Leo Davis [Fr] – Chapitre 6 : Les Chroniques de Loutre-Monde

« Tu es sûr qu’il n’est pas mort ?

Bah s’il l’était, il… Il bougerait, non ?

Il ne bougerait pas, tu veux dire…

Euh… » Il y eut un petit instant de silence. « Mais vu qu’il est ici, s’il était mort, il… viendrait ici, non ? » Le silence qui suivit dura cinq secondes. « Bah quoi ? »

Mais qu’est-ce qu’il raconte ? Leo hésita à ouvrir les yeux. Ce monologue que Stan avait avec lui-même était tellement surréaliste que ça ne pouvait être qu’un rêve. Impossible que ce soit réel. Im-po-ssible.

« Comment voudrais-tu qu’il arrive là s’il est déjà ici ?

Je sais pas moi ! Peut être qu’il est mort et vivant en même temps ?

Quoi… Comme le chat de Schrödinger ?

Ah non ! Le chat ici, c’est moi ! »

Encore un silence, bien plus gênant que le précédent. Leo décida de mettre fin à cette farce en ouvrant les yeux, mais sa vue fut obstruée par un drôle d’objet posé devant son nez. « Ah ! Il se réveille !

Mais il est mort ou pas ? » demanda Gaëlnor. Leo leva son bras, puis posa lourdement sa main sur l’objet pour le dégager. Sa tête bascula violemment sur le côté et son œil droit fit connaissance avec le plancher. « Mais qu’est-ce qu’il fait ? » s’interrogea Johnson.

Le garçon poussa un petit cri de douleur « Ah bah non. » déclara Gaëlnor. Stan demanda à son collègue de se taire.

Leo bougea de nouveau son bras en vue de se soulager le nez, mais s’arrêta net en voyant sa main. Pourquoi est-ce qu’elle est noire ? Il en regarda l’envers, tout aussi noire, bien plus poilue que d’habitude et aux ongles bien plus longs. Avec elle, il décida de tâter l’objet qui obstruait sa vue, avant de comprendre qu’il ressentait quelque chose en le touchant. C’est mon… mon nez ça ?

Le garçon se prépara à se lever, puis bascula sur le côté, avant de se tordre de douleur. Il sentit une étrange sensation dans le bas du dos. Instinctivement, il tourna la tête pour voir ce qui lui faisait mal : il était assis sur une sorte de queue d’assez grande taille, rousse et au bout légèrement noir. Marrant, elle est connectée à… à… à… Moi… Oh. Il la fixa quelques instants. La main griffue, le nez et cette queue… Oh non. Nononononononononononon dites moi que c’est un rêve, je suis en train de rêver, ce n’est pas vrai. Ce n’est pas… Non. Nononononon.

Paniqué, il regarda la pièce. Il vit Stan et ses trois autres doubles sans vraiment les voir. Un miroir, vite. Où, oùoùoùoù ? Là ! Au dessus de la cheminée !

Il se leva précipitamment et poussa Gaëlnor sans réfléchir, ni s’excuser. Il arriva à hauteur du miroir, vit son reflet, puis… Rien.

Pendant deux minutes plus rien ne bougea dans la pièce. Non, ce n’était pas à cause de l’utilisation accidentelle d’un quelconque pouvoir, mais juste que Leo était bloqué devant le miroir, la mâchoire pendante. Les dieux regardaient avec fascination et attention le cas du garçon qui avait subi l’équivalent humain d’une erreur 404 et d’un écran bleu fatal de manière simultanée.

Lassé par ce curieux spectacle, Johnson se tourna vers ses doubles et haussa les épaules. Il fit apparaître une bulle de texte au dessus de sa tête ‘On fait quoi maintenant ?’

Gaëlnor lut le texte, puis, sans répondre, fit apparaître un long bâton. Il le dirigea à l’encontre du garçon et lui poussa légèrement l’épaule de manière répétée. Aucune réaction. ‘Mais qu’est-ce que tu fous ?’, lui écrivit Johnson.

‘Juste une petite expérience :)’ répondit-il, souriant.

Stan n’apprécia pas ce petit écart et entreprit de taper son collègue à l’arrière de la tête. « Ça suffit les bêtises ! » puis il se dirigea vers son protégé. Il posa sa main sur l’épaule du garçon. « Leo ?

Un re… » sa voix était inaudible, à peine un murmure. Stan se pencha près de la gueule du garçon. « Un re… re… Reeee… » Le garçon se retourna brusquement vers le dieu et le prit par les épaules « Stan, qu’est-ce qu’il m’arrive !? Qu’est-ce que c’est quoi ce que qué !? »

Stan, sursauta, puis prit lui aussi le garçon par les épaules. « Calme-toi ! Du calme, tout va bien ! Leo ? Leo ! »

Le garçon continua de déblatérer des paroles incohérentes durant une dizaine de secondes.

Puis le coup partit tout seul.

Les dieux furent témoins de la scène, horrifiés. Leo regarda le chat, choqué. Ses yeux étaient ronds. Sa main se leva vers l’endroit où Stan l’avait giflé, puis, sa voix partant dans les aigus, il émit un petit « Owwww…

Bien. C’est bon ? Tu es calmé ? » Le regard de Stan était sévère, mais non moins compatissant. Il avait connu cela il y a quelques temps déjà et personne n’avait été là pour le calmer.

« Oui… » Leo baissa les yeux, ses oreilles se couchèrent et sa queue tomba.

Stan relâcha le garçon, qui tourna de nouveau la tête vers son reflet. Le pire, c’est qu’il s’en était douté, qu’il allait finir comme ça. Un renard…

Le regard triste, il remarqua les vibrisses sur son museau, qui dépassaient fièrement d’une dizaine de centimètres. Il avait des poils partout et une jolie petite truffe noire. Il remarqua les couleurs harmonieusement arrangées : la partie supérieure de son crâne était d’un roux flamboyant, tandis que de la partie inférieure de la mâchoire vers la gorge, son pelage était blanc. Deux petites tâches noires formant nettement deux triangles étaient positionnés de part et d’autre de son museau, tandis que ses oreilles désormais placées au dessus de sa tête étaient elles aussi noires – en les regardant, il réussit même à en faire bouger une. Curieusement, ses cheveux étaient plus ou moins tous là et étaient restés bruns. Ses yeux étaient devenus plus ronds, mais avaient gardé leur vert foncé habituel. En fait j’ai l’air pas mal du tout ! Encore heureux que les gens sur Internet ne le savent pas encore, il y aurait des chances pour que je me fasse troller à mort1

Mais en plus de sa nouvelle apparence physique, il remarqua quelque chose d’un peu plus inhabituel. Ses vêtements avaient quelque peu changé : sa chemise blanche avait été réajustée. Les manches étaient bien plus aérées et, par dessus, le gilet d’un noir irréel arborait désormais des rayures argentées verticales. Le pantalon, accordé aux couleurs du gilet, aussi était lui aussi un peu plus ample et comportait une ouverture boutonnée à l’arrière pour laisser passer la queue. Il remarqua au passage que ses jambes paraissaient tout à fait normales, et, à l’instar de ses mains, ses pieds ne semblaient pas avoir connu de changements majeurs… Hormis probablement des ongles quelque peu devenus griffus. Mais il ne pouvait véritablement le vérifier, étant donné qu’il portait des chaussures en cuir noir, à peine plus grandes que celles qu’il portait d’habitude. Accessoirement, il remarqua qu’il portait désormais une cravate rayée, mélangeant un bleu sombre et un rouge bordeaux du plus bel effet. Celle-ci était dissimulée en partie à l’intérieur du gilet.

Stan remarqua que le garçon commençait à prendre ses marques. « Alors en fait, c’est moi qui ai décidé de transformer tes vêtements, puisque je me doutais bien qu’avec tout ça… » il désigna du regard le garçon dans son intégralité « … Tu aurais eu du mal à vivre avec des vêtements normaux. »

Si mes parents me voyaient comme ça, ils me trouveraient classe ! … Euh, non, vu que… Que… Un vent de panique s’empara du garçon. Il prit de nouveau le dieu par les épaules « Et comment je fais pour rentrer chez moi !? »

Le changement soudain de ton surprit le dieu. « Leo ?

Non, parce que c’est bien beau, mais je vais pas rentrer chez mes parents et dire ‘Hey salut, ça va ? Non parce que moi je suis un renard. Cool, non ?’ » Il commença à le secouer « Pourquoi est-ce que je suis un renard ? Qu’est-ce qu’il m’arrive !? »

Stan ne sut quoi répondre. Il regarda le garçon dans les yeux et vit le désespoir qui y était profondément ancré. Son protégé attendait une réponse et pendant presque une minute, les deux ex-hommes étaient bloqués dans la même position.

Puis Stan sentit un bâton le toucher à l’épaule de manière lente, mais répétée. Roulant des yeux, il se relâcha de l’emprise du garçon et se retourna vers le porteur du bâton, qui cette fois-ci était Johnson. « ÇA SUFFIT ! » Stan gifla l’air, mais atteignit son double, qui pourtant était situé à quatre mètres de lui. Le coup fut tellement fort que la victime fut projetée en direction de la porte, rattrapée in extremis par un Gaëlnor plus réactif que d’habitude.

Puis ce fut au tour de Stan de prendre un gifle. Le coup n’était pas bien puissant, mais le contact fut tellement surprenant qu’il en sursauta. Il se retourna en direction du coupable, qui s’avérait être Leo « Ça c’est pour tout à l’heure et pour malmener votre frère ! »

Stan répliqua avec une petite claque « Non mais oh ! Ça va bien, oui ? »

Puis le dieu félin s’en reprit une, cette fois-ci de la part d’Albert, qui tenait ses distances. « Hé oh ! On se calme ? »

Et le calme revint. Tout le monde regardait tout le monde, aussi bien d’incompréhension que de peur de recevoir une autre claque. Puis ils s’excusèrent tous en même temps.

Stan se retourna vers le garçon, puis lui dit calmement. « Je crois qu’il est l’heure des explications… » Il désigna ses doubles, et plus particulièrement Gaëlnor, qui était en train d’écrire ‘Bon, ça va être long… Quelqu’un veut du popcorn ?’ Le double n’eut pas le temps de réagir lorsque le dieu s’empara de la bulle de texte et le frappa avec. Elle se déchira et traversa le double, sous le regard surpris, amusé et terrifié de Leo.

Le chat s’éclaircit la gorge pour de nouveau attirer l’attention sur lui. « Mes ‘frères’ comme tu dis ne sont pas vraiment des frères, mais plus des doubles. Des… Accidents de parcours que tu as créé. » Les trois dieux furent choqués en cernant le ton avec lequel il avait dit cette phrase.

Leo leva un sourcil. « Moi ? Mais comment ?

Tu manipules le temps, non ? » Stan marqua une pause. « Sûrement que tu as déjà compris ce qui s’est passé.

Euh… » Leo se mit à réfléchir. Je peux ralentir, arrêter et… Remonter le temps ! « Oh.

Je vois que tu as compris et, en effet, à chaque fois que tu remontes le temps, tu créés deux embranchements dans le fleuve du temps.

Mais… Pourquoi est-ce qu’ils sont là ? Ne devraient-ils pas rester dans l’autre embranchement ? »

Gaëlnor réussit à se débarrasser de la bulle, puis leva le doigt pour intervenir. « Si je puis me permettre, je dois t’avouer que… » Il vit Stan se retourner. Il hésita. « Le second embranchement n’est pas, hum… » Le félin lui lança un regard meurtrier. Il n’avait pas intérêt à finir sa phrase… Qui lui échappa. « Vivable ? »

Johnson en profita pour rebondir, inconscient du danger qui planait sur lui. « Ce que Gaëlnor veut dire, c’est que le premier univers est plus ou moins détruit. »

Leo regarda les deux dieux avec des yeux ronds. Sa mâchoire commença à s’ouvrir. « Oui, enfin, pour être précis, toute forme de vie animale ou extraterrestre a été… remplacée par des léporidés… Des lapins si tu veux. » finit de préciser le double de Stan.

Si elle pouvait littéralement être décrochée, la mâchoire du garçon aurait très certainement traversé le plancher à l’écoute des paroles de Gaëlnor. « C’est… C’est une blague… » Il se tourna vers Stan, qui regardait ses doubles d’un air outré. « Non ?

Nope, et en plus ça arrive à chaque fois que tu remontes le temps. » Stan faisait des signes de plus en plus visibles pour forcer son double à se taire. Il regarda Leo, qui commença à regarder ses mains, tremblant.

Je… J’ai… « Détruit plusieurs univers ? Mes parents… » Des larmes commencèrent à monter sans qu’il ne le veuille.

Stan jeta un regard noir à ses doubles. « Si ça continue, je n’éprouverai aucun remords à vous tuer. Cassez-vous ! CASSEZ-VOUS IMMÉDIATEMENT !!! »

Gaëlnor jugea bon de peut être s’éclipser avant de dire quelque chose d’encore plus stupide. Il sortit par la porte du couloir, Johnson et Albert le suivant sans dire un mot.

La porte se refermant, Stan prit Leo dans ses bras. Ses tremblements étaient violents et incontrôlables. « Ce n’est rien, ne t’inquiètes pas. » tenta de dire le chat, lui-même peu convaincu de la force de ses paroles.

La voix presque inaudible, le garçon demanda « Pourquoi… ? Pourquoi est-ce que ça m’arrive ? J’ai tué… » Les larmes étouffèrent ses derniers mots.

Stan le serra plus fort, dans le silence le plus total. Au bout de trente secondes, il lui dit d’une voix douce et réconfortante « C’est… La réponse de l’Univers pour éviter à tes parents de te perdre. Tu disparais d’un univers sans explication. Comment est-ce qu’ils prendraient la disparition définitive de leur fils ? Sans même un au revoir ? »

Leo envisagea la situation, puis laissa s’échapper un cri de douleur. Stan continua de le serrer dans ses bras. « Vas-y. Pleure. Ça ira mieux. Là, là… » Ses tremblements diminuèrent petit à petit. Stan lui fit une petite tape sur l’épaule « C’est bien. » Puis après une dizaine de secondes, il regarda le garçon dans les yeux « Ça va mieux, maintenant ? » Leo hocha de la tête, reniflant. « En tout cas, rassures-toi, tu n’as tué personne » à priori.

Le dieu recula un peu, puis fit apparaître un mouchoir, qu’il donna au garçon. Celui-ci l’utilisa sans se faire prier, même s’il avait du mal à se faire à son museau.

Après utilisation, Stan le fit disparaître sans le prendre dans ses mains.

Leo reprit ses esprits, puis posa la première question qui traversa son esprit « Pourquoi est-ce que je suis devenu un renard ? »

Le chat observa le garçon, puis haussant les épaules « Je ne sais pas vraiment. Peut être est-ce ton animal-totem ou quelque chose dans le genre. Franchement, je sais pas. Ce que je sais par contre, c’est que tu ne l’es malheureusement pas devenu que depuis tout à l’heure… »

Leo fronça les sourcils, inquiet « Comment ça ? »

Stan lui tourna le dos, puis, observant la fenêtre, dit hésitant « Tu te souviens du jour du Passage ? »

Le garçon n’aima pas la direction dans laquelle cette conversation allait « Euh… Non. Vous m’avez juste raconté ce qu’il s’est passé. »

Le dieu continua de regarder le garçon depuis le reflet de la fenêtre, puis, baissant la tête « Eh bien en fait… Encore une fois je ne t’ai pas tout dit. » Le silence du garçon le poussa à continuer « Le rituel s’est mal passé. Très mal passé. » Il se retourna « Tu as ta montre à gousset avec toi ? »

Leo fut surpris pas la question « Hein ? Euh… Oui. » Il fouilla sa poche de veste et la sortit. « Elle est là.

Ouvre-la. » Le garçon s’exécuta. « Tu vois les trois segments sur la montre ?

Euh, oui, bien entendu.

Sais-tu ce qui se passe quand tu utilises ta magie ? »

Le garçon connaissait la suite. « Je… Je me transforme en monstre. » déclara-t-il dépité.

Stan grimaça. « Pas non plus en monstre. Tout simplement en renard. La forme que tu as là est… Comment pourrait-on dire ? Ta… Forme Intermédiaire. Tu imagines bien que cela n’est pas normal, et malheureusement, il y a une triste vérité derrière tout cela : en accomplissant le rituel de Passage dans ton état, l’impureté en toi était ressortie et commençait à te ronger. Ton… humanité peu à peu disparaissait. Et si ce n’était pas pour moi, tu ne serais plus de ce monde… »

Une vague d’incompréhension secoua le garçon. « Vous m’avez sauvé ? »

Le chat se mit à sourire « En effet. T’extraire de cette manifestation de ton impureté n’a pas été une mince affaire, et je n’y suis pas parvenu sans y donner de ma personne. Tu vois les gants que je portais et le long manteau ? C’était pour cacher ça. » Il lui montra ses mains ainsi que la queue qui fendait gracieusement l’air derrière son dos.

Leo ne sut comment prendre la nouvelle « Je… Pfffou… Et donc je ne suis plus un humain ? »

Stan regarda brièvement le plafond « Au début, quand je t’ai extirpé du nuage noir, je le croyais encore, puisque tu étais ressorti comme tu étais juste avant… Ce n’est que quand je t’ai vu utiliser tes pouvoirs pour la première fois que j’ai compris ce qu’il se passait…

Et pourquoi ne m’avez-vous rien dit ? » La question de Leo fendit l’air, non sans prendre le dieu au dépourvu.

« J’aurais pu te le dire, oui. Mais je voulais d’abord te mettre à l’épreuve. Tu es la première personne que je fais Passer. Il faut bien que je mène des… expériences sociologiques sur l’utilisation de pouvoirs surnaturels sur des personnes qui y sont étrangères. »

Le garçon prit mal la remarque. Il déclara, d’un air boudeur « En attendant, vous auriez pu me le dire directement, comme ça je n’aurais pas fait ce pour quoi vous venez de me punir… »

Une opportunité pareille pour changer le sujet et améliorer plus ou moins directement l’humeur de Leo n’aurait pas pu se présenter de plus belle manière. Le sourire de Stan ne pouvait être plus large. Il dit, d’un air mesquin. « Ah ben tiens, la punition ! Faut que l’on en parle de ça, tu fais bien de me le rappeler mon garçon ! »

Et merde… Leo regarda dans toutes les directions. Il venait de tomber dans un piège grossier. « Oui boh, vous savez, on peut éviter le sujet hein. Vous ne voudriez pas plutôt me redonner mes pouvoirs, que je redevienne normal et que je continue ma vie ? »

Un éclat de malice brilla dans l’œil du félin. « Tu n’avais pas dit tout à l’heure que ta décision était finale ? Ce serait dommage de rater une opportunité de te racheter et de devenir définitivement pur ! »

Leo ravala sa salive. Il venait de se faire avoir de bien belle manière et ne put que s’avouer vaincu. Soupirant, il demanda « Bon… Vous m’avez bien eu. Errrrm… Qu’est-ce que je dois faire pour me racheter ? »

La flamme de la malice dans l’œil du félin y était tellement brillante qu’elle aurait pu déclencher un feu de forêt « Mon garçon, si tu veux te racheter, il va te falloir sauver Loutre-Monde ! »

La tête du garçon bascula sur le côté. « L’autre… Monde ? » Puis il réalisa ce qu’il venait de dire « Quoi !? Ah non non non ! Pas question de mourir ! Je suis trop jeune pour ça !!! »

Stan lui colla une petite tape sur le museau, ce qui le fit sursauter et pousser un petit couinement. « Mais non, bougre d’âne ! Loutre-Monde. »

Leo se frotta là où il fut agressé « Vous voulez pas plutôt dire l’autre monde ? »

Stan soupira. Il invoqua une bulle de texte, où il y fut écrit dans un français joliment écrit. ‘Tu vas sauver Loutre-Monde ! L-O-U-T-R-E M-O-N-D-E !!!’

Leo lâcha un long ‘oooooh’ de compréhension, suivi d’un ‘oh’ interrogatif. « Vous êtes sûr que vous ne vous êtes pas trompé de… » Il vit le regard impatient du chat. « Nononon, je n’ai rien dit. Mais… Vous êtes sérieux avec les…

Absolument.

Non parce que…

Leo. » Son ton fut celui de l’homme excédé, mais qui faisait tout ce qui lui est divinement possible pour le dissimuler. Le garçon ne tenta pas d’objecter plus que ça. « J’ai choisi ce monde, puisque si on se fie à l’état dans lequel tu es, tu n’as pas trop d’options, n’est-ce pas ? »

Le dieu avait un point. Il n’allait pas juste revenir à la rue Sainte-Catherine, effrayer une bonne partie de la population et attirer un peu trop positivement l’attention de l’autre2. « C’est… Pas faux. » Puis après une petite pause, le jeune renard demanda. « Eeeet… je suis censé faire quoi exactement ? »

Stan laissa s’échapper un petit rire « Comme si j’allais te le dire ! C’est à toi de le découvrir mon garçon, quitte à ce que cela te prenne du temps ! »

Cette dernière phrase ne manqua pas de faire réagir le garçon « Mais… Et mon monde ? Qu’est-ce qu’il va se passer ? »

Stan avait visiblement pensé à cette question, puisqu’il ne prit même pas le temps de réfléchir. « Ne t’inquiètes pas pour ça, le temps sera figé ici. Tu reviendras dans ton monde comme si rien ne s’était passé, à cela près que tu seras en mesure de le sauver grâce à ta pureté ! »

Cela rassura Leo, qui ne manqua pas de le montrer en soupirant légèrement. Il laissa son enthousiasme reprendre le dessus. « Bon, bah on y va ? On n’a pas que ça à faire ! »

Stan fut pris d’un rire franc « Allons-y alors ! Partons à l’aventure ! »

***

« Mais d’abord, il me faut te donner quelque chose de très important ! » Stan était sur le point d’ouvrir la porte menant au couloir divin, lorsqu’il se rappela qu’il avait oublié quelque chose.

Le dieu se retourna vers le garçon qui l’avait suivi et dit, les mains derrière le dos. « Vois-tu, je ne suis pas en droit d’aider directement les personnes dont je m’occupe, et encore moins lorsqu’elles sont punies… Cependant, vu que la punition n’a pas officiellement commencé et que je ne t’ai pas laissé le temps de faire tes affaires – qui de toutes façons, ne t’iraient pas vu l’état dans lequel tu es maintenant – j’ai décidé de te faire un petit cadeau. Ferme les yeux. »

Leo s’exécuta. Le dieu claqua des doigts, fit apparaître quelque chose dans son dos, puis tendit le bras en avant avec l’objet en main. « C’est bon, tu peux les ouvrir ! »

Le jeune renard ouvrit les yeux et aperçut une valise en cuir. Rectangulaire et d’apparence rigide, elle avait une solide poignée et n’était pas bien grande – une cinquantaine de centimètres de longueur, une trentaine en hauteur et une quinzaine en profondeur. C’était une valise tout ce qu’il y avait de plus ordinaire, à l’exception de vieux autocollants de formes diverses délavées. Probablement une lubie qu’avait eue le dieu en invoquant l’objet. « Oh ! Merci, c’est plutôt cool ! »

Leo la prit de la main du dieu, qui se mit à sourire. « Et encore, tu n’en as pas vu l’intérieur ! C’est là que c’est encore plus… Cool. »

Leo s’agenouilla et posa l’objet à plat sur le sol. Il l’ouvrit. Elle ne contenait rien : pas d’objet et encore moins de fond. Leo n’y vit rien d’autre que le noir complet. « Huh ? Ce ne serait pas comme celle que…

Oui oui, elle est comme la mienne. Elle n’a pas de fond. Mais, et c’est là que c’est cool : tu peux invoquer n’importe quoi, et ça apparaîtra ! »

Leo regarda le chat noir avec des yeux ronds. « Tout ce que je veux ? »

Stan fut pris d’un doute « Euh… Oui ? Tout ce que tu veux ? » Un très mauvais pressentiment le traversa.

« Oh, génial ! » Leo regarda ses vêtements. Il manque quelque chose. Il plongea sa main dans la valise et en sortit un chapeau trilby noir au ruban gris foncé. Il le mit sur sa tête sous le regard curieux de Stan, puis se leva pour se regarder dans le miroir. Malgré ses oreilles désormais placées au dessus du crâne, il n’eut pas trop de mal à le mettre. Le chapeau resta solidement ancré entre les deux oreilles grâce aux trous spécifiquement placés et le résultat était plutôt classe. Maaaais il manque encore un truc…

Le garçon se baissa de nouveau en direction de la valise, puis en sortit sous le regard horrifié du dieu un pistolet mitrailleur Thompson type années 30. Il se releva, se regarda de nouveau dans la glace et prit la pose avec son nouveau jouet. Aaaah, là ça le fait ! Il se retourna vers le chat, toujours prenant la pose, puis dit « On dirait un vrai gangster, là, non ? »

Stan regarda le garçon avec confusion, fascination, exaspération et le sentiment que sa rédemption allait mettre du temps à arriver… Beaucoup de temps. « On… Oui, c’est vrai. Une jolie pose pour la bande-annonce ou pour le poster d’un film ! »

Leo se mit à sourire bêtement « Mais si tu pouvais ranger ça tout de suite, ça me rassurerait pas mal. » lui suggéra gentiment le dieu.

Le garçon s’exécuta en rigolant, non mécontent d’avoir fait son petit numéro. Il déposa aussi son chapeau, n’en voyant pas d’utilité. Lorsqu’il referma la valise, Stan, toujours confus, dit « Je… Crois que je vais éviter de te donner trop de pouvoir pour cette aventure. On va se limiter à l’apparition de vêtements, de vivres et des objets que tu auras récolté en cours de route, d’accord ? » Leo grimaça et fit rouler ses yeux, mais accepta. Il est vrai qu’être en possession d’un tel objet aurait ruiné tout élément de tension si jamais son potentiel avait été entièrement conservé. Stan claqua des doigts, mais rien de visible ne se passa. « C’est fait. D’ailleurs, il faut que tu saches que tu seras en mesure de la faire apparaître et disparaître d’un simple claquement de doigts. Vu où tu vas, ce serait bête que tu aies à te balader avec une valise à la main tout le temps, non ? »

Leo reconnut que ça aurait été quelque peu embêtant. « C’est sûr. » Puis il claqua des doigts pour voir si cela fonctionnait. Et en effet, la valise disparut. Leo claqua ensuite deux fois des doigts pour s’assurer que cela fonctionnait correctement. La valise apparut et disparut de nouveau. « Très pratique !

En effet ! Bon, maintenant que ton spectacle de castagnettes est terminé, je pense que l’on est prêts à sortir. Il serait temps ! »

***

Les trois doubles de Stan étaient collés à la porte. Ils tentaient d’écouter ce qui se passait à l’intérieur de leurs appartements. ‘Vous entendez quelque chose ?’ écrivit Johnson dans une petite bulle qu’il fit passer devant les yeux de ses confrères. ‘Non :/’ lui répondit Gaëlnor. Puis ils entendirent la poignée de la porte tourner. Précipitamment, tous trois tentèrent de reculer, mais connurent avec plus ou moins de chance les joies d’un objet en bois poussé avec une force et une rapidité un peu trop forte contre un nez qui dépasserait. « Saleté de… » Stan poussa avec un peu plus de force. Cette porte était bien trop résistante.

« Aïeaïeaïeaïeaïe aaaahrête ! » trois voix s’élevaient de l’autre côté de la porte. Stan leva les yeux vers le ciel en soupirant, puis la tira légèrement vers lui, suffisamment pour laisser à ses collègues le temps de soupirer. « Aaah, mer… » Puis il la poussa violemment, frappant les trois dieux avec une telle force qu’ils basculèrent en arrière.

Stan sortit de chez lui, suivi par un Leo choqué de voir un tel déchaînement de violence. Le chat noir fit le tour de la porte et vit ses collègues couchés par terre se tordant de douleur et se prenant le visage dans les mains. Énervé, le félon félin leur dit « Ne vous a-t-on jamais appris à ne pas écouter aux portes ? » puis, se délectant de la situation, il ajouta « Un accident est si vite arrivé… C’est ballot que ça ait été le cas aujourd’hui, non ? »

Ses trois victimes utilisèrent leurs pouvoirs pour se soigner, puis se levèrent, le regard énervé, mais quelque peu coupable. « Et que cela vous serve de leçon pour tout à l’heure et pour maintenant. » Stan se retourna et regarda le garçon, qui souriait bêtement. « Cela vaut pour toi aussi, mon garçon. » L’amusement du jeune renard disparut presque instantanément. Il hocha la tête. « Bon… Je vais emmener ce jeune homme dans Loutre-Monde. Albert, tâche à bien t’occuper de mon domaine tant que je suis absent. »

Johnson et Gaëlnor levèrent tous deux un sourcil. « Et nous alors ? » demandèrent-ils en chœur.

Stan leur répondit sèchement, mais directement. « Vous, vous êtes libres de faire ce que vous voulez désormais. Partez explorer le Multivers ensemble ou séparément ou bien restez plantés ici, peu m’importe. Je ne veux pas que vous soyez tous les trois réunis. Vous vous influencez de manière un peu trop négative à mon goût et surtout vous allez contaminer le pauvre Albert si ça continue… »

Albert s’inclina devant son aîné. « Je m’attellerai à ma tâche sans faillir… Par contre je demande à ce que je puisse partir explorer le Multivers une fois que tu seras rentré. »

Stan s’attendait à une telle réponse de la part d’un double qui n’avait pas encore eu le temps d’être totalement corrompu par la graine de la crétinerie. « Bien entendu. Sachez que désormais je suivrai Leo dans toutes ses aventures. Il a été sous ma responsabilité depuis le début et je ne tiens pas à rater une seule miette de ce qu’il peut faire. Donc à l’avenir, à chaque fois qu’il détruira un univers – je ne t’en voudrai jamais, mon garçon – je prendrai vos futurs appartements et vous laisserai libres de faire ce que vous voulez. Me suis-je bien fait comprendre ? »

Tout le monde lâcha un ‘Oui chef !’ en même temps, y compris Leo, qui, malgré l’évocation de ses exploits involontaires de super-méchant du dimanche, préférait savoir que ce Stan-là le suivrait jusqu’au bout. « Bien ! Maintenant, rompez ! » puis, regardant son protégé, il déclara, souriant « Nous avons une grande aventure qui nous attend ! »

Les talons des trois dieux claquèrent en même temps et tous firent un salut militaire, un éclat malicieux et respectueux dans le regard. Gaëlnor et Johnson se retournèrent et marchèrent ensemble le long du couloir en discutant, tandis qu’Albert se dirigea vers la porte de ses quartiers « J’attends le récit de vos aventures avec impatience ! » Il l’ouvrit et entra.

Lorsque la porte fut fermée, Stan se retourna vers Leo, puis lui dit « Bon, ça c’est fait ! Maintenant, il faut y aller ! » Il claqua des doigts et fit apparaître un tandem. « Et maintenant tu pédales ! »

***

Si ce n’était pas pour deux énergumènes faisant du vélo – bon ok, techniquement, un énergumène, l’autre étant confortablement assis derrière et ne faisant rien – le couloir divin aurait été un lieu calme où les dieux déambuleraient tranquillement, dans un calme quasi-religieux.

Leo pédalait péniblement pendant deux minutes, voyant les portes défiler, mais jamais le bout du couloir. Il se retourna et, si il enlevait de son champ de vision le gros chat noir qui avait les mains derrière la tête, ne vit pas d’autre bout non plus. « Où est-on exactement ? Pourquoi est-ce que… ça n’en finit pas ? On est bientôt arrivés ? »

Stan lui fit signe de regarder où il allait puis dit « Cesse de geindre donc et rend service au vieil homme que je suis, ça devrait peut être te faire gagner des points de pureté ! »

Leo ne se retourna pas pour revoir son aîné. « Vous, vieux ? Et puis quoi encore ? Vous avez la trentaine… Bon ok, probablement plus, mais vous n’en avez pas l’air. Au moins suffisamment pour faire du vélo ! »

Stan colla une petite tape sur une des oreilles dégagées du jeune renard « Silence ! Autant ça me flatte que tu me dises que je suis jeune, autant ce n’est pas une façon correcte de s’adresser à un dieu !

Roh l’autre, tout de suite à sortir la carte de la divinité ! Je me souviens bien que vous ne vous déclariez pas comme tel quand on s’est rencontrés la première fois ! » Puis, après avoir repris son souffle « Ou du moins la première fois dont je me souvienne…

Mais quelle mémoire sélective tu as là ! N’oublie pas de pédaler surtout, ça te fera les jambes et ça oxygénera ton cerveau ! Tu pourras te souvenir de tout comme ça ! » le ton de Stan était grossièrement exagéré

Pendant deux minutes il n’y eut rien d’autre que du silence. Leo fulminait dans son coin tandis que le dieu se la coulait douce derrière, lisant un livre. Puis, ils croisèrent un dieu qui passait par là « Salut Stan ! »

Le félin ne prit pas le temps de détourner son regard du livre. Il fit un simple geste de la main. « Désolé Manu, on n’a pas le temps, on doit filer ! » Le garçon continua de pédaler, laissant le dieu une quinzaine de mètres derrière. Puis, se rendant compte de ce qu’il venait de croiser, Leo fit un signe choqué en pointant du doigt ce qu’il venait de voir. « Boh, ne t’inquiètes pas. On se reparlera une autre fois ! » répondit Stan, le nez plongé dans sa lecture.

Les portes continuaient à défiler. Marrons, noires, blanches, roses, rouges, Leo en vit de toutes les couleurs. À quoi cela rimait-il ? Leo reposa sa question « On est où au fait ? Dans une sorte de couloir dimensionnel ? »

Stan hocha lentement la tête de droite à gauche « On peut dire ça, moui. Disons que c’est un couloir qui débouche sur toutes les possibilités que le Multivers peut permettre… Autrement dit une infinité. »

Leo regarda de nouveau les portes qui défilaient « Ça veut dire qu’il y a vraiment une infinité d’univers ?

Effectivement.

Mais… Pourquoi avoir choisi Loutre-Monde ? Est-ce qu’il s’agit d’un monde uniquement composé de loutres ? Pourquoi pas le Renard-Monde ? J’aurais au moins eu ma place là-bas. »

Stan leva un sourcil. « D’une, si ça avait été le ‘Renard-Monde’, tu te serais noyé dans la masse – et ne t’inquiètes pas que j’ai regardé, ça n’avait pas l’air bien intéressant. De deux, non, il n’y a pas que des loutres. Il y a aussi des chiens, des chats, des castors, des lapins et apparemment des lions et des suricates, même si je n’en ai pas encore vu. Non, en fait, j’appelle ce monde Loutre-Monde, puisque ça fait joli sur l’affiche et ça faisait un jeu de mots pas piqué des hannetons. » Le visage de Leo se décomposa. « Et de trois, j’ai choisi ce monde car il n’est pas trop éloigné du notre en matière de civilisation. Je n’allais pas non plus te propulser dans un univers où tu ne comprendrais pas comment n’importe quelle chose fonctionnerait quand même. Et en plus vu comment tu as adopté mon style aussi rapidement, je me suis dit qu’un monde qui plaît à mes goûts te plairait aussi.

Donc un monde proche du nôtre… Mais avec des loutres.

Mais avec des loutres, ouip. »

Leo soupira et vit l’expression satisfaite du dieu. « Ok… Mais ils parlent français ou anglais ? Je vais pouvoir les comprendre au moins, non ? »

Stan fit un petit sourire « Ah ça, ce n’est pas un problème : quand tu t’étais évanoui, j’en ai profité pour faire quelques… Modifications sur ton cerveau. »

Leo freina brutalement, surprenant Stan, qui regretta immédiatement cette tournure de phrase. Le garçon se retourna vers le dieu, l’air paniqué « Quoi !? Mais que m’avez-vous fait !? »

Stan mit ses mains devant lui et prit un air gêné. « Oh nonononon ce n’est pas ce que tu crois ! Calme-toi tout de suite, je me suis mal exprimé ! Non, ce que je voulais dire, c’est que j’ai débloqué la partie de ton cerveau qui te permet d’utiliser le Multilingue et aussi de comprendre n’importe quel dialecte. Tu dis une phrase en français et elle sera inconsciemment traduite dans la langue de ton interlocuteur. Pratique non ? »

Leo regarda le dieu d’un air confus, mais confiant. « Oh. » Parler et comprendre toutes les langues… Le renard sourit. « Ça, ça va m’être bien pratique ! Merci Stan !

Mais il n’y a pas de quoi ! Faut bien que tu aies suffisamment d’outils pour mener à bien ta quête, autrement tu ne seras pas en mesure de faire grand chose. Et crois-moi, tu n’aurais pas l’air bien malin si je ne t’y avais pas préparé… Enfin… On reprend ? On est bientôt arrivés en plus ! »

Leo recommença à pédaler. Le reste du trajet se fit en silence et, quelques minutes plus tard « C’est bon stop. On y est ! »

Leo freina immédiatement. Tous deux descendirent du vélo, puis Stan le fit disparaître. Ils se dirigèrent vers la porte noire. « C’est celle-là ? » demanda le garçon.

Stan s’en rapprocha, puis dit « En effet, c’est celle-là ! Tu es prêt à rencontrer le maître des lieux ? »

Leo hocha de la tête, puis le dieu frappa d’un petit rythme en six coups. Ils attendirent une minute avant que la porte ne s’ouvre.

***

À la grande surprise du garçon, le maître des lieux n’était pas une loutre, mais un furet au poil sombre et au costume marron. « Hey, mais ce n’est pas une loutre ! » Pensa-t-il à voix haute.

Stan se retourna, choqué « Leo ! Comment oses-tu !? »

Leo regarda le chat et le furet d’un air embarrassé, puis, baissant la tête, il lâcha un petit « Désolé… »

Le furet avait gardé la porte entrouverte et était resté dans l’encadrement de la porte « Euh… Bonjour ? »

Stan se retourna vers son ami et s’inclina « Rebonjour. Toutes mes excuses pour cet incident. Il ne l’a probablement pas fait exprès. Cet… Univers est nouveau pour lui. » Il tourna son regard de nouveau vers le garçon, une certaine once de fureur brillant dans les yeux. Le jeune renard ne manqua pas de baisser la tête encore plus.

Le furet leur adressa un sourire gêné. « Ce… C’est pas grave. Je comprends. On a tous connu ça ici au moins une fois, non ? » Puis, après un bref silence, il ouvrit grand la porte « Entrez, je vous en prie. On va discuter de ça tranquillement. »

Stan inclina poliment la tête et entra, suivi de près par Leo, qui fut arrêté net par leur hôte, qui lui tendit une main blanche « Edgar Bright. »

Leo vit le regard enthousiaste du furet et lui serra la main « Leo… Leo Davis.

Enchanté Leo. » Edgar posa sa main sur l’épaule du garçon, ce qui ne manqua pas de le faire sursauter. « Ne t’inquiètes pas, tu vas te sentir bien ici, détends-toi. » Il laissa passer le garçon puis referma la porte derrière lui.

Leo arriva dans la pièce principale : bien plus éclairée que celle de Stan, elle était remplie de maquettes en tous genres et de bibelots. Reproductions de dirigeables, globe terrestre, carte du monde collée au mur… Le garçon avait l’impression de se retrouver chez un vieil antiquaire, au beau milieu d’un chaos organisé. Tout lui semblait étranger, mais à la fois tellement familier. La plupart des objets retrouvés là auraient bien eu leur place dans un débarras ou un musée de son propre monde. Une lumière naturelle semblait passer à travers les fenêtres situées de part et d’autres de la porte menant à la sortie, ce qui semblait plutôt étrange, car de là où il était, Leo ne voyait que des rochers et une vague forme arrondie en toile.

Le garçon tourna la tête vers sa gauche et remarqua une bibliothèque encore plus grande que celle de Stan. Certains livres dépassaient des étagères, semblant sur le point de tomber, tandis que quelques uns, moins chanceux, gisaient déjà par terre, en partie ouverts.

Gentiment poussé par son hôte, Leo avança au centre de la pièce et constata que la forme à l’extérieur semblait joyeusement ballotter au gré du vent. Curieux, il voulut se rapprocher de la fenêtre. Stan commença à bouger pour objecter, mais fut interrompu par Edgar, qui lui fit signe de le laisser faire.

Le garçon arriva devant la fenêtre et vit avec émerveillement que la forme qui l’intriguait autant n’était autre que celle d’un dirigeable. Stationné à une cinquantaine de mètres de là, il était solidement amarré à un pic immense planté dans le sol. L’appareil semblait mesurer une quinzaine de mètres de long et avait une cabine directement attachée au reste de la structure. Le museau collé à la vitre, Leo observa les alentours et constata que le sol rocheux laissait place à un immense lac.

En regardant de plus près, il semblait que la maison était située sur un petit îlot , mais plus curieux encore étaient les étranges falaises incurvées vers le haut s’élevant à une cinquantaine de mètres de hauteur. Puis, tentant d’observer le ciel, le jeune renard remarqua une étrange lueur violette partant du sommet de la falaise au loin, teintant subtilement le ciel bleu.

Leo se retourna et vit les deux dieux le regarder d’un air amusé. « Je sens qu’il va se plaire ! » déclara joyeusement Edgar.

« Je le pense aussi. » Ajouta Stan, qui semblait content d’avoir bien choisi sa destination.

Le furet au costume marron invita le garçon à s’asseoir sur un fauteuil en cuir placé au centre de la pièce. Leo accepta l’invitation et fut surpris de sentir que ce fauteuil non seulement était plus confortable que celui des appartements de Stan, mais qu’en plus il pouvait éviter de s’asseoir sur sa queue grâce à un trou judicieusement placé à l’arrière. « Alors… Dites-moi tout. Qu’est-ce que ce garçon a fait pour mériter d’être envoyé ici ? Vous m’en aviez parlé il y a deux mois, mais j’ai oublié. » Edgar fit un clin d’œil complice au garçon, qui semblait gêné de devoir une nouvelle fois être confronté à ses erreurs.

Stan prit la parole « Pour faire simple : comme vous le savez, j’ai tenté un Passage avec lui et ça a en partie raté. Il a reçu de jolis pouvoirs, mais y a perdu son humanité. De plus, il a utilisé lesdits pouvoirs pour s’aider au détriment du reste de l’Humanité, chose que je ne tolère pas. Mais vu que j’ai envie de lui accorder une seconde chance et que je veux tenter de le libérer de cette malédiction, j’ai voulu trouver un monde qui lui soit adapté pour qu’il fasse suffisamment de bien pour devenir pur. »

Edgar fut fasciné par la détermination de son ami « Vous tenez vraiment à ce garçon… Je trouve ça fantastique ! Vraiment. Par contre, vous savez tout aussi bien que moi que Dyisia n’offre pas grand chose en matière d’activités… purificatrices. »

Stan leva la main « Boh, ne vous inquiétez pas, je pense qu’aider les Edelson sera déjà quelque chose de bénéfique… » Son expression et celle du furet s’assombrirent. « Au pire, Leo pourra aider l’une des communautés à vivre en aidant la population dans leurs tâches journalières. Il y a tellement à faire et tellement de possibilités d’entre-aide que je ne pense pas qu’il y aura de soucis particuliers. Pas besoin d’aller dans les autres pays. »

Leo regarda Stan, inquiet. Il va falloir que je travaille ? Erf… « Oui Leo, il va falloir que tu travailles, mais c’est pour le bien de tous. Et non, avant que tu ne me le demandes, je ne lis pas dans tes pensées. C’est juste que même un aigle royal pourrait le voir sur ton visage à 3km d’ici. » Les oreilles de Leo bougèrent rapidement puis se couchèrent sur le côté lorsque le dieu rajouta « Et non, pas de protestation. »

Ce fut suffisant pour Edgar pour rire. « Ne t’inquiètes pas Leo. Comme tu le verras très rapidement, les gens sur cette île sont adorables. Ils t’accueilleront à bras ouverts à partir du moment où tu te mettras à sourire. En plus, le travail là-bas n’est pas des plus demandant, étant donné que tout le monde aide tout le monde. Le seul danger que je vois, c’est que tu ne veuilles plus quitter cette île qu’est Dyisia tellement tu te sentirais bien. » Le dieu fit un sourire faussement malicieux.

Leo ne put s’empêcher de sourire à son tour. Les paroles du dieu l’avaient suffisamment réconforté pour qu’il puisse se sentir prêt à partir à l’aventure.

Stan se leva. « Bon eh bien on va peut être y aller alors. Converser, c’est spoiler ! »

Edgar se leva à son tour « Je ne peux qu’approuver. On est prêt ? On va prendre le dirigeable si vous voulez… »

Dirigeable ? Ce mot résonna dans la tête de Leo, qui le fit se lever instantanément. Passant devant tout le monde, il se posta devant la porte. Il déclara, souriant « Si seulement mes parents savaient dans quoi je m’embarque ! »

Leo ouvrit la porte… Puis fut propulsé à une dizaine de mètres dans les airs. Puis une vingtaine. Puis suffisamment pour passer par delà le sommet de la butte et disparaître lentement vers l’horizon dans une traînée violacée.

Stan se précipita vers l’encadrement de la porte, Edgar le suivant juste derrière « Oh mince… J’avais oublié ce petit détail. »

Stan se retourna vers le furet, les yeux ronds « Mais qu’est-ce qu’il vient de ce passer !? Quel petit détail ? »

L’embarras se lisait bien sur le visage de l’hôte « Eh bien… Tu sais déjà que pour empêcher aux intrus de venir me voir sans être mort, j’ai créé une barrière au sommet du volcan qui repousse les êtres vivants… Mais vu que Leo était au centre, j’imagine que la force de la barrière était telle qu’elle l’a propulsé bien trop loin. »

Stan comprit ce que le dieu voulut dire, mais eut peine à le croire « Mais une telle chute va le tuer ! C’est une catastrophe !

Boh, non. J’ai créé la barrière de sorte à ce qu’elle empêche aux gens de se faire mal s’ils sont repoussés un peu trop violemment. Du moment qu’il ne touche pas le sol, Leo est en sécurité… Il n’est pas cardiaque j’espère ?

Euh, non ?

Bon bah il aura juste la peur de sa vie. » Il regarda au loin le garçon, devenu une espèce de comète violette. « Et vu où il va, il devrait atterrir à Lutricia. C’est là où tu voulais aller, non ? »

Stan se retourna et vit le garçon lentement finir son ascension. « Oh. Bon bah ça va alors. Il aura juste à se débrouiller seul le temps que l’on arrive. Mais pourquoi tu n’as rien précisé, bougre d’andouille !? »

Edgar haussa les épaules. « J’ai oublié, dude. »

Stan grogna, puis se tourna. Les deux dieux restèrent dans l’encadrement de la porte, observant le renard volant amorcer sa descente. Stan observa le spectacle, la main posée sur le front « Il vole plutôt bien.

En effet… Bizarrement, il me rappelle un de mes fils, comme ça… » Puis, lorsque le garçon disparut de leur champ de vision. « Bon, on y va ?

Vaudrait mieux. Le voyage va durer un peu de temps. »

Les deux dieux s’avancèrent tranquillement en direction du dirigeable stationné à l’extérieur. Une fois embarqués, ils partirent lentement, mais sûrement, à la recherche du garçon envolé.

Fin du Tome 1 !

Tome 2 : Chapitre 6.1

1Si seulement il savait…

D’ailleurs, retour à la réalité véritable : ne tapez jamais « fan art Leo Davis » sur Google. Jamais. S’il vous plaît. Non pas qu’il en existe ou non, là n’est pas la question, mais si jamais il y en a, activez immédiatement « Recherche sécurisée », parce que connaissant Internet, je sais d’ores et déjà qu’il y aura des œuvres de fan déconseillées à un public pur et innocent sans que je n’y consente… Donc si jamais vous cherchez des fan arts de Leo, Stan et la tonne de personnages à venir (spoilers ?), passez plutôt par des pages que je superviserai sur les réseaux sociaux ou quoi. Là-bas je ferai en sorte que les dessins qui y seront postés soient appropriés pour tous les publics.

2Et par ça, j’entends bien évidemment les scientifiques et non les dessinateurs de fan arts que j’ai évoqué un peu plus tôt… Ahem.

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