Niles Sterling et la Flamme Sacrée -Épisode 1

« Niles, tu pourrais donner les sandwichs à ton père, s’il te plaît ? »

Le jeune alika posa le sac contenant le repas de son père au sol pour mieux pouvoir lacer ses chaussures. « Déjà en train de me préparer, M’man ! »

Le garçon put entendre un petit souffle satisfait. « C’est bien, mon trésor ! Fais bien attention à toi sur le chemin.

T’inquiètes, je gère ! »

Une fois ses lacets faits et sa veste récupérée, Niles ouvrit la porte. « Je reviens vite !

Oui oui… Après avoir vu, revu et rerevu les nouvelles trouvailles du Professeur, j’imagine. »

Touché. Depuis le milieu de la journée, tout le monde ne parlait que de ça. Le grandissime Professeur Hemsworth était revenu de son expédition en Égypte avec une montagne de trésors. Il était même dit qu’il avait profané un des tombeaux sacrés d’un des pharaons pour récupérer un artefact. Si cela était vrai, alors le musée dans lequel travaillait le père de Niles deviendrait l’un des endroits les plus fréquentés de tout Londres… Du moins en journée, ce dont le garçon se fichait, car il avait la chance que son père soit un gardien de nuit, signifiant qu’il avait le musée quasiment à lui tout seul tous les soirs ! Alors certes, il ne verrait probablement pas tous les trésors ce soir-là, car beaucoup devaient encore être stockés ou en cours d’acheminement depuis le ferry qu’avait pris le Professeur, mais d’ici la fin de la semaine, voire même le lendemain, il serait en mesure de les admirer et peut-être même en toucher quelques uns si son père acceptait qu’il assiste à leur mise en place. Dans tous les cas, il y avait de grandes chances pour que quelques uns d’entre eux soient déjà dans la réserve du musée.

Niles toussa pour ne pas pleinement admettre le fait qu’il comptait rester plus longtemps que d’habitude là-bas. « Erm… Tu veux quelque chose du pub, tant que je suis sur la route ?

Une bouteille d’absinthe, s’il te plaît.

Eukaye, je te prends ça. À t’aleur, M’man ! »

Niles sortit et referma accidentellement la porte plus fort qu’il ne l’avait voulu. Il se mit à trottiner en direction du pub situé à l’autre bout de la rue. Vu qu’il était sur le chemin du musée, ce n’était qu’un petit contretemps d’une minute, tout au plus.

Le pub était relativement petit, mais jamais vide. Beaucoup de gens saluèrent le garçon à son entrée, y compris le patron.

« Salut, Pete.

Oh, salut Niles. Tu viens pour ta mère, j’imagine.

Non, pour moi. » Il y eut un petit moment de flottement. « Non, mais je plaisantais, hein.

J’espère bien ! Gin, comme d’hab ? »

Le garçon grimaça. « Absinthe.

Oula… Elle va si mal que ça ? »

Le jeune alika soupira. « Son genou. Vu que l’hiver approche, ses rhumatismes commencent à méchamment l’élancer.

Je vois. À ce stade, vaudrait mieux appeler un médecin, non ?

Elle dit qu’elle s’en occuperait demain. »

Le garçon vit la mine sceptique du patron de pub. « J’espère pour vous. » Il prit une bouteille d’absinthe en dessous du comptoir. « Enfin, on ne va pas lui désobéir, hein. Tiens. »

Niles tendit une pièce à Pete. « Tiens.

Merci.

Bon, je file. Faut que j’aille voir mon père.

Fais attention à toi en chemin, Niles. »

Le garçon adressa un sourire confiant à l’homme. « T’inquiètes, je gère. » Puis il se tourna et commença à marcher un pas rapide vers la sortie. « À toute ! »

Le patron du pub vit le jeune alika partir en courant dans la rue, souriant amèrement. Brave petit, pensa-t-il. Puis il retourna à la surveillance de ses clients lorsqu’il entendit un morceau de conversation des plus intrigantes.

« Tout homme suffisamment bon et pur se verra récompensé de trois souhaits par Dieu… Du moins, c’est ce que disent les légendes, car cela fait bien cinq millénaires qu’aucun phénomène du genre ne s’est produit. D’autres légendes disent même que les alikas et les katsis ne formaient qu’un seul peuple à la soi-disant époque où Dieu vivait supposément sur Terre, sans poils, – ou très peu – ni museaux, donc bon. Ce genre de sornettes ne sont plus que reléguées aux contes pour les enfants, parce qu’en dehors de rares artefacts enfouis aux plus profond de temples, bah la magie, ça n’existe pas.

Tu ne peux pas dire ça, Albert. Après tout, toi-même admets que la magie existe avec les artefacts. »

Le vieux katsi jeta un œil au fond de sa choppe vide. « Non, mais… Rah, mais ce n’est pas ce que je voulais dire, Steve. Et puis même, est-ce que tu as déjà vu un de ces fichus artefacts ? Non ! Si ça se trouve, il ne s’agit là-aussi que de simples grigris qu’un charlatan a construit avec deux bouts de bois et des ficelles… La magie, ça n’existe… »

La porte du pub s’ouvrit dans un immense fracas. Un alika tenait un journal, tremblant. « Les gars, il faut que vous lisiez ça !

Kékécé ? Peux pas lire ! » dit un des hommes à moitié affalé sur une des tables.

« Le Professeur Hemsworth ! Il est rentré d’Égypte avec tout un tas de babioles provenant d’un tombeau d’un ancien pharaon ! Il est même dit qu’il se pourrait qu’un artefact ait été trouvé ! »

L’oreille d’un des katsis les plus proches de la porte se dressa. Sans dire un mot, il se leva, alla au comptoir pour payer sa consommation, puis sortit.

Les rues de Londres étaient peu fréquentables à cette heure-ci, et pourtant, l’homme marcha sans crainte. Après tout, qui oserait s’attaquer à un des hommes de main de Hans von Blumen ? Il faudrait être soit fou, bourré ou ignorant et passablement énervé. D’un pas rapide, l’homme se dirigea vers une des cabines téléphoniques. Il fouilla dans sa poche pour trouver de la monnaie, puis se mit à composer un numéro bien plus long que la moyenne. Il tapota du doigt. Appeler à l’étranger coûtait extrêmement cher, alors il espérait bien ne pas appeler dans le vide. Pendant trente secondes, il n’entendit rien d’autre que le son du combiné, émettant un de ces bruits si charmants qui vous agressent les oreilles. Puis il fut soulagé en entendant quelqu’un répondre.

« Hans ? C’est moi, Joseph.

Jo ? Mais tu as vu l’heure qu’il est ?

Désolé, patron. Mais j’ai une information capitale à vous transmettre.

J’espère bien qu’elle l’est… » soupira l’homme.

« Le Professeur Hemsworth est revenu d’Égypte… Avec un artefact. M’est avis qu’il compte le présenter aux londoniens dans la semaine. »

Pendant quelques secondes, il y eut du silence. « Jo, tu iras au musée et je veux que tu y ailles aussi souvent que possible. Je veux que tu connaisses le plan de ce bâtiment de A à Z, quitte à ce que tu retrouves un de ses employés et lui soutires toutes les informations si nécessaire.

On fera en sorte que ça n’arrive pas, quand même.

Oui, non. Mieux vaut éviter en effet. Mais en dernier recours, tu feras ça. On va attendre que l’excitation autour de ces joyaux ne se calme avant de tenter quelque chose. Tiens moi au courant si jamais le Professeur envisage de les déplacer ailleurs. Si c’est le cas…

Il faudrait agir vite. Après, vous connaissez les londoniens et leur fierté. L’artefact ne bougera pas avant une bonne année.

Oui, j’imagine. » grommela Hans. « Même si pour le coup, il bougera bien avant la date prévue. »

Joseph ne put s’empêcher de sentir le sourire plein de malice de son patron et sourire à son tour. « En effet. Bon, par contre, désolé pour le manque de respect à venir, là, mais je dois raccrocher. »

Il y eut un petit instant d’hésitation à l’autre bout de la ligne. « Oh, erm, oui. Oui, mieux vaut que tu gardes ton argent pour que l’on planifie tout ça du mieux possible. Allez, à très bientôt.

À très bientôt, patron. »

Le katsi raccrocha, puis sortit de la cabine. Les prochaines semaines promettaient d’être plus qu’intéressantes.

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