Les Chroniques de Loutre-Monde : Eastern Tails – Épisode 30

Jun Kazehiko

Alors que Jun avait préparé un sac assez grand pour lui et Mamoru – il refusa que l’enfant ne porte quoi que ce soit sur son dos par principe – le hundini vit sa mère sortir précipitamment de la maison pour voir un des hommes en noir.

« Excusez-moi.

— Hum ?

— Est-ce qu’il y a une limite à ce que l’on peut prendre avec nous ? Non, parce que Yukito ne nous a rien dit à propos de ça et on a pas mal de choses à embarquer. »

L’homme en noir haussa les épaules. « J’imagine que non. Juste qu’il faut que l’on puisse décoller, donc pas de meubles, ni la maison entière. »

Naomi regarda le sol d’un air triste. « Je vois… Donc pour la commode de… » Elle le vit dire calmement non de la tête. « Oh. Ok.

— Par contre vous feriez mieux de vous dépêcher. L’heure tourne. »

Naomi sursauta. « Oh euh, oui ! Oui ! » Puis elle se mit à courir de nouveau vers la maison.

***

Jun attendait devant l’entrée avec Mamoru. Tous deux portaient de longues capes et des grands chapeaux en paille pour les protéger un tant soit peu de la pluie et du soleil.

Les deux garçons voulaient empêcher à l’école de brûler, mais Jun savait que si jamais il intervenait, ça ne ferait que causer plus de problèmes et il y avait de très fortes chances pour qu’il se fasse tuer. Ou pire encore, qu’il fasse tuer ses parents.

Il n’y avait rien d’autre à faire qu’attendre.

Peu avant 11h30, il vit quelques habitants de Shiba arriver avec des seaux d’eau dans les mains. L’espace d’un instant, il fut confus : ils allaient inonder l’école ou la brûler ? Puis, après réflexion, il imagina que Yukito voulait éviter aux flammes de se propager partout, d’autant plus que la relative chaleur avait de quoi faciliter la création d’un véritable brasier. Fallait reconnaître à cet homme son intelligence et son pragmatisme malgré la cruauté de ses actes.

Quelques personnes en noir se postèrent devant la file grandissante de villageois pour les empêcher d’aller plus loin et les somma d’attendre.

Puis, vingt minutes avant la fin du temps imparti, Jun eut la peur de sa vie en voyant sa mère traîner deux immenses sacs. Son père, lui, portait un sac bien plus modeste sur le dos, mais en tirait un autre tout aussi grand que le reste.

L’homme en noir à qui avait parlé Naomi s’avança, choqué. « Non, mais vous n’allez pas embarquer tout ça, si ?

— Faut savoir à la fin ! » répondit Naomi, haletant. « Vous ne nous avez pas donné de limite.

— Oui, enfin on comptait bien vous aider à transporter une partie de ce bazar, mais vous avez pensé au moment où on vous lâchera dans le navire qui vous emmènera dans votre nouveau pays ? Vous allez vous ruiner le dos ! »

Naomi fit un geste négligent. « Mais non, mais non. On se débrouillera. Et puis je n’ai qu’embarqué le strict minimum, là. »

L’homme en noir fixa les sacs, puis le sourire de la femme. « Vous êtes complètement timbrée… »

Yûzô s’avança vers son fils et lui tendit une bourse. « Jun, avant que tu partes, je veux que tu prennes ceci. Fais bien attention, parce qu’il y a quand même pas mal, là dedans. »

Jun n’ouvrit pas pour vérifier, et le fourra dans son sac avant de le remettre dans son dos. « Merci. Mais… Tu es sûr que tu n’en as pas besoin ?

— Tu sais, ça, c’est rien par rapport aux économies cachées de ta mère et moi. »

Jun voulut jeter à nouveau un œil dans le sac pour vérifier la taille de la bourse, car il lui semblait qu’elle était déjà assez grosse. « Attends… Quoi ?

— Je n’allais pas te dire qu’on avait des économies cachées, parce que te connaissant, tu en aurais accidentellement parlé à un des élèves et on se serait fait piller. Bon, ce n’est pas non plus une immense fortune, mais ce qu’il restait des frais d’admission des élèves a en grande partie été mis de côté, au cas où.

— Oh.

— Du coup, vu que vous ne pouvez pas nous accompagner, j’imagine que vous irez directement à Gêmukyo pour trouver des indices ? »

Mamoru hocha la tête. « Oui. Je ne sais pas encore à qui demander, mais j’imagine que l’on trouvera bien assez rapidement.

— Si j’ai un conseil à vous donner… » Yûzô vérifia qu’aucun des gardes de Yukito ne puisse entendre en se rapprochant de l’oreille de l’enfant. « Essayez de voir avec Michiru Koshiro. Jun la connaît, donc tu lui donneras l’info une fois que vous serez hors de portée de leurs oreilles.

— Pourquoi vous ne lui dites pas là ? » demanda Mamoru, alors que le fils de Yûzô était à quelques mètres.

« Il a souvent tendance à répéter ce qu’on lui dit à voix haute.

— Oh. Je vois. »

Puis Yûzô se tourna vers un des hommes en noir. « Excusez-moi… J’imagine que je ne pourrai pas récupérer mon sabre, par hasard ? »

Le garde hocha la tête. « En effet. Vous serez sous notre protection jusqu’à ce que vous soyez sur le bateau, donc inutile de vous armer.

— Je comprends. Du coup, est-ce que mon fils peut le récupérer ? Lui risque d’en avoir besoin.

— Ouais, c’est ça. Vu celui qu’il porte à sa ceinture, aucune chance. »

Yûzô se retourna et constata que son fils était déjà équipé. Il grimaça.

« Échange standard, alors ? Mon sabre est celui que ma mère m’avait confié et j’y tiens énormément. Et je n’ai jamais eu l’occasion de lui donner un véritable sabre qui lui soit propre, vu que son entraînement n’a jamais été considéré comme terminé. »

Le garde se mit à réfléchir. « De toutes façons, vu que vous ne pouvez rien faire, je n’y vois pas d’objection. Kenzo. Prends le sabre du jeune homme. Aizen, récupère celui qui traîne à côté de la porte.

— Bien aimable. » dit Yûzô en s’inclinant.

« C’est bien parce que nous sommes au service de Yukito et qu’il vous porte encore un minimum de considération, si j’ai bien compris. Donc ne vous méprenez pas. »

Jun tendit son arme au garde et prit celle de son père quelques secondes plus tard.

L’homme en noir sourit. « Bien. L’espace d’un instant, je m’attendais à une entourloupe pseudo-héroïque de votre part. J’aime comment vous vous tenez à carreau.

— Nous ne sommes que des hommes. » répondit Yûzô calmement. « De plus, votre nombre fait que je ne risquerais pas la vie de ma femme et de l’enfant.

— Yukito vous aurait encore plus apprécié si vous étiez sous ses ordres. » remarqua l’homme en noir.

Yûzô fit une moue sceptique. « Mouais…

— Du coup, on peut déjà brûler l’école ? » demanda une autre femme en noir d’un air pragmatique.

Yûzô se tourna vers Jun et Naomi. « Vous avez tout ce qu’il faut de plus important ? »

Les deux hochèrent la tête.

« Jun, tu as de quoi manger pour les prochaines heures ? »

Jun se mit à réfléchir. « Euuuuh… »

Yûzô soupira. « Je m’en doutais. Chérie ? Tu as bien laissé la nourriture dans la maison ?

— Je n’allais pas la prendre, non. » répondit Naomi.

Yûzô se tourna vers l’homme en noir. « Il nous reste combien de temps ?

— Boh, une bonne vingtaine de minutes. Vous avez été rapides, donc vous avez encore le temps de prendre des vivres s’il vous en faut.

— Merci. »

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