Leo Davis [Fr] – Chapitre 5 : Petits Crimes, Très Grosses Conséquences

« À ce rythme-là, on n’y arrivera jamais ! Il va falloir faire quelque chose !

Ah ça, c’est une certitude ! Si ça continue comme ça, on ne va pas s’en sortir… »

Le nouveau double de Stan était assis sur son fauteuil et regardait son double à sa droite. Le feu de cheminée les éclairait tous deux. « Tu ne penses pas qu’il faudrait que l’un de nous deux change de prénom ? Ça serait tellement plus pratique pour un de nos successeurs qui devrait lire cette histoire. »

Le premier double n’écoutait pas, trop occupé à se tortiller dans le fauteuil réservé aux invités. « Ce fauteuil est tellement peu confortable… Pourquoi est-ce que tu as pris le mien ?

C’est le mien, je te ferais dire ! C’est toi qui est entré chez moi d’abord, donc ce fauteuil me revient de droit.

Oui, mais techniquement, cette maison est une copie de la mienne. Or, il s’avère que j’existais avant toi, donc ce fauteuil devrait me revenir ! »

Le propriétaire de la maison s’impatienta « Bah si ce fauteuil ne te plaît pas, va retrouver le tien dans tes quartiers et rapatrie-le ici !

J’aimerais bien, mais à l’heure qu’il est, j’imagine que mes quartiers sont envahis par une armée de lapins morts. Tous mes meubles ont très certainement été dévorés… » Le squatteur regarda le sol d’un air triste. « C’est foutu… Mon fauteuil… »

L’hôte fut exaspéré « Pah ! Celui-là te sera très certainement confortable d’ici deux semaines, ne t’inquiètes pas pour ça. Bon… Qui s’appelle comment ? Non parce que moi, je n’ai pas envie de changer !

Mais moi non plus ! Et vu que je suis l’aîné, je reste Stan, non mais !

L’hôte soupira « À ce rythme-là, on n’y arrivera jamais… »

***

Un mois passa. Et aujourd’hui marquait le grand jour : Leo allait – peut-être – avoir son diplôme ! Il avait décidé la veille de mettre The Final Countdown d’Europe en réveil1 et cela ne manqua pas de le faire sourire lorsque celui-ci se déclencha à 8h30.

Il se leva d’un bond énergique, s’habilla, puis prit le petit déjeuner avec sa mère, qui l’encouragea, malgré le fait qu’elle savait que le diplôme était déjà acquis. Elle savait aussi que son fils allait probablement être de plus en plus nerveux au fur et à mesure qu’il approcherait du tableau des résultats et que cet élan d’enthousiasme allait s’estomper dans trois… Deux… Un…

Et en effet cela ne manqua pas. Leo prit le bus pour aller au lycée où il avait passé ses épreuves légèrement nerveux et ce sentiment de doute ne pouvait que grandir. Et si je ne l’ai pas ? Que va-t-il advenir de moi ?

Le trajet allait être long… Très long…

***

« Pat. Encore… »

Le Stan assis sur le fauteuil le moins usé commença à s’énerver. Il renversa la table sur lequel était posé l’échiquier « Rah, combien de temps cela va-t-il encore durer !? 3 semaines que l’on enchaîne les parties et pas une seule manche n’a été gagnée ! » Il se leva de son fauteuil tacheté, invoqua une bouteille d’un blanc nacré et la but cul sec au goulot, sans prendre le temps de respirer. « Je demande à ce que l’on fasse autre chose, mon cher rival improvisé ! Qu’est-ce que l’on pourrait faire qui puisse nous départager ? »

L’hôte, encore assis, se mit à réfléchir « Hum… Et si on faisait une partie de cricket ? C’est anglais, ça nous ira à ravir !

Mais oui ! Surtout vu nos origines babyloniennes ! Et à deux ça marcherait tellement bien ! Peut être pourra-t-on en faire quand Leo aura remonté le temps suffisamment de fois… » dit le squatteur, sa lame verbale affinée par un tranchant sarcasme.

Sa victime, blessée, n’eut d’autre phrase pour répliquer. « Pas faux. » L’homme se mit à réfléchir, puis « Pourquoi pas du tennis ? Au moins c’est un sport se jouant à deux qui soit un minimum raffiné !

Bonne idée… Mais on n’a pas de terrain ! » Le squatteur, toujours irrité, avait décidé de répondre à chaque proposition avec le plus de véhémence possible.

L’hôte se mit à sourire. Une idée capable de lui rabattre son caquet l’avait soudainement traversé « Cela peut s’arranger ! Admire donc. »

Il ouvrit la porte de la maison, puis sortit dehors, suivi par son double curieux. Il se tourna vers la gauche, puis d’un geste de la main réaménagea le terrain céleste de sorte à ce que des lignes blanches se matérialisent sur le sol invisible. Un filet sortit de nulle part et se déroula de lui même pour s’accrocher à des poteaux qui venaient tout juste d’apparaître et n’étaient fixés par rien d’autre que la volonté du dieu.

Le double fut admiratif, mais quelque chose n’allait pas. « Hors de question de faire du sport habillé de la sorte ! » Il claqua des doigts et le joli costume trois pièces laissa place à un habillage digne d’un tennisman des années 20, raquette et balle incluse.

« Excellente idée, mon cher. » L’autre Stan fit de même, puis les deux hommes se dirigèrent sur le terrain.

S’en suivit le match de tennis le plus long que l’univers aie connu. Personne ne marqua de points pendant des jours… Jusqu’au moment où les deux dieux décidèrent en même temps d’abandonner et de passer à autre chose.

***

Au bout d’un voyage mentalement épuisant, Leo arriva enfin devant le lycée. Il remarqua que quelques uns de ses camarades étaient arrivés à peu près en même temps, dont Michel, qui avait été avec lui lors de l’examen. « Hey Leo ! Comment ça va ? Prêt pour voir les résultats ?

Euh… Pour être honnête, pas vraiment… » Cette irrationnelle angoisse continuait de le ronger.

Le garçon rigola un bon coup. « Sérieux ? Toi tu flippes ? Franchement, ça devrait être moi vu ce qu’il s’est passé. Mais bon, ce qui est fait est fait, on peut pas revenir en arrière… »

Parle pour toi. « Ouais… Bon, on y va ? »

Michel respira un grand coup. « Allez, c’est parti mon gars ! Prions pour que l’on ne se soit pas trop chiés ! »

D’un pas légèrement hésitant, Leo suivit son ami vers l’endroit où étaient attroupés une vingtaine d’élèves, qui cherchaient leurs noms sur les feuilles de résultat. Certains pleuraient tandis que d’autres sautaient de joie. Le spectacle était à la fois étrange et fascinant. On aurait dit un troupeau d’autruches faisant une de ces chorégraphies Butoh que le garçon avait vu dans un des documentaires diffusés sur Arte.

Nerveusement, Leo se rapprocha de ce curieux groupe et posa son regard sur la partie consacrée aux résultats des Terminales S et sur une des premières feuilles. Davis, Davis, Davis, où sui… Ah, me voilà ! Aloooors ?

16,6/20, mention ‘Très Bien’. Oh ok !

Pour le coup, c’était bien plus que ce qu’il avait imaginé. Leo se saisit de son téléphone, puis envoya un message à sa mère ‘Ayé, c’est bon, je l’ai :D’ Son regard se dirigea sur Michel, qui regardait le tableau d’un air légèrement déçu. « Alors ? Tu as eu combien ? »

Le garçon sursauta, brusquement tiré de ses pensées « Oh, bah j’ai eu… » Il regarda de nouveau le tableau « 11,9. Et toi ?

16,6 » déclara le garçon d’un ton détaché.

« Ah bah tranquille ! Bizarrement ça ne m’étonne pas. » Puis il sourit et ajouta d’un air faussement théâtral « Tellement de tension pour ce moment crucial, uniquement pour voir un chiffre et hausser les épaules. Au moins on a assuré, c’est ça qui compte !

Ouaip. » Leo regarda à droite et à gauche, préoccupé. « Faut faire quoi maintenant déjà ?

Il faut aller récupérer le… Ah attends une seconde j’ai un appel. » Michel sortit son téléphone et communiqua ses résultats à sa mère. Voyant que Leo attendait une réponse, il lui pointa du doigt le bâtiment tout en lui faisant signe d’y aller, visiblement gêné par la conversation qu’il avait.

Leo n’attendit pas plus longtemps et se dirigea vers le bâtiment indiqué, puis sentit son téléphone vibrer. Sa mère lui avait envoyé un message ‘Ah bah tu vois ? Pas d’inquiétude :) Combien ?’ Toujours en marchant, il tapa une réponse ‘16,6 et Très Bien :3’ Il entra dans le couloir et vit une femme distribuant des livrets rouges aux élèves qui le demandaient.

Il attendit dans la file, puis lorsque vint son tour, la femme lui demanda, souriant « C’est à quel nom ?

Davis… Leo Davis. » Zut ! Il avait manqué l’opportunité de le dire avec une voix de crooner, se rendant compte qu’il avait placé une jolie référence sans le faire exprès.

La femme consulta la pile, marmonnant son nom, puis s’arrêta. « Et le voilà ! Bonnes vacances

Merci » Il prit son livret en souriant, puis partit. Alors qu’il arriva au bout du couloir, il recroisa Michel « C’est bon, je l’ai, je file ! À plus tard et bonnes vacances !

Tu ne restes pas ?

Bof, non. Je n’aime pas trop cet endroit. J’ai envie de me poser chez moi et ne plus rien faire de la journée pour commencer les vacances !

Je te comprends, je vais faire pareil ! Allez, amuses-toi bien ! »

Ce fut une fois à l’extérieur que Leo sentit de nouveau son téléphone vibrer ‘Oh bravo ! Tu me montreras tes notes en rentrant !’ Ce à quoi le garçon répondit ‘C’est prévu. Je suis en route ! À toute :3’

Leo profita du trajet en bus pour regarder ses notes et remarqua un joli 17/20 en philosophie. Il repensa à l’épreuve et ne put sentir autre chose que de la culpabilité. Enfin… Au moins sa mère allait être contente.

Et elle le fut lorsqu’il lui montra ses résultats. Le soir-même, la famille Davis sortit au restaurant pour célébrer et Leo passa sa première semaine de vacances à ne pas faire grand chose, alternant entre sorties et soirées sur Internet. Des vacances classiques en somme…

***

Ping-pong, volley-ball, tir au but, croquet, fléchettes, tir à la corde, escrime, bras de fer classique et chinois… Les deux Stan avaient tout essayé et rien ne semblait les départager. L’extérieur de la maison ne ressemblait plus à grand chose et l’on aurait pu se demander si un cyclone n’était pas passé à l’intérieur tellement tout était sens dessus dessous.

Désespérés, ils redressèrent leurs fauteuils et s’assirent, chacun invoquant plusieurs bouteilles d’eau et les buvant sans s’arrêter. Le propriétaire s’exprima en premier « Bon… Eh bien il semblerait que l’on ne puisse se départager qu’au mérite.

Oui, en effet… Tu suggérerais quoi, toi ?

L’hôte se mit à réfléchir. « Hum… Et si on tentait la chance ? Vu où l’on en est, il n’est pas possible de continuer de la sorte.

Ok, va pour le hasard. Pile ou face ?

Pile ou face ce sera ! »

Le squatteur claqua des doigts et fit apparaître un shilling. « Pile, tu changes de nom, face, c’est moi qui change. »

Il s’apprêta à lancer la pièce avant d’être interrompu par son double. « Tatatata. Fait voir la pièce ? »

Le squatteur était choqué. Aussi peu de confiance en lui-même ? C’était impensable ! Bon ok, totalement pensable, puisque Stan avait toujours eu tendance à filouter pour s’en sortir, mais même ! Ne pas se croire soi-même était assez vexant.

Grimaçant, il lui montra les deux faces de la pièce. « C’est bon ? Content ? »

L’hôte sourit. « Parfait. »

Le squatteur grogna, puis se remit en position pour lancer la pièce. Les deux hommes regardèrent avec attention la pièce lentement monter en l’air, puis rapidement descendre en direction du sol. Elle retomba sur la tranche. « Ah non ! Tu vas pas nous faire ce coup ! » Hurla un des dieux.

Comme si elle avait été effrayée, la pièce se mit à rouler en direction d’un trou dans le plancher et tomba dedans. « Nononononononon ! Aaaaaaargh ! » Les deux hommes hurlèrent en même temps.

« Bon… On fait quoi maintenant ? » demanda l’hôte, après une longue minute de piétinements et d’insultes lancées envers le morceau de métal.

Le squatteur claqua des doigts et fit apparaître un pied de biche rouge « On enlève le plancher, pardi !

Qu… Quoi !? Mais c’est le plancher de ma maison ! Je ne te le permettrai pas !

C’est le seul moyen de savoir. La pièce est tombée d’un côté et je veux savoir si j’ai gagné ! De plus, tu pourras toujours tout réparer en un claquement de doigts, donc ce n’est pas grave que l’on fasse quelques… Arrangements, le temps de connaître la réponse, si ? » Demanda-t-il sur un ton pragmatique. Sans attendre la réponse de son double, il enfonça le pied de biche dans le trou et délogea la planche sans grand effort.

Au moment de se pencher pour voir, l’hôte l’en empêcha. « Tututut, hors de question que tu regardes seul, tu pourrais changer le résultat, je me connais ! On regarde en même temps. »

Les deux hommes se penchèrent vers le trou, se cognèrent la tête, puis après avoir lancé quelques insultes, émirent de la lumière de leurs doigts pour y voir plus clair.

La pièce était bel et bien visible, légèrement enfouie dans la poussière. Elle se tenait fièrement sur la tranche.

Les paroles prononcées à ce moment-là furent tellement choquantes que seules des personnes ayant vécu au moins quelques millénaires n’auraient pu être offensées.

***

La seconde semaine de vacances battait son plein et Leo commençait un peu à s’ennuyer. La plupart de ses amis étaient soit partis dans des lieux exotiques ou bien étaient repartis voir la famille dans d’autres régions de France. Même Thomas était parti voir ses cousins sur Grenoble. Jouer à certains jeux et passer un peu de temps sur Internet était bien beau, mais il voulait sortir. Or, la chaleur de l’été se faisait pas mal ressentir et il préférait rester chez lui plutôt que de connaître les mêmes sensations qu’un poulet dans un four à chaleur tournante.

Fort heureusement pour lui, la pluie vint pointer le bout de son nez le vendredi. Les températures avaient suffisamment baissé pour que ça soit vivable, donc le garçon prit la peine de sortir en centre-ville, histoire au moins de se dégourdir les jambes.

Marchant le long de la rue Sainte-Catherine, il vit les différentes enseignes mettre en vitrine des produits soit au goût douteux, soit à l’aspect fortement désirable, mais dans tous les cas rien qui ne le faisait pas réagir. Il passa devant une boutique SNCF, qui présentait des prix plus ou moins avantageux vers des destinations plus ou moins intéressantes, dont des trajets en train pour Paris à moins de 100 euros aller-retour… Si seulement il avait eu les moyens d’y aller, il serait allé visiter quelques monuments historiques en plus d’une éventuelle convention destinée aux joueurs.

Certes, il lui restait encore quelques économies, mais pas assez pour tenir plus d’une semaine sur Paris. Tout y était horriblement cher. Peut être aurait-il pu demander de l’argent à ses parents pour partir, mais il ne se sentait pas leur en réclamer, surtout en voyant son père rentrer du travail tous les jours. Ce dernier se montrait de plus en plus inquiet de perdre son poste à cause des coupes budgétaires du gouvernement qui se faisaient de plus en plus importantes, au point que le séjour en Angleterre promis pour son anniversaire semblait compromis. Heureusement, il gagnait suffisamment pour maintenir la famille sur les rails. Il fallait dire aussi que sa mère ne gagnait pas grand chose, n’ayant pas réussi à écrire un livre intéressant pour le public depuis déjà plus de cinq ans. En y repensant, c’était un miracle qu’ils aient pu réussir continuer à vivre convenablement, et encore plus qu’ils aient pris la peine de payer un resto la semaine précédente !

Leo continua sa marche, maussade.

Sur le chemin du retour, il remarqua sur la devanture d’un bureau de tabac une affiche pour l’Euromillions. 130 millions d’euros étaient à gagner au tirage au sort du soir. Avec une telle somme, on n’aurait plus à se soucier de quoi que ce soit… Il passa le reste du trajet à rêver des différentes choses qu’il pourrait faire si jamais il gagnait un jour, ne sachant pas que lorsqu’il rentrerait chez lui, la dure réalité le frapperait avec la force d’un camion heurtant un mur de briques…

***

« Et si on soufflait dessus ?

Et puis quoi encore ? Tu veux influencer la pièce pour qu’elle tombe de ton côté, c’est ça ? »

Le squatteur ouvrit la bouche pour rétorquer, mais la referma presque immédiatement, incapable de sortir un argument suffisamment fort pour se déculpabiliser.

« Bon, que fait-on maintenant si même le hasard n’en a rien à faire ?

Et si… On changeait tous les deux de nom ? Comme ça, pas de jaloux !

Oui … C’est une possibilité. Je prends Edgar.

Ah non ! Edgar, c’est moi ! »

L’hôte commença à s’impatienter « On ne va pas recommencer, hein ? Ça suffit les bêtises ! Je propose que l’on demande à une aide extérieure de couper la poire en deux !

Et tu veux que l’on demande à qui ?

Je sais pas moi… À la première personne venue ?

Mais si on attend que quelqu’un meure, on risque d’attendre longtemps…

Pourquoi pas Leo ? Il pourrait nou… » L’hôte s’arrêta avant de soupirer. « Ah ben non, il n’est pas censé savoir qu’on est encore là. Qui plus est, que l’on est désormais trois avec Stan ! »

Ils se mirent à réfléchir en silence, puis l’hôte reprit au bout de quinze secondes « Au pire, on peut toujours aller voir un autre dieu, ça serait peut être plus simple.

Oui, cela paraît être une bonne idée… Mais on demandera à quelqu’un qui ne nous connaît pas, histoire que le jugement final soit neutre.

Excellente idée ! Bon bah on y va ? »

Et ce fut ainsi que les deux divinités sortirent dans le couloir, à la recherche d’une divinité capable de les départager…

***

La première chose que Leo entendit en rentrant chez lui ne fut pas rassurante : rien. Un silence lourd et pesant semblait régner, alors que tous les signes pointaient vers le contraire. La voiture de son père était garée dehors et sa mère ne lui avait pas dit qu’elle allait sortir, alors pourquoi n’entendait-il rien ? Pourquoi la télévision était-elle éteinte alors que lorsqu’il rentrait, elle avait tendance à être allumée ? Ses parents dormaient-ils ?

Puis il entendit la voix de sa mère provenir de la salle à manger, faible et… Triste ? « Leo ? »

Quelque chose n’allait vraiment pas. Il se dépêcha d’enlever ses chaussures et marcha d’un pas rapide vers la pièce, où il vit sa mère en larmes et son père cachant son visage. Il resta figé dans l’encadrement de la porte, ne sachant quoi dire. « On est mal… Très ma… » Elsa craqua.

Leo se précipita vers la table pour s’asseoir sur la chaise la plus proche de sa mère, s’assit et posa son bras maladroitement sur ses épaules. De l’autre, il tenta d’atteindre son père, qui ne bougea pas d’un pouce. Son visage était toujours dissimulé par ses mains.

Au bout d’une trentaine de secondes qui paraissaient bien plus longues, Hugh se redressa, puis expira longuement. Ses yeux étaient rouges, signe qu’il avait pleuré devant sa femme, mais le fait qu’il s’était ressaisi et qu’il réussit à parler calmement montrait à Leo qu’il n’avait pas l’intention de lui révéler ses faiblesses. Les Davis étaient des hommes fiers et rares étaient les personnes à les avoir vu dans des situations où ils montraient véritablement leurs émotions. « Le… Commissariat va nous laisser partir à la fin du mois. On va recevoir des indemnités de départ, mais je ne pense pas que l’on sera en mesure de tenir bien longtemps. »

Le garçon avait du mal à imaginer la situation. Ses pensées alternaient rapidement entre le positif et le négatif, au point qu’il ne savait pas s’il devait sourire, pleurer ou hurler. La seule pensée claire qui lui traversa l’esprit fut : au moins personne n’est mort…

Longtemps il hésita entre dire quelque chose ou se taire. Leo savait que la moindre phrase mal placée blesserait profondément son père et il ne souhaitait pas aggraver la situation. Il attendit que quelqu’un dise quelque chose, mais la minute qui suivit fut la plus inconfortable qui soit. Hugh regardait le plafond d’un regard vide, Elsa continuait de pleurer en silence et Leo ne put qu’observer la scène, impuissant.

Le silence fut enfin interrompu lorsque Hugh se mit à rire nerveusement. Il lança un regard malicieux à son fils, puis dit « J’espère que tu n’as pas peur des sacrifices et des pâtes. On risque d’en bouffer ! »

Leo ne sut comment réagir. Il imaginait que son père essayait de trouver une façon de voir les choses du bon côté, mais il voyait bien que le désespoir s’était emparé de lui. À 47 ans, Hugh était encore un homme d’action ; voir son rêve s’envoler du jour au lendemain était un coup dur. Et au vu de son âge assez avancé, il savait qu’il aurait beaucoup de mal à trouver un nouveau travail. Subvenir aux besoins de sa famille pendant encore quelques années avec de simples indemnités de chômage allait être une épreuve pour tout le monde.

Leo ne put que faire un sourire gêné. Hugh le remarqua, et comprit ce que ressentait son fils. « Boh, c’est pas grave ! On survivra, ne t’inquiètes pas. C’est sûr que ce serait mieux si on pouvait gagner de quoi sortir plus régulièrement, mais bon, on fera sans. » Puis, pour essayer de changer de sujet, il demanda maladroitement « Sinon, ta sortie s’est bien passée ? »

Leo ne pouvait plus rester silencieux, il devait parler, et si possible essayer d’égayer la maison. « Heu, oui, ça s’est bien passé. J’ai euh… Vu des trucs et c’était sympa. » Ce n’est pas suffisant, il faut faire diversion ! « Oh, et sinon on m’a montré une vidéo sur le net d’un truc adorable ! Faudrait que je vous la montre tout à l’heure ! »

Son père se mit à sourire. « Eh bien, on verra bien ! Sinon en rentrant, j’ai tenté de jouer à l’Euromillions. Il est souvent dit que la chance frappe mieux dans les situations désespérées. » Il se mit à rire « Imagine que l’on gagne. 130 millions, ça le ferait pour fêter mon départ, non ? On n’aurait plus à se soucier de quoi que ce soit ! »

Elsa leva la tête et regarda son mari d’un air mélangeant surprise et une pointe d’indignation « Tu sais ce que j’en pense des jeux d’argents, Hugh. Tu peux vite y devenir accro, surtout si tu es désespéré ! Tu as mis combien là-dedans ? »

L’élan d’espoir de l’homme semblait avoir rencontré un mur « Oh euh… Trois fois rien, ne t’inquiètes pas pour ça. Juste une mise de deux euros, histoire de. Et de plus, tu sais ce que l’on dit des chances sur un million… »

Elsa voyait bien qu’il était honnête, mais ne put s’empêcher de montrer son inquiétude. « Oui, ça a plus de chances de réussir… Mais quand même, ne tombe pas là-dedans. Pas maintenant. S’il te plaît… »

Et si… Et si je pouvais transformer cette chance sur un million en une chance sur une ? Leo se leva, puis, sans réfléchir « Je pense que je peux arranger ça ! » Il partit de la salle à manger sous l’œil confus de ses parents et partit en direction de sa chambre, où il alluma son ordinateur. Le garçon ouvrit son navigateur, alla sur le site de la Française des Jeux et vérifia l’horaire du prochain tirage au sort. 23H30 ? Urgh… Et il n’est que 18h32 ? Le temps allait être long.

Il sortit de sa chambre et se prépara pour aller au bureau de tabac, sachant qu’il fermerait vers 19h. Il informa ses parents de sa sortie, prétextant qu’il allait doubler leur chances de réussite. Sa mère protesta, mais accepta non sans réticence lorsque son mari rétorqua que la situation était tellement mauvaise qu’il y avait des chances pour que cela marche. Et de toutes façons, Leo était majeur, donc libre de faire ce qu’il voulait.

À 18h49, Leo entra dans le bureau de tabac et à 18h53 il avait soumis son premier bulletin de réponses. Et même si celui-là n’était pas gagnant, le garçon savait que le suivant allait très certainement l’être.

***

« Donc vous êtes en train de me dire que vous êtes deux dans le même univers et vous voulez tous les deux avoir un nom différent pour ne pas perdre un de vos futurs lecteurs, c’est bien ça ? » Le dieu s’adressant aux deux Stan avait le crâne rasé, une petite moustache longue et fine ainsi qu’une toge d’un jaune éclatant.

Maya observa les deux énergumènes en face de lui par dessus ses petites lunettes rondes, d’un air circonspect, quoique dubitatif.

Le double de Stan le plus ancien prit la parole « En effet. Mais le seul problème, c’est que l’on n’arrive pas à se départager. On a tenté de se départager à la loyale. Ça n’a pas marché. On a même essayé la chance et elle nous a ri au nez ! »

Son double reprit « Bref, on vient ici pour que vous nous aidiez, autrement on sera condamnés à nous battre pour le restant de nos vies2 ! »

Maya souffla longuement du nez et marcha devant les deux dieux, dans cette relativement petite et très sommaire maison. Tellement sommaire en fait, que le sol en pierre brune n’était pas décoré et que les meubles étaient inexistants. Les murs eux aussi étaient inexistants, car en dehors des sept piliers semblant soutenir le toit, on pouvait aisément voir le ciel bleu et sentir un vent relativement fort souffler. Si ce n’était pas pour les trois trappes menant au monde extérieur, aux quartiers du dieu-moine et au couloir divin, on aurait pu croire que Maya dormait à même le sol. Aucun signe ne montrait qu’une bibliothèque divine était à sa disposition, la raison étant que les piliers étaient la bibliothèque : mélangeant finement or et marbre dans un entrelacement sophistiqué, des mots y étaient gravés. Ils racontaient les vies des protégés du dieu-moine. Le Stan squatteur s’était risqué à regarder par delà les murs et fut surpris de ne pas voir le sol. Quiconque oserait essayer de sauter verrait sa vie conclue par une sacrée chute… Une de celles que l’on ne considère pas drôles, bien évidemment…

Maya replaça correctement ses lunettes sur son nez, puis dit, souriant. « Hum… Vu que vous aimez tellement ce nom, pourquoi ne pas choisir Stan 1 et Stan 2 ?

Haha, très drôle. » dirent les deux hommes en même temps, puis le double à la gauche de Maya dit « Plus sérieusement, on a envisagé Edgar, sauf que l’on aime tous les deux ce prénom et que ça n’est pas très symbolique… »

Maya l’interrompit « Peut être pas dans votre univers, mais vous devriez savoir que Edgar est une divinité crainte dans tout un pan du multivers. De même que Johnson, donc… » Il se mit de nouveau à sourire puis pointa le Stan à sa gauche « Toi, tu seras Johnson et toi… » il pointa celui à sa droite, qui se mit à sourire « Tu seras Gaëlnor. »

La joie du nouvellement baptisé Gaëlnor disparut en un instant « Euh… Je pensais que vous alliez m’appeler Edgar !

Non, toi tu seras Gaëlnor, parce que de un : si je t’avais appelé Edgar, Johnson aurait été jaloux. Et de deux : tu as une tête à t’appeler Gaëlnor. »

Les nouvellement appelés Johnson et Gaëlnor s’observèrent mutuellement, puis Johnson se mit à rire « C’est vrai que tu as une tête de…

Oui, bon ça va, espèce de pilote de l’air à deux sesterces. »

Maya stoppa net le conflit naissant. « Hep hep hep, on se calme. Ma décision a été prise, elle est finale et vous porterez tous les deux vos noms. Maintenant vous allez m’expliquer pourquoi vous êtes deux à vivre dans le même univers et pourquoi celle de l’un de vous deux a été abandonnée. »

Johnson pointa son collègue du doigt « C’est lui qui est venu squatter chez moi. »

Le regard de Maya se dirigea vers Gaëlnor « Alors ? »

L’homme, placé sur la sellette, n’aimait pas être de manière aussi soudaine au centre de l’attention « Eh bien en fait, c’est que… J’ai… Hum…

Hum ?

J’ai… Je n’ai pas envie de m’occuper d’un univers entièrement constitué de lapins ! Vous imaginez ce que ça pourrait être ? De vivre à ne surveiller que des animaux capables de ne manger de l’herbe et de se reproduire à longueur de journée ? »

Il avait un point, et Maya ne vit pas trop quoi répondre. Gaëlnor continua. « Et d’abord, n’y a-t-il pas des univers où les dieux sont tous ensemble ? Où ils font la fête et s’amusent entre eux ?

Certes… Mais il ne s’agit pas d’univers où deux copies exactes du même dieu vivent ensemble. Vous imaginez, vous ? Une personne meurt, arrive chez vous et voit une série de dieux identiques ? Comment est-elle censée réagir ? »

Johnson décida d’intervenir. « Eh bien, c’est simple, il suffit de changer de vêtements comme ça » Il claqua des doigts et se retrouva habillé avec un t-shirt noir, des baskets noires et un jean noir « Et le tour est joué, non ? »

Gaëlnor regarda son collègue avec de gros yeux. Johnson le remarqua, puis vit son double diriger son regard avec insistance vers ses mains, qui n’étaient plus gantées. « Oh. Euh… Woops. »

Maya avait aussi remarqué ce petit détail et son expression passa du calme serein à l’horreur la plus pure. « Mais… Que vous est-il arrivé !? Avez-vous… ? »

Johnson se changea à nouveau dans l’instant pour reprendre son apparence normale. Gaëlnor prit la parole « Alors euh oui… Mais non en fait. C’était un simple accident et euh… » Sa voix partit dans les méandres du silence lorsqu’il vit le moine pris d’un spasme.

« Vous avez… Fait passer un Impur. » Puis la peur fit place à la fureur. « Je ne tolérerai aucun écart de pureté ici ! Sortez d’ici tout de suite, que je ne vous voie plus jamais de ma vie !

… On se tire ! » Gaëlnor prit un Johnson paralysé par le bras, ouvrit la trappe menant au couloir et sortit de la pièce dans la plus grande hâte. Il partit d’autant plus vite lorsqu’il vit Maya se dépêcher de prendre une de ses sandalettes pour la lui lancer dessus.

Gaëlnor ouvrit la porte, sortit en la fermant précipitamment. Il entendit le faible bruit de la sandalette glisser sur la trappe, puis probablement passer par dessus le rebord, à l’écoute de la vague d’insultes qui suivit. Johnson se ressaisit. « Bon… Eh bien ça, c’est fait. On fait quoi maintenant ? »

Gaëlnor réfléchit, puis dit « Bah, on rentre. De toutes façons on a laissé notre dimension sans surveillance suffisamment longtemps, il vaudrait mieux vérifier que rien de grave ne s’est passé.

Pas faux… En espérant que Leo n’aie pas… Oh oh. »

Un mauvais pressentiment traversa les deux dieux en même temps. Ils se mirent à courir en direction de leurs quartiers, uniquement pour y trouver une porte noire avec une tâche rose naissante…

***

Lorsque Leo eut regardé le tirage au sort à la télévision avec son père, il décida de disparaître. Bien entendu, il avait pris soin de noter les résultats sur un bout de papier et sur sa main – au cas où – avant de remonter le temps, car il ne pouvait se résoudre de tenter l’expérience uniquement pour se rendre compte que soit le morceau de papier aurait disparu ou bien l’encre aurait été effacée de son bras.

Il remonta le temps jusqu’à 18h49, où il se retrouva devant le bureau de tabac. À sa grande surprise, il remarqua que les résultats étaient restés aussi bien sur sa main gauche que sur le bout de papier qu’il avait gardé dans sa main droite. Cependant, il remarqua que les mouchoirs qu’il avait jeté un peu plus tôt dans la soirée étaient revenus, mais par terre, probablement du fait qu’il était dans une position différente par rapport au moment où les mouvoirs étaient… Hum. Faudrait qu’il fasse attention avec ça, puisque s’il traversait aussi la matière, l’idée de fusionner avec des mouchoirs usagés était clairement peu ragoûtante3.

Sans plus réfléchir, il entra dans le bureau de tabac, remplit la grille avec les numéros du soir et la fit enregistrer auprès du guichet. Il sortit puis comprit ce qui était en train de se passer : dans un peu plus de quatre heures, lui et sa famille seraient multimillionnaires ! Un sentiment de culpabilité s’empara de lui, car il savait qu’il venait d’utiliser ses pouvoirs à des fins personnelles, mais se convainquit que c’était aussi pour la bonne cause. Sa famille serait tirée d’affaire et il pourrait éventuellement en donner une petite partie à de bonnes œuvres. Après tout, ses pouvoirs lui avaient été donnés pour profiter au bien de l’Humanité, alors s’il pouvait à la fois faire le bien et faire plaisir à sa famille en plus de lui-même, c’était pour le mieux. Il rentra chez lui avec un grand sens du devoir accompli, inconscient du fait qu’il était le pire destructeur d’univers que même n’importe quel auteur de comics n’aurait jamais pensé créer…

***

Les deux dieux regardaient la porte d’un air blasé. La tâche rose n’était pas encore bien grosse, mais l’était suffisamment pour être remarquée. Johnson posa ses mains sur sa tête « Oh non ! Nononononon ! Pas ma maison ! »

Gaëlnor regarda son double d’un air compatissant, mais inquiet, puis observant la tâche grandissante « Tu penses que Leo a…

Cela semble être évident. Mais pourquoi a-t-il été contraint de remonter le temps ?

Peut être faudrait-il consulter le livre tant qu’il en est encore temps »

Johnson jeta un œil à la porte. La tâche en occupait désormais un huitième. « … Tu y vas.

Eh ! Pourquoi moi ? C’est ta maison que je sache.

Oui, mais c’est toi qui… » Il s’arrêta, voyant que l’heure n’était plus aux conflits. « Oh et puis merde. » Il ouvrit la porte et dans les trente secondes qui suivirent il était de nouveau dans le couloir, le livre de Leo Davis à la main. Haletant, il le donna à son double. « Vas-y, lis-le. »

Gaëlnor tourna les pages jusqu’à trouver les dernières pages écrites et se mit à le lire. Il n’eut pas le temps de le finir, car le livre disparut des mains du dieu. « Et me… Le sale petit…

Qu’est-ce qu’il y a ?

Il a profité de ses pouvoirs pour jouer à la loterie ! 130 millions d’euros ! »

Johnson crut qu’il allait s’étouffer. « Quoi !? Mais pourquoi est-ce qu’il aurait fait ça ?

Aucune idée, je n’ai pas eu le temps de lire pourquoi. Dans tous les cas, ça ne sent pas bon. Il faut prévenir Stan !

Oui, mais d’abord, il faut s’occuper de ce petit problème. » Johnson pointa la porte du doigt.

Les deux dieux luttèrent pendant cinq minutes pour empêcher au trou blanc de se propager dans le Multivers tout en jouant de la musique épique dans leur tête.

Lorsque la menace fut écartée, Gaëlnor dit « Bon, je vais aller chercher Stan. Toi, tu vas essayer de voir où se trouve Leo et tu nous attends avec notre nouveau double. Consulte aussi le livre, histoire d’avoir tous les détails. Avec un peu de chance, sa cause était noble. Je reviendrai avec Stan et on avisera. » Johnson acquiesça, ce sur quoi les deux hommes se séparèrent.

***

La soirée se passa plus ou moins de la même manière que dans la précédente continuité : Leo fut accueilli par sa mère avec la même froideur, tandis que son père plaçait une partie de ses espoirs en lui. Passée la petite réprimande, le garçon tenta de changer les idées de tout le monde en leur montrant des vidéos amusantes sur le Net, puis ils mangèrent dans un meilleur état d’esprit que lorsque Leo était rentré de sa première excursion.

Puis vint la fin de la soirée et le tirage au sort. Leo était dans sa chambre en train de visiter divers forums lorsque son père l’appela depuis le salon. « Leo ! C’est l’heure du tirage au sort !

J’arrive ! » Le garçon prit le ticket qu’il avait laissé juste à côté de son écran d’ordinateur puis se dirigea vers le salon. La présentatrice débitait son habituel discours censé faire espérer et rejouer des milliers de joueurs et présentait la machine qui allait changer la vie d’une personne ou plus. Leo s’arrêta dans l’encadrement de la porte et vit son père assis sur le canapé légèrement penché en avant, hypnotisé par les boules qui bougeaient à l’écran.

« Premier numéro : Le 13. »

Hugh regarda son ticket et pesta. « Bon, bah ce n’est pas avec moi que l’on deviendra millionnaires ! » Leo posa son regard sur le sien et, comme prévu, le 13 était là.

Il entra dans la pièce et tendit le ticket à son père « Tiens. Voilà mon petit cadeau. » Puis il partit dans la cuisine.

Son père le regarda, surpris. « Eh, mais où vas-tu ?

Deuxième numéro : le 23 » Hugh regarda le ticket et vit avec surprise que le chiffre y était.

Depuis le couloir, il entendit son fils dire « Je vais me servir un verre dans la cuisine. Je n’ai pas envie de… Porter malheur ! »

Elsa était dans la cuisine en train de se servir une tasse de thé. Lorsqu’elle vit son fils entrer, elle lui demanda, avec une pointe de surprise et de mécontentement mêlés « Et alors ? Tu ne regardes pas le tirage au sort ? »

Souriant, il lui répondit « Nah, pas besoin. »

Leo prit le verre qu’il avait utilisé lors du repas, puis prit une bouteille de coca dans le réfrigérateur. Il se versa un verre et entendit son père devenir hystérique à l’annonce du cinquième chiffre. « Leo ! Leo, viens voir ! C’est complètement fou ! » Elsa quitta la pièce, curieuse de voir ce qui se passait.

De son côté, le garçon porta le verre à ses lèvres et se mit à murmurer « Cinq… Quatre… Trois… Deux… Un… »

« Oh my god ! Leo ! Leo ! Come here right now, we’re rich ! Rich !!! »

Leo sortit de la cuisine, son verre à la main et marcha tranquillement vers le salon. Lorsqu’il arriva, il aperçut sa mère en larmes dans les bras de son père, qui le vit arriver. Son visage était radieux et témoignait d’un poids qui venait de lui être enlevé. Mission accomplie. Leo sourit.

***

Gaëlnor arriva devant la porte que le Stan originel semblait avoir choisi. Il avait déjà mis une heure pour y arriver, et espérait qu’il n’aie pas à attendre longtemps avant de le revoir.

Malheureusement pour lui, il dut attendre neuf heures et trente-sept minutes.

Car après avoir attendu plus de trois heures devant la porte, la frappant de plus en plus désespérément, il fut accueilli par la divinité locale. Suite à une longue explication, cette dernière partit à la recherche de Stan, mais du fait qu’elle préférait utiliser ses pouvoirs en extérieur au minimum, elle mit plus de six heures pour revenir.

En attendant le retour de son hôte et sur ses conseils, Gaëlnor décida de feuilleter les livres de la bibliothèque et fut fasciné par ce qu’il y trouva. La vie des habitants de ce monde était tellement différente et familière à la fois qu’il ne put s’empêcher d’enchaîner les livres, au point qu’il fut quelque peu déçu de voir Stan arriver aussi tôt. « Ah ! Alors, que s’est-il passé exactement ? » demanda le voyageur.

« Eh bien en fait, je ne saurais totalement te dire ce qui s’est passé, mais Leo a utilisé ses pouvoirs pour influencer sa vie de façon assez… Intéressante. »

Stan s’impatienta. « Assez de mise en bouche, crache le morceau ! J’étais en train d’assister à un match de qualification d’aquachorda et c’était assez prenant, alors ça a intérêt à être intéressant. »

Gaëlnor, blessé, baissa la tête « Oh. Euh… Eh bien Leo a décidé de remonter le temps pour gagner à la loterie… »

Stan l’interrompit « Ok. C’est suffisant ! Edgar, je vous suis reconnaissant pour cet accueil, mais j’ai une petite affaire à régler et un arrière-train à botter. On se verra plus tard. »

La divinité au nom d’Edgar lui fit un signe amical. « Je comprends. À plus tard. »

Stan salua son hôte, puis fit signe à Gaëlnor de le suivre. Il sortit dans le couloir, puis regarda à gauche et à droite, demandant sans se retourner vers son interlocuteur. « Bon. Détails. Maintenant. Où est-on logés et pourquoi a-t-il fait ça ? »

Gaëlnor pointa vers une direction et Stan se mit à marcher d’un pas rapide. « Hum… C’est un peu loin…

Bon eh bien on va faire en sorte d’y aller plus vite ! » Stan claqua des doigts et fit apparaître un vélo tandem. Il fit signe à Gaëlnor de monter, qui protesta du fait de faire du vélo dans un couloir. « Pah ! Si on croise des gens, ils se pousseront… Bon sinon, ces détails ? »

Le double tenta de former des phrases cohérentes, mais eut du mal, notamment à cause du fait qu’ils pédalaient à grande vitesse dans un couloir relativement étroit. « Personnellement, je n’en ai paaaa…ardon Nick ! Eum… Mon livre a disparu avant même que je n’arrive à la fin. » Puis, sentant la colère monter chez son partenaire, il ajouta en bafouillant « Mais Johnson a probablement eu le temps de lire le livre dans la nouvelle dimension et doit avoir toutes les clés en main !

Qui est Johnson ?

Oh euh. Eh bien en fait vu que l’on était deux à vivre dans la même dimension, on a demandé à ce dieu de nous choisir des noms pour éviter aux lecteurs de se perdre et donc mon double s’appelle Johnson et moi je suis… » Il hésita. « Gaëlnor… »

Stan s’arrêta et sourit « Gaël… Elle est bien bo… Attends. Pourquoi est-ce que vous étiez deux ? Leo a déjà remonté le temps ? »

Gaëlnor fut embarrassé à l’idée d’avoir omis ce petit détail. « Euh… Oui. À vrai dire, Leo a accidentellement remonté le temps pendant qu’il passait le baccalauréat et a recommencé son épreuve de philosophie sur des bases… saines.

Et est-ce qu’il a…

Triché ? Oui, même si techniquement tricher n’est peut être pas le bon terme puisqu’il a juste pris le temps de revoir les bases liées au sujet et… » Stan s’éclaircit la gorge « Bon ok, il a triché ! »

La colère de Stan fut tellement palpable que Gaëlnor se sentit comme soudainement étouffé. Un long silence se fit, puis au bout de trente-quatre secondes, Stan demanda « Et… Y a-t-il quelque chose d’autre que je suis censé savoir ? »

Gaëlnor prit le temps de réfléchir et de se remémorer les deux derniers mois. « Euh… Non. Pas que je sa…aaaah si, c’est vrai. L’homme en blanc.

L’hurluberlu condescendant ?

Euh… Oui.

Eh bien quoi ? Parle donc !

Eh bien… Il y a eu ce petit accident suite au saut dans le temps de Leo et l’homme en blanc est… Devenu… » Sans pouvoir se contrôler, il eut un petit sourire en y repensant. « Il est devenu un gros lapin blanc. »

Stan se retourna pour voir le regard de son partenaire, incrédule. Il constata que ce dernier disait bel et bien la vérité et eut bien du mal à savoir comment réagir. Il était à la fois content de voir que ce dieu avait été puni pour être aussi vicieux, mais ce n’était clairement pas le meilleur sort qu’il aurait pu lui souhaiter. La culpabilité le rongeait. « … Bien. Ok, c’est bon. Ça suffit. »

Il se retourna et reprit la course de plus belle pendant deux minutes puis s’arrêta brusquement devant une porte blanche. Gaëlnor, surpris, bascula vers l’avant et manqua de heurter son partenaire. Stan descendit du vélo et regarda son double avec sévérité « Toi, tu attends là et tu ne dis rien. »

Gaëlnor acquiesça en silence. Stan se tint droit, puis frappa à la porte. « Qui est-ce ? » demanda Lucien-Ferdinand.

« C’est Stan. Ouvrez-moi, s’il vous plaît, c’est très important. »

La porte s’ouvrit dix secondes plus tard sur un lapin blanc d’un mètre quatre-vingt, oreilles non comprises, en costume blanc d’un chic inégalable. « Oh, c’est toi ! Que t’es-t-il arrivé ? »

Stan lui répondit calmement. Il ne fut pas choqué par l’apparence surprenante de son interlocuteur « Oh trois fois rien. J’ai décidé d’assumer mes erreurs jusqu’au bout. Et quitte à vivre coupable de quelque chose, autant assumer mes crimes jusqu’au bout. » Il vit le regard gêné de Lucien-Ferdinand. Il hésita. « Je… Je suis venu pour m’excuser personnellement de tout ce qui vous est arrivé et aussi pour vous avoir volé quelque chose que vous convoitiez plus que tout au mon… »

Lucien-Ferdinand l’interrompit « Non, c’est à moi de m’excuser. J’ai agi de manière irréfléchie, et j’ai mérité ce qu’il m’est arrivé. De plus, cela m’a appris une leçon que je n’aurais pu avoir autrement, donc je peux même te remercier d’avoir fait ça. »

Stan ne s’attendait pas à une telle réponse. « Oh. Eh bien euh… Si jamais vous voulez, vous pourrez venir me visiter lorsque j’en aurais fini avec un certain gros ennui… » Il pointa son double par dessus son épaule, qui s’indigna.

Lucien-Ferdinand se mit à rire « Oh ? Vous êtes plusieurs maintenant ?

— Hélas… »

Lucien-Ferdinand le regarda d’un air gêné et compatissant. « J’accepte volontiers l’invitation. Oh et je trouve que cette nouvelle apparence te va à ravir ! »

Stan fut gêné « Oh, merci. Ne le prenez pas mal, mais je trouve qu’avec un costume pareil, vous n’avez pas l’air trop mal non plus, monsieur ? »

Le lapin blanc fut embarrassé à son tour « Oh c’est vrai, j’avais oublié de te dire mon nom ! Lucien-Ferdinand, ou Lucy pour les intimes.

C’est noté ! Bon eh bien j’ai du pain sur la planche. On se reverra plus tard, d’accord ?

Ça roule ! Allez, à plus tard ! »

Lucien-Ferdinand referma la porte de ses quartiers. Stan remonta sur le vélo, apaisé. « Bon, allons-y ! C’est encore loin ? »

Gaëlnor fronça les sourcils. « C’est moi où cet homme s’appelle Lucy ? » Il se prit une claque.

***

La nuit fut assez courte pour Leo, car ses parents en passèrent une bonne partie à appeler les membres de la famille encore debout pour leur annoncer la nouvelle.

Des plans furent établis pour savoir qui toucherait quelle part et il fut vite décidé que si jamais ils étaient les seuls en Europe à gagner les 130 millions d’euros, ils en reverseraient tout d’abord 10 millions à des associations pour aider les sans-abris, puis répartiraient le reste de manière équitable entre les différents membres de la famille proche à hauteur de 5 millions par personne. Bien entendu, Hugh et Elsa décidèrent qu’ils garderaient 10 millions chacun. Leo, étant l’acquéreur du ticket, se verrait attribué 20 millions d’euros. Les 35 millions restants seraient déposés sur un compte spécial au cas où quelque chose de mal ne se produirait et dont les bénéfices annuels seraient reversés à des associations.

Une chose était sûre : le jour où ils toucheraient l’argent, ils partiraient en voyage pour aller voir les membres de la famille et fêter cette nouvelle richesse dignement.

Leo ne dormit que cinq heures cette nuit-là et se réveilla à 11h. Il prit son petit déjeuner et constata que ses parents étaient encore en train de dormir. Après tout, lorsqu’il était parti se coucher, ils étaient encore en train de célébrer en imaginant de nombreux plans de sorties.

À midi il vit son père émerger, très fatigué, mais souriant. Le garçon était très heureux d’avoir réussi à totalement renverser une situation désespérée et voir son père aussi heureux le ravissait bien plus qu’il n’aurait pu l’imaginer.

Sa mère suivit une demi-heure plus tard, puis ils prirent un petit repas ensemble. Hugh demanda à Leo s’il n’avait pas des plans pour l’après-midi, car il comptait aller au bureau de tabac pour déclarer leur victoire. Leo lui annonça qu’il prévoyait d’arpenter la rue Sainte-Catherine avec un regard neuf. Sachant que tout ce qui lui était inaccessible pouvait désormais s’acquérir en un claquement de doigts, il voulut faire un petit tour… Sa mère objecta, disant qu’il n’était peut être pas raisonnable de se donner autant d’idées, mais son père accepta : mieux valait encore vivre sa vie normalement, ne serait-ce que quelques heures, parce que d’ici la soirée, elle allait complètement changer !

À quinze heures, Leo était dans la rue, visitant tous les magasins possibles et imaginables à partir de la place de la Victoire vers le Grand Théâtre. Il y vit des vêtements à la classe folle, des jeux qu’il avait voulu avoir depuis des mois et remarqua qu’enfin il pourrait acheter la PS4. En y repensant, il serait en mesure d’acheter tout le magasin si jamais il le souhaitait. Cette pensée l’affola tant et si bien qu’il en eut le tournis. Il décida de sortir rapidement de la boutique pour prendre l’air.

Il continua son tour de la rue Sainte-Catherine lorsque vers seize heures il arriva au croisement où tout avait commencé. Sans cet enchaînement de morts, jamais il n’aurait pu obtenir de tels pouvoirs et ainsi sauver sa famille ! Leo sentit son cœur léger et s’apprêta à marcher sur le passage piéton lorsqu’il remarqua que le temps s’était arrêté sans prévenir. Un portail apparut au milieu de la route. Ah, il semblerait que Stan soit enfin rentré de vacances. Sans trop comprendre pourquoi, son estomac commença à se nouer. Un mauvais pressentiment s’empara de lui, mais là n’était pas le temps de faire attendre un dieu. Leo passa dans le portail et se retrouva dans un lieu méconnaissable… Mais où est-ce que je suis ?

***

Leo reconnut bien la petite maison de campagne, mais le beau bazar l’entourant était nouveau : un terrain de tennis, de volley-ball, d’escrime et même de pétanque semblaient s’empiler dans le désordre le plus total. Leo marcha vers la porte de la maison regardant à droite et à gauche les vestiges de ce qui semblait avoir été un champ de bataille pour sportif accompli. Le garçon était curieux de savoir ce que Stan avait bien pu faire ces deux derniers mois.

Il s’approcha de la porte et se prépara à frapper lorsque celle-ci s’ouvrit, révélant Stan qui se tenait droit, l’air sévère. « Je t’attendais Leo. »

Le garçon regarda l’homme et jeta son bras en arrière, pointant vers le jardin. « Que… Que s’est-il passé ?

Ce… Erm… Ce n’est pas important.

C’est vrai, que s’est-il passé ? » La question provint d’une voix située derrière le dieu.

« Shht, taisez-vous ! On discute d’un sujet sérieux, quoi ! » À la grande surprise du garçon, ce n’était pas Stan qui venait de dire ça, mais une autre voix derrière lui.

Une expression d’exaspération parcourra l’homme. Il se retourna, révélant un deuxième Stan. « Ah bah bravo ! Vous venez de ruiner l’effet de surprise… »

Un troisième Stan se dégagea de l’ombre du second. « Oui, bah désolé. Ce n’est pas de ma faute si l’autre a décidé de le convoquer et n’a même pas pris la peine de s’intéresser à ce qu’il s’est passé dehors… »

Leo regarda ce drôle de spectacle, à la fois confus et intrigué. « Euh… Excusez-moi ? »

Les trois Stan se retournèrent en même temps « Quoi ? »

Leo, intimidé, pointa dans toutes les directions sans trop savoir quoi désigner « Il se passe quoi là ? Je suis un peu perdu…

Permets moi de te l’expliquer ! » Une quatrième voix se fit entendre et les trois Stan s’écartèrent pour lui laisser place.

Leo ne s’attendit pas à voir cela : un chat noir au poil irréprochable s’était avancé. Il se tenait sur ses deux pattes arrières, avait la même coupe de cheveux mettant en valeur la tâche blanche allant de son front à son museau et portait les mêmes vêtements que les autres Stan, à la différence près que lui n’avait pas de long manteau, ni de gants. Il sortit les mains de derrière son dos, un chapeau haut de forme dans l’une d’elle, qu’il coiffa juste pour se rajouter quelques points de charisme. « S…Stan ? » Le garçon ne sut comment réagir. Fallait-il se réjouir ? Être effrayé ? Ou bien juste fasciné ?

La queue du chat noir fit un claquement léger et gracieux « Oui, c’est bien moi, Leo. » Il se tourna et présenta ses trois doubles « Et voici Albert, Johnson et… Gaëlnor. »

Les trois copies firent un faible signe de la main, gênés. « Gaëlnor ?

C’est une longue histoire… » commença le principal intéressé, mais fut interrompu d’un geste de main par Stan, qui leur fit signe de partir. Ils s’exécutèrent sans plus attendre et partirent sans un mot par la porte menant vers le couloir. En un claquement de doigts, les portes du couloir ainsi que de l’entrée se fermèrent dans un claquement suffisamment distinct pour ne pas être rassurant.

« Nous ne sommes pas ici pour parler des différents Moi – et encore – mais de toi. » Le chat claqua des doigts et fit apparaître un livre que Leo n’aurait pas aimé revoir en ces circonstances : le sien. Il comprit que ce qui allait suivre n’allait certainement pas être plaisant et que l’heure n’était plus aux gâteaux.

Stan l’ouvrit et fit mine de le lire. « J’ai vu que tu as utilisé tes pouvoirs pour tricher à tes examens. » Il se rapprocha du garçon et Leo put voir son museau de plus près – bien qu’il aurait bien aimé ne jamais le voir d’aussi près. Leo fit involontairement un pas en arrière « Qu’as-tu à répondre à cela ? »

Leo se trouvait dans une impasse. Il devait répondre. « C’était un… Accident ? »

Le chat fit un pas en avant, se rapprochant de plus en plus « Un accident certes, mais dont tu as consciemment tiré profit pour t’aider. Et en quoi est-ce que cela t’aurait aidé dans ta quête pour améliorer l’Humanité ? »

Le garçon était désormais terrifié, à chaque pas en avant de la divinité, le garçon tenta d’en faire deux en arrière, jusqu’à heurter la porte, fermée. « Eh bien… Peut être qu’à l’avenir cela m’aiderait à entrer dans une école qui… » Sa voix partit dans les méandres du silence. Il savait que son argument était mauvais et le finir ne lui aurait rapporté aucun bon point, car il ne savait toujours pas dans quelle école il allait pouvoir entrer.

Le félin recula de trois pas et soupira. « Tu n’as fait ça que pour t’aider toi et tu le sais pertinemment. »

Un silence inconfortable s’installa. Stan fit quelques pas vers la cheminée, la regardant comme s’il était perdu dans ses pensées. Puis il fixa de nouveau le garçon. « Et qu’en est-il de l’utilisation de tes pouvoirs pour gagner à la loterie ? L’as-tu fait pour sauver l’Humanité ? »

La terreur dont Leo avait été envahi disparut pour laisser place à l’indignation. Il avait fait ça car il y en avait besoin ! Il se redressa puis avança vers le dieu. La pression fut telle que des larmes de rage coulèrent « Ma famille était en danger ! J’ai fait ce que j’ai pu pour la sauver ! En quoi cela est-il mal ? Surtout qu’en plus on a prévu de donner une belle somme aux sans-abris ! »

Stan se précipita sur le garçon et le prit par le col de ses doigts griffus. Leo heurta le mur « Écoute bien mon garçon. Je ne t’ai pas donné ces pouvoirs pour que tu puisses satisfaire tes besoins égoïstes. En aucun cas tu ne dois les utiliser à des fins personnelles, surtout que je sais que tu y as pensé avant même que tu n’arrives chez toi et que tu voies ta famille en situation de détresse ! » Sa main se serra encore plus « Dans tous les cas tu l’aurais fait et on le sait très bien tous les deux ! »

Les visages de Stan et Leo étaient tellement proches que le garçon voyait son propre reflet dans les yeux de la divinité. Tous deux étaient déterminés à se voir remporter la bataille et leur regard en témoignait. Si l’un d’eux se mettait à faillir, ne serait-ce qu’un instant, l’autre gagnerait. Leo répliqua « Et alors ? En quoi est-ce que cela est mal ? »

Une lueur de doute traversa le regard de Stan l’espace d’une seconde, suffisamment longtemps pour que le garçon le remarque. Leo avait gagné. Le dieu s’énerva « Cela est… Mal pour la simple et bonne raison que tu es encore impur ! » Il voulait lui raconter autre chose que la vérité, mais n’importe quel mensonge aurait bien du mal à passer maintenant. « Si jamais tu veux pouvoir débloquer ton véritable potentiel et utiliser tes pouvoirs sans contraintes, il faut que tu aides les autres de manière significative et désintéressée, voilà pourquoi ! »

La hargne dans le regard du garçon commença à disparaître pour laisser place à la stupeur. Stan le remarqua et décida de le lâcher. Il recula, puis dit d’une voix triste. « Je suis désolé, mais il m’est impossible de laisser cet incident impuni. Voilà pourquoi je vais te proposer un choix. »

Leo se frotta le cou pour évacuer la douleur. Stan veut… M’aider ? « Je… Je comprends. Je vous écoute. »

Stan eut du mal à lancer la proposition. Une grande hésitation le parcourut. Mais c’était la seule chose à faire. « Soit… Tu annules tout et je te laisse le souvenir de cet incident pour éviter que tu le reproduises… Soit tu décides de faire face aux conséquences de tes actions et je me verrai dans l’obligation de temporairement retirer tes pouvoirs. »

Leo repensa au visage de son père lorsqu’il avait gagné ainsi qu’à la fierté qu’avait éprouvé sa mère en voyant son bulletin de notes. Je ne peux pas effacer tout ça. Ma famille mérite de vivre convenablement. « Je… Je suis entièrement responsable de mes erreurs et si jamais il y a un prix à payer, qu’il en soit ainsi. Ma décision est finale. »

À la grande surprise du garçon, Stan se mit à sourire, comme s’il s’attendait à entendre cette réponse depuis le début. Son ton changea radicalement et sa chaleur habituelle était revenue « Parfait ! Assumer ses erreurs et faire face aux conséquences de ses actions est une excellente première étape vers la pureté ! Tu es prêt à voir tes pouvoirs retirés ? »

Euh… Tout ça était prévu, ou bien ? Leo sentit comme un piège se refermer sur lui, mais il avait déjà donné sa réponse et visiblement, il ne pouvait revenir sur sa parole. Hésitant, il dit « Je suis prêt ! » Après tout, rien de mal ne peut se passer…

Stan tendit un bras et le posa sur l’épaule du garçon. « Parfait ! Eh bien c’est parti ! »

Le très mauvais pressentiment se confirma lorsqu’il remarqua une certaine malice dans le regard du dieu. Et alors qu’il s’apprêtait à revenir sur sa décision, il fut prit d’une sensation étrange, comme si une partie de son être était en train de disparaître. La dernière chose dont il se souvint fut une étrange sensation de picotements le traversant, puis les ténèbres…

1TULULU DU ! TULULU DU DU !

2Pour le coup, faut admettre que même si ces deux Stan sont beaucoup plus stupides que l’original à cause des lois mystérieuses du Multivers, ils ont pris une excellente décision. Combien de conflits millénaires entre des divinités auraient pu vite prendre fin si un élément tiers et neutre s’était ajouté dans l’équation ? M’est avis que le nombre aurait été assez impressionnant.

3En y repensant, La Mouche de John Carpenter serait devenu encore plus dégoûtant et ridicule si quelqu’un avait laissé des mouchoirs dans le téléporteur.

Chapitre 6

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