Les Chroniques de Loutre-Monde – Eastern Tails : Épisode 10

juri

Malgré les ordres du médecin, le jeune homme fut incapable de trouver le sommeil. Il n’arrivait toujours pas à se rendre compte que les Matsumae avaient tenté de l’enlever. Il n’arrivait pas non plus à croire que son œil était définitivement perdu. Tout ce qu’il espérait désormais, c’était que Iori se réveille et qu’avec Juri ils puissent rentrer à la maison au plus vite.

Ryû contempla le plafond de son œil droit, puis chuchota. « Juri ? »

La raion, qui était couchée dans le lit à côté, se retourna. « Oui, Maître Ryû ?

— Je voulais savoir si tu dormais… J’ai ma réponse.

— Non, en effet…

— On a vraiment merdé aujourd’hui, hein ? »

La raion resta silencieuse pendant dix inconfortables secondes. « On ne pouvait pas voir ça venir. Ce n’est pas de votre faute. »

Ryû se mura dans le plus grand des silences à son tour. Ce n’était clairement pas de sa faute s’il paraissait si faible, au point qu’il aie l’air d’une cible facile pour les Matsumae. Ce n’était clairement pas de sa faute s’il avait été aussi faible, au point que les Matsumae étaient désormais morts et leur enfant était traumatisé à vie, aux mains d’un fou furieux. Et ce n’était clairement pas de sa faute s’il était si faible, au point qu’une guerre de territoire s’apprêtait à voir le jour et la région allait potentiellement être dévastée. « … Mouais. »

Juri soupira. « Ne vous inquiétez pas, Maître. Le Boss va arriver et résoudre la situation.

— Du moment que ça n’implique pas de brûler le village, ça nous arrangera. » ajouta d’un air sarcastique le médecin.

Ryû grogna.

Un villageois ouvrit la porte de la clinique avec fracas. « Un… Un dirigeable… Immense ! Il arrive ! »

Le timing était tellement parfait. Le père de Ryû allait arriver et lui en coller une avant de très certainement le déshériter. La soirée promettait d’être parfaite.

Cinq minutes plus tard, le bruit d’une trentaine de pas se fit entendre près de la porte.

La porte s’ouvrit de manière abrupte. « Où est mon fils !?

— Je suis là ! » cria Ryû.

Yukito tourna la tête. Son souffle semblait coupé l’espace de quelques secondes. Puis il fonça sur son fils et le prit dans ses bras, en larmes. « Ryû ! Dieux merci tu vas bien ! Je pensais t’avoir perdu. »

Toute pensée négative dans l’esprit du jeune homme disparut dès l’instant où son père le prit dans ses bras. « Je vais bien… Enfin, ce qu’il reste de moi. »

Yukito recula pour mieux voir son fils et vit le bandage cachant son œil.

« Ton œil…

— Il est parti. » répondit Ryû, profondément embarrassé. « Les médecins ont tout tenté, mais il n’était pas possible de le sauver. »

Yukito tourna la tête vers le médecin et Juri, qui hochèrent tous les deux la tête.

« Et Iori ? » demanda le chef de clan.

« Elle se repose dans la pièce d’à-côté. » expliqua le médecin. « Elle s’est réveillée il y a une heure, mais la douleur était tellement intense qu’elle a demandé un somnifère.

— Je vois… Merci, docteur.

— Je n’ai fait que mon boulot. »

Yukito lui adressa un faible sourire, avant de se tourner vers Ryû.

« Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Raconte-moi tout.

— Je… » Ryû hésita. « Je ne préfèrerais pas. Je laisse à Juri le soin de t’expliquer ça. »

Yukito se tourna vers la raion, qui prit la parole. « Eh bien… Nous avons croisé Eiji et Chiasa Matsumae sur le chemin. Ils étaient avec leur enfant et quand ils ont vu qu’on était seuls, ils ont décidé de nous attaquer. »

Les yeux de Yukito s’écarquillèrent. « Attaqués !? Mais pourquoi ?

— Ils… Voulaient m’enlever pour m’utiliser comme monnaie d’échange contre les territoires que tu as déjà conquis.

— Ils…

— Ils ont même utilisé leur fils comme bouclier humain et nous dissuader d’attaquer. »

Yukito, tout comme les médecins et Rintaro, furent sous le choc.

« Et… Après ? »

Ryû tourna la tête vers Juri, lui faisant signe de continuer. « Ils… Nous ont attaqués. Iori a réussi à battre Eiji, puis est tombée au sol quand Chiasa a voulu venger son mari. Je suis intervenue et… » sa voix partit dans le plus grand des silences.

« Et l’enfant ? » demanda Yukito.

« Aucune idée. » répondit Ryû. « Un hundini est apparu de nulle part et nous a violemment attaqués. Il m’a d’abord mis au sol, puis quand Juri a voulu me défendre, leurs lames se sont fissurées et… Je crois que c’est un des éclats qui m’a… » Ryû pointa le bandage du doigt.

Yukito paraissait terrifié. « Et l’homme ! À quoi est-ce qu’il ressemblait ?

— Je crois qu’il était de couleur claire. Je sais qu’il portait un kimono blanc, mais je n’ai pas vraiment eu l’occasion de le voir longtemps. »

Le plus grand des doutes prit le père. « Tu n’aurais pas vu un symbole sur son kimono par hasard ? »

Juri leva le doigt. « Il en avait un. C’était celui que l’on a pu voir à l’école d’arts martiaux à quelques minutes de là où l’on a été agressé. »

Yukito parut pensif pendant quelques secondes, puis il fut comme paralysé. « Noooon… » Il se tourna subitement vers Juri. « Ses cheveux… Ils n’étaient pas bruns ?

— Si.

— Poil clair ?

— Poil clair, oui.

— Un véritable don à l’épée ?

— Visiblement, oui. » répondit la raion.

« … Yûzô… » Le plus grand des silences tomba dans la salle. « Il faut que j’aille le voir… » Puis son regard se tourna vers son fils, qui semblait perdu.

« Tu le connais, Papa ?

— Ooooh oui… C’est… » Il observa ses alentours et s’arrêta de parler. Puis il marmonna. « Qu’il revienne comme ça dans ma vie après si longtemps est plus que surprenant… Mais ça attendra demain. Il me faut… Réfléchir. »

Le hundini se tourna vers le vieux beayern à l’entrée. « Je vous suis extrêmement reconnaissant de m’avoir informé de la situation au plus vite. Cependant, avant de vous récompenser, j’ai une dernière faveur à vous demander. »

Le beayern semblait surpris. « Euh… Oui, Monsieur Sasaki ?

— J’ai besoin d’un endroit pour que mes hommes puissent dormir. Connaîtriez-vous un champ capable d’accueillir leurs tentes pour les prochaines nuits ? »

Le médecin s’avança. « Si vous voulez, l’espace derrière la clinique est assez vaste. »

Le regard de Yukito s’illumina accidentellement. « Oh, merci à vous. Du coup, il va vous falloir prévenir le reste des habitants du village. Qu’ils ne s’inquiètent pas. Grâce à votre générosité, vous ne craindrez absolument rien. J’en fais le serment.

— Ça c’est… Gentil… » dit le vieux beayern.

Yukito fit signe au vieil homme de se pousser, puis Ryû entendit son père au pas de la porte. « Je veux cinq d’entre vous pour garder l’entrée de cette clinique. Personne d’autre que les médecins sont autorisés à entrer et sortir de là jusqu’à nouvel ordre. Et vous pouvez d’ores et déjà planter vos tentes à l’arrière de la clinique, parce qu’on risque de rester un peu de temps ici. » Il se tourna en direction du médecin. « Combien de temps avant que vous ne pensiez que Iori puisse être transférée à Gêmukyo en dirigeable ? »

Le docteur fut hésitant. « Probablement cinq à six jours, je dirais. »

Yukito grimaça. « Vous l’avez entendu. On reste la semaine ici. Allez hop, au boulot, les gars ! »




Instant making-of : Comme vous l’avez très certainement remarqué, je fais en sorte que chaque vie soit importe. Qu’il s’agisse du simple villageois ou bien le garde du corps.

Pour le coup, encore une fois je me suis fait avoir à mon propre jeu, puisque Iori et Juri étaient censés n’être que de simples gardes du corps… Et je me suis attaché à ces deux personnages, tant et si bien que leur rôle a évolué plus que ce qui était prévu. Oh well…

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