea vers le fond du bus où il trouva une place libre. Il s’assit, vit ses camarades d’arrêt monter. Voyant que leurs regards se dirigeaient sur lui, il tourna la tête vers la fenêtre comme si de rien n’était et ferma brièvement les yeux.

[…]

Lorsqu’il les rouvrit, il vit un visage un peu trop familier dans un lieu sentant encore et toujours la tarte aux pommes.

***

« Leo ? Ça va ?

— Stan ? » Le garçon se demanda pourquoi le dieu se trouvait devant lui. Carrément penché sur lui avec la mine la plus inquiète au monde. Et pourquoi est-que le garçon était assis directement dans le fauteuil du salon alors que d’habitude il devait passer par le jardin céleste ? Puis, se redressant, il sentit quelque chose de froid et friable au niveau de sa lèvre supérieure. Il mit sa main dessus, et regarda le bout de ses doigts. Du sang ? Il regarda sa veste, qui en était recouvert. Un vent de panique commença à s’emparer du garçon. « Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Que m’est-il arrivé ?»

Stan semblait gêné. « Eh bien… » Il s’assit sur son fauteuil. « Tu veux que je commence par où ? Parce que je peux te dire ce qui s’est passé à l’instant ou bien il y a trente minutes. »

Trente minutes ? Leo se leva sous le regard surpris de l’entité et tenta de trouver un endroit d’où il pouvait voir son reflet. De la fenêtre il ne put voir qu’un vague reflet, mais une chose était sûre : il était toujours aussi roux que quand il était monté dans le bus. Dans le doute, il retroussa sa manche droite et constata que non seulement ses poils semblaient plus nombreux, mais aussi bien plus sombres. Il retroussa sa deuxième manche : idem. Il considéra l’option de regarder son ventre, mais se rappela qu’il était invité chez quelqu’un d’autre et que s’exhiber en la présence d’un hôte que l’on ne connaît officiellement que depuis la veille n’était pas reconnu officiellement comme coutume acceptable dans de nombreux pays du globe, y compris le sien. Il se contenta de regarder Stan, les yeux écarquillés. « Qu’est-ce qui s’est passé ? » demanda-t-il, avant de rajouter « À l’instant ? ».

L’homme se leva de son fauteuil et se dirigea vers le garçon. Il posa ses mains gantées sur les épaules de son protégé « Tu… Viens de tenter une expérience et ça a raté de façon spectaculaire. Résultat, il semblerait que tu aies perdu la mémoire… Mais au moins ton nez n’est plus cassé ! » Cette dernière phrase, lancée sur un ton un peu trop joyeux rendit Leo livide.

« Le… Nez… Cassé !? » Il se mit à le toucher et constata que son nez était toujours aussi bien placé et qu’il ne faisait pas mal, ce qui en soi était plutôt une bonne chose. Ceci dit, cela n’expliquait pas pourquoi il avait été cassé en premier lieu, ni comment il aurait pu être réparé. La réponse du dieu soulevait encore plus de questions qu’elle n’en résolvait. Leo en prit conscience « Eeet comment est-ce que j’ai fait mon compte ? Pourquoi est-ce que j’ai eu le nez cassé ? »

La réponse de Stan surprit le jeune homme « Aucune idée. » Il se tourna vers la bibliothèque et prit le livre au nom de Leo Davis. « Par contre, ce livre le sait ! »

La curiosité prit le pas sur la confusion. Leo se précipita sur Stan « Ne me dites pas que ce livre…

— Si c’est ce que tu penses, alors oui, c’est le cas. Ce livre relate tous tes faits et gestes, et ce jusque dans les moindres détails si je le souhaite ! »

Le garçon observa le livre « Mais il est super fin ! Comment est-ce qu’il peut contenir ce que j’ai fait dans toutes mes vies ? Tous les embranchements ? »

Stan referma le livre et regarda son invité. Son regard témoignait d’une grande fierté. « Voilà une excellente observation et une très bonne question ! Vois-tu, lorsque tu fais un choix dans ta vie, l’univers tout entier se divise en autant de parties que le nombre de décisions qu’il t’est possible de prendre. Ce livre est propre à cette continuité, et même si je ne sais toujours pas pourquoi il s’écrit tout seul, je sais qu’il ne relatera que tout ce qui est lié aux choix que tu as fait dans ce plan de réalité. C’est tout bête, mais il nous est impossible de savoir comment tu t’en sors dans le monde où, par exemple, tu es devenu le chef d’une bande de vauriens. »

Leo avait du mal à s’imaginer être à la tête de quoi que ce soit, mais il voyait très bien où Stan voulait en venir. « Et donc, il est possible de voir ce qui s’est passé il y a une demi-heure ? »

L’expression de l’hôte se changea pour laisser place au dépit. « Je viens de le voir et… » Il hésita longuement. « Tu ne peux pas le lire. »

Une vague de déception prit le garçon. Il était vrai que ces livres étaient importants et il imaginait bien que quiconque n’était pas en droit de les lire. « Je comprends… Mais vous ne pourriez pas me dire ce qu’il s’est passé ? »

Stan se mit à réfléchir. « Eh bien ça, oui, je peux… En tout cas, disons que ta magie a attisé la peur, comme tu as pu le remarquer et il y en a un qui a pris tellement peur qu’il t’a frappé, d’où le nez cassé. »

Leo était horrifié. « Sérieusement !? »

Le dieu fit la moue. « L’homme a vite été évacué, mais ça n’a pas empêché les gens de te regarder avec une certaine crainte. Tu as passé tout le trajet à t’inquiéter et quand tu as décidé de te soigner en remontant le temps sur toi-même, tu n’as soigné que ton nez, ce qui était la chose à ne pas faire. »

Le garçon fronça des sourcils. L’idée était excellente et il imagine bien qu’elle lui est venue sur l’instant mais… « Pourquoi ? »

Stan hésita à nouveau. Il savait que ça allait être choquant, mais il fallait bien le lui dire pour qu’il évite de reproduire cette erreur. « Hum… Comment te dire ça. » Il se frotta le menton de sa main gantée. « Imagine que toutes les cellules de ton corps résonnent entre elles à une fréquence très particulière. Qu’elles… Chantent une chanson que ton cerveau leur dicte de chanter. »

Leo sourit. Il venait d’imaginer une chorale de cellules en train de chanter dans une église cérébrale, avec une petite partition devant leur petits yeux cellulaires et…

Stan toussa, faisant sursauter le garçon. « Bref, imagine que ton corps tout entier chante la même chanson et que sans prévenir un groupe décide de chanter un verset chanté plusieurs minutes plus tôt. »

Leo tenta d’imaginer la scène. Il hocha vaguement la tête. « Mouiiii ?

— Bref, la chorale commence à engueuler ce petit groupe et ça tourne à la bagarre de taverne. » Le dieu marqua une pause, fronçant les sourcils. Il venait lui-même de se perdre dans son explication. « J’aurais peut-être mieux fait de commencer avec l’allégorie de la taverne… » Marmonna-t-il.

« Ça va. Je pense avoir compris. » déclara le garçon pour tenter de faire avancer la chose.

« Oui. Oui. Donc du coup, ton corps tout entier s’est mis à dysfonctionner et erm… Je vais pas raconter la suite, parce que ça devient un peu trop graphique, mais tu as paniqué et tu es arrivé ici. Je t’ai sommé de remonter le temps intégralement sur toi-même et ça a visiblement bien marché… Même si ton cerveau a rajeuni dans le processus et donc que tes souvenirs n’ont techniquement pas été créés. »

Leo regardait le dieu d’un air inquiet. « J’ai vraiment fait n’importe quoi, hein ? »

Stan lui fit un sourire réconfortant. « Boh, non. On va dire que c’était un accident. Et puis bon, il faut bien que tu apprennes, quitte à faire des erreurs, non ?

— Pas faux… » Un grand sentiment de honte et de culpabilité l’envahit. Il fixa le plancher, l’air triste. « Et maintenant, ça ne va être plus qu’une question de temps avant que tout le monde soit au courant. »

Le dieu fixa d’un air bienveillant le garçon. Il sourit. « Tu sais. Je crois que tu as oublié un petit détail. »

Leo leva la tête et lui lança un regard perdu. « Hein ? » Stan fit un geste en direction de son poignet, le tapotant deux fois. Le garçon ne mit pas beaucoup de temps à comprendre. « Mais oui ! Si je remonte le temps, alors personne ne saura. » Puis il réfléchit. « Mais… Si je fais ça, Zoé va…

— Pas nécessairement. Réfléchis deux secondes. »

Leo suivit les conseils de Stan. Je pourrais… Il sourit. « C’est bon, j’ai trouvé ! »

Le dieu ouvrit le livre de Leo et se mit à lire rapidement. Il sourit à son tour. « Ohoho, bien vu ! »

Leo fronça les sourcils. « Vous pouvez lire mes pensées avec ça !?

— Roh ça va ! C’est pas comme si j’avais fait ça toute ta vie. »

Le ton rassurant du dieu eut l’effet inverse sur le garçon. « Mais c’est de la violation de vie privée !

— Et ?

— Et c’est illégal ! » Leo était consterné.

« Hah ! Peut-être dans ton monde, mais n’oublie pas ce que je suis.

— Un dieu ?

— Eeeeexactement ! » Stan s’étira et fit craquer ses doigts.

Leo croisa les bras, puis dit d’un air boudeur. « Vous êtes quand même gonflé.

— Ouaip, mais je fais ce que je veux. » Le sourire du dieu s’élargit. « En tout cas, c’est bien que tu oses me défier comme ça. J’aime bien. »

Le garçon grogna. Puis il repensa à la mission qu’il allait devoir accomplir. Il se leva. « Enfin… Je vais m’occuper de sauver Zoé et je vais aller vivre ma vie tranquillou. »

Stan suivit Leo du regard, souriant d’un de ses sourires à la fois satisfait et malicieux. « Bonne idée. » Son sourire s’élargit lorsque le garçon ouvrit la porte vers l’extérieur. « Et ça serait encore meilleur si tu ne te trimballais pas vers elle avec une chemise couverte de sang. »

Leo jeta un regard vers son torse. « Oh… » Puis il leva la tête vers le dieu, l’air fortement embarrassé. « Vous n’auriez pas des vêtements de rechange ?

— Tu ne peux pas remonter le temps spécifiquement sur tes vêtements ? Je sais que tu n’y a pas pensé tout à l’heure, mais il me semble que c’est faisable sur les vêtements que tu portes.

— Juste sur ça ? »

Le dieu haussa les épaules. « Si les règles de cet univers sont comme je le crois, yep. T’aurais pas l’air fin si tu te mettais à brûler et que tu te retrouves indemne en remontant le temps, mais à poil. »

Leo fronça les sourcils. Well that’s convenient… pensa-t-il ironiquement. Cette règle était totalement stupide, mais il pouvait être bien heureux de ne pas avoir à exhiber son corps de non-athlète si les circonstances le demandaient.

Il ferma les yeux, puis tenta de visualiser uniquement ses vêtements.

Stan vit les tâches de sang se résorber à une vitesse plus que satisfaisante. Ça aurait été dommage de sortir avec une veste dans un tel état. Puis, une hésitation le prit. « Ça ne te dirait pas de rester encore deux petites minutes avant d’y retourner ? »

Leo observa d’un air satisfait sa veste, puis son regard se tourna vers le dieu. Il semblait mal à l’aise, et cette fois-ci, il savait bien pourquoi. « C’est par rapport à mes cheveux, c’est ça ?

— Donc tu es au courant… » Le dieu fut parcouru d’un tic nerveux.

« En même temps, c’est assez évident.

— Ouais… D’ailleurs, j’imagine que tu as oublié ton bonnet à la maison ? »

Le garçon soupira. « Yep…

— Toujours aussi tête-en-l’air à ce que je vois. » remarqua le dieu. Il claqua des doigts et fit se matérialiser le bonnet du garçon, qu’il lui lança. « Tiens, attrape. »

Leo le rattrapa habilement. « Merci ! Du coup, vous savez ce qu’il se passe avec ça ? »

Stan secoua vigoureusement la tête. « Nuh-uh. C’est un effet secondaire assez énervant, mais j’imagine que c’était le prix à payer pour l’impureté.

— Ouais… J’espère juste que je ne me transforme pas en monstre si j’abuse de ces pouvoirs, vu comment ça se profile. » Leo sourit.

Le dieu se mit à rire aux éclats. « Ouais, ça serait vraiment con… Ahem. » Puis il reprit immédiatement un air sérieux. « Dans tous les cas, tu comprendras si je te dis qu’il vaudrait mieux que tu t’en serves au minimum.

— Au vu de ce qu’il s’est passé ouais… C’est naze, mais je comprends. » Il y eut un petit silence. « Du coup, pour ce qui est de rendre ce monde meilleur avec mes pouvoirs…

— Bah tu peux toujours faire sans ! » La réponse du dieu était tellement directe qu’elle choqua le garçon. « Bon après, je ne te demande pas non plus d’en faire des caisses. Tu n’es qu’un simple homme après tout, mais si tu peux aider les gens qui te sont proches, ça sera déjà une bonne chose. Je ne t’en voudrai pas. »

Cela rassura considérablement Leo. « Pas de soucis. Je ferai une petite bonne action de temps à autres. Peut-être même un coup de magie ici ou là… Avec modération. » Ajouta-t-il en regardant le regard inquiet de Stan. « Et puis basta. »

Stan jeta un coup d’œil rapide aux cheveux de Leo. Le garçon se regarda vite fait dans le reflet de la fenêtre. « Bon, bah je pense que je suis bon pour y aller. »

Le dieu hocha de la tête. « Yep. De toutes façons, si jamais tu veux me parler plus tard, tu sais où me trouver ! »

Leo sourit et enfila son bonnet. « Pas de soucis. Allez, à plus. »

***

Le garçon se retrouva au beau milieu d’une rame de tram peu occupée. Visiblement, il était parti voir Stan alors qu’il n’était plus qu’à une vingtaine de minutes de chez son ami. Les rares passagers qui étaient là le fixaient d’un air horrifié et terriblement confus. Non seulement il était revenu ici avec un bonnet sur la tête, mais en plus la symphonie cellulaire qui lui avait valu une visite chez le dieu s’était calmée. Et au vu de leur tête, ça avait du être plutôt impressionnant.

Mais Leo n’y prêta pas vraiment attention. Il préféra sortir son téléphone pour savoir l’heure qu’il était. Stan avait dit que ça faisait au moins une demi-heure que l’incident avait eu lieu, donc il préféra remonter le temps d’une cinquantaine de minutes, juste au cas où.

Sous le regard médusé des passagers du tram, l’étrange garçon disparut pour ne laisser plus qu’un trou blanc.

***

Stan se leva. L’après-midi allait être long, mais au moins il se savait rassuré. Son protégé allait sauver une personne et rétablir un ordre qu’il avait involontairement rompu. Il allait remonter le temps et…

Le dieu s’arrêta et se mit à réfléchir deux secondes. S’il remontait le temps, Leo disparaîtrait purement et simplement de cet univers. Qu’allaient penser ses parents !? Et qu’adviendrait-il de l’endroit d’où Leo avait disparu ? Oh non…

C’était un désastre ! Il devait vite prévenir le garçon avant qu’il ne se décide à remonter le temps et causer de la peine à sa famille !

Le dieu claqua des doigts pour invoquer un portail aux alentours du garçon. Rien.

Paniqué, il se précipita en direction de la bibliothèque. Il fallait voir s’il ne l’avait pas déjà fait.

Mais à sa grande surprise, il se rendit compte que le livre du garçon avait disparu. Il s’était probablement téléporté dans le nouveau monde que Leo avait créé. Heureusement, il restait encore une trace de magie entourant l’emplacement du livre disparu. Stan claqua des doigts pour invoquer une boussole capable de pister sa trace.

Inquiet, il regarda par la fenêtre et constata avec horreur que là où était censé se trouver la Terre se trouvait désormais un large trou blanc qui ne cessait de grandir. « OH NON ! NONONONONONONON ! PAS ÇA ! »

Si le trou continuait de s’élargir, il finirait par dévorer le reste de l’univers, l’atteindre lui et très certainement le reste du Multivers si il passait la porte ! C’est pas bon. Pas bon du tout !

Stan claqua des doigts pour tenter de contenir le trou. C’était parfaitement possible, mais il était incapable de le faire se rétracter. Il serra le poing. Ce monde était perdu !

Bouillonnant de rage, il décida de laisser le trou faire le reste du travail. Mais il n’allait pas se laisser abattre. Il lui fallait sauver le reste du Multivers.

Il sortit de chez lui par la porte menant au reste du Multivers, puis se prépara mentalement. Il savait que la lutte allait être longue, mais avec un peu de chance, il allait réussir. Le sort de tous les mondes était entre ses mains.

« Oh hello ! »

Stan sursauta violemment, poussant un cri. Il se tourna vers la voix, qui était quelque peu embarrassée. « Oups. Désolé si je vous ai fait peur. »

C’était un homme d’une vingtaine d’années en apparence aux longs cheveux noirs frisés, à la constitution moyenne et à la peau brunie par le soleil des îles. Il portait une chemise hawaiienne bleue et orangée, un short kaki et des tongs. Probablement un autre dieu, puisque seuls eux pouvaient ouvrir les portes de ce couloir.

Stan bloqua quelques secondes. Cet hurluberlu venait de totalement casser son effet dramatique ! « Qui êtes-vous ?

— Oh, moi ? Juste un dieu qui se balade tranquillement en cette belle journée ! » Le dieu en tongs tendit la main. « Emmanuel Frémont, mais vous pouvez m’appeler Manu. »

Stan ne savait quoi faire, il fixa son collègue d’un air totalement perdu. Manu avança légèrement sa main, lui lançant un regard curieux. « Euh… Stanislas Verdi ? »

Manu s’avança pour lui prendre la main. « Enchanté, Stan. Vous voulez que je vous appelle Stan ou Stanislas ?

— Euh… Disons que là, j’étais un peu occupé et… Oh merde ! » Sa tête se tourna vers sa porte. Une lueur blanche émanait d’en dessous. Il poussa son collègue. « Faites gaffe ! C’est dangereux ! »

Stan tendit les bras pour essayer de contenir la menace blanche.

Manu semblait un peu perdu. « Erm… Vous faites quoi, là ?

— Ça se voit pas !? J’essaye de tous nous sauver !!! »

Le dieu en tongs pencha la tête. « Ah ? Pourquoi ?

— Écoutez, je ne vais pas taper la discute alors qu’il se passe un truc important, si !? »

Manu haussa les épaules. « Si je vous aide, on peut toujours faire ça. Il faut faire quoi en gros ? »

Un peu d’aide ne pouvait certainement pas faire de mal. « Il faut que l’on empêche ce qu’il y a derrière cette porte de sortir, autrement il détruira tous les mondes.

— Oh ok. » Cette phrase avait été énoncée avec tellement de flegme et de calme que Stan fut choqué. « Du coup, C’est quoi qu’il y a derrière ?

— Je… J’en sais rien !

— Vous ne savez pas ? »

Stan s’énerva. « Bon écoutez, vous allez m’aider, oui ou non !?

— Roh, bon d’accord. Relax. » Manu s’approcha de la porte.

« Non ! On touche pas ! Si ça se trouve, il peut vous atteindre !

— OK, compris. Pas toucher. Donc on fait comment ? Je ne suis un dieu que depuis la semaine dernière et je sais pas trop comment faire avec tout ça. »

Stan le regarda avec des yeux gros comme des oranges. « Donc la porte rouge…

— Yep, c’est la mienne. D’ailleurs, c’est bizarre que la mienne soit la seule à être comme ça dans les environs. J’aimerais bien avoir une porte noire, comme la vôtre. Elle est cool.

— Non, je ne crois p… » Il s’arrêta. Il aperçut une tache rose qui grossissait de plus en plus au milieu de la porte.

« Huh, c’est marrant, ça. Elle devient rose. C’est encore plus cool. »

Stan regarda le dieu débutant d’un air encore plus choqué. Comment pouvait-il être aussi calme à un moment pareil !? Mais ce n’était pas clairement pas le moment pour être déconcentré. Stan tenta de contenir au mieux le trou.

Manu l’observa, puis imita le geste que faisait son collègue. Stan constata que ça l’aidait grandement et il l’en remercia. « Du coup, c’est quoi qu’il y a derrière ? Un monstre spatial dévoreur de mondes ? » Demanda le jeune dieu à l’imagination débordante.

« Erm… Non. C’est un dommage collatéral de mon protégé. Il a tenté de remonter le temps et visiblement, ça a eu de très mauvais effets sur le reste de l’univers.

— Votre monde comporte de la magie !? Cooool ! »

Stan fronça les sourcils. « Non. Pas cool. Leo est le seul à pouvoir l’utiliser. Je l’ai fait Passer.

— Passer ? Kézaco ?

— Vous… Le précédent dieu ne vous en a pas parlé !? »

Manu regarda Stan d’un air inquiet. « Euh… Non ? À vrai dire, il n’a pas vraiment eu l’occasion de me parler de grand chose.

— Gné ? Pourquoi ? »

Manu grimaça. « Disons que je l’ai tué par accident. L’éléphant qui m’avait tué m’a accompagné et quand je lui ai dit se s’asseoir quelque part, il a jugé bon de s’asseoir sur le dieu. Il a été écrasé et j’ai reçu tous ses pouvoirs sans trop savoir quoi faire. »

Stan ne pouvait en croire ses oreilles. Ça paraissait tellement fou. « Mais… Mais quoi !? Normalement pour tuer un dieu il faut le vouloir ! Et pourquoi l’éléphant était avec vous ? C’est lui qui devrait recevoir les pouvoirs en plus ! »

Manu haussa les épaules. « Auuucune idée. J’imagine que c’est parce que j’ai donné l’ordre ? J’en sais rien pour être honnête. »

Stan était atterré. C’était tout bonnement impensable. « Donc l’ancien dieu ne vous a rien dit !?

— Et comment il aurait pu ? Il était écrasé par l’éléphant. »

Cette phrase n’avait décidément tellement peu de sens que Stan fut contraint d’accepter ce fait. Il resta silencieux une dizaine de secondes. « Vous savez quoi ? Une fois qu’on se sera débarrassé de ce truc-là, je viendrai vous donner quelques leçon en euh… Divinologie ? »

Manu sourit. « Vous feriez ça pour moi ?

— Écoutez. On ne peut décemment pas vous laisser comme ça à faire votre travail sans rien en savoir, non ?

— Pas faux.

— Donc je m’occuperai de retrouver mon nouveau chez-moi et à partir de demain, je vous apprendrai à devenir un dieu. Marché conclu ? »

Manu tendit la main. « Marché conclu.

— Parfait. Maintenant aidez-moi à en finir avec ce truc. »

Les deux dieux passèrent les cinq minutes suivantes à contenir la menace blanche.

***

Au lieu d’aller à l’arrêt de bus et attendre que les événements ne se déroulent, Leo décida de traverser la route et d’attendre sur la voie opposée. Il prit son lecteur MP3, et changea de morceau pour mettre une version rallongée du thème des mini-jeux de The Legend of Zelda : A Link Between Worlds. Il adorait le solo de violon, le côté enjoué du morceau et trouvait que ça convenait bien à la situation, qui allait enfin changer pour le mieux.

Deux minutes passèrent et, comme prévu, les deux bus et le tram commencèrent à arriver. Le bus duquel la femme devait sortir arriva en premier. Leo prit son téléphone portable puis fit mine d’appeler quelqu’un. Les portes s’ouvrirent et la femme commença à sortir précipitamment.

« Zoé ! » La femme s’arrêta net, puis se tourna en direction de la voix. Leo vit qu’elle le regardait, puis sa voix se noua. « Oui euh, Zoé ? Qu’est-ce qu’on capte mal ici, je te rappelle. »

Sous le regard suspicieux de la future victime potentielle, Leo raccrocha.

« Votre téléphone est éteint. » dit la femme d’un ton neutre.

Leo regarda son téléphone et remarqua qu’en effet il était éteint. Il avait dû être déchargé dans la nuit et il avait oublié de le brancher. «  Ah euh… Oui en effet… » Un silence gênant s’installa, l’espace de cinq secondes. « Woops. »

Zoé se rapprocha du garçon. « Comment connaissez-vous mon prénom ? Qui êtes-vous ? Un stalker ? »

Le garçon se mit à rougir « Euh… Je… Euh… Leo et je… Connais votre nom parce que c’est une… » Il vit dans le regard de le femme quelque chose de très déplaisant. Il n’avait pas intérêt à se rater. « Coïnciden…ce ? »

Un enfant de cinq ans en train de mentir alors qu’il avait repeint les murs de sa maison avec un pot de confiture aurait été plus convaincant pour nier les faits. Zoé était impassible « Ha ha, très drôle. Bon, maintenant vous allez me dire la vérité sinon j’appelle les flics !

— Ah euh… Bon. Bah vous voyez ce bus qui vient de… Par…tir » Il se rendit compte que son bus venait de lui passer sous le nez. « Eh bien en fait, vous alliez vous précipiter sous ses roues parce que vous étiez tellement déterminée à rattraper le… Tram… » Elle se rendit compte que son tram venait de lui passer sous le nez. Extrêmement embarrassé, il tenta de finir sa phrase, mais ne put y arriver.

« Comment est-ce que vous savez pour le tram ? »

Ne pas lui dire que tu viens du futur. Ne pas lui dire que tu viens du futur. « Parce que je viens du futur et que si je n’avais pas été là vous auriez été encore plus écrasée par le bus que vous ne l’auriez été si je n’avais pas foiré mon plan. » Et merde.

Elle le regarda comme si un visiteur du futur aux vêtements dépareillés et couvert de bandages venait lui parler du danger que représentaient les huîtres du Bassin d’Arcachon et de ce qui allait se passer si elle en consommait. « C’est… L’excuse la plus débile que j’ai jamais entendue de l’année. » Elle prit son téléphone. « J’appelle les flics. »

Leo paniqua. « Non, Zoé, attendez, arrêtez ! » Et en effet elle arrêta, puisque le garçon venait encore une fois d’arrêter le temps sans le vouloir. Heureusement pour lui, le reste du monde aussi s’était arrêté. Ok super… Bon, qu’est-ce que je fais maintenant ? Il considéra remonter de nouveau le temps pour tout recommencer ou bien il pourrait…

Il posa sa main sur l’épaule de la femme et ne relança le cours du temps que sur elle. « Ok, je sais que je ne devrais pas faire ça, mais voilà. Je viens vraiment du futur et là je viens d’arrêter le temps, ça vous va ? »

La femme regarda autour d’elle et ne vit plus aucune voiture, ni aucun passant bouger. Elle regarda le garçon. « Vous…

— Oui, je vous dis la vérité et oui, je vous ai sauvé la vie il y a une heure… Enfin, il y a deux minutes. En plus, ce n’est pas mon genre d’espionner les gens… » Il lui lança un regard quasi-désespéré. « Vous n’allez pas appeler la police maintenant, si ? »

Zoé fut hésitante. « Euh… Non. Nonon, c’est bon, j’ai eu ma preuve. Vous… Pourriez remettre tout à la normale maintenant s’il vous plaît ?

— Hein ? Ah euh oui ! » Leo relança le cours du temps.

Un autre tram arriva en vue. « Argh, c’est le mien, je dois y aller ! »

Leo vit une bonne opportunité de se racheter. « Vous permettez ? » Il arrêta de nouveau le temps, à l’exception de Zoé. « C’est bon, vous pouvez y aller tranquillement. Vous me ferez signe une fois arrivée là-bas que je relance le temps ? On n’entend plus rien passé une certaine distance. »

Zoé regarda ce sorcier gentleman et lui dit « Merci beaucoup… Euh ?

— Leo. » lâcha le garçon, bien plus confiant.

« Merci beaucoup Leo… Oh et merci pour la fois où vous m’avez sauvé !

— De rien, c’est normal. » Il se rendit compte que le temps passait et que les rares mèches qui dépassaient du bonnet pouvaient devenir rousses d’une minute à l’autre. Il paniqua légèrement. « Enfin bref. Vous pouvez y aller maintenant et… S’il vous plaît, tentez de garder cet événement secret, d’accord ?

— C’est promis ! » dit-elle d’un sourire franc et sincère.

Elle traversa la route, puis se hâta en direction de l’arrêt de tram. Elle arriva sur le quai puis leva son pouce tout en criant un ‘merci’ inaudible. Leo relança donc le cours du temps, puis elle disparut derrière l’imposante silhouette du véhicule. Les portes s’ouvrirent, se refermèrent, puis le garçon vit la jeune femme lui faire un dernier signe de la main avant que le véhicule ne disparaisse de sa vue.

Souriant, Leo veilla à ce qu’aucun véhicule ne circule avant de traverser la route pour rejoindre son arrêt de bus. Regardant la fiche horaire, il remarqua qu’il lui fallait encore attendre 15 minutes. Il soupira, mais se dit que ce sacrifice avait été pour la bonne cause.

Sentant une brise fraîche, il regarda le ciel grisâtre et sourit.

***

Stan se frotta les mains. « Bon, eh bien ça, c’est fait.

— Yep. On a sauvé le monde !

— Les mondes, vous voulez dire !

— Ow yeah ! » Manu tendit sa main, que Stan tapa sur le moment.

Le dieu regarda la porte devenue totalement rose d’un air à la fois satisfait et triste. Sa maison venait de disparaître et il ne se sentait pas regarder à l’intérieur pour voir ce que son monde était devenu. Claquant des doigts, il fit apparaître un rouleau de scotch jaune et noir rayé, qu’il appliqua sur la porte en faisant une croix.

Puis un petit détail l’intrigua. Il se tourna vers Manu. « Au fait, pourquoi vous baladiez-vous dans le couloir ? »

La question surprit le dieu. « Oh euh… Eh bien je voulais faire le tour du proprio et voir si je ne croisais pas d’autres gens. Faut dire qu’on se sent un peu à l’étroit là-bas. »

Stan fronça des sourcils. « Oui, mais l’Univers…

— Hum ? Oh non. Il a été plutôt cool. J’ai dit que je ne partais pas longtemps de toutes façons. »

Stan plissa des yeux. « Attendez… Vous pouvez parler à votre Univers ?

— Ouais ouais. C’est pas le cas du vôtre ?

— Euh… Non ? Je sais qu’il est là, mais on n’a jamais vraiment pu s’adresser la parole.

— Huh. Dommage. Enfin, du coup j’ai pu vous rencontrer vous, et en plus vous allez me donner des leçons dont j’avais cruellement besoin, donc mon excursion n’a pas été pour rien ! »

Stan sourit. « Faudrait voir si on ne peut pas rencontrer d’autre dieux… En espérant ne pas tomber sur celui de hier. » Stan soupira.

« Oh ? Il y en a qui ne sont pas sympa ? »

Stan hocha la tête. « Le Multivers est possiblement infini, donc il faut bien imaginer qu’il y en a qui sont irritants, et celui que j’ai vu hier m’a parlé avec un tel mépris… J’ai jamais vu ça.

— Ça a l’air d’être un mec charmant.

— Ouais… Il habite là-bas, à la porte blanche. Je vous déconseille d’aller le voir.

— Je note, je note. En tout cas, merci d’avance pour cette aide, c’est super cool de votre part. » Manu lui fit un large sourire.

« Bah, c’est bien normal. Et merci à vous de m’avoir aidé ! Je vais pouvoir retrouver le monde de Leo le cœur léger. Je viendrai vous voir demain.

— Pas de soucis. Alors à demain ! »

Les deux dieux partirent chacun de leur côté.

***

Pour la deuxième fois de sa vie, Leo était heureux de prendre le bus. La seule et unique fois où il avait été heureux de le faire avait été la toute première fois, quand il avait trois ou quatre ans, mais ça remontait désormais à tellement longtemps qu’il ne savait pas si ça devait compter ou non.

Et pour le coup, il était plutôt heureux, car personne n’était là pour le regarder avec un air terrifié. Certes, des gens lui jetaient des coups d’œil occasionnels, mais il était de coutume que tout le monde regarde ses entourages au moins une fois sur le trajet, et parfois cela tombait lorsque quelqu’un d’autre faisait la même chose. Et là, les gens le regardaient parfois avec le même air désintéressé que d’habitude. Et ça, ça le rendait particulièrement heureux7.

Arrivé à l’arrêt Pierre Mendès-France, le garçon partit prendre le tram en direction du centre-ville de Mérignac. Là-encore, personne ne le regardait de travers, ce qui était plutôt rassurant.

***

De son côté, Stan prit la boussole et suivit les émanations du livre de Leo. Au bout de trois minutes, il tomba sur la bonne porte, puis l’ouvrit.

Le dieu fut assez surpris de tomber sur un double lui ressemblant trait pour trait assis sur un double parfait de son fauteuil. « Oh ? Bonjour… Moi ? »

Stan referma la porte derrière lui, l’air embarrassé. « Salut. Attends deux secondes. »

Regardant l’aiguille sur sa boussole, il marcha en direction de la bibliothèque, puis prit le livre de Leo. Il le bougea devant lui, l’aiguille le suivait. « Yep, c’est bien ici. »

L’autre Stan se leva. « Qu’est-ce qu’il se passe ? »

Le Stan original feuilleta rapidement le livre. Il y faisait état du voyage dans le temps. Il le tendit à son double. « Tiens, regarde.

— Oui, c’est le livre de Leo, et ?

— Non, mais lis. Tu verras. »

Le double s’exécuta. « Oh.

— Ouais, je viens de ce monde-là et erm… Il a été détruit. »

Le double détourna le regard du livre pour fixer le Stan original avec de gros yeux. « Détruit !?

— Enfin… Probablement. Pour être franc, je n’en sais pas trop et je préfère ne pas le savoir. »

Le double fit de grand gestes. « Woh woh woh. Tu veux dire que remonter le temps a probablement détruit ton monde ?

— J’imagine, ouais…

— Et j’imagine, me connaissant, que tu vas vouloir squatter ici, parce que tu considères qu’il est de ton devoir de suivre ce Leo, que tu considères comme le tien. »

Le Stan original acquiesça. Il ne pouvait pas lui cacher ses intentions, vu qu’il parlait à lui-même.

Le double se frotta les yeux. « Eh bah on est pas sortis de l’auberge.

— Au pire, si tu veux…

— Hors de question. D’ailleurs, c’est peut-être une bonne chose que l’on soit deux.

— Hum ?

— Ça peut être l’opportunité parfaite pour… » Le double inclina légèrement la tête.

« Ooooooh. Oui, c’est une excellente idée ! »

Les deux Stan sourirent.

***

Arrivé au terminus de la ligne de tram, Leo tomba sur son meilleur ami. Thomas Dupuits, un garçon à peine plus âgé que lui que la distance et les cursus scolaires avaient séparés, mais jamais réellement, car ils passaient leurs soirées à discuter ensemble en ligne. Il était légèrement plus grand que Leo – un vaste sujet de railleries par le passé – et portait des lunettes ovales qui, couplé à des cheveux courts et son visage fin, lui donnaient un air de méchant de film qu’il assumait totalement. Il regardait Leo d’un air curieux. « Tu n’as pas reçu mon message ?

— Hein ? Quel message ?

— Bah regarde. »

Leo prit son téléphone et tenta de l’allumer. « Ah merde, j’avais oublié qu’il était déchargé. »

Thomas grimaça. « Tssss… T’es une vraie tête-en-l’air, toi.

— Roh, bon, ça va, j’ai juste oublié.

— C’est bien ce que je dis, tête-en-l’air. »

Leo grogna.

Thomas soupira. « Bah, c’est pas grave. Je voulais te proposer d’aller bouffer au Quick. J’ai des tickets resto si tu veux. »

Leo haussa les épaules. « Bah si tu veux.

— Cool ! Ça fait un bail que je n’y suis pas allé et les mecs du forum disent que le burger de cette semaine défonce.

— Ouais, enfin tu sais ce qu’on dit de Quick aussi…

— Mais oui, je sais. Mais bon, les gars disent que ça défonce, et ils ont des goûts assez pointus. Quelqu’un qui adore Xenogears et Valkyrie Profile ne peut qu’être quelqu’un de bien. » Thomas sourit.

« Oui, enfin là tu parles de jeux… » Précisa Leo.

« Jeux, burgers, on s’en fout. Les gars ont de bons goûts et de toutes façons, c’est gratuit ! »

C’était un argument implacable. Mais cela n’empêcha pas à Leo de se lamenter. « Même si j’aurais préféré un Sub…

— Yep, mais Quick est à cinq minutes d’ici et j’ai pas envie de me taper tout le trajet jusqu’à Bordeaux pour un Sub, donc go Quick. »

Leo soupira. « C’est toi le boss, brobro. »

***

Une fois le repas englouti, les deux adolescents repartirent en direction de l’appartement de Thomas et ils passèrent leur après-midi à jouer à Super Smash Bros. Leo voulait jouer à Brawl, qu’il trouvait plus simple à manier, mais Thomas réussit à le convaincre d’opter pour Melee, le « meilleur épisode8 ». C’était le meilleur moyen de se préparer pour les tournois qui auraient lieu dans les mois à venir et surtout pour préparer la sortie du futur épisode, qu’ils attendaient déjà avec grande impatience.

Ils discutèrent de tout et de n’importe quoi, tant et si bien que Leo avait déjà oublié les incidents de la journée. Ce ne fut qu’une fois rentré chez lui que le garçon se mit à repenser à tout ça et se rendre compte qu’il avait sauvé la vie de quelqu’un. Et même s’il ne pouvait pas vraiment utiliser ses pouvoirs à cause des effets secondaires, au moins l’option était là et il ne se sentirait pas spécialement inutile si jamais le danger se présentait à lui.

Peut-être un jour aurait-il la possibilité de se débarrasser de ces effets secondaires et qui sait, peut-être devenir une sorte de super-héros ? Ça pourrait être fun, pensa le garçon d’un air rêveur9.

1Ce qui est faux et archi-faux et je bafferais Leo si j’en avais l’occasion, puisque même s’il est vrai que l’on a pas mal de temps libre, nos horaires dépendent presque entièrement de l’inspiration que l’on a. D’ailleurs, petit conseil : ne dérangez JAMAIS un auteur quand il est en train d’écrire, car sa colère peut-être à la hauteur de la frustration que vous lui aurez causée en cassant le petit train de ses pensées.

2Excellents jeux et encore plus excellentes bande-sons. Il vous faut jouer aux deux au moins une fois dans votre vie (même si dans le cas de Star Fox, je conseillerais plutôt de vous focaliser sur l’épisode Nintendo 64). Oh, et fun fact : Christophe Héral, compositeur de la bande-son des derniers Rayman et de Beyond Good & Evil, est un homme adorable et passionnant à écouter et avec qui discuter.

3Alors là, on tape dans de l’ancien, mais qui n’en reste pas moins impressionnant ! Vous devriez absolument découvrir ce morceau, mais attention : le début de la piste est assez strident et peut être assez fort. Après tout, il s’agit d’un morceau composé sur Commodore 64 (micro-ordinateur que le temps a pas mal fait disparaître, mais que si vous connaissiez avant de lire ce livre et avant d’avoir vu une vidéo YouTube dessus, bah je ne peux que vous respecter). Et c’est parce que ce morceau a été composé sur une telle bécane qu’il est plus qu’impressionnant. Après, si vous vous demandez comment un garçon comme Leo, né en 1996, connaîtrait une machine plus vieille que lui de presque quinze ans, eh bien disons qu’il a bien été éduqué et lisait des magazines britanniques comme Retro Gamer. Ça aide plutôt pas mal.

4Et encore, il n’en a pas vu l’intérieur. Si vous pensiez en 2013 que des lecteurs de cassettes audio ne pouvaient décemment plus figurer dans les bureaux, eh bien vous auriez tort. Certes, les lecteurs n’étaient plus utilisés, mais ça restait impressionnant à voir… J’aurais bien mis ma cassette de la comédie musicale Nôtre-Dame de Paris dedans, histoire de voir s’ils fonctionnaient toujours (et infliger des souvenirs plus ou moins agréables aux camarades de classe…)

5Une de mes bande-sons préférées. Ari Pulkkinen est un génie de la composition (et le compositeur du thème de Angry Birds… Maintenant vous savez qui blâmer pour ce thème qui vous aura probablement pris la tête au début des années 2010)

6Un des spectacles les plus divertissants et symptomatiques de cette époque : voir des gens courir de façon désespérée pour rattraper le tram. Remplacez le tram par un humain et les employés en manque de café par des zombies et ça tourne au film de zombie moderne… En y repensant, personne n’a écrit de film d’horreur impliquant un tram. Hum.

7Ce qui, dans un sens, lui vaudra quelques regards sceptiques, puisque les personnes célibataires n’écoutant pas de la musique et étant heureuses quand même sont aussi communs que des licornes en Corée du Nord.

8Ou le plus surestimé, selon la personne à qui vous parlez. Personnellement, j’étais plus un fan de Brawl, qui était beaucoup plus lent, mais tout aussi technique. Après, les version 3DS et Wii U étant sorties depuis longtemps, je peux dire que je les préfère aux autres… Et pourquoi est-ce que vous avez une tomate pourrie dans la main ?

9Spoilers : ça n’arrivera pas dans cette continuité ♫

 

Chapitre 3

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