Leo Davis [Fr] – Chapitre 4 : Petits Crimes, Grosses Conséquences

Leo se promena dans la rue Sainte-Catherine, écouteurs solidement ancrés dans les oreilles. Alors qu’il se dirigeait vers la Fnac pour voir s’il n’y avait pas une bonne affaire à dénicher, le temps s’arrêta et un portail s’ouvrit à côté du garçon. Stan me convoque ? Curieux, il sauta dedans et entra dans la maison du dieu.

Ce qu’il y vit le surprit. Stan portait son attirail habituel, avec toujours cette longue veste étrange et ses gants noirs. Mais en plus de cela, l’entité portait un chapeau haut de forme noir et, plus surprenant encore, l’homme avait à ses côté une valise en cuir noire. « Euh… Bonjour ? »

Stan le regarda, souriant. « Ah Leo, tu arrives au bon moment !

En même temps, vous m’avez convo… » commença à dire le jeune homme avant d’être interrompu par l’entité, qui se rapprocha de lui, tendant les bras.

« Façon de parler Leo… Façon de parler. » Il l’embrassa. « Mon garçon, j’ai une nouvelle très importante à t’annoncer ! »

Voyant le sac, le garçon se risqua à une supposition « Laissez-moi deviner… Vous prenez la fuite, n’est-ce pas ?

Hein ?

— Par rapport au dieu que vous allez énerver quand il se rendra compte que vous m’avez fait Passer. C’est pas ça ?

— Quoi, lui ? » demanda le dieu d’un air tel que Leo comprit immédiatement que ce dieu n’était pas la raison de son départ. « Nah ! »

Leo le regarda d’un air circonspect. « Ne me dites pas que vous partez en vacances… »

Stan se mit à sourire. « Toujours aussi perspicace ! Oui, je pars en vacances quelques temps. Surveiller ton monde, c’est bien beau, mais tu imagines bien que ça devient monotone. » Il posa sa main sur son épaule et montra de son bras toute la maison « Il faut changer d’air, explorer d’autres horizons ! Il y a tellement de… Possibilités. De mondes différents que j’ai envie de visiter… »

Quelque chose ne collait pas. Quelque chose de gros. « Attendez une seconde… Vous voulez dire que vous allez laisser ce monde sans surveillance ? Et qu’en est-il de tous ces gens qui vont mourir ? De… De ma famille !? »

Le dieu se retourna et le regarda brièvement avec une expression d’incompréhension, avant de reprendre ses esprits « Ah ça… Eh bien en fait… Je… Ne t’ai pas dit toute la vérité. »

Ce fut au tour du garçon d’arborer une expression d’incompréhension. « Encore !? »

Le dieu grimaça. Il aurait largement préféré une autre question. « Bah oui encore !

— Et c’est quoi cette fois-ci ? »

Stan semblait sur le point de s’énerver, mais regagna sa composition presque immédiatement pour devenir encore plus calme que d’habitude. « Eh bien tu te souviens quand tu m’avais fait la remarque que personne ne venait nous interrompre et que ça te paraissait super bizarre ?

Euh… Non ? »

Stan fut légèrement déçu devant ce manque de mémoire. « Bon OK, c’était il y a quelques mois déjà… Pour faire simple, je ne surveille et ne m’occupe que des personnes de ta famille. Ce qui est déjà pas mal, vu comment vous avez tendance à vous attirer les ennuis ! »

Leo n’avait pas vu ce retournement de situation venir. Cela le rendit encore plus confus. Et énervé. « Mais… Mais c’est encore pire ! Vous voulez dire que vous allez tous nous abandonner juste pour que vous puissiez prendre des vacances !? Mais… Et si il leur arrive quelque chose ? »

Stan le regarda avec une compassion teintée de pitié. « Leo. Tu sais bien que si jamais il leur arrivait quelque chose, de toutes manières ils ne seraient plus là dans cette réalité. Que je sois là ou non, ça ne change rien, ils n’auraient juste pas de seconde chance dans la réalité où ils ont décidé de prendre des céréales au lieu d’une tartine de confiture. »

Euh… Okay. Mauvaise analogie. « Oui, mais… »

Stan l’interrompit sèchement « Pas de ‘oui, mais’ qui tienne ! J’ai envie de me reposer un peu et mon envie d’explorer plus en profondeur le Multivers depuis que tu m’as raconté tes visites en Angleterre n’a eu de cesse d’augmenter ! » Puis il vit le regard effrayé du garçon « Heh ! Moi aussi, j’ai le droit de me reposer, non ? » Puis un regard choqué. L’entité soupira « … Bon ok, je vais tenter un truc, mais juste parce que c’est toi et que je t’apprécie beaucoup ! »

La divinité fit un geste vague de la main en direction de l’extérieur, puis le garçon vit sa mère sortir du portail. Puis son père, toujours en uniforme de policier. Puis son grand-père maternel, ses grand-parents paternels, sa tante, ses oncles, ses cousins et des personnes qu’il ne reconnaissait pas. Tous se regardèrent dans l’incompréhension la plus totale. Puis Elsa vit son fils à l’entrée de la maison. « Leo ? ».

Stan demanda poliment au garçon de se pousser. Il sortit de sa demeure. Lorsqu’il agita son bras, toutes les têtes se tournèrent vers lui. Il bomba le torse et dit de sa voix la plus imposante et solennelle « Mesdames, mesdemoiselles, messieurs. Bienvenue chez moi. Je suis Stan et je suis votre divinité attitrée. Non non, ne posez pas encore de questions, je sais comment vous allez réagir – surtout toi Gary, range ce doigt tout de suite – et non, vous n’êtes pas encore morts. » Il se tourna vers Leo et l’invita à se joindre à ses côtés. « Je suis ici avec Leo pour vous annoncer que je pars en vacances. » Une vague de contestation commença à pointer le bout de son nez, mais Stan remit très vite tout le monde à sa place en éclaircissant sa voix « Et étant donné qu’il n’y aura personne pour vous surveiller et que Leo est un bon ami – votre fils est charmant Elsa, vous avez bien réussi votre travail – j’ai décidé de vous faire un cadeau. » Il claqua des doigts et une faible lumière rayonna au dessus de la tête de tous les membres de la famille.

« Huh ? What’s this ? » « Oh la zolie lumière ! » « La lumière au bout du tunnel ! Fuyons ! »

Stan tenta de calmer un des cousins de Leo. Le garçon regarda le spectacle et fut pris d’un doute. Puis il comprit. Paniqué, il chuchota à l’oreille de l’entité « Vous n’êtes pas en train de les faire Passer quand même !? »

L’entité tourna la tête vers le garçon « Non, ne t’inquiètes pas, si je les faisais Passer, tu l’aurais vu tout de suite… » Puis, la lumière disparaissant, il déclara « Je viens de vous faire le don temporaire de la manipulation temporelle. » Le silence retomba sur la famille, tandis que Stan fit rouler sa langue dans sa bouche suite à cette étrange phrase. Archibald, le grand-père maternel de Leo, commença à lever le doigt lorsque le dieu reprit « Ainsi, pendant que je m’absenterai et durant les deux mois à venir, dès que vous serez en danger, le temps se mettra automatiquement à considérablement ralentir, histoire que vous puissiez éviter un événement non désiré… Si cela est possible, bien évidemment, car vous imaginez bien que je ne puisse rien faire en cas de crise cardiaque ou bien une quelconque maladie mortelle… »

Chacun se mit à regarder l’autre et à poser des questions à l’entité. Stan commença à s’impatienter : jamais le dieu n’avait eu à s’occuper d’autant de monde en même temps. « Bon bah voilà, c’est tout ce que j’avais à dire. Et ne prenez pas la peine d’entamer une conversation avec les autres puisque vous ne vous en souviendrez plus en rentrant chez vous. » Un cousin lointain se mit à huer. C’était assez pour Stan. « Bon… Je n’ai pas que ça à faire, maintenant, partez. »

D’un claquement de doigts, le portail se mit à s’agrandir et engloutit chaque membre de la famille, qui se dirent précipitamment au revoir. Elsa regarda son fils puis, n’ayant pas trop compris ce qui venait d’arriver, dit « On se retrouvera tout à l’heure pour le dîner Leo ! » Le garçon fit un sourire gêné, puis un signe d’au revoir. Elle fut la dernière à disparaître, puis le lieu retrouva son calme habituel.

Leo se tourna vers l’entité, qui observait le ciel étoilé. « Euh… Merci Stan, c’est gentil de votre part. »

Stan le regarda dans les yeux, puis se mit à sourire « C’est moi qui devrait te remercier, puisque maintenant je peux partir explorer le Multivers la conscience tranquille ! »

Le jeune homme le fixa avec un regard toujours teinté de reproche, mais ça ne valait pas la peine de lutter. Il était vrai que la divinité avait mérité son temps de repos et Leo imaginait bien que, comme lui, sa curiosité et son envie de découverte devaient être grandes. Ils rentrèrent dans la maison et s’assirent chacun dans leur fauteuil. Vu que techniquement le temps était figé, ils pouvaient souffler un peu avant de retourner à leurs vies « Au fait, vous partez combien de temps ?

Hum… Deux mois au maximum. De toutes façons, tu as bien vu que le sort que j’ai jeté sur ta famille ne dure que ce temps-là. Et j’ai cru comprendre que tu avais des examens à passer, donc mieux vaudrait que tu évites d’avoir à te préoccuper d’autre chose et que tu sois totalement concentré là-dessus ! »

Stan avait raison. Peut être valait-il mieux éviter d’avoir à se focaliser sur trop de choses en même temps, aussi tentant cela soit-il que d’aller voir une divinité millénaire quand il le voulait pour apprendre des choses que peu pourraient imaginer apprendre. « Oh et au fait… Comment avez-vous fait pour que ma famille anglaise vous comprenne ? Vous avez une sorte de capacité spéciale, parce que je ne vous ai que entendu parler français ! »

Le dieu lui fit un sourire large. « À vrai dire, oui. Je parle Multilingue. Votre cerveau choisit la langue à laquelle vous êtes le plus habitué et traduit de lui-même ce que je dis. C’est très pratique. Dommage que vous ayez perdu cette capacité lors de l’incident de Babel… »

Comme… Dans la Bible ? « Vous voulez dire que la Bible est…

Véridique ? Oui. Peut être pas dans cette dimension, mais ça s’est vraiment passé et ça a malheureusement influencé tous les mondes alentours suite à un accident regrettable… » Il fit une pause, l’air perdu, puis reprit une dizaine de secondes plus tard « Je t’ai déjà parlé de la vérité sur les Auteurs ?

Nope, jamais entendu parler.

C’est quelque chose de fascinant. Tu sais bien que nous ne vivons que dans un seul plan de réalité parmi une infinité… Eh bien sache que tout le monde en a au moins visité deux en plus du sien, si ce n’est plus ! Et c’est très souvent parce que un des dieux qui s’occupe du reste du monde les laisse faire. Les gens vivent des aventures particulières et les relatent dans leurs livres une fois rentrés. Ce sont les Auteurs. Bien entendu, du fait qu’ils sont passés par la maison d’un des dieux, en rentrant chez eux, ils oublient que tout cela est vrai et ceux qui s’en souviennent n’en ont que de vagues bribes, pensant que cela est dû à leur imagination. »

Leo se mit à réfléchir aux implications de cette déclaration. « Ça veut dire que des trucs comme Star Wars…

— Sont basés sur une des réalités du Multivers, oui ! Loups-garous, contes et tous ces recueils de science-fiction se sont véritablement déroulés quelque part dans le Multivers. » Il se versa un verre d’eau ainsi qu’un autre pour Leo, qui semblait à la fois émerveillé et terrifié. « Penses-tu écrire un livre si jamais l’opportunité t’es offerte de le faire ? Vu que tu te souviendrais de tout, tu serais en passe d’écrire le livre le plus réaliste de tous les temps ! »

Le garçon était émerveillé à l’idée que tout ce qu’il avait lu dans sa vie soit plus ou moins vrai et qu’un jour peut-être aurait-il la possibilité de visiter ces univers.

« Mais attendez… Si tous les livres sont vrais et que ce monde n’est plus ou moins que celui de notre famille… Comment ça se fait que les livres des autres sont écrits ? »

Le dieu sursauta un peu. Il ne s’attendait clairement pas que Leo réfléchisse autant à ça. « Eh bien euh… Pour le coup, c’est une mécanique qui m’échappe, je dois t’avouer. J’imagine que malgré l’infinité d’univers, il existe une sorte de lien. » Son regard s’illumina. « Et c’est une excellente chose que tu me fasse penser à ça, puisque maintenant ça me donne encore plus envie d’explorer le Multivers ! Je veux résoudre cette énigme ! »

Leo était quelque peu jaloux. « Peut-on partir maintenant ? Je veux visiter les autres mondes moi aussi ! »

Stan considéra qu’il n’aurait peut être pas du en parler. Il venait d’éveiller la flamme de l’aventure qui sommeillait en Leo et ce n’était pas une bonne chose à ce stade du plan. « Non, pas maintenant. Il faut d’abord que j’aille visiter moi-même ces différents mondes… Imagine que l’on y aille à l’aveugle et que l’on tombe sur un monde dangereux avec je sais pas moi… Des plantes carnivores, ou des personnages qui peuvent nous démolir en un coup de poing. Et puis bon, tu as un examen à passer, je te signale ! » Voyant l’expression dépitée du garçon, il rajouta d’un ton paternaliste « Donc tu vas oublier tout ce que j’ai dit, réviser autant que possible tes matières et tu vas avoir ton diplôme. Je me suis bien fait comprendre ? »

Le garçon hocha la tête, légèrement déçu par ce brutal retour à la réalité.

Stan finit son verre, le posa sur la table et le fit disparaître en claquant des doigts « Bien… Eh bien je crois qu’il est temps de nous quitter, non ? » Il se leva « Allons-y ! »

***

Stan se dirigea vers son sac, toujours posé au milieu de la pièce. Il l’ouvrit et lista en silence les choses dont il avait besoin tout en vérifiant qu’elles étaient dedans. Leo se leva à son tour et le regarda faire, intrigué que ce processus prenait autant de temps. À croire que le sac était en fait une sorte de poche inter-dimensionnelle bien plus grande à l’intérieur qu’elle n’y paraissait de l’extérieur. Et vu qu’il pensait au sac d’une divinité millénaire capable d’invoquer des bouteilles d’eau de nulle part, il y avait 99,99999998% de chances que ce soit ça. « Ce sac… Il est sans fond, non ? »

Stan s’arrêta de réfléchir et tourna sa tête vers le garçon, un peu irrité à l’idée d’être interrompu de la sorte « Non, c’est un sac comme celui que tu as dans ton dos et je suis juste très lent quand il s’agit de vérifier ce qu’il y a à l’intérieur… » Puis voyant l’expression incertaine du garçon. « Mais bien sûr que ça en est un ! Tu imagines bien que si je pars plusieurs mois en vacances il me faut un sac qui convienne. »

Le garçon pencha la tête sur le côté. « Vous en avez vraiment besoin ? »

Le dieu grogna. « Oui, j’en ai besoin pour éviter de faire apparaître tout et n’importe quoi devant n’importe qui ! Mieux vaut être crédible dans son mensonge. » Il marqua une pause. « Et qu’est-ce que tu fiches là encore, tu n’es pas censé aller faire ce que tu étais en train de faire, peu importe ce que c’était que tu faisais ? Bon… Où est-ce que j’en étais moi ? »

Leo regretta d’avoir posé cette question « Désolé… » Puis après un léger silence « Bon bah je vais y aller alors. »

Sentant la tristesse de son protégé, l’entité se leva et lui dit, avec une pointe de regret « Pardon d’avoir été un peu sec. C’est juste… Qu’il ne faut pas m’interrompre quand je réfléchis. Je déteste ça. Dans tous les cas, j’espère que tu réussiras tes examens et que tout se passera bien. Avec le sort que j’ai lancé sur ta famille, tu ne devrais pas avoir à t’inquiéter. Maintenant va, amuse-toi et vis bien, d’accord ? »

Le garçon se remit à sourire « C’est prévu ! Passez de bonnes vacances et… À bientôt !

À bientôt Leo. »

Leo sortit de la maison et passa le portail. Une fois qu’il fut assuré que le garçon n’était plus là, l’entité se dirigea vers sa chambre, où son double attendait, couché sur le lit, lisant le livre sur la vie de Gary Davis. Au vu de la pile posée sur la table, il avait eu un joli stock pour s’occuper en attendant que les choses se tassent. « Il est enfin parti ?

Oui, ça y est. Et je lui ai dit que je m’absentais quelques mois.

Ça je l’ai bien entendu, mais pourquoi ne pas avoir dit que j’existais et que j’avais la possibilité de garder un œil sur le reste de la famille ? Ce n’est pas comme si c’était mon travail à la base. » Il referma son livre et tourna la tête vers Stan, le regard confus. Le dieu était en train d’enlever ses gants puis son manteau sous le regard craintif du double, qui savait ce qu’il y avait dessous « Que fais-tu ? »

Stan se mit à sourire « Je finis de me préparer. » Il fit un geste de la main, faisant apparaître un nuage noir. « Petit souvenir de ce jour-là. » Le dieu s’enveloppa dans les ténèbres. Le double tendit le bras pour essayer de l’arrêter, mais se retint de le toucher, de crainte d’être à son tour affecté.

Le nuage disparut et Stan regarda son double, dont l’expression mélangeait peur et fascination « Alors ? De quoi ai-je l’air ? »

Le double sortit de sa torpeur, puis sourit après l’avoir observé de bas en haut « Pas… Mal… Pas mal du tout, même ! »

Ce fut au tour de Stan de sourire « Bon eh bien vu que c’est moi qui le dit, c’est que c’est vraiment bien. » Il sortit de la chambre, trouva le miroir le plus proche. Il fut déstabilisé quelques secondes puis se remit à sourire « Ah oui en effet ! Vraiment pas mal ! Plus ou moins ce à quoi je m’attendais en fait ! » Il enleva son chapeau haut de forme, continua de se contempler quelques secondes et se dirigea vers sa valise, qu’il ramassa.

Stan se tourna vers son double, qui était resté dans l’encadrement de la porte de la chambre pour contempler le spectacle « Bon, il est temps d’y aller ! Je te rends les clés de ta maison. Veille bien sur Leo. Et si jamais quelque chose de très mauvais arrive, n’hésite pas à venir me chercher, compris ? »

Le double fit un signe approbateur de la tête « Pas de soucis ! Allez, va t’amuser ! Mais sache que quand tu en auras fini, ce sera à mon tour de partir explorer le Multivers, ok ?

C’était prévu comme ça de toutes façons… Allez, à plus ! » Il se dirigea vers la porte menant au couloir infini, l’ouvrit et sortit.

***

Deux jours plus tard, alors qu’il était dans le tram pour rentrer chez lui, une pensée traversa l’esprit de Leo. Une pensée plus qu’utile et remettant ces dernières semaines en cause : et si j’arrêtais le temps à la fin de ma session de révisions ? Après tout, cela faisait maintenant quelques jours qu’il se mettait à réviser après manger et personne n’entrait dans sa chambre. Arrêter le temps pendant vingt minutes le condamnait à rester dans la pièce pendant une heure et ne jamais en sortir. Or, s’il arrêtait le temps vingt minutes avant d’aller dormir, il avait juste à finir ses révisions, puis aller au lit. La recharge se ferait pendant son temps de sommeil.

Leo voulut se coller des baffes pour ne pas y avoir pensé plus tôt, mais il lui restait encore quelques jours pour le faire, donc ce n’était pas comme s’il ne lui restait pas de temps pour appliquer cette méthode plus sensée.

Le soir venu, Leo passa son temps à regarder la télévision avec sa mère avant d’aller manger.

Puis, une fois le repas englouti, il se mit à réviser. Lorsqu’il sentit qu’il n’allait réviser plus qu’une vingtaine de minutes, Leo partit une dernière fois aux toilettes, puis il alla se brosser les dents avant de retourner devant ses cahiers.

Il arrêta le temps, puis relut ses notes, montre en argent sous les yeux.

Lorsque l’aiguille arriva à la limite de la première barre, il relança le temps, referma son cahier et s’étira sur sa chaise pour signifier la fin de l’effort. Ne lui restait plus qu’à se changer, et aller au lit pour profiter d’une bonne nuit de sommeil.

Il se leva de sa chaise, puis prit le pyjama qu’il avait jeté sur le lit le matin même. Il commença à se déshabiller, puis s’arrêta net.

Il savait qu’avec le temps, ses cheveux roussissaient, mais jamais il ne s’était déshabillé durant l’heure de récupération.

Il fixa son torse. Les rares poils qui avaient poussé avec le temps étaient blancs. Idem au niveau du nombril. Encore plus curieux – et il ne le remarqua qu’à l’instant à cause des circonstances – ceux sur la partie supérieure de son bras étaient eux-aussi du même roux flamboyant qu’une partie de ses cheveux.

Il hésita une trentaine de secondes à enlever le bas. Il redoutait ce qu’il allait y voir, car il se doutait bien que ces changements de couleur ne concernaient pas que le haut.

La curiosité l’emporta, mais la peur l’empêcha de tout enlever. L’intérieur de la partie supérieure des cuisses était blanche, tandis que le reste était roux jusqu’aux genoux. Tout ce qu’il y avait en dessous était noir.

Leo avait peur. Ce n’est que temporaire. Ce n’est que temporaire, se répéta-t-il en boucle pendant vingt secondes, avant de retrouver la raison.

Puis une autre pensée lui traversa l’esprit. Il s’agissait bel et bien d’une transformation. Et au vu de la direction que ça prenait au premier stade, il se doutait bien qu’utiliser sa magie le transformait en monstre. Et, bizarrement, il n’avait absolument pas envie d’expérimenter plus pour savoir en quoi il pouvait se transformer. Avec un peu de chance, ça pouvait être quelque chose d’acceptable, mais il avait vu un peu trop de films : à tous les coups, il avait des pouvoirs tellement cool qu’il deviendrait un monstre hideux1.

Et ces couleurs… C’était certes relativement harmonieux, et il y avait des chances que quelques personnes dans le monde se fassent des teintures intégrales pour ressembler à ça, mais il n’avait pas envie de sortir et ressembler à… Rien.

Stan… Il lui fallait contacter le dieu et mainte… Et merde. Il était parti il y a deux jours et Leo imaginait bien qu’il voulait un peu de tranquillité.

Le garçon voulait s’arracher les cheveux. Bon, ce n’est que l’affaire de deux mois. Quand il rentrera, tu lui en parleras et tu expliqueras tout. Dans tous les cas, l’utilisation des pouvoirs, c’est niet jusqu’à ce qu’il rentre. Leo n’avait pas envie de redevenir ce monstre, et encore moins en savoir plus sur ces différents degrés de transformation.

Il imaginait bien le résultat, mais n’avait pas particulièrement envie de le voir, alors il enleva son caleçon et enfila son bas de pyjama sans regarder, puis enfila le haut, avant de partir se coucher, frustré. Des pouvoirs cool, qu’il disait. Super les effets secondaires ! Son humanité avait été sacrifiée contre la possibilité d’utiliser la magie. Dans un sens, c’était mieux d’avoir cette sorte de jauge qui se régénère que de ne rien avoir et d’être un monstre, mais il aurait pu s’en passer… Enfin, avec un peu de chance, sa forme de monstre donnait sur quelque chose de classe.

***

Le double de Stan lut le livre de Leo sur son lit. Ses yeux s’écarquillèrent à la vision des dernières lignes. Oh non !

Il claqua des doigts pour étoffer le livre et voir ce qu’il se passait dans la tête du garçon. Il avait peur que cette révélation ne le rende fou et qu’il doive déjà prévenir Stan.

Le double lut attentivement les lignes et poussa un soupir de soulagement. Leo semblait paniqué, mais avait réussi à relativiser. De plus, il n’avait plus l’intention d’utiliser ses pouvoirs pour les deux mois à venir, ce qui était une excellente chose.

Mais quelque chose inquiétait le double. Il espérait sincèrement que Leo ne se fixerait pas sur ce petit détail et ne développe une véritable obsession. Le double avait bien l’intention de surveiller le garçon de très près et de prévenir Stan s’il y en avait véritablement besoin.

Préoccupé, le double partit se coucher.

***

Le réveil fut relativement difficile pour Leo, qui passa la journée à repenser à ce qui lui était arrivé, mais la fin de la journée le ramena à une autre réalité : celle du bac, qui approchait.

Mettant de côté toute pensée ayant attrait à ses pouvoirs et sa transformation, il passa donc ses journées et ses soirées à se préparer mentalement aux examens. Ce n’était pas à cause de ces fichus effets secondaires qu’il allait perdre son bac, non mais !

***

Deux semaines chargées de révisions passèrent. La tension monta peu à peu jusqu’à atteindre son pic l’avant-veille de la première épreuve. Et si je me ratais ? Qu’en adviendrait-il de moi ?

Leo se monta la tête pour un rien et devint extrêmement nerveux. Certes, il savait qu’il avait ses chances en langues étrangères et en sciences, mais la littérature et la philosophie le tracassaient sans cesse. Il avait relu les quatre œuvres de l’année entre trois et cinq fois chacune, relu ses notes de multiples fois et il avait tenté de comprendre en vain ses cours de philosophie. Ces notions étaient tellement abstraites et ses notes tellement mauvaises à cause de son professeur que ses parents, qui avaient remarqué ses problèmes, lui avaient acheté ‘Le Bac Philo pour les Nuls’ dans l’espoir de démêler ce sac de nœuds mental. Leo l’avait assez mal pris, mais d’un autre côté, ce livre ne pouvait qu’être utile.

Sa mère tenta de dédramatiser la situation. Elle avait de plus en plus de mal à contenir son stress. Elle lui raconta de nombreuses fois qu’il n’avait pas à s’en faire et que le bac était de toutes façons bien plus facile qu’il ne voulait le croire, mais rien n’y faisait. Leo eut bien trop de mal à dormir et passa le lendemain dans un état de crispation extrême, tant et si bien qu’il tomba le soir dans son lit et s’endormit immédiatement, épuisé.

***

The Road of Trials de la bande-son de Journey2 se lança à 6h15 le matin du premier jour des examens. Leo avait très mal dormi – il se réveilla en sursaut à 2h31 lorsqu’il rêva qu’il ne reçut pas son diplôme et ne put se rendormir avant 3h13 – mais s’était suffisamment reposé pour ne pas se sentir totalement dénué de ses fonctions cognitives. Le garçon se mit à sourire en écoutant le morceau jouer et en se rappelant du sens du titre. La route des épreuves. Ça collait bien. C’est le grand jour aujourd’hui et je ne vais pas me louper ! Le morceau l’avait surmotivé. Il s’habilla rapidement, et alla dans la salle à manger pour préparer son petit déjeuner. À sa grande surprise, ses parents étaient déjà réveillés et discutaient de tout et de rien. Ils s’arrêtèrent, saluèrent leur fils, puis ils mangèrent ensemble. Au fur et à mesure du repas, le stress revenait pour s’emparer de Leo, qui commença à nouveau à douter de lui et se plaindre lorsque sa mère lui demanda joyeusement s’il était prêt à attaquer les épreuves. Elle fronça les sourcils, puis dit « Roh, mais ne t’inquiètes pas ! Tu as révisé bien comme il faut, non ? »

Leo regarda son bol désormais vide et commença « Oui, mais…

Eh bien il n’y a pas de ‘mais’ qui tienne ! Si tu as correctement travaillé, tu devrais t’en sortir sans problème. Et même si on sait que tu n’aimes pas vraiment la philo, qui sait ? Tu tomberas peut être sur une question toute simple ! N’est-ce pas chéri ? » Dit-elle en s’adressant à son mari.

« Euh, eh bien oui, c’est tout à fait possible. Et quand bien même tu te raterais, tu te rattraperas avec les autres matières n’est-ce pas ? Vu ta moyenne sur l’année, tu n’as pas beaucoup de points à obtenir ne serait-ce que pour avoir le diplôme. C’est jouable ! »

Le garçon n’était pas convaincu par ces paroles, aveuglé par sa hantise de l’échec « Ouais… On verra bien. » Il se leva de table et partit dans sa chambre pour finir de se préparer, sous le regard inquiet de ses parents.

***

Alors qu’il était en train de finir de mettre ses affaires dans son sac, Elsa entra, prit son garçon dans ses bras et lui murmura. « Je sais que c’est difficile pour toi, mais sois calme et ne panique pas. Tu es mon fils, tu n’es pas idiot et je sais que tu vas y arriver. » Elle s’écarta légèrement « Et quand bien même tu te raterais, ton père a raison. Tu as une très bonne moyenne et le diplôme est plus ou moins déjà en poche, donc no stress, okay ? » Le sourire de sa mère rassura Leo, qui enfin se mit à sourire. « Bien. Maintenant tu vas aller là-bas et montrer aux correcteurs qui mène la danse !

J’y compte bien ! » Toutes les peurs du garçon avaient disparu en un instant. Il était prêt à attaquer l’épreuve et la mettre en pièces pour trouver comment la passer.

À sa grande surprise, son père se porta volontaire pour le conduire sur les lieux de l’épreuve. Après tout, mieux valait être sûr à 100% d’y arriver à l’heure plutôt que de prendre un bus faisant des détours et ayant toutes les chances de se retrouver coincé dans un bouchon.

À 7h40, Leo arriva devant le lycée.

Au moment de descendre de la voiture, son père lui dit un au revoir chaleureux « Bon courage fiston. Et n’oublie pas : évite de t’arrêter une fois que tu as commencé à écrire. Quatre heures, ça passe vite ! »

Une pensée traversa le garçon. Arrêter Il se mit à sourire. « Ne t’inquiètes pas Papa. Je pense que ce ne sera pas le temps qui me manquera.

Ça roule ! Tu rentres en bus à la maison, c’est ça ?

Yup ! Will do. See ya later and have fun at work ! » Dit-il avec une petite pointe de malice dans la voix.

Son père grogna. « Urgh… See ya later son. » La voiture repartit et Leo se dirigea vers le lieu d’examens. Il allait réussir, cela ne faisait aucun doute. Il allait vaincre ce…

Il s’arrêta et déglutit. La grille entourant le lycée ressemblait à celle d’une prison. Il allait droit à l’abattoir…

***

Lucien-Ferdinand était le plus heureux des dieux. Aujourd’hui marquait le Grand Jour ! Le jour où Leo Davis allait devenir suffisamment pur pour avoir le droit de connaître le rituel de Passage, qui lui permettrait d’éveiller ses pouvoirs dormants. Lucy – de son surnom – avait passé ces derniers mois à analyser l’âme du garçon et avait déduit qu’il allait recevoir les meilleurs types de pouvoirs possibles et imaginables : ceux de la télékinésie et de la manipulation temporelle.

Il ne lui reste plus qu’une bonne action à faire et il sera en mesure de Passer ! Cette pensée réjouit l’entité, qui pour l’occasion avait revêtu son costume le plus blanc et le plus parfait de sa garde-robe et retravaillé sa coupe de cheveux pour être encore plus resplendissant qu’à l’accoutumée. Le ciel dehors était radieux, la porte menant chez son autre protégé fermée et le jardin parfaitement ordonné. Oui, tout était parfait…

***

Rien n’était parfait ! Ça allait être l’échec le plus cuisant de toute sa vie ! Leo entra dans la salle où il allait passer son examen. Les murs étaient, hauts, blancs et froids et les fenêtres trop élevées pour donner un bon aperçu du monde extérieur. Les bureaux étaient placés en rangées droites et ordonnées. On aurait dit une cantine de pénitencier. Plus moyen d’y échapper, et quand bien même il aurait aimé, cela aurait été impossible. Le niveau d’anxiété du garçon commençait peu à peu à revenir, mais il était devant le fait accompli. Il allait passer cette épreuve.

Nerveusement, il jeta un coup d’œil aux étiquettes placées en coin de bureau. Son nom devait bien être quelque part ! Le premier bureau affichait Descrics. Celui juste à côté Debbiche. Il trouva son nom trois places plus loin. Heureusement pour lui, il remarqua qu’il fut situé tout au fond de la pièce. La porte n’était qu’à quelques mètres. Si jamais le besoin se manifestait, au moins je ne me ferai pas remarquer.

Il prit son stylo plume ainsi qu’un effaceur, un crayon à papier et une gomme, puis alla déposer son sac près du bureau des examinateurs.

« Vous n’oublierez pas de prendre votre justificatif d’identité ainsi que de laisser votre téléphone portable dans votre sac avant d’aller à votre place, merci. » Première erreur. Leo avait oublié d’éteindre son téléphone et corrigea cela dans l’instant. Il le déposa dans son sac et en profita pour mettre la main sur sa carte d’identité, après quoi il se dirigea vers l’endroit où se situait sa place.

Il observa ses alentours et remarqua qu’il ne reconnaissait pas une bonne partie des autres participants. Ils devaient provenir d’autres établissements, autrement il les aurait reconnu de visu. Il vit quelques uns de ses camarades de classe s’installer et leur fit un signe amical lorsqu’il tournaient la tête en sa direction. Sans prononcer un mot, il leur dit ‘bon courage’, puis il regarda l’heure. Dans cinq minutes, l’épreuve allait officiellement commencer. Le jeune homme sentit son estomac se nouer…

***

Lucy était assis sur son fauteuil en plastique, totalement détendu, consultant en temps réel la vie de son protégé sur son ebook. Ce Leo-là ne passait pas d’examens, car il avait déjà sauté de nombreuses classes et était considéré comme un jeune prodige. Et comme tout bon prodige qui se respectait, il était déjà debout aux aurores et était en train de faire le peu de vaisselle qu’il y avait à faire pour éviter à sa mère de le faire. Il lui raconta encore une fois comment il avait réussi à sauver toute une famille pauvre d’un bâtiment en feu à la seule force de ses mains et d’une serviette de bain humidifiée.

Lucy se mit à sourire, mais une chose le taraudait : comment faire Passer le garçon si jamais il ne mourait pas ? Car même s’il fréquentait le danger quasi-quotidiennement, il n’avait que très rarement connu le malheur de faire une erreur fatale. Dans un sens, cela était rassurant, car cela montrait à quel point il était parfait. Mais à moins de manquer de chance, il ne serait pas prêt à aider l’Humanité sur une plus grande échelle avant un bon bout de temps… Peut être fallait-il forcer le destin, se demanda l’entité. Mais cela ne serait-il pas contre les règles d’intervenir ? Quelles en seraient les conséquences ? Et si…

Il se leva et se dirigea vers une grande table, d’où il fit apparaître un hologramme représentant la rue Sainte-Catherine. Il créa une simulation où il plaça une vieille femme traversant la rue, un camion de transport de marchandises et Leo. Si jamais le camion fonçait sur la grand-mère devant les yeux de Leo, son instinct devrait le pousser à la sauver. Avec un peu de chance, la grand-mère sera sauvée et lui connaîtra un triste sort, faisant que non seulement je l’aurai purifié avec cet acte de bonté ultime, mais en plus il pourra arriver ici et je pourrai le faire Passer ! Lucien-Ferdinand, tu es un génie ! Pensa-t-il. Satisfait de lui-même, il s’empressa de mettre son plan à exécution et commença à insérer des idées dans les esprits des trois acteurs. Restait plus qu’à attendre qu’ils se mettent en place et laisser le spectacle se faire…

***

7h56. La tension était à son comble. Leo regarda nerveusement les surveillants distribuer les copies, les feuilles de brouillon et les sujets d’examen, soigneusement posés de sorte à ce que rien ne soit visible. À 7h58, un des surveillants arriva devant son bureau et déposa le sujet sur la table de la façon la moins cérémonieuse possible. La tentation de regarder la question qui allait occuper son esprit durant les 4 prochaines heures était grande, mais il se retint. Il n’était pas question de se prendre une pénalité aussi près du début.

Puis vint le moment fatidique. 8 Heures. L’homme le plus âgé assis au bureau regarda sa montre puis déclara d’une voix solennelle « Vous pouvez désormais commencer. »

Au même moment, tous les élèves dans la salle consultèrent leur sujet. Le bruit du papier raclant la table au moment d’être retourné retentit dans toute la salle et Leo entendit le grognement de certains de ses camarades. Les doigts tremblant, il retourna la feuille sur laquelle était imprimée le sujet. Son cœur s’arrêta l’espace d’un instant. Il analysa les trois énoncés et au bout de dix minutes, il considéra le premier : ‘Vivons-nous pour être heureux ?’ Après tout, les autres sujets étaient tout aussi cryptiques et celui-ci se rapprochait le plus des discussions qu’il avait eu avec Stan. Il se mit à réfléchir et nota toutes ses idées sur son brouillon. Allez, je vais y arriver ! Il s’attela à la tâche, motivé. Je vais y arriver !

***

Je vais pas y arriveeeeeer ! Quarante minutes passèrent et Leo fut dans un état proche du désespoir. Sa feuille était restée désespérément blanche tandis qu’il avait dû demander trois fois une feuille de brouillon, car elles n’avaient de cesse d’être remplies de mots balancés à tout va et sans signification particulière. L’une d’entre elles, cachées, comportait même un dessin d’un petit bonhomme en fil de fer tentant de se pendre avec l’élastique d’une chemise en carton. Leo remarqua l’heure. 8H42. Ça ne va pas ! À ce rythme j’aurai perdu trop de tem… Puis lui vint l’illumination. Roh et puis merde ! Aux grands maux, les grands remèdes. Je ne voulais pas en arriver jusque là, mais je n’ai pas le choix, si ? J’arrête tout !

Le temps se figea autour de lui. Il fut tenté de prendre son sac et prendre son livre ‘Le Bac Philosophie pour les Nuls’ pour revoir les notions liées au sujet, mais son fort sens de la morale le lui interdit. Au moins je vais gagner un peu de temps comme ça. Il prit sa montre en argent, l’ouvrit et la posa sur le bureau pour surveiller sa jauge de magie.

Les quinze minutes qui suivirent furent consacrées à de la prise de notes et un peu avant de remettre sa montre dans sa poche de pantalon, il eut enfin une idée à peu près précise du plan de sa dissertation. Il relança le temps, confiant, et en dehors d’un surveillant qui remarqua un certain changement, tout le monde était tellement concentré que personne ne fit attention au garçon qui avait pas mal roussi.

***

10h59. Lucien-Ferdinand regardait son poste de télévision avec une attention particulière. Braqué sur le croisement de la rue Sainte-Catherine, il vit une vieille femme marcher d’un pas relativement agité d’un côté et de l’autre un Leo Davis à l’air serein et confiant. En effet le garçon ne sut pourquoi il lui avait pris l’envie d’aller en centre-ville, mais il sentait qu’une action héroïque l’attendait quelque part dans le coin.

Au bout de la route donnant sur la cathédrale de Bordeaux, un camion de transports de marchandises venait de passer au vert et s’était mis à accélérer. Il avait perdu énormément de temps dans les bouchons sur la rocade et avait déjà vingt minutes de retard sur sa livraison.

La vieille dame n’était plus qu’à vingt mètres du croisement tandis que Leo en était à une trentaine de mètres. Lucien-Ferdinand avait préparé un sachet de pop-corn et en mangeait par grosses poignées sans jamais quitter l’écran des yeux. Dans une minute il allait enfin pouvoir faire Passer quelqu’un. Il attendait ce moment depuis si longtemps qu’il avait compté les minutes depuis le début de la matinée.

Plus que quelques secondes. La vieille femme venait de traverser les rails du tram et s’apprêtait à traverser la route. Étonnamment pour elle, elle ne la regarda pas et se mit à traverser. Le chauffeur, tellement préoccupé par son retard, ne vit pas la femme commencer à traverser et continua sa route à un bon 35km/h. Leo vit la femme traverser sans regarder et se mit à craindre le pire. Il n’était qu’à une dizaine de mètres de la scène lorsqu’il se mit à courir sans se retenir.

Le chauffeur n’était plus qu’à une dizaine de mètres de la femme lorsqu’il vit un jeune homme courir vers une vieille dame et se placer en plein milieu de la route. Le garçon poussa la femme, qui tomba en arrière, puis il se tourna pour voir le chauffeur, qui, paniqué, appuya sur le frein avec autant de force qu’il le put. Lucien-Ferdinand avait arrêté de mâcher du pop-corn et retint son souffle. Oui, oui, oui, oui, oui !

Puis vint l’impact.

Ouuuuiii !!! Le corps de Leo fut projeté sur trois mètres et frappa le sol avec grand fracas. Les passants se mirent à courir vers le garçon et la vielle femme et commencèrent à composer le numéro des urgences. La vieille femme se releva et lorsque Leo la vit, il se mit à sourire, avant de fermer les yeux et lâcher un dernier souffle.

***

Je suis mort de chez mort !

Les terribles mots « Il vous reste une heure ! » venaient d’être prononcés.

Leo regarda d’un air désabusé le surveillant le plus âgé et regarda de nouveau sa copie. Il avait essayé par tous les moyens, mais n’avait pu écrire que deux pages. Malgré les quelques moments de répit qu’il s’accordait lorsqu’il sentait que suffisamment de temps s’était écoulé entre chaque utilisation de sa magie, il n’avait pu correctement écrire. Tous les signaux d’alarme de son cerveau s’étaient allumés et il avait l’impression que ce dernier avait décidé de déclencher son parachute après avoir touché le seul iceberg à cinq kilomètres à la ronde. Il cacha son visage derrière ses mains et commença à tirer sur ses cheveux. Aaaargh, je ne vais pas y arriver ! C’est foutu, ma note va être super mauvaise et je vais pas avoir mon diplôme ! Ma vie est finie ! Tout bon sens avait désormais fini par le quitter. Si seulement je pouvais remonter le temps et me retrouver je sais pas moi, ne serait-ce qu’à 7h40 comme ça j’aurais au moins quinze minutes pour revoir mes notions et réussir ce foutu truc !

Une brise fraîche lui caressa le visage. L’air pur et le son de nombreuses voix le sortirent de sa torpeur. Il sentit son sac tomber mollement sur son crâne, comme s’il ne l’avait pas porté.

Retirant ses mains, Leo constata qu’il était devant les portes du lycée, à moitié accroupi. Que ? Qu’est-ce que ? Il regarda à droite et à gauche et vit quelques lycéens le regarder bizarrement. Oh non… Il jeta un œil à sa montre : 7h40. Oh non

***

Ooooh ouais ! J’ai réussi ! Quelle belle journée ! Lucien-Ferdinand sauta de son fauteuil et se précipita en sautillant vers la porte de sa maison, qu’il n’attendit pas d’ouvrir à Leo Davis, le garçon qui allait Passer. « Ah, Leo ! Content d’enfin pouvoir te revoir ! »

Le garçon s’avança vers l’homme en blanc et demanda « Où suis-je ? Est-ce que je suis mort ? »

L’entité s’avança et vint lui serrer la main. « Oui en effet, tu es mort et c’est une excellente chose. Lucien-Ferdinand, à ton service ! Tu peux m’appeler Lucy si tu veux. »

Le garçon fut quelque peu choqué « C’est… Une bonne chose ? Et la vieille dame ? »

Lucy l’interrompit « Oui oui, elle va bien ! Allez, entre, j’ai une excellente nouvelle à t’annoncer. »

Leo suivit l’entité dans la maison après s’être convenablement essuyé les pieds sur le tapis à l’entrée puis, sur invitation de son hôte, s’installa dans le fauteuil en plastique. « Je vais la faire rapide : j’ai mis en scène ta mort afin que tu puisses venir ici pour obtenir des pouvoirs magiques. »

Le garçon regarda le dieu avec des yeux ronds « Vous… M’avez tué !?

Non… Enfin oui, mais c’est parce que tu étais quelqu’un de quasi increvable et pour que tu puisses obtenir des pouvoirs, il fallait que tu passes me voir, donc bon, il fallait que tu meures, mais c’est pour pouvoir aider les autres. C’est pas compliqué, non?

Mais… Mais… Et comment je peux aider les autres si je suis mort !?

Bah c’est bien simple banane : je te ramène dans ton monde après ! »

Le garçon n’aimait pas ce ton condescendant et ce manque de clarté. « Vous n’auriez pas pu le dire plus tôt, espèce de sot ? Je ne savais pas que Lucifer était un crétin fini ! »

Yeouch ! Lucy prit très mal ce revirement de ton, puis après un certain silence, il entendit de la bouche de son invité « Je… Suis désolé d’avoir dit ça… Mais vous auriez pu mieux expliquer aussi. »

Il était vrai qu’il ne l’avait pas volé « Non, non, ce n’est rien. C’est à moi de m’excuser, je me suis mal expliqué, j’étais sous le coup de l’émotion. Imagine un peu : tu vas être une personne qui va rendre mon monde parfait encore plus parfait ! D’ailleurs, si tu veux bien, on va faire le Passage tout de suite, comme ça ce sera fait et tu pourra sauver ta grand-mère sans soucis, ok ? »

Le garçon hocha de la tête malgré une légère réticence.

« Bien parfait, alors commençons ! » déclara le dieu avec entrain. Il invita le garçon à se lever et à se mettre en face de lui.

L’entité leva son bras et en fit sortir une boule de lumière, qu’il lança sur le garçon, puis tous deux attendirent. « Ça… Ça a marché ? » demanda Lucy.

« Bah j’en sais rien… C’est vous qui faites le truc, pas moi. »

Une goutte de sueur coulait sur le front du dieu. Quelque chose n’allait pas. « Où sont les explosions de lumière, les réactions du corps du sujet qui fait des ‘oooh’ et des ‘aaaah’ ?

Le seul ‘aaaah’ que je ferai, c’est celui que je ferai lorsque je j’aurai la confirmation que vous m’avez fait perdre mon temps… »

Le dieu observa le garçon sous tous les angles « Il… Ne s’est vraiment rien passé ? » Le garçon haussa des épaules. « Essaye de faire bouger mon fauteuil avec ton esprit pour voir ? »

Leo se concentra de toutes ses forces sur le fauteuil pendant une trentaine de secondes, mais rien n’y fit. Le meuble ne bougea pas d’un millimètre. « Nope. Pas possible.

Bon euh… Réessayons, veux-tu. » Lucy lâcha un rire nerveux, puis invoqua une nouvelle boule de lumière, qu’il envoya sur le garçon. « Ok, ça devrait être bon. »

Leo tenta à nouveau de faire bouger le fauteuil, sans succès. Le garçon se tourna vers le dieu, l’air déçu et légèrement énervé. « Je pense qu’il faudrait que vous arrêtiez de mentir. Ça ne se fait pas de se moquer d’un homme qui vient tout juste de mourir…

Non mais attends quelques minutes, ça va peut-être faire effet. Tiens, assieds-toi et bois un verre. » Il claqua des doigts et fit apparaître une bouteille dont il versa le contenu dans un verre qu’il invoqua. Pourquoi est-ce que ça ne marche pas ? La dernière fois que j’ai vérifié, aucun Leo Davis n’est Passé donc… Puis il repensa à sa rencontre avec Stan. Il était parti assez précipitamment après que… Oh non. Nononononononon, ne me dites pas que…

Lucien-Ferdinand fronça les sourcils. « L’espèce de… » Il se précipita vers la porte menant au couloir, sous le regard curieux et inquiet du garçon « Reste ici et fais ce qui te plaît. » Il sortit, referma la porte et, se parlant à lui-même d’un air furieux « J’ai une affaire urgente à régler ! »

***

Encore une journée placée sous le signe du calme plat. Le double de Stan regarda par la fenêtre et en dehors d’une étoile qui brillait particulièrement fort, il n’y avait rien à signaler. Il s’assit sur son fauteuil puis alluma la télévision. Programme de télé-réalité inintéressant, programme de téléachat, journal télévisé d’un régime corrompu scandant des messages nationalistes, clips de musique pop formatée… Diantre que ce monde mériterait d’être amélioré. Si seulement Leo pouvait utiliser ses pouvoirs pour le bien et ne pas avoir peur d’hommes stupides et ignares, peut être pourrait-il un jour devenir un héros et instiller un peu de bon goût chez ces gens-là.

Puis une chaîne américaine le fit s’arrêter. « Nous interrompons notre programme en raison d’un incident technique survenu dans nos bureaux New-Yorkais. » Inquiet, Stan zappa sur une chaîne californienne « Nous recevons des images d’une grande explosion survenue il y a quelques secondes à New-York. Tout communication a été interrompue… Attendez un instant. Notre correspondant dans le Colorado a des images à nous montrer. Conan, c’est à vous ! »

Ce que Stan vit ne le rassura pas. Une vague de lumière blanche fonçait à grande vitesse sur les reporters, qui furent engloutis en moins d’une minute. Les dernières paroles prononcées par le reporter furent. « Euh… C’est moi ou tout le monde se transforme en lapin… OH MON DIEU BRYAN ! COUUUURS !!! » La présentatrice commença par lâcher des explications rationnelles avant de paniquer en entendant quelque chose dans son oreillette. Une minute plus tard le signal de la chaîne fut coupé.

Le dieu jeta un œil à la fenêtre et mit peu de temps à comprendre que ce que son double lui avait raconté était en train de se reproduire et que l’étoile qui brillait fortement n’était autre que la Terre. Cette lumière allait l’engloutir s’il ne sortait pas immédiatement !

Il se leva de son fauteuil et vit la bibliothèque, dont les livres disparaissaient les uns après les autres. Mais ce n’était pas le moment d’être diverti par ce spectacle : dans un peu moins de cinq minutes, sa maison allait être attaquée par la lumière et il devait sortir pour en contenir ses effets et éviter au Multivers d’être affecté.

Il ouvrit la porte menant vers le couloir et la referma hâtivement derrière lui.

« STAAAAN !!! »

Une voix furieuse avait rugi à une centaine de mètres à gauche de l’entité. Stan regarda en direction de la voix et vit l’homme en blanc lui foncer dessus. Il comprit que le dieu venait de découvrir la supercherie fomentée par le Stan originel. « Eheheh, salut, ça va ? » demanda le double, gêné.

Lucien-Ferdinand fonça sur l’homme en noir et le prit par le col « Comment as-tu osé faire Passer Leo Davis !? Il m’était destiné ! À moi et à personne d’autre ! »

Stan jeta un coup d’œil rapide en direction de la porte. Une tâche rose était en train de se former. « Euh… Ce n’est probablement pas le moment de parler de ça… »

Lucy l’arrêta net « Oh que si, c’est le moment parfait pour ça. Tu viens de m’empêcher de faire Passer mon protégé alors que je venais de faire exprès de le rendre totalement pu… » Il s’arrêta à son tour.

Stan fut choqué « Tu as fait quoi !? »

L’homme en blanc fut embarrassé. « Euh… Rien, rien, je ne suis pas intervenu dans les affaires des hommes, ni n’ai volontairement tué mon protégé pour… Woops.

QUOI !? Pourquoi ne l’as-tu tout simplement pas invoqué de manière classique !? Tu savais pas que tu pouvais faire ça ? Je ne savais pas que Lucifer était un crétin fini ! »

Lucy leva un doigt et ouvrit la bouche pour émettre une objection « Euh… » Il la referma puis baissa le doigt, incapable de répondre. Il aurait pu dire qu’il avait oublié sur le moment, mais cela aurait été bien plus embarrassant. Un long silence s’ensuivit. « Salut Stan ! Ça va ? » Un dieu déambulait joyeusement derrière eux. Puis voyant l’homme en blanc « Salut… Toi… »

Lucien-Ferdinand ne comprit pas, mais fut énervé par le ton condescendant de son collègue « Qu’est-ce que tu me veux, toi ? »

Puis remarquant enfin que l’un était en train de passer à un savon à l’autre, le troisième dieu prit peur « Nonon, rien ! » Il s’enfuit en courant.

Le silence régna le temps que Lucy reprenne ses esprits. Il profita de cette ouverture pour recentrer le débat sur quelque chose qui l’avantagerait « Comment as-tu osé me voler mon Leo ! J’allais rendre mon monde encore plus parfait ! »

C’est vrai que j’ai été un peu égoïste à l’époque. Embarrassé, Stan leva son bras droit pour se gratter le derrière de la tête et rigola « Eh bien en fait… »

Lucy remarqua la main gantée du dieu, puis, de son bras qui était libre tenta de l’attraper. Stan tenta de se débattre « Ah non ! Ça on n’y touche paaaaa…ack ! »

Lucy avait réussi à arracher le gant puis vit avec effroi ce que la main de Stan était devenue. Il relâcha sa victime puis pointa la main du doigt « Tu… Tu… »

Stan, énervé, lui répondit « Oui, j’ai merdé en faisant Passer le garçon et voilà ce qu’il s’est passé ! »

Le regard de Lucy se dirigea ensuite vers la porte menant aux appartements de Stan, puis constata que non seulement elle était noire, mais qu’une tâche rose commençait peu à peu à grossir. « Que… Qu’est-ce que c’est que ça !? »

Stan tourna la tête vers la porte. Oh merde, j’avais oublié ! Et alors que le double tenta de dire un mot, Lucy se dirigea vers elle, puis l’ouvrit. Ce qu’il y vit l’effraya encore plus « Mais qu’est-ce que c’est que… çaaAAAAH !!! »

Sans crier gare, l’homme en blanc fut aspiré à l’intérieur de l’appartement. Stan, horrifié, n’attendit pas une seconde pour agir. Il utilisa toute la magie qui était à sa disposition pour fermer la porte et contenir la menace lumineuse.

Pendant quelques minutes le double se concentra sur la porte, sachant que les vies de tous les univers en dépendaient. Une musique épique jouait dans la tête du dieu, qui se voyait comme l’être le plus important du Multivers à ce moment précis.

« Salut Stan ! Ça va ? »

Lors de la troisième minute de lutte, Manu déambula dans le couloir et cassa le semblant de tension qui était en train de prendre forme.

« Ouais tranquille, merci Manu ! » déclara le double sans prendre la peine de tourner la tête pour voir son interlocuteur.

« Leo t’a refait le coup, huh ? Tu veux que je t’aide ? » demanda le jeune dieu, voyant le rosissement de la porte.

« Non, t’inquiètes ça ira, je gère ! » répondit le double de Stan d’un ton sarcastique, concentré sur la porte.

Manu ne détecta pas le sarcasme dans les paroles de son ami. « Oki doki, pas de soucis.

— Merci ! »

Puis Manu continua son petit bonhomme de chemin, insensible au venin que Stan avait injecté en masse critique dans sa phrase.

Et ce fut au bout de six longues et interminables minutes que la lumière se mit à faiblir, puis disparut. L’entité posa sa main sur la poignée de la porte lorsque celle-ci s’ouvrit d’elle même.

De l’autre côté, Lucien-Ferdinand se tenait debout et immobile, son regard était vide. On sentait une certaine dévastation dans son regard… Et pour cause, son apparence n’était plus aussi parfaite : ses oreilles se dressaient en hauteur au dessus de sa tête, blanches et touffues. Son museau blanc arborait de longues et majestueuses vibrisses ainsi qu’un petit nez tout rose et tout mignon. Son costume anguleux avait laissé place à un costume blanc assez classique, mais toujours bien classe tandis que ses chaussures blanches avaient étonnamment grandi et grossi. Enfin, ses mains étaient plus ou moins les mêmes qu’avant bien qu’un peu plus grosses et couvertes de poils blancs.

Stan fut choqué de voir à quel point la transformation avait été radicale, mais à peine eut-il commencé à sourire involontairement que le lapin blanc se mit à parler d’un ton blasé « Ne t’avise même pas de rire ! »

Son sourire s’élargit malgré lui. Lucien-Ferdinand le prit très mal. « Arrête. S’il te plaît. C’est déjà assez difficile comme ça à accepter, alors stop ! »

Puis le double de Stan explosa de rire. Furieux, Lucy sortit de la pièce pour entrer dans le couloir, poussant violemment le dieu. Il partit vers ses appartements « Tu me le paieras, je t’en fais le serment Stan ! »

Stan continua de rire puis lâcha sans réfléchir. « À plus… Mon gros lapin !

MERDE ! » Lucien-Ferdinand accéléra le pas et disparut de la vision de l’homme en noir.

Après s’être remis de ses émotions, Stan remit son gant. Il avait été bien vache sur le coup, mais il ne pouvait pas ne pas dire que ce dieu l’avait bien mérité.

Il regarda à gauche, puis à droite. Aucun autre dieu à l’horizon. Il colla deux rubans noirs et jaunes sur la porte et partit d’un pas innocent en quête de celle où l’attendrait son nouveau double ainsi que le voyageur temporel.

***

Leo avança d’un air perdu en direction de la salle d’examens. Il venait de se rendre compte qu’il avait désormais un quart d’heure devant lui pour lire son livre de philosophie et revoir les notions liées au sujet qu’il étudiait. Relisant les pages, tous les souvenirs de ses relectures passées lui revinrent. Le stress qu’il ressentait quelques minutes plus tôt avait entièrement disparu et il mémorisa bien plus facilement les différentes pistes proposées.

Voyant qu’il ne lui restait plus que deux minutes avant d’entrer dans la salle d’examens, il décida d’arrêter le temps une dizaine de minutes supplémentaire, histoire de bien relire tout ce qui était nécessaire à sa dissertation. Au point où j’en suis, de toutes façons, je n’ai pas grand chose d’autre à craindre… Et connaître le sujet de son examen était-il forcément synonyme de triche ? Bof, non. Pour le coup, c’était involontairement prendre avantage des outils qui étaient à sa disposition et qu’est-ce que tricher si ce n’est qu’une notion perçue subjectivement par les autres ? Leo, se rendant compte qu’il était déjà en train de philosopher, laissa toutes ses appréhensions de côté puis se dit que peut être avoir un bon diplôme l’aiderait mieux à sauver le monde à l’avenir… Dans un sens c’était peut être un moindre mal destiné à bénéficier au bien de tous ! Après tout, rien n’était inutile !

Après s’être assuré d’avoir toutes les clés en main pour réussir son examen, Leo entra sereinement dans la salle sous les regards curieux des autres candidats et surveillants, qui voyaient débarquer un garçon aux cheveux roux, noirs et bruns. Il remarqua qu’il attirait l’attention et adressa un sourire gêné à ses observateurs lorsqu’il se rendit compte que peut être utiliser ses pouvoirs plus de dix minutes n’était pas une si brillante idée. Il déposa ses affaires à côté du bureau des surveillants puis alla naturellement vers sa place sans faire mine de la chercher.

Lorsqu’il fut assis à sa place, il vit que certains de ses camarades de classe le regardaient bizarrement et faisaient des signes interrogatifs en pointant du doigt leurs cheveux. Il articula les mots « C’est une perruque. ». La réponse fut accueillie par des regards perplexes, mais rapidement ses camarades regardèrent devant eux car il était bientôt l’heure de regarder les différents sujets.

À 7h58, Leo reçut ses feuilles de brouillon, ses copies-doubles ainsi que la feuille contenant le sujet d’examen. À 8h, l’examinateur le plus âgé déclara l’ouverture des hostilités et à 8h05 Leo avait déjà noté la plupart des notions et notes qu’il avait mémorisé plus tôt. À 8h13, le plan était déjà établi et il commença à sereinement écrire sa dissertation.

***

Au domaine du dieu, Leo Davis attendait patiemment le retour de son  »’bienfaiteur »’. Il alluma la télévision, s’assit sur un canapé et regarda les différents journaux télévisés, où l’on déclarait avec tristesse son décès. Car depuis ces 18 dernières années, le garçon avait sauvé de nombreuses vies et aidé de nombreuses personnes à trouver leur voie ou bien les sortir des éventuels problèmes dans lesquels ils se seraient fourrés. Leo prit le seau de pop-corn à moitié entamé et en prit quelques poignées lorsqu’il entendit la porte menant au couloir s’ouvrir.

Il se retourna et vit un grand lapin blanc en costume-cravate arriver, haletant et poussant des râles, furieux. « Ne pose pas de questions mon gars, je ne suis pas d’humeur !

Lucifer ? » Leo venait de se rendre compte qu’il s’agissait bel et bien de son hôte, en un peu plus poilu. Il se mit involontairement à sourire.

Lucien-Ferdinand eut un léger spasme « Ne… M’appelle pas comme ça, s’il te plaît. J’ai déjà assez souffert comme ça aujourd’hui alors une insulte en plus, ça va pas le faire ! »

Le garçon était curieux « Que s’est-il passé ? Pourquoi est-ce que vous…

Une expérience qui a mal tourné, voilà quoi ! Évitons d’en parler, ok ? J’ai déjà du mal à croire que quelqu’un d’autre t’aie déjà fait Passer, alors mon… Apparence… Ne… » Il se dirigea vers son fauteuil, qu’il transforma pour l’adapter à sa nouvelle forme, puis fondit en larmes.

Leo se leva du canapé et tenta de consoler son dieu. « Boh, vous savez, ce n’est pas non plus comme si j’avais besoin de pouvoirs magiques pour améliorer le monde. Regardez la télévision : on me consacre pas mal de reportages parce que j’ai déjà fait énormément de bonnes actions… Et je n’ai pas eu besoin d’utiliser de télékinésie ou quoi ! »

Lucien-Ferdinand leva la tête en direction du téléviseur et regarda les différents reportages. Il fut impressionné de voir autant d’attention portée sur un seul être humain dénué de tout pouvoir « Mais… Et comment vas-tu faire pour améliorer mon monde si tu… »

Leo l’interrompit « Bah, il n’y en a pas besoin ! Regardez tous les ingénieurs et les scientifiques. Eux ne sont pas Passés, si ?

Eh bien non…

Justement ! Qui a dit qu’il y avait besoin de magie pour améliorer le monde ? Si j’y mets du mien, peut être créerais-je quelque chose d’utile à l’humanité ou bien lui instillerai suffisamment d’espoir pour qu’elle puisse évoluer dans le bon sens et devenir… Parfaite ! » Il se mit à sourire.

L’entité regarda en direction du garçon et vit son sourire. L’espoir… Peut être est-ce ça, la perfection ? Il s’arrêta de pleurer puis se mit à sourire.

***

11h33. Leo avait enfin fini sa dissertation. Depuis plus d’une demi-heure déjà avait-il l’opportunité de partir, mais il préférait rester pour relire attentivement son travail et vérifier qu’il n’avait pas raté quoi que ce soit d’important. Nope, c’est bon, je pense que ça sera au moins passable ! Il se leva en silence, puis se dirigea vers le bureau des examinateurs pour déposer sa copie-double. Il signa la fiche de présence, mit ses affaires dans son sac et leva les voiles après avoir observé une dernière fois la salle pour voir si certains de ses camarades de classe étaient encore là. Une petite partie des élèves avait quitté la pièce, mais beaucoup étaient encore au boulot. Certains regardaient avec jalousie le garçon qui s’en allait, mais ne prirent pas trop de temps pour le faire, préférant plutôt s’assurer de ne pas se rater.

Sans trop traîner, le garçon partit en quête d’un arrêt de bus puis rentra chez lui, content de lui malgré le léger sentiment de culpabilité qui le rongeait.

***

Sentant les remords le guetter, Leo décida de passer les autres épreuves du baccalauréat à la loyale – à l’exception de littérature, où il n’arrêta le temps qu’une dizaine de minutes.

Lucien-Ferdinand, quant à lui, renvoya son Leo Davis dans son monde, où il continua de sauver des vies quasi-quotidiennement. L’entité accepta tant bien que mal sa nouvelle apparence et tout semblant d’animosité envers Stan avait disparu. Il avait fauté et décidé qu’il valait mieux assumer sa part de responsabilité plutôt que de tenter de les rejeter entièrement sur quelqu’un d’autre.

***

Après de courtes recherches et l’aimable aide d’un dieu cornu à l’apparence particulièrement funky, le double de Stan frappa à la porte de son nouveau monde. Un autre double ouvrit et lui fit un large sourire. « Il l’a encore fait, huh ? »

Le premier double soupira. « Hélas…

— Bah, ce n’est pas grave, entre. Plus on est de fous, plus on rit, non ? »

Le double sourit.

1Tant qu’on y est, voilà quelque chose qui m’a toujours turlupiné : pourquoi est-ce que les héros ont un design cool et les personnages tertiaires auront plus souvent tendance à avoir l’air normaux ? Pourquoi n’ont-ils pas le droit d’avoir l’air un peu plus classe ? Faisons en sorte que les héros aient l’air normaux et les passant aient l’air cool !

2Un jeu qu’il faut absolument faire, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie.

Chapitre 5

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