Les Chroniques de Loutre-Monde – Eastern Tails : Épisode 16

Naomi Kazehiko

Naomi se retourna lorsqu’elle vit Mamoru se réveiller. Le garçon semblait encore perdu, mais quelque chose dans son regard indiquait que cette fois-ci, il était pleinement conscient.

« Mamoru ? »

Le garçon observa ses alentours avec attention avant de fixer la hundini. « Où suis-je ?

— Tout… » Elle s’arrêta, se rendant compte qu’elle allait dire que tout allait bien par automatisme. « Tu es dans la résidence Kazehiko. » Elle fut incapable de rajouter quoi que ce soit d’autre.

Le jeune kutz jeta à nouveau un œil à ses alentours et demanda faiblement. « Je… J’ai soif… »

Naomi sursauta légèrement, puis versa de l’eau dans un verre qu’elle avait posé juste à côté d’elle. Elle le tendit au garçon, qui la remercia d’un petit geste de la tête.

« Où… » Le garçon fronça les sourcils. « Où sont mes parents ? »

La question tant redoutée. Naomi s’y était préparée, mais réalisa qu’elle était incapable de donner une réponse appropriée.

Le jeune garçon vit la gêne dans son regard, et contempla le lit. « Ils sont morts, c’est ça ? »

Naomi grimaça. Elle ne pouvait pas lui mentir, ni tourner autour de la question. « … Oui.

— Je vois… »

Pendant une minute, il n’y eut rien d’autre qu’un long silence. Le regard de la femme et de l’enfant ne purent se croiser. Tous deux étaient perdus dans leurs pensées.

« Et le hundini ? Celui qui m’a sauvé ? Où est-il ? » demanda le jeune kutz.

La question surprit la femme. « … Jun ? Il est dans sa chambre, je crois.

— Ce… C’est votre fils ? »

Naomi hocha de la tête.

Le garçon resta silencieux quelques instants. « Je… Je peux le voir ? »

Naomi semblait hésitante. « Peut-être pas maintenant. Il est encore un peu secoué par les événements de la veille. »

Le garçon semblait déçu. « Je comprends. » Il se perdit encore dans ses pensées pendant quelques secondes. « Est-ce que… Les personnes en noir vont revenir ? »

Naomi ne sut quoi dire. Leur arrivée était imminente, donc mentir à l’enfant ne lui causerait que du mal.

« Ils vont revenir… » dit le jeune kutz, qui semblait avoir bien compris la situation.

« … Oui. » confirma Naomi.

Mamoru se remit à réfléchir. « Leur chef… Maman a dit que c’était un Sasaki. » Le calme qu’avait montré le garçon commença à disparaître. « Si c’est vrai, ça veut dire que Yukito va en avoir après moi. »

Naomi prit la main du jeune kutz. « Ne t’inquiètes pas. Mon mari devrait pouvoir l’en empêcher. »

Le jeune kutz grimaça. « J’en doute. À moins que votre mari ne soit Yûzô Kazehiko, personne ne pourrait le battre. »

Naomi ne sut quoi répondre. « Eh bien en fait… »

Le regard du kutz partit immédiatement vers la femme. Ses yeux s’écarquillèrent. « Vous… Vous êtes la femme du grand Yûzô ? Je suis vraiment dans la résidence Kazehiko ? »

La femme hocha la tête, confuse.

Le regard du garçon s’illumina. Il observa à nouveau ses alentours d’un tout autre œil. « Whoa. Ma mère… » Il s’arrêta net. Toute forme d’enthousiasme s’évapora dans l’instant. « Ma mère voulait venir ici, justement.

— Ah ?

— Elle voulait voir Maître Yûzô pour voir s’il voulait bien les aider à se défendre contre les forces de Yukito… Ils voulaient déclencher une guerre et le forcer à venir pour l’avoir sur le champ de bataille, et vu que Maître Yûzô est le seul à pouvoir le vaincre… »

Naomi ne sut quoi répondre. Elle inspira un grand coup en grimaçant. « Je… Pense que Yûzô aurait refusé. Ce n’est pas notre genre de prendre part à la guerre des clans, même si ça aurait permis d’arrêter Yukito. »

Le jeune garçon fit une moue gênée. « Je comprends. Et j’imagine bien qu’il aurait refusé, même si ma mère comptait vous offrir une somme d’argent considérable.

— Ce… Comment dire… L’argent ne nous intéresse que très peu, pour être honnête. Peu importe la somme, il aurait refusé, parce que nous… N’approuvons pas trop ce que faisaient tes parents ? »

Le kutz sourit faiblement. « J’imagine. C’est vrai que mes parents n’étaient pas les plus personnes les plus honorables de la région… Ils voulaient aussi m’abandonner chez vous le temps que leur plan se mette en place et m’ont un peu utilisé comme bouclier humain, hier… » marmonna le garçon.

« Je… QUOI !? » Naomi regarda le garçon avec de gros yeux. « Ce… Non… Ils n’ont pas pu… T’es sérieux !? »

Yûzô et Jun arrivèrent en courant. « On a entendu crier ! » dit Yûzô. « Qu’est-ce qu’il s’est passé ? » Puis il vit le jeune kutz réveillé et bien plus vivant qu’auparavant.

Naomi était horrifée. « Les… Les Matsumae, ils ont… »

***

Mamoru expliqua aux Kazehiko toute la situation, y compris les événements précédant l’attaque. Tout le monde fut horrifié, et tout particulièrement Jun, qui comprit qu’il avait non seulement attaqué le fils de Yukito, mais aussi et surtout qu’il l’avait attaqué alors qu’il n’était qu’une victime dans l’affaire.

« On est mal… » dit Yûzô, qui semblait sur le point de s’arracher les cheveux. « On est vraiment vraiment mal…

— Je… J’ai… » Jun ne savait absolument pas comment réagir.

Naomi et Mamoru tentèrent de calmer les deux hommes.

« Ça veut dire que Yukito est totalement dans son droit. » conclut Yûzô.

« Mais on ne va quand même pas lui laisser Mamoru, si ? »

Tout le monde se tourna vers le jeune kutz, qui semblait très peu emballé par l’idée.

« Bon, au moins, ce qui est sûr et certain, c’est que je te défendrai, Mamoru. » dit Yûzô.

Le jeune kutz adressa un large sourire au hundini. « Merci.

— Cela dit, ça ne me dit toujours pas ce que l’on pourra faire après. »

Tout le monde se mit à réfléchir. « Au pire… »

Tous les regards se tournèrent vers Mamoru, qui sembla intimidé.

« Au pire, je peux toujours rejoindre mes grand-parents.

— Oui, enfin si tes grand-parents sont aussi gentils que tes parents, et je m’excuse pour en penser du mal, c’est hors de question. » dit Yûzô. « Tu ne peux décemment pas être élevé parmi des gens comme ça. »

Mamoru grimaça. « Je sais, mais je ne peux pas rester auprès de vous ! Mes grand-parents sont en sécurité auprès du Seigneur Stephenson et si je les rejoins, je serai moi-aussi en sécurité ! Le Seigneur Stephenson est Passé et il est dit que ses pouvoirs sont considérables, donc je ne risque rien sous sa protection. Alors qu’ici, tous les chefs de clan vont en avoir après moi et je ne ferai que vous attirer du malheur si je reste. »

Yûzô grogna. « Même si tu as raison et que ce Seigneur Stephenson est en effet quelqu’un de puissant, on ne peut pas décemment te laisser auprès de ta famille…

— Mais ne décidez pas pour moi ! » argua Mamoru. « Je ne vous connais que depuis quinze minutes et même si je sais que je peux vous faire confiance, je suis le seul apte à prendre des décisions me concernant, quand même ! Et j’ai décidé de ne pas vous attirer du malheur en allant là-bas et ma décision sera finale… C’est ce que voulait ma mère, en plus. »

Un spasme nerveux parcourut le front du vieil hundini.

« Mamoru a raison. » dit Naomi.

Tous les regards se tournèrent vers la mère de Jun. « On ne peut pas décider pour lui. Ce serait injuste. » Elle tourna la tête en direction du jeune kutz. « Après, même si je suis d’accord avec Yûzô et que je vois d’un mauvais œil l’idée de te voir auprès de ta famille, je ne peux pas te forcer à rester avec nous. En revanche, quand mon mari aura repoussé Yukito et que tu te sentiras prêt, nous t’accompagnerons jusque chez le Seigneur Stephenson… Il habite où, d’ailleurs ? »

Un silence gênant envahit la pièce.

« … Ah.

— Je… Je n’en sais rien. » admit le jeune kutz. « Nous avons gardé secret le lieu où étaient cachés mes grand-parents pour éviter aux autres chefs de clan de se mettre dans l’idée de les traquer et les prendre en otage. »

Naomi soupira. « Et demander des renseignements aux villageois est impossible, puisque Yukito est dans le coin et pourrait comprendre la situation.

— J’imagine que des gens sauraient à Gêmukyo, par contre. » dit Jun.

« Oui, ça m’étonnerait pas. Après tout, c’est la plus grande ville du pays, donc on est voués à y trouver des renseignements. » confirma Yûzô.

« Mais ça ne serait pas dangereux pour Mamoru d’y aller ? » demanda Naomi.

Mamoru fit un geste rassurant. « Peu de risques. Peu de gens sont véritablement au courant de mon existence, vu que mes parents m’ont soit toujours caché, soit utilisé comme appât. »

Les Kazehiko regardèrent l’enfant d’un air choqué. « Tuuuu… Veux vraiment retrouver tes grand-parents ? »

Le jeune kutz haussa les épaules. « Peuvent pas être pires que mes parents. Et j’ai l’habitude, à force. »

Le garçon semblait tellement blasé que Naomi se demandait s’il était normal.

« Soit. Donc tu retires tout symbole du clan et tu es un garçon comme les autres ? »

Le garçon hocha la tête. « Tout à fait.

— Bon bah ça, c’est un gros problème d’évité. » Puis une pensée traversa Yûzô. « Quoi qu’il en soit, je vais peut-être rester dans la cour pour guetter l’arrivée de Yukito. Il peut arriver à n’importe quel moment et je n’aimerais pas le voir débarquer pendant que l’on discute. Ça a souvent été son genre, en plus… »

***

Tandis que Yûzô monta la garde, Jun et Naomi passèrent le reste de la journée à prendre soin de Mamoru. Ils découvrirent à leur grande surprise que le garçon n’avait que dix ans, car il était bien plus mature que les autres enfants de son âge et également très vif d’esprit. Il se mit même très vite à raconter des blagues et rire, ce qui était à la fois rassurant et quelque peu inquiétant. Naomi se doutait bien que le garçon essayait de dissimuler ses sentiments et vit juste, car à la nuit tombée, le garçon se mit à pleurer de nombreuses fois dans son sommeil et se réveiller en sursaut. Elle décida de dormir à ses côtés pour le consoler, ce qui lui rappela les premières années où elle avait élevé Jun.

Yûzô rentra dans la chambre peu avant minuit, passablement irrité. Il déclara que ça ne servait à rien d’attendre. À tous les coups, Yukito était encore au chevet de son fils et veillait sur lui.

***

Ryû Sasaki

Yûzô ne put avoir autant raison, puisque Yukito était en effet resté toute la journée dans la clinique, alternant entre le chevet de son fils et celui de Iori. Ryû, ne pouvant bouger sur ordre du médecin et de son père et inquiet de l’état de son amie lui demanda régulièrement des nouvelles. Il fut plus qu’heureux et soulagé lorsqu’il l’entendit parler à voix haute depuis l’autre pièce et lui balancer une blague bien sentie.

Ryû jeta un coup d’oeil à sa table de chevet et vit son bandeau noir dans un bien triste état. C’était un cadeau de sa mère lorsqu’il était petit et qu’il s’amusait à jouer aux bandits. Très rarement il s’en séparait, au point que les gens avaient du mal à le reconnaître quand il se baladait sans.

Plus les années avaient passé et plus sa tête grossissait. Un jour, alors qu’il avait du mal à l’enfiler, Yukito s’était mis à rire et avait dit qu’il était trop vieux pour le porter. En signe de protestation, l’enfant avait demandé à un des couturiers de la capitale de le lui élargir, car il était hors de question qu’il s’en sépare. Ce bandeau, c’était la preuve que Ryû pensait constamment à sa mère et du fait que son état de santé était de plus en plus déclinant, il ne pouvait se résoudre à s’en séparer.

Alors Yukito abandonna l’idée de le lui faire enlever et le garçon continua de le porter… Mais là, le sang, ainsi que le fait que peu de fils le maintenaient en un morceau firent qu’il était impossible de le sauver.

Son père se rapprocha de son fils, qui fixait le bandeau d’un œil perdu, puis, lui touchant l’épaule, lui dit. « Ne t’inquiètes pas, Ryû. On t’en fera un nouveau ta mère et moi. »

Le garçon se tourna vers son père, et pleura.




Instant making-of : Et là, c’est le moment où tout le monde se rend compte que la situation est encore pire que prévue.

Depuis le début j’avais envie de mettre en avant les conséquences que peuvent avoir le fait de faire ce qui semble être juste sans prendre en compte tous les paramètres et que Jun comprenne bien qu’il a commis une énorme bourde. Est-ce par pur esprit de sadisme ? Peut-être un peu, mais c’est aussi parce que j’ai vu beaucoup trop de séries où le héros fonce tête baissée dans la mêlée et a la chance de se trouver du bon côté juste parce que le mec en face avait un design de méchant. Bon, bah là, on peut dire qu’il n’a pas eu du tout de chance et aurait pu plus ou moins condamner tout le monde si Yukito n’avait pas été quelqu’un de profondément bon (même si à ce stade de l’histoire, tous ceux du côté de Jun pensent qu’il est encore l’incarnation du mal et une force inarrêtable).

Pour ce qui est de la scène du bandeau de Ryû, il me fallait trouver une excellente explication au fait qu’un ado de quinze ans comme lui porte quelque chose d’aussi ridicule – surtout quand on prend en compte le fait que dans ce monde, il y a six races différentes et des tonnes de variantes de hundinis, les rendant tous assez facilement identifiables. Porter un bandeau ne sert presque à rien pour passer inaperçu, bien au contraire et le personnage de Ryû est plus ou moins né de l’idée que je voulais faire un hundini masqué en clin d’oeil décalé à Zorori le Magnifique. Je trouvais l’idée que ce bandeau ait été fait par sa mère quand il était enfant plus qu’intéressante, puisque c’est un petit détail qui renforce son lien avec elle. Et oui, mon âme a encore pris un coup en écrivant cette scène…

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