Les Chroniques de Loutre-Monde – Eastern Tails : Épisode 8

Trois semaines plus tard, alors que Ryû s’entraînait durement avec Iori et Juri, Yukito arriva, souriant.

« Ah, vous êtes tous les trois là. Ça tombe bien, j’avais spécifiquement besoin de vous voir. »

Le jeune hundini haussa un sourcil. « Ah ?

— J’ai une mission pour toi, Ryû.

— S-Sérieusement ? » Une telle preuve de reconnaissance était inespérée.

« Vu que je vois que tu t’entraînes dur et que tu as l’air de bien te débrouiller, je te propose de faire un petit truc pour moi. Si tu réussis, on oublie le pari et tout le tintouin. »

Ryû était abasourdi. « Euh… D’accord ?

— J’ai besoin que tu ailles en territoire Matsumae et que tu t’entretiennes avec Eiji et Chiasa à propos de mon plan de réunification du pays. Tu sais ce que je désires et tu connais les avantages que je trouve à ce plan, donc j’imagine que tu sais quel speech leur préparer.

— Erm… Oui. Oui, bien évidemment.

— Le Code indique qu’il faut éviter d’y aller avec trop de personnes, donc c’est pour ça que je veux que Juri et Iori, vous l’accompagniez. Juste au cas où. Plus de personnes et ils risquent de prendre la mouche. Et tu les connais, ils sont assez facilement irritables. »

Ryû hocha la tête. L’une des rares fois où il avait vu les Matsumae, le jeune homme avait été frappé par leur attitude hautaine et leur impolitesse. Yukito ne les portait pas dans son cœur, mais il souhaitait entretenir des relations saines, quitte à faire quelques concessions d’un point de vue moral.

« Du coup, tu vas à leur rencontre, leur fait notre petit speech avec une menace bien sous-entendue, mais pas trop pour éviter de les énerver et tu rentres au bercail. Peu importe ce qu’il se passe, je saurai si tu l’as fait ou non.

— Oui, mais… Ce n’est pas un peu dangereux, quand même d’y aller à trois ? »

Yukito fit une moue rassurante. « Boh, non. Ils respectent le Code à la lettre et ont un sens de l’honneur plus que grand. Non, si tu y allais à plus de trois, ils considèreraient vraiment ça comme la marque d’un manque de confiance.

— D’accord.

— Et je veux que tu y ailles à pied. »

Ryû mit quelques secondes à digérer l’information. « Quoi !? »

Yukito pointa du doigt le rouleau déplié accroché au mur. « N’oublie pas les mots secrets de notre clan…

— Un bon dirigeant dirige en connaissance de cause et connaît le peuple qu’il dirige… Je sais, Papa, tu me l’as rabâché plusieurs milliards de fois.

— Et c’est justement pour ça que tu y iras à pied. Tu seras voué à croiser des gens peu importe où tu iras. Et puis bon, Saru n’est qu’à quatre jours de marche si tu y vas d’un pas vraiment tranquille.

— Oui, mais… Quatre jours… »

Yukito posa la main sur l’épaule courbaturée de son fils, qui grimaça. « Woops. Pardon. Mais tu verras, quatre jours, ça passe vite. Et puis bon, ce n’est pas non plus comme si tu y allais seul. Juri et Iori t’accompagneront et ça sera l’occasion de faire encore mieux connaissance. Tu connais les autres mots secrets de l’autre rouleau…

— Un bon chef de clan connaît tous ses hommes individuellement, blah blah blah, je sais.

— Sans le blah blah blah, ça passerait presque. Oh, et juste histoire de pimenter la chose, je te donne dix jours pour revenir ici.

— Sinon quoi ?

— Tarô pourraiiit…

— Là c’est juste une menace en l’air ! » objecta Ryû.

Yukito se mit à rire. « Oui, c’est le cas. Hors de question de le laisser prendre ma place, ça, c’est sûr et certain ! Par contre, si tu ne rentres pas dans les temps, je t’oblige à bosser dans les cuisines une semaine au découpage des oignons. Et ça, c’est pas une menace en l’air. »

Le jeune homme soupira. « Bon… Je me prépare et je file alors. »

Le sourire de Yukito s’élargit. « Ça, c’est une très bonne initiative ! Par contre fais vite, il ne te reste plus que neuf jours, vingt-trois heures et… »

Ryû grogna.

***

Ryû frappa de manière rythmée à la porte de la chambre de ses parents.

« Entre, mon trésor. »

Le hundini ouvrit la porte et entra. La chambre était toujours aussi mal rangée. Une immense pile de livres trônait à côté d’un immense lit, tandis que des vêtements et bandages traînaient par terre.

Sa mère était assise dans son lit, adossée au mur, un livre posé sur les genoux. La hundini au poil gris et aux cheveux blancs portait toujours ses lunettes de lecture. Cela donnait à Chikayo un style bien plus sérieux et sévère qu’elle ne l’était vraiment. Visiblement, c’était une journée où la maladie avait décidé de la laisser tranquille, car elle semblait plutôt apaisée.

Ryû s’avança pour embrasser sa mère sur le front.

« Ça va, Ryû ? » demanda la mère en voyant son expression gênée.

« Oh euh… Oui oui, ça va. Tranquille. Juste que Papa m’a demandé de partir en voyage quelques jours pour aller discuter avec Fumito Konno. » mentit le jeune homme. Il était hors de question de parler des Matsumae, car les relations tendues entre les deux clans faisait qu’évoquer ne serait-ce qu’une rencontre avec eux ne ferait que rendre Chikayo très inquiète.

« Oh ?

— Bah, tu sais, histoire que je prépare le terrain pour le jour où je succèderai à Papa, tout ça. Il veut que j’y aille seul pour renforcer les liens avec Fumito et voir comment je me débrouille en diplomatie. »

Chikayo grimaça en sentant une douleur lui traverser le genou.

« Ça va ? » demanda Ryû, inquiet.

« Ne t’en fais pas pour ta mère. C’est le cirque habituel. » répondit-elle avec un large sourire.

Ryû ne put s’empêcher de sourire amèrement. « Dans tous les cas, je ne pars pas trop longtemps. Je serai de retour dans un peu moins de dix jours.

— Dix jours ? »

C’était le moment de trouver une bonne excuse et éviter de lui parler de faire le trajet à pied. « Oh tu sais, histoire aussi de visiter le territoire des Konno et tout le tintouin. »

L’inquiétude pouvait se lire sur le visage de sa mère. « Tu feras attention à toi quand même. »

Le sourire de Ryû se fit large et rassurant. « Mais oui, t’inquiètes. Et bien évidemment, je ne boirai pas…

— … Trop ? » finit Chikayo.

« Du tout. » corrigea le fils.

La mère sourit. « Bien. »

Le garçon s’étira. « Bon, je file. À dans dix jours ! »

Chikayo fit signe à son fils de s’approcher, puis l’embrassa. « À dans dix jours. Amuse-toi bien et fais attention à toi, d’accord ? »

Le garçon hocha la tête, puis sortit de la chambre.

Dans la cour, il fit signe à Iori et Juri de le suivre, avant de retrouver son père à l’entrée du manoir.

« Tu lui as dit quoi ? » demanda Yukito.

« Juste que j’allais voir Fumito Konno et que j’allais faire une visite de courtoisie sur les dix prochains jours.

— Bien. Je prends note. Merci d’avoir couvert mes arrières. »

Le jeune homme lui lança un regard faussement arrogant. « Pfuh, c’est normal. Allez, j’y vais.

— Bon voyage, fiston ! »

[Épisode 9]

chikayo-sasaki




Instant making-of : Encore une fois, j’ai pris un plaisir monstrueux à improviser cette scène de dialogue entre Yukito et Ryû, au point que je l’imaginais parfois avec la voix d’Anthony Burch dans la série Hey Ash Whatcha Playin’. Je voulais aussi que cette scène soit le moment de la confirmation que Ryû et son père ne sont peut-être pas si mauvais que ça, car encore une fois, la nuance est un sujet qui me tient énormément à coeur et j’avais envie d’écrire un leader pour qui on puisse ressentir énormément d’empathie.

Ensuite, et c’est là que ça devient assez dur pour moi, c’est la scène entre Ryû et sa mère, puisque Chikayo… C’est un peu moi. J’ai écrit le personnage en repensant à l’état dans lequel j’étais durant l’hiver 2015, où j’ai traversé une maladie des plus ignobles faisant que je devais éviter de trop bouger. Hélas, j’ai comme l’impression que cet hiver aussi me réserve une assez mauvaise surprise, puisque, à l’heure où j’écris ces lignes, le froid vient à peine de s’installer et une bonne partie de mes articulations commence à me faire un mal de chien… Mais comme Chikayo, je garde au maximum le sourire pour éviter d’inquiéter les autres et je garde généralement mes douleurs pour moi. Du coup, écrire une scène pareille était à la fois très facile et assez difficile, puisque même si vous ne le voyez pas au premier abord, bah je me suis plus ou moins mis dans sa position.

Dans tous les cas, le personnage de Chikayo est l’un des plus importants de la série, puisque c’est elle qui motive les décisions de son mari et son fils, et je voulais montrer à quel point cette famille est soudée et pourquoi ce qui va suivre va les affecter autant…

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