Les Chroniques de Loutre-Monde – Eastern Tails : Épisode 3

Vendredi 25 Juillet 1027

Jun Kazehiko

« Jun ? Tu peux aller au village et faire quelques courses, s’il te plaît ? »

Jun grimaça. Non pas qu’il n’aimait pas aider sa mère. Juste qu’il avait envie de s’entraîner un peu plus. S’il acceptait, c’était au moins une bonne heure de perdue, car le village était à une vingtaine de minutes à pied de l’école. Ceci dit… S’il y allait en trottinant, ça lui permettrait de faire travailler ses jambes et gagner un peu de temps.

« Yep ! Tu as besoin de quoi ? »

***

« Alors mon p’tit Jun ? Tout se passe bien pour toi ? » demanda le gérant de l’épicerie.

Le jeune homme hocha la tête. « Oui oui, tranquille.

— J’imagine que tu es prêt pour après-demain ?

— Et comment ! » répondit le hundini. Car le surlendemain promettait une nuit de pleine lune comme nulle autre. La pluie promettait d’être bien lourde, rendant le terrain encore plus dangereux que d’habitude. S’il gagnait, il ressentirait une encore plus grande fierté.

Le vieux beayern sourit. « Heheh. Comme tous à toutes les pleines lunes, tu débordes de motivation ! Sache que je penserai à toi et prierai pour que tu remportes la victoire. »

Jun ne put s’empêcher de sourire à son tour. « Merci beaucoup, Monsieur Kumo. »

Le beayern jeta un œil à ce que le hundini avait posé sur le comptoir. Son regard changea. « C’est tout ce dont tu as besoin ? Tu n’aurais pas oublié de prendre quelques galdehs par hasard ? »

Jun posa à son tour son regard sur le comptoir pour faire l’inventaire. Il grimaça. « Ah oui ! Suis-je bête ! Totalement oublié ! »

Le vieux beayern se mit à rire. « On dirait ta mère, tiens ! »

Le jeune homme fixa le sol. « C’était pas la peine de faire la remarque. » marmonna-t-il.

« Faut pas le prendre comme ça non plus. Naomi est la femme la plus gentille du village et là-dessus aussi vous vous ressemblez pas mal.

— Que je sois la plus gentille femme du village ? » rétorqua d’un air mesquin le jeune homme.

Le vieil homme explosa de rire. « Et le même sens de l’humour que ton père, en plus ! Franchement, vous, les Kazehiko, vous êtes une famille en or ! »

Jun lui adressa un large sourire. « Du coup, ça fait combien ?

— Tu penses prendre combien de galdehs ? »

Jun marcha d’un pas rapide vers l’étalage de fruits et légumes et en prit quatre, qu’il posa sur le comptoir.

Le gérant fit le compte, puis calcula de tête. « Dix-neuf Goldos, s’il te plaît. »

Jun sortit deux pièces de bronze de sa poche. « Vous pouvez garder la monnaie, Monsieur Kumo.

— C’est fort aimable ! Merci, Jun. » Le beayern plaça les courses dans deux sacs en papier et les tendit au hundini. « Tiens, voilà pour toi.

— Merci beaucoup.

— Merci à toi. Et bon courage pour après-demain soir ! »

***

Du fait que les galdehs étaient des fruits assez délicats, Jun décida d’éviter de rentrer au pas de course.

Oui, après-demain soir promettait un duel encore plus intense que les précédents. La dernière fois qu’il avait tenté de battre son père alors qu’il pleuvait de la sorte, c’était l’automne dernier. Le sol était particulièrement glissant et c’était la raison pour laquelle il avait assez lamentablement perdu. Pas non plus comme la fois où il avait trébuché sur le caillou, mais presque. Depuis, à chaque fois qu’il pleuvait, Jun se précipitait dehors pour imiter des gestes de combat dans la boue. Sa mère était contre l’idée, car la première fois qu’il l’avait eue, c’était quelques semaines après sa défaite. En hiver. Et pas vraiment couvert, puisqu’il s’était précipité dehors aux premières grosses gouttes. Depuis ce rhume qui l’avait paralysé cinq jours, il sortait à chaque fois bien couvert et avec son chapeau de paille préféré avant de foncer dans les bains chauds une fois l’entraînement terminé.

Il était prêt. Il le sentait. À la prochaine pleine lune, il battrait son père et…

« EIIIIJIIIIIIIIIII !!!! NOOOOOOON !!!! »

Jun sursauta. Le cri perçant le sortit de sa réflexion. À cent-cinquante mètres, il vit un quelqu’un tomber au sol. Trois personnes en noir tournaient le dos au hundini et il put voir la lumière du soleil reflétée par une lame.

Jun lâcha ses sacs de courses. Son bras partit du côté de son flanc droit pour prendre son sabre, uniquement pour se rendre compte qu’il l’avait volontairement laissé à l’école, car son père lui interdisait de le prendre en dehors. Merde ! Il se mit à courir.

« GAAAAAAH !!! » Un des personnes en noir tomba sous un coup de la femme, qui s’était emparée de son sabre.

« SALE GARCE ! »

Et alors qu’il n’était qu’à cinquante mètres, il s’arrêta net. La femme, qui avait chargé sur la deuxième femme en noir, fut transpercée de part en part par la plus grande des deux personnes en noir qui restait.

Puis, alors que la femme attaquée s’écroula au sol, Jun vit un très jeune kutz, paralysé par la peur. Il s’agissait à tous les coups d’un couple et là, au beau milieu de ce carnage, il ne pouvait que s’agir de leur enfant !

Le cœur de Jun s’arrêta de battre l’espace d’un instant. Puis sa respiration se fit de plus en plus incontrôlée. Il tremblait.

Les deux personnes en noir ne bougeaient plus.

Puis Jun se mit à courir, poussant un cri de rage comme jamais il n’en avait poussé.

À peine eurent les deux bandits le temps de se retourner que le plus petit se prit un coup de poing qui l’envoya au sol, lâchant le sabre qu’il tenait dans sa main. Jun en profita pour le ramasser.

« Maître Ryû ! » cria la raion, qui se retourna pour mieux voir son adversaire.

La plus grande des rages pouvait se lire dans le regard des deux combattants.

Et alors que le plus petit des deux bandits en noir commença à se relever, le hundini et la raion se foncèrent dessus, sabre fermement tenu en main.

Les deux lames s’entrechoquèrent dans le plus grand des fracas. Jun était incapable de se retenir, tant et si bien que les trois coups suivants furent tellement puissants que les deux lames se fissurèrent et partirent en éclat.

« UWAAAAAGH !!! »

La raion tourna la tête pour se rendre compte que l’un de ces éclats avait touché l’homme en noir.

« MAÎTRE RY… GYAAAARGH… »

La raion tomba sur un genou. Jun avait profité de l’instant d’inattention de la raion pour jeter la lame inutile et lui asséner un coup de poing dans le ventre.

Les trois personnes en noir étaient à terre. La raion tenta de reprendre son souffle et tourna à nouveau la tête vers le petit homme en noir, un hundini portant un bandeau noir autour des yeux. « Maître… Vous… Allez… »

La raion tomba au sol suite à un coup de poing de Jun dans le museau.

« JURI ! On… ON SE REND ! » hurla le hundini au bandeau, après avoir vu son collègue tomber.

Jun voulait les achever ici et maintenant. Ils venaient du tuer les parents de cet enfant ! Ce n’était que justice !

Il se retourna et vit l’enfant. Le jeune kutz était incapable de bouger. Ses yeux semblaient vides. Jun fut paralysé à son tour.

« Ghnnnn… ALLEZ, ON SE TIRE ! »

Jun se retourna à nouveau et vit les deux personnes en noir supporter la troisième qui était tombée en premier. Ils tentèrent de traîner le corps inconscient de la lutris au plus vite. Jun voulut les poursuivre, mais ça aurait été abandonner l’enfant. Il serra son poing.

« Mamoru… »

Jun se retourna. Il vit que la femme à terre était encore en vie !

Le jeune garçon sursauta. « MAMAN ! » Il se précipita sur le corps de sa mère.

« Mamoru… Mon fils… Je suis désolée que tu aies eu à voir ça…

— MAMAN ! MAMAN, RESTE AVEC MOI ! » hurla l’enfant.

« Je ne sais pas si je pourrai… » Elle tourna la tête et vit le corps sans vie de l’homme. Des larmes se mirent à couler. « Eiji… Non… »

L’enfant regarda à son tour le corps de l’homme, puis fut paralysé à nouveau.

La mère tendit faiblement le bras vers le visage de son fils, qui tourna immédiatement la tête vers elle.

« Mamoru… Sois fort. Si je ne m’en sors pas, je veux que tu diriges le clan… Et que tu sois quelqu’un d’honorable…

— NON MAMAN NE DIS PAS ÇA ! TU VAS T’EN SORTIR, JE LE SAIS ! »

Des hommes se mirent à courir vers Jun, qui se retourna et hurla. « ALLEZ CHERCHER MA MÈRE À L’ÉCOLE KAZEHIKO ! TOUT DE SUITE !

— T… Tout de suite, Jun ! »

La mère tourna faiblement la tête vers Jun. « Vous… » Le hundini tourna immédiatement la tête vers la femme. « Vous avez sauvé mon fils… Merci. »

Jun était incapable de dire quoi que ce soit.

« Je sais que ça va être compliqué, mais je veux que vous preniez soin de Mamoru… Vous devez le protéger et l’emmener chez ses grand-parents… Ils résident en ce moment chez le Seigneur Stephenson. Ils sont… Sous sa protection. »

Elle tourna la tête vers son fils. « Mamoru. Je suis désolée… Prends bien soin de toi… Et vous, monsieur… Protégez-le de… La fureur de… Yukito… Sasaki… »

La femme ferma les yeux et poussa un dernier souffle.

« Maman ? Maman ! »

Jun ferma les yeux. Il était trop tard.

« MAMAAAAAAAAAAAAAN !!!!! »

mamoru

(Mamoru Matsumae)

[Épisode 4]




Instant making-of/confession : comme vous vous en doutez, j’ai eu du mal à écrire cette scène tant elle est émotionnellement chargée et me suis senti mal jusqu’au lendemain.

On se retrouve ici face à la première grosse scène de cette histoire et le début de la quête. Étrangement, le plus dur pour moi aura été de placer mes pions dans la configuration optimale, car il fallait que Jun voie la scène un poil trop tard et qu’il repère directement Mamoru tétanisé devant le corps de ses parents pour qu’il entre dans la bataille sans réfléchir. Pour dire vrai, l’introduction de cette scène au village était là-encore de la pure improvisation, et je trouve que ça va plutôt bien, puisque ça renforce un peu plus les personnages tout en évitant de trop forcer les informations concernant la réputation des Kazehiko sur le lecteur.

Un autre détail qui a pas mal changé, et pour le mieux, c’était qu’à la base, Jun était censé carrément couper le bras d’un des deux bandits et volontairement toucher l’oeil de l’autre. Mais les premiers retours face à ce pitch des plus sombres étaient plus que négatifs, puisque Jun reste quand même un « good guy » aux yeux des gens, et le faire commettre des atrocités pareilles aurait pu lui nuire sur le long-terme. Après; le but était de montrer à quel point il n’a pas été conditionné par son père pour réagir de manière appropriée en situation de combat, mais la version finale démontre tout aussi bien ça sans avoir à rendre le livre directement 18+. L’idée est quand même restée trois jours avant que je ne me ravise et donne un côté plus accidentel aux blessures et ne rajoute une troisième personne, histoire de pouvoir plus efficacement rapatrier celle qui est déjà au sol.

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