Les Chroniques de Loutre-Monde – Eastern Tails : Épisode 1

Imaginez un vaste champ éclairé par la pleine lune. Au loin, le faible bruit de criquets venus profiter de cette chaude nuit d’été pour encourager de leur chant mélodieux les deux fiers guerriers se faisant face.

L’un est un hundini portant un long kimono crème allant jusqu’aux hanches, complété par un pantalon ample. Son jeune visage et ses yeux sombres témoignent d’une immense confiance. Ses cheveux bruns et courts ainsi que les quatre touffes de poils blonds foncé faisant le prolongement de son court museau reflètent la fougue qui l’anime. Sa puissante main gauche est posée sur la poignée de sa lame, prête à être dégainée.

jun-kazehiko

L’autre combattant est… Aussi un hundini. Lui aussi porte un kimono de la même couleur, à ceci près qu’il arbore au niveau du cœur l’emblème de son école : trois lignes ondulantes en dessous de ce qui semble être un croissant de lune. Pourquoi donc ce motif ? Nul ne le sait. Ce qui est sûr, c’est que son visage laisse paraître une quiétude d’esprit qui contraste fortement avec son rival. Son court museau connaît lui aussi un prolongement menant à huit petites touffes de poils d’un blond plus clair. Plus pur. Ses cheveux, plus courts, tout aussi ébouriffés et grisonnants témoignent d’une fougue passée il y a bien des années. De ses yeux clairs dissimulés par une paire de lunettes ovales, il observe calmement le comportement de son adversaire. Sa main droite, elle, n’est pas encore posée sur son sabre.

Les deux hundinis s’observent. Un nuage s’est interposé sur le chemin de l’astre lunaire, recouvrant de ténèbres ce vaste pré. Au moment où la lumière reviendra, un des deux guerriers aura remporté ce duel.

Dans le plus grand des calmes, ils attendent. Le jeune hundini jette un coup d’œil furtif au ciel. Bientôt. Il respire un grand coup. Le vieil homme, lui, attend patiemment.

Le nuage passe. La lumière s’écoule sur le pré, et soudain, le jeune homme se met à courir. Le vieil homme en fait de même, posant enfin sa main sur le pommeau de son sabre.

Le jeune homme, lui, a déjà commencé à dégainer.

Et alors qu’ils ne sont plus qu’à quelques mètres l’un de l’autre et que le vieil homme est enfin sur le point de sortir son arme, un caillou rencontre la sandale du jeune hundini, qui trébuche et s’écrase lamentablement au sol.

Pendant quelques longues secondes, il ne se passe plus rien. On ne peut qu’entendre le bruit du vent.

« Ooooooow… »

Le vieil hundini se rapproche du jeune. « Ça va, Jun ? »

Le jeune hundini reste au sol, se sentant humilié. « Oui, P’pa… Ooooooow… »

Il est des histoires qui commencent sur des hauts faits marquant. Des scènes d’anthologie. L’histoire qui suit n’ouvre peut-être pas sur la plus épique des confrontations, mais qu’y voulez vous, on ne peut pas choisir comment elles commencent.

Nous voici donc en l’an 1025 dans les mystérieuses contrées de Johsei, un pays déchiré par la guerre que se livrent dans les coulisses bien des hommes et femmes cherchant à obtenir un pouvoir sans limites. Et c’est durant les trois années qui suivent qu’elle prendra fin. Non pas dans la joie, la bonne humeur et les câlins collectifs, mais bel et bien dans la tragédie, le sang, les larmes et énormément de douleur. Cette histoire est bien loin d’être une joyeuse balade dans les prés et c’est bien la raison pour laquelle j’ai décidé de la consigner dans ce livre. Bien évidemment, tout n’est pas que noir. Il y aura quelques heureux moments ici et là, car la vie est constituée de ça : de hauts parfois très hauts et des bas parfois immensément profonds. De contrastes, également, ainsi que d’apparences parfois bien trop souvent trompeuses… Mais je ne vais pas non plus tout dire dans une intro, quand même ! Un peu de suspens ne peut que faire du bien.

Bonne lecture ♫

– David de Redalia

PS : cette histoire est encore en cours d’écriture. Il se peut que la version finale change légèrement de celle proposée ici, même s’il y a des chances pour que ces changements soient mineurs par rapport à l’histoire principale, qui est déjà plus ou moins décidée.

***

PROLOGUE

Le Garçon et l’Épéiste

« Attention, ça pique un peu. »

Naomi posa délicatement un bout de coton imbibé de désinfectant sur le museau de son fils.

Jun grimaça. « Eeek !

— J’ai du mal à croire que tu aies vraiment trébuché sur un petit caillou. Si tu n’étais pas mon fils, j’aurais eu un peu honte.

— Merci maman… » répondit Jun, agacé.

« Règle numéro erm… Truc : toujours faire attention au terrain avant d’engager l’ennemi. » dit une forte voix depuis la pièce à côté.

« Mais je faisais gaffe, en plus ! » affirma Jun.

« Bah pas assez, on dirait. » Yûzô se mit à rire.

Jun soupira. L’un des duels les plus importants de sa vie… Raté à cause d’un stupide caillou.

Yûzô entra dans la pièce en se séchant les cheveux. « Bah, pas grave. On refera ça à la prochaine pleine lune. Semblerait que je reste le maître de cette école pendant encore un bon mois ! »

Le jeune hundini lança à son père souriant un regard noir. « Tu verras… Je m’entraînerai encore plus et je te surpasserai la prochaine fois !

— Hah ! Bon courage ! Même si pour le coup, j’ai pas pu trop juger ton niveau ce soir, donc bon. » Il tira la langue à son fils, qui se mit à grogner.

« Rah, mais vous allez arrêter ? On dirait deux véritables gamins… » soupira Naomi.

***

Tak. Fwack. Whack. Tac.

Yûzô arriva dans la salle d’entraînement en baillant et s’étirant, tasse de café à la main. Il fut surpris de voir son fils déjà levé et en sueur, signe qu’il s’entraînait depuis au moins une bonne demi-heure.

« En v’là un qu’est matinal… »

Jun n’entendit pas la remarque, trop occupé à évacuer sa frustration sur le mannequin d’entraînement.

D’un pas lent et peu impliqué, Yûzô prit un des sabres en bois et avança vers son fils. Il parra le dernier coup que Jun allait infliger au pauvre objet d’un seul bras.

Le jeune homme tourna son oreille, puis sa tête et vit son père en train de tranquillement siroter son café les yeux fermés. Lorsque Yûzô ouvrit un œil rempli de confiance, Jun se mit à sourire. Il resserra son emprise sur le manche de son sabre et se mit à donner des coups sans relâche envers son père, qui les paraît tous d’un seul bras, toujours en buvant son carburant noir. Le jeune hundini était plus frustré qu’autre chose de le voir plus concentré sur son breuvage que sur les coups que son fils essayait de porter.

« C’est pas comme ça que tu vas devenir maître de l’école Kazehiko, mon coco. » lâcha Yûzô d’un air mesquin.

Jun grogna, décidant de passer à la vitesse supérieure. Pas une fois il ne parvint à atteindre son rival.

Ayant fini de boire, le hundini jeta sa tasse en l’air, prit le temps de réajuster ses lunettes, puis agrippa son sabre à deux mains pour asséner un seul coup, avant de rattraper la tasse en plein vol.

L’espace d’un instant, il ne se passa rien.

Crick.

Sous les yeux écarquillés de Jun, son sabre en bois se mit à craquer, avant d’exploser. Le gros de la lame partit au sol, projeté quelques mètres plus loin.

Yûzô constata qu’il restait encore une goutte de café au fond de la tasse et entreprit de la boire, avant de se diriger vers la sortie. Sans prendre le temps de se retourner, il lâcha. « Ce n’est pas en comptant sur la force ou ta colère que tu arriveras à me vaincre, fiston. »

Jun ne le vit pas, mais il savait que son père était en train de jubiler. Il fixa les restes de son sabre, ne pouvant que constater avec aigreur qu’il ne lui arrivait décidément pas à la cheville.

***

Jun entra dans sa chambre, fatigué. La pièce n’était pas bien grande et les meubles étaient peu nombreux. Il n’y avait qu’une armoire pour ses vêtements et un meuble bas pour ses livres, un lit et une table basse pour pouvoir mieux lire… En théorie, du moins, car le jeune hundini préférait largement s’étendre sur son lit et lire en tendant les bras. De fait, il n’y avait que son sabre posé négligemment sur la table, au cas où il aie besoin de le prendre.

Le jeune homme sauta museau en premier sur le matelas, puis son bras partit pour prendre le premier livre venu. Une bande dessinée usée à force de lectures répétées, créée par un artiste johseïte après avoir lu un livre d’Histoire écrit par le journaliste David de Redalia1, basé sur des faits réels. L’artiste fut tellement amoureux de l’histoire qu’il voulut rendre ce récit épique accessible à tous en y incorporant des images.

Le livre y racontait la guerre de Dyisia, qui opposa un roi corrompu à un simple forgeron de Lutricia et de sa victoire, grâce à sa ruse et l’aide du Gygax, un dragon dompté par le mystérieux peuple d’Attilaxia qui a malheureusement été décimé par la bête quelques décennies plus tard. Les origines de ce monstre, renommé alors par certains le Démon de Dyisia, ont toujours été floues et jamais il n’a été su si il s’agissait d’une seule créature millénaire, ou bien d’une race vivant en secret au cœur de l’île, car tous ceux qui s’en étaient approché après la destruction d’Attilaxia n’ont jamais eu l’occasion d’en parler…

La dernière fois que des rumeurs ont émergé à propos du réveil du Gygax, c’était il y a un peu moins de cinquante ans, déjà. Et depuis, plus rien. Le ou les dragons avaient l’habitude de sortir justement tous les cinquante ans, donc ce n’était plus qu’une question de temps avant que l’on ne sache s’ils n’étaient plus que de l’histoire ancienne ou non.

Jun se mit à rêver que si jamais cette ou ces créatures devaient revenir, il ferait tout pour être suffisamment fort pour les battre. Après tout, si le peuple d’Attilaxia a réussi à en dompter un, c’est qu’il était possible de les battre.

Le jeune homme se mit à relire l’histoire, un sourire en coin. Oui, un jour, il irait sur Dyisia et il affronterait le Gygax.

1Ce journaliste et passionné d’écriture avait non seulement pour particularité d’être immortel, mais aussi d’être arrivé d’un autre monde il y a cent-cinquante ans, car il avait entendu parler de celui-ci et tout fait pour y aller. Du fait qu’il était Passé, il ressemblait à un renard un peu fou et son pouvoir était de très clairement voir les événements du passé, au point qu’il était le meilleur historien potentiel au monde. Mais son pouvoir étant aléatoire et irrégulier, il ne pouvait que consigner des fragments de l’Histoire et, à la demande d’Edgar, il ne pouvait rien écrire à propos des événements précédant l’an Zéro. Pour éviter de trop se sentir seul, lui et sa compagne vivent sur le continent de Limberg avec Timothy Ellys (que vous rencontrerez bien assez tôt) et le reste de la Bande des Immortels.

***

« Erm… Papa ? »

Yûzô tourna la tête. Il fut surpris en voyant son fils arriver avec une jeune kutz au court poil crème. Elle portait un débardeur noir et un pantalon ample maintenu par une ceinture qui retenait également un sabre. Le plus surprenant était sa coupe de cheveux. La plupart des courtes mèches noires faisaient le tour de son visage et recouvraient bien son front. En revanche, il s’avérait qu’elle possédait aussi pas mal de longs cheveux, tous réunis à l’arrière dans une sorte de tube tenant parfaitement en l’air et aboutissant en une explosion capillaire que les mauvaises langues auraient dit pareil à un plumeau collé à l’arrière du crâne. À vue d’œil, Yûzô pouvait estimer qu’elle avait deux ou trois ans de plus que son fils.

« Oui ? Bonjour ? » dit Yûzô, déstabilisé par l’allure rebelle de la kutz.

« Bonjour. Mon nom est Rie Mizuko. Vous êtes le maître de cette école ? »

Yûzô s’avança. « Eh bien oui. C’est bien moi. Yûzô Kazehiko, petit-fils spirituel de Makoto Kazehiko, fondateur de cette école. Vous dites vous appeler Mizuko ? Vous appartenez à quelle école ?

— La mienne. »

Le hundini fronça les sourcils. « Étrange, je n’en ai jamais entendu parler.

— C’est normal. » répondit calmement la kutz. « Je n’ai pas encore eu l’occasion de l’ouvrir, mais ça ne saurait tarder.

— Oh ? Mais… Aviez-vous un maître auparavant ? »

Rie hocha de la tête. « Non. J’ai tout appris par moi-même. »

Le père de Jun se frotta le menton. « Intéressant. Vous… Savez que nous sommes l’école considérée comme étant la plus forte du pays, je me trompe ? » Il vit la réponse positive de la kutz. « Donc vous savez que si vous voulez m’affronter, vous vous frottez directement à l’épéiste supposément le plus puissant du pays ?

— Je demande à voir. » répondit d’un air arrogant la jeune femme.

L’homme se mit à sourire. « Je vois. Vous savez, si votre arrogance est à la hauteur de votre talent, alors je me ferai un plaisir de vous rendre humble. »

Rie se mit à sourire à son tour. « Heh, j’espère bien.

— Beaucoup de confiance en vous… Comme mon fils. Et il s’avère que la dernière fois que mon fils a voulu me battre, il a méchamment perdu, donc c’est vous qui voyez. »

Jun leva un doigt pour préciser les circonstances de sa défaite, mais préféra se raviser pour éviter de se ridiculiser.

« Parfait. » répondit Rie. « Car pour l’instant, personne n’a réussi à me battre.

— Une affirmation des plus osées. Venez avec moi, on va vérifier tout ça sur le terrain. »

***

rie-mizuko

 Les deux combattants se dirigèrent sur le terrain d’entraînement de l’école, situé en intérieur. Yûzô offrit à Rie un sabre en bois avant de se munir du sien. « Protections ? » demanda le hundini.

« Pas besoin. » répondit la kutz.

Yûzô se mit à sourire, puis ils se mirent en place. Naoki, Jun et quelques élèves se posèrent sur le banc, pop-corn à la main.

Yûzô soupira en voyant son fils aussi passif. « Jun, tu peux venir donner le signal au lieu de rester assis, s’il te plaît ? »

Jun sursauta, puis se leva immédiatement. Après s’être assurés que son père et Rie soient prêts, le jeune hundini donna le signal.

Aucun des deux ne se mit à bouger pendant les vingt secondes qui suivirent. Yûzô leva un sourcil, surpris.

Ce fut ce moment précis que Rie choisit pour courir vers son adversaire et tenter de le frapper. Voyant que le hundini avait réussi à parer son coup, la kutz recula et fut surprise que son adversaire n’en profite pas pour contre-attaquer.

Pendant cinq secondes, ils continuèrent de s’observer, sous l’incompréhension totale des spectateurs. On ne pouvait qu’entendre le son du pop-corn mâchouillé par un élève un peu trop bruyant. « Très intéressant. » jugea Yûzô.

Il s’avança. Rie renforça sa garde. Voyant que le hundini s’apprêtait à frapper, elle tenta d’attaquer dans l’ouverture créée par son adversaire, uniquement pour voir qu’il avait déjà tout prévu et dévié le coup pour enchaîner sur une contre-attaque bien sentie.

Rie recula, l’évitant de peu.

Ce fut le moment idéal pour Yûzô d’enchaîner les coups, tous parés avec brio par la kutz, qui encaissait sans broncher. Le hundini recula pour admirer son adversaire. Jun vit dans le regard de son père la joie d’avoir trouvé un adversaire un minimum coriace.

« C’était un bon échauffement. » lâcha Rie sur le ton de la provocation.

« On passe à la vitesse supérieure ? » suggéra Yûzô.

La kutz pencha la tête sur le côté. « Allez, c’est parti ! »

Les deux adversaires s’échangèrent des coups à une vitesse plus qu’incroyable. Jun avait du mal à les suivre du regard, et ce malgré les années passées à observer et pratiquer contre son père. Au bout d’une vingtaine de secondes de coups incessants, Rie et Yûzô reculèrent. La kutz se mit à sautiller tout en soufflant. « Pas mal pour un vieillard. »

Yûzô se mit à rire. « Heh, si c’est pour essayer de m’avoir en m’énervant, c’est loupé. Je suis très fier de mon âge ! »

La kutz ne put s’empêcher de sourire.

« Cependant… »

Sans prévenir, Yûzô se rapprocha de la kutz, parvenant à lui asséner un coup dans les côtes, puis à l’arrière du genou, la faisant flancher avant enfin de poser son sabre contre sa nuque.

« Tu manques encore de maturité. J’ai gagné. »

Jun leva le bras, signalant la fin du match. Rie était tétanisée.

Yûzô se retourna pour reprendre sa place et saluer son adversaire. « Dans tous les cas, félicitations. Tu m’as offert un excellent défi et tu as définitivement le potentiel de fonder une des meilleures écoles de ce pays. »

***

Après un bon verre d’eau, Rie décida qu’il était temps de partir.

« Tu comptes aller où ? » demanda Yûzô.

« Je ne sais pas encore. Là où le vent me porte, je suppose. »

Yûzô leva un sourcil. « Tu n’as pas de maison ?

— Non. Ma famille a disparu il y a fort longtemps à cause du clan Tôzawa. Je sais que je ne peux pas la venger car éradiquer un clan ne ferait que fragiliser la stabilité de leurs terrains de jeu, mais si je peux leur tenir tête et apprendre à d’autres à défendre ce qu’ils ont de plus cher, alors je considèrerai ne pas être inutile.

— Je vois… » Yûzô se mit à réfléchir. « Au pire, pourquoi ne pas rester chez nous ? Je pourrai t’entraîner et tu aurais un toit. »

Rie adressa un sourire au hundini. « J’apprécie l’offre, mais je préfère marcher sur mon propre chemin, seule. Et rester trop longtemps ici… C’est pas trop mon truc. »

Le maître haussa les épaules. « Tant pis pour toi. Dans tous les cas, sache que tu es toujours la bienvenue ici. Oh, et petit conseil : n’hésites pas à voir du côté des autres écoles si tu as le temps et apprends de leurs techniques. J’ai remarqué que ton style est bon, mais il manque encore un peu de diversité. » Puis il se tourna vers son fils. « Ça sera d’ailleurs valable pour toi quand tu seras en âge de partir, parce que je te lis comme dans un livre ouvert. »

Rie se mit à rire. « Je prends note. Merci de votre hospitalité. Et ne vous inquiétez pas. Quand mon école sera fondée, je reviendrai vous voir pour ravir votre titre de numéro un !

— Heh ! C’est ce qu’on verra ! Allez. Bonne route. »

***

Deux années passèrent. Tous les soirs de pleine lune, Jun tentait d’affronter son père et tous les soirs de pleine lune, il échouait. Mais plus les entraînements s’enchaînaient, plus le jeune hundini se sentait confiant. Il savait que ce n’était plus qu’une question de temps avant qu’il soit suffisamment fort pour le vaincre et ainsi devenir le maître de l’école Kazehiko. Alors certes, il savait qu’il ne gagnerait pas non plus des richesses infinies – après tout, sa famille vivait assez modestement – mais il serait à la tête de l’école d’arts martiaux la plus puissante de tout Johsei. Tout le monde voudrait venir l’affronter et à chaque fois, il mettrait l’honneur de sa famille en jeu, bien évidemment dans le but de prouver que lui et les siens avaient encore la côte.

Oui. À la prochaine pleine lune, Jun réussirait à vaincre son père et il continuerait son œuvre.

Ça, ou bien celle d’après. Dans tous les cas, c’était dans une des pleines lunes à venir. Il en était persuadé.

Épisode 2




Instant making-of : Comme tout le monde le sait, une bonne intro peut efficacement lancer une histoire tout comme elle peut l’anéantir à tout jamais. Et contrairement aux Multiples Vies de Leo Davis, où j’ai voulu attaquer avec la phrase la plus débile de l’Histoire de la littérature française, ici, je voulais que ce soit toute l’intro qui le soit. Bon, c’est un peu plus classique en terme de débilité, mais j’avais vraiment envie d’établir que cette histoire pouvait être à la fois badass, tendue et surprenante tout en y ajoutant une touche de comédie pour montrer que même si ça va être cool, ça va aussi être drôle par endroits.

Et rien qu’avec cette intro, on découvre le caractère de Jun et de son père. Le premier est déterminé et impatient, tandis que le second est assez calme, mais confiant.

Et là vous vous demandez peut-être ce qui a été l’élément qui a déclenché cette histoire (ou pas, mais je vais quand même vous le dire).

Cette photo :

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Je ne sais plus comment je suis tombé sur cette photo, mais le 11 Mars 2014, ça a été le déclic. Rien qu’en voyant cette photo, je voulais écrire une histoire se déroulant dans Loutre-Monde. Ça serait à propos d’un hundini samouraï protégeant un jeune prince kutz durant un long périple au travers d’un pays inspiré par le Japon.

J’étais lancé.

À noter que lorsque cette idée est venue, je venais à peine de commencer à écrire les premières scènes de Leo Davis dans Loutre-Monde, ce qui tombait plutôt bien, puisque j’ai développé en parallèle les deux histoires pour permettre de les lier de la manière la plus organique possible (au point que tous ceux qui savent à quel point ces deux histoires sont synchronisées me prennent pour un fou, puisque aucun détail temporel ne doit m’échapper) tout en proposant deux histoires totalement séparées et pouvant être lues de manière indépendante. C’est aussi pour ça que certains personnages d’une histoire apparaissent dans l’autre et inversement sans que ça n’aie l’air d’être du fan-service, car elles ont toutes deux été  écrites en même temps, là où pas mal de spin-offs sont conçus bien après la création de la série principale, résultant en une adaptation forcée de la seconde histoire autour de la première pour donner un semblant de cohérence.

Et bien évidemment, vous vous doutez bien que j’aurais souhaité faire de cette histoire un manga à la française et même si, dans mon enthousiasme légendairement néfaste j’avais lancé un projet qui a capoté en à peine deux jours, je garde l’espoir qu’un jour ce roman sera adapté au format pour lequel il a été originellement conçu. Après, j’attends quand même que cette histoire soit complétée à 100% sous forme romancée avant de démarcher un dessinateur, parce que j’ai souvent tendance à modifier des éléments sur la route et parfois carrément modifier les premiers chapitres pour rendre l’intégration de ces nouveaux éléments la plus organique possible, chose qui est plus ou moins infaisable avec un format aussi défini et bouffe-temps que le manga et qui résulterait en mon dessinateur qui me planterait ses crayons dans mes yeux… Donc oui, l’adaptation manga/animée, ça attendra encore un an ou deux ♫




Instant making-of 2 : Et c’est là que je me maudis de ne pas avoir coupé ce Prologue en deux épisodes distincts…

Comme dans pas mal d’histoires déjà écrites, j’adore développer les relations entre les personnages, notamment les relations parents-enfants. Du coup, c’était super fun d’écrire les deux premières scènes de ce prologue, où l’on découvre la vie de la famille Kazehiko. La scène de la tasse de café était un plaisir absolu à créer, car non seulement elle est bien débile, mais elle a aussi été écrite de manière spontanée. Pas de planification, juste de l’écriture et de l’invention pure basée sur l’idée de montrer à quel point Yûzô est le meilleur épéiste du pays en plus d’être infiniment supérieur à son fils.

Pour le coup, en y repensant, toutes ces scènes étaient censées se dérouler quelques jours avant les événements de l’épisode 3, mais ont été décalées dans le temps afin de caser un maximum d’interactions positives et aussi établir l’idée que Jun a envie de tuer un dragon, chose que j’aurais eu du mal à mettre en place je pense si ça se passait trop près du coeur de l’histoire. Ça aurait un peu trop donné une impression d’heureuse coïncidence et ça ne m’aurait pas tant plu que ça.

En ce qui concerne le personnage de Rie, elle est la première des Grands Épéistes que j’ai dessiné après Yûzô et un autre personnage très important. Elle est le résultat d’une tentative pour moi de me diversifier en matière de coupes de cheveux et son design est plus ou moins venu comme ça, sur le tas, puis ça a influencé son caractère. J’ai décidé de l’inclure dans le Prologue non seulement pour continuer à mettre en avant la puissance de Yûzô, mais aussi pour raconter son « origins story », car elle possède une histoire que je trouve assez intéressante et il aurait été dommage de l’introduire comme ça sans qu’on ne l’aie déjà vue ni entendu parler. Dans tous les cas, à l’heure où j’écris ces lignes, je sais déjà quel rôle elle va tenir dans l’histoire même si je n’ai pas encore une idée précise de quand elle va apparaître. Dans tous les cas, m’est avis que vous adorerez le jour où vous la verrez à nouveau sur le devant de la scène ♪

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