Les Chroniques de Loutre-Monde – Eastern Tails : Épisode 5

Yûzô Kazehiko

yuzo-kazehiko

Yûzô entendit le cri de son fils et s’arrêta net. Il voulait aller le raccompagner à la maison, mais au vu de l’urgence de la situation, il lui fallait d’abord rejoindre Naomi. Tiraillé, l’homme serra la mâchoire et poussa un grognement, avant de redoubler d’efforts pour rejoindre sa femme.

Il fut horrifié en voyant tout le sang au sol, les deux corps sans vie, et, surtout, l’enfant que tenait Naomi dans ses bras. Au vu de la situation, il était clair que l’enfant avait assisté à la scène et que les deux corps étaient très certainement ceux de ses parents.

« Naomi, ça va ? »

Il vit l’expression de sa femme. Il sut instantanément que la situation était perdue et que les deux personnes étaient décédées.

« Tu… Ramènes l’enfant à la maison. Il ne faut pas qu’il voit cette scène une seconde de plus. »

Naomi hocha la tête, puis prit l’enfant dans ses bras. Le garçon était dans un tel état de choc qu’il se laissa emporter sans effort.

« Je m’occupe du reste. » dit Yûzô « On se retrouvera tout à l’heure à la maison. Oh et… Veille sur Jun. »

Lorsque Naomi partit, le hundini se rapprocha des deux corps. Il constata avec horreur qu’il s’agissait des deux chefs du clan Matsumae.

Une brise se leva. Un mauvais pressentiment s’empara de Yûzô Kazehiko. Si rien n’était fait rapidement, la région risquait de devenir le centre d’une des plus grandes guerres de territoire que le pays ait jamais connu.

***

Après avoir enterré les corps des Matsumae avec l’aide de villageois tout aussi confus et désemparés que lui, Yûzô se dépêcha de rentrer chez lui. Il lui fallait voir son fils et l’enfant au plus vite et s’assurer qu’ils allaient bien.

Il retrouva Naomi, qui veillait sur l’enfant alité. Il était incapable de dire un mot et tremblait. Cela rappela au vieux hundini de bien mauvais souvenirs.

Sa femme se retourna. Ils s’échangèrent des regards. Yûzô sut qu’il n’était pas nécessaire de rester car il n’y avait malheureusement rien à faire.

Il sortit de la pièce pour retrouver Jun, qui s’était réfugié dans sa chambre.

Le jeune homme était méconnaissable. Ses yeux témoignaient d’une terreur sans commune mesure, mais aussi et surtout d’un très grand sentiment de culpabilité. Yûzô s’assit sur le lit et prit son fils dans ses bras.

***

Rintaro Kumo

Cela faisait maintenant cinq heures que Rintaro et Akiji pédalaient à bord d’un petit aéronef. Ils furent assez heureux de découvrir que le modèle prêté par le propriétaire de la rizière fonctionnait aussi au deusexmachinium, ce qui permettait de réduire l’effort fourni de plus de trois quarts et rendait le trajet sensiblement plus rapide.

Devant eux se trouvait Gêmukyo. La capitale de Johsei était immense, séparée en trois zones distinctes. Les quartiers populaires formaient le plus gros de la ville, avec une structure légèrement anarchique, où les bâtiments parfois s’empilaient les uns sur les autres pour s’assurer d’être au meilleur endroit. Pas forcément l’endroit où il faisait mieux vivre du fait d’une certaine insécurité, mais il fallait faire avec, d’autant plus que c’était l’endroit le plus vivant du pays.

La seconde partie, légèrement écartée de la première par un fleuve, abritait les quartiers des nobles et autres personnes fortunées. Rintaro détestait ce quartier, car tout le monde le regardait de haut. Et vu qu’il n’avait pas pris le temps de changer de chemise, il était certain qu’il allait s’attirer des regards et des commentaires déplacés. S’ils savaient qu’il venait voir Yukito Sasaki, ils la ramèneraient moins.

Enfin, bien plus loin et situé au sommet d’une petite colline, le palais impérial. Le chemin pour y aller était légèrement sinueux, mais c’était pour mettre en déroute les éventuels ennemis. Entouré par d’immenses remparts et tours gardées par des centaines de soldats, le lieu avait de quoi intimider. Et y aller en groupe marquait le risque de se faire accueillir d’une volée de flèches, car certaines tentatives de coup d’état avaient rendu l’empereur plus que paranoïaque. Ceci dit, si jamais quelqu’un venait à renverser l’autre cinglé obnubilé par son nombril, ça ne ferait pas de mal au pays, pensa Rintaro. Dans tous les cas, approcher le palais avec un dirigeable, aussi petit que soit le leur reviendrait à témoigner d’une envie de signer leur arrêt de mort, donc ils allaient se poser dans le quartier des nobles, plus près de la rivière que de la colline. C’était plus sûr.

[Épisode 6]




Instant making-of : Comme vous le remarquerez à quelques reprises au fil des chapitres, certaines des scènes les plus dures donneront l’impression de s’arrêter brutalement. Certains diront que c’est parce que je ne savais pas comment finir lesdites scènes, mais écrire une histoire, c’est comme offrir à des centaines de voyeurs une fenêtre sur la vie d’autres personnes. Et même si cette fenêtre est assez largement ouverte, il existe des moments où il est préférable de laisser ces personnes tranquilles.

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