Les Chroniques de Loutre-Monde – Eastern Tails : Épisode 4

Naomi Kazehiko

naomi

« Jun ! Est-ce que ça va !? »

Naomi arriva en courant vers son fils lorsqu’elle le vit à genoux aux côtés des deux corps et de l’enfant.

Jun était incapable de dire quoi que ce soit. Son poing était recouvert de sang.

Naomi se rapprocha des deux corps pour vérifier leur pouls. Il était bien trop tard.

Puis, lorsqu’elle recula légèrement, elle reconnut les visages des deux victimes. Eiji et Chiasa Matsumae !? Mais c’est impossible ! Comment est-ce que deux des meilleurs épéistes de la région avaient pu tomber ? Qui pouvaient être les assaillants ?

Sa tête se tourna ensuite vers l’enfant, qui ne bougeait plus. C’était leur fils ? Elle n’en avait jamais entendu parler auparavant… Et pourtant, il devait avoir une dizaine d’années ! Elle ne pouvait qu’entendre sa respiration, forte et irrégulière. Il était sûr et certain que l’enfant était en état de choc, surtout s’il avait été témoin de ce carnage.

La soirée promettait d’être plus que compliquée.

« Jun. » Le hundini leva faiblement la tête. Lui aussi semblait sous le choc. Il fallait qu’elle lui donne des instructions assez claires sans non plus que l’enfant entende quoi que ce soit qui risque de mal le faire réagir. « Va voir ton père et dis-lui ce qu’il vient de se passer… Il saura quoi faire. »

Sans un mot, Jun se releva, avant de partir en courant. Naomi vit à la dernière seconde les larmes qui coulaient sur son visage paniqué, mais se montra incapable de réagir de manière appropriée.

***

Rintaro Kumo

« QUE QUELQU’UN APPELLE UN MÉDECIN ! VITE ! »

Rintaro entendit un jeune homme hurler dans la rue. Instinctivement, il se mit à courir en dehors de l’épicerie avec quelques autres clients.

Deux personnes habillées avec des costumes noirs taillés sur mesure soutenaient une lutris évanouie. Le gérant de l’épicerie fut horrifié en voyant que la lutris évanouie avait une violente entaille sur une côté et perdait énormément de sang. La seconde personne, une immense raion saignait du museau, tandis que la troisième recouvrait son œil gauche avec son bras libre. La moitié inférieure gauche du visage du hundini était couverte de sang séché.

« Vite ! Allez chercher des secours ! » cria un des villageois.

Tandis que certaines personnes partirent en courant vers la clinique pour chercher un médecin, Rintaro se mit à courir vers les trois individus pour aider à transporter la lutris évanouie. D’un seul geste, il parvint à déchirer la manche de sa chemise et entreprit de la poser sur la coupure pour essayer de contenir l’hémorragie. Ça ne servait certainement pas à grand chose, mais chaque seconde gagnée était cruciale à ce stade.

« Merci beaucoup… » marmonna la raion, tout en grimaçant.

Mais à peine eut le beayern commencé à poser le morceau de tissu sur la plaie qu’il vit le symbole ornant leur veste. Un croissant de lune coupé en deux par une étoile filante. Ses yeux s’écarquillèrent. « Vous…

— Pas le temps pour ça ! » hissa le hundini au bandeau noir sous le coup de la douleur. « Amenez-nous à la clinique, s’il vous plaît ! Mon amie est en train de mourir ! »

Rintaro hocha faiblement la tête, terrifié. « Bien, monsieur ! » Il se tourna vers les autres habitants du village, qui eux aussi semblaient avoir reconnu le symbole. « Il faut les aider ! Vite ! »

Heureusement pour lui, certaines personnes sortirent de leur torpeur et vinrent à son aide.

Des hommes du clan Sasaki ? Ici ? Mais pourquoi !? Ça ne sentait pas bon… Pas bon du tout.

D’un pas suffisamment rapide, le groupe parvint à la clinique, où les attendaient déjà deux des trois médecins du village.

Lorsque les trois individus en noir furent placés sur des lits, le hundini au bandeau noir se tourna vers son collègue inconscient. Il commençait à transpirer à grosses gouttes. « Vous pensez… Qu’elle va s’en sortir ? »

Le médecin était préoccupé. « Ce n’est pas garanti, mais on va faire tout notre possible. »

Le hundini sourit. « Parfait… » Puis il s’évanouit.

La raion, encore pleinement consciente et juste assise sur son lit, se leva subitement. « Maître Ryû ! »

Le docteur se rua sur le jeune hundini et interrompit la femme en noir. « Retournez vous reposer ! Je m’occupe personnellement de lui. »

La raion grimaça, puis se tourna vers la porte, où Rintaro observait la scène d’un air inquiet.

« Il faut que j’aille prévenir le Boss ! Où est-ce que je peux trouver un aéronef ? »

Le médecin, qui venait de voir l’état de l’œil du hundini en grimaçant se retourna vers la raion. « Vous ne trouverez que dalle ! Je vous interdis formellement de sortir de cette clinique.

— Il faut que j’aille d’urgence à la capitale ! Si le boss est au courant que son fils est sur le point de mourir, ce n’est pas que cette clinique qui risque de subir son courroux ! »

Rintaro pensa qu’il allait s’évanouir. L’homme qui était dans ce lit d’hôpital était le fils de Yukito Sasaki !? C’était encore pire que tout ce qu’il pouvait imaginer ! Et pour le coup, la raion avait raison. Si son fils venait à véritablement mourir ici, ce serait le village entier qui serait rasé ! Il lui fallait faire quelque chose.

« Je… Je peux prévenir Monsieur Yukito si vous voulez. » annonça le vieux beayern.

Les deux médecins se retournèrent, choqués.

Le regard de la raion s’illumina. « Oh merci ! Merci beaucoup ! Vous serez récompensé plus que de raison.

— Où est-ce que je peux le trouver ?

— Quand nous lui avons parlé la dernière fois, il était chez lui, à Gêmukyo. M’est avis qu’il y est encore. Son manoir est situé au beau milieu du quartier des nobles. Une immense baraque arborant le symbole de son clan et très bien gardé… Attendez. »

La raion fouilla dans sa poche et sortit un badge arborant l’emblème des Sasaki, laissant accidentellement un peu de sang dessus. « Montrez-leur ce badge. Il devrait vous permettre d’avoir une audience avec Yukito presque immédiatement. À tous les coups, il viendra ici. »

Rintaro prit le badge et le fourra dans sa poche. « Merci. Je pars sans plus attendre. »

Le vieux beayern se précipita vers l’extérieur de la clinique, uniquement pour être interrompu par Akiji, le forgeron konijin du village.

« Tu ne vas pas y aller, si ? C’est de la folie !

— Akiji, ce n’est pas le moment ! Chaque seconde de perdue, c’est une chance de plus de voir le village rasé par l’armée de Yukito. Il viendra peu importe si son fils meurt ou non. Et mieux vaut qu’il vienne quand son fils est encore en vie et qu’il aie l’impression qu’on a tout fait pour l’aider.

— Si quelqu’un de fidèle aux Matsumae t’entendait parler, tu te ferais tuer sur le champ… Si ce n’est pas torturer d’abord.

— Écoute… On ne peut pas prendre de risques. Tu sais que j’aime ce village par dessus tout, donc on y va et tu vas m’accompagner, parce que je ne peux pas piloter d’aéronef tout seul. »

Le forgeron grogna. « Oui, enfin Yûzô et Jun peuvent nous défendre. »

L’épicier fut pris de panique. « Non mais tu t’entends parler !? Jun et Yûzô sont deux. Et même s’ils font partie des épéistes les plus puissants de tout Johsei, t’inquiètes pas qu’en apprenant la nouvelle, Yukito va rappliquer avec au moins une centaine de ses porte-sabres. Et très certainement les meilleurs, donc on file à Gêmukyo et on ne pose plus de questions, d’accord ? »

Le konijin semblait pensif. « Bon d’accord, je t’accompagne. Mais tu vas préparer l’aéronef seul. De mon côté, je vais prendre un peu de nourriture et essayer d’éviter qu’une guerre civile n’éclate ce soir. »

L’épicier hocha la tête. « Bien. »

***

Jun Kazehiko

Jun courut aussi vite qu’il le put jusqu’à chez lui. Il avait du mal à voir clairement, aveuglé par les larmes qui coulaient d’elles-mêmes. Je ne suis qu’un incapable. Je n’ai pas pu les sauver… Pourquoi ? Pourquoi pourquoi pourquoi pourquoi !?

Il voulait s’arrêter. Hurler. Revoir l’enfant et s’excuser. Il voulait tout et rien à la fois, incapable de déterminer l’ordre ou l’importance de ses souhaits.

Mais il lui fallait retrouver son père. Lui seul saurait quoi faire.

Il n’eut pas à courir bien loin, puisque son père était déjà en chemin.

« Jun ? Que s’est-il passé ? Dan et Eiichi m’ont dit que des gens avaient été attaqués !? »

Jun tentait de reprendre son souffle. Il tremblait comme jamais il ne l’avait fait auparavant. Ce n’était clairement pas le moment de craquer, il le savait. « Oui. Je… J’ai réussi à les repousser, mais ces gens se sont fait… »

Yûzô prit son fils dans ses bras. « Calme-toi, Jun. Calme-toi. Je sais que Naomi est là-bas et je vais la rejoindre. » L’espace d’un instant, il fut hésitant. « Rentre à la maison. Je m’occupe du reste. »

Les tremblements du jeune homme s’intensifiaient. « Je… Je ne sais pas si je peux… »

Yûzô fronça les sourcils, puis regarda à gauche et à droite. Il fit un geste discret à un des villageois qui passaient par là.

« Fukuo. Tu peux ramener Jun à l’école ? J’ai quelque chose de très important à faire par là. »

Le kutz ne comprit pas dans l’instant. « Qu’est-ce qu’il se passe ?

— Je te raconterai tout à l’heure. Tu peux me rendre ce service ? »

Fukuo vit que Jun tremblait, puis il vit la détresse dans le regard de Yûzô. Il hocha la tête.

« Merci. » Le hundini tourna la tête vers son fils. « Jun, je… Je reviens très vite, d’accord ? »

Puis après un petit geste de la tête à destination du kutz, Yûzô partit rejoindre sa femme.

Fukuo posa sa main sur l’épaule de Jun. « Allez Jun, rentrons à la maison. »

Un incapable. Je n’ai pas pu les sauver… Je n’ai…

Jun se mit à hurler.

[Épisode 5]




Instant making-of : Pour créer une histoire sombre et mature, il n’est à mon avis pas nécessaire d’inclure du gore ou des mots vulgaires, mais tout simplement de montrer des interactions humaines aussi bien dans des situations normales que désespérées. Chaque personnage tué doit être accompagné d’un certain poids, car rares sont ceux dans la réalité à être totalement insensibles devant la mort.

C’est bien pour ça que l’on voit tant de détresse dans ces scènes et rarement des gens qui agissent de manière calme et composée. C’est impossible en vrai.

Et comme pour Leo Davis, l’un des mot-clés de cette histoire n’est autre que « Conséquences ». Chaque action a des conséquences qui peuvent affecter tous les camps et je trouvais plus que nécessaire de montrer les conséquences de l’attaque sur la bande à Ryû.

À noter que deux petits détails ont considérablement changé par rapport à l’idée initiale, notamment le timing de l’insertion de la scène où l’on voir Ryû débarquer dans le village, qui était censée n’arriver que dans un flashback bien après les faits, ainsi que l’utilisation plus poussée du personnage de Rintaro, qui n’existait même pas avant que je n’écrive la première scène dans laquelle il apparaît. Eastern Tails disposant d’une narration où tous les événements se déroulent au moment où ils sont indiqués dans la chronologie, il était contreproductif de révéler ces scènes deux jours après les faits. De plus, la scène avec Rintaro permet de faire monter la sauce autour du personnage du Yukito, que l’on sait craint de tous.

Et oui, j’ai encore une fois pas mal tremblé en écrivant la scène où Jun était dans tous ses états… Je suis pas mal impliqué d’un point de vue émotionnel quand j’écris les scènes les plus dures.

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