Les Chroniques de Loutre-Monde : Eastern Tails – Épisode 32

Yûzô Kazehiko

Le voyage jusqu’à Shiba était un peu plus long que d’habitude, non seulement à cause des bagages, mais aussi parce que lui et Naomi n’arrêtaient pas de croiser des villageois partageant avec eux leur tristesse de quitter le pays.

Au bout d’une quarantaine de minutes, ils arrivèrent dans le village. Ils furent surpris de voir un immense dirigeable négligemment stationné à côté de la première maison, puis ils furent encore plus surpris de voir Yukito sortir de la clinique, la bouche pleine et un visage choqué.

« Ségnieusemient ? » marmonna le chef du clan Sasaki en voyant les bagages transportés par son frère et Naomi.

« Bah quoi ? Je n’allais pas partir avec juste mes sandalettes aux pieds et ne pas prendre avec moi des souvenirs de ma vie ici. » argua Yûzô.

Yukito avala le restant de nourriture coincé dans sa gueule et se l’essuya de sa manche. « Oui, enfin… Sont immenses, tes sacs ! »

Yûzô lança un regard furtif en direction de sa femme et grimaça. Naomi remarqua que Yukito la regardait d’un air gêné. « Hum ?

— Non, rien. » répondit le chef de clan.

« Du coup, on a décidé et on s’installera du côté de Limberg. » dit Yûzô.

« Ah, parfait. Ça ne me coûtera pas trop cher pour faire bouger toute ta maison. » hissa Yukito.

« Si ça peut te rassurer, on a laissé les meubles de ma mère et ceux de la tienne. » ajouta Naomi d’un air passablement énervé.

Le chef de clan fit la moue. « Oui, bah désolé. Tu n’as qu’à blâmer ton mari pour ça… »

Naomi se mit à grogner, puis s’arrêta subitement en voyant un jeune hundini sortir de la clinique. Au vu de l’air de famille et des bandages recouvrant son œil gauche, il ne pouvait s’agir que du jeune Ryû. Toute forme de rancoeur disparut de l’esprit des parents de Jun pour ne laisser place qu’à un grand sentiment de culpabilité.

« Ryû ! Tu devais rester à l’intérieur ! » cria Yukito, paniqué.

« Nan, Papa. Ça va, t’inquiètes. Et puis bon, je me devais de voir Oncle Yûzô et Tante Naomi avant qu’ils ne partent.

— O-Oncle ? » dirent Yukito et Yûzô, surpris.

« Attends… Quoi ? »

Ryû se tourna vers Naomi. « Je sais que ça va être assez bizarre de dire ça, surtout vu les circonstances, mais je me sens coupable que vous ayez eu à subir ça. » Il s’inclina légèrement. « Et je souhaitais m’excuser personnellement. »

Personne n’était capable de dire quoi que ce soit. Ryû se redressa et se sentit gêné.

« Ryû… Tu…

— J’imagine que votre fils a appris ce qu’il s’était passé après coup et qu’il avait agi en pensant faire ce qui était juste, non ?

— Je… Oui. Sans vouloir vous offenser, il croyait que c’était vous qui aviez agressé les Matsumae et non le contraire. Il s’est senti très mal quand la vérité s’est révélée être toute autre. » expliqua Yûzô.

« Je vois. J’imagine que selon le moment et l’angle d’où on regardait la scène, il était facile de faire l’erreur. » dit Ryû. « Et j’imagine qu’il est avec le jeune Matsumae à l’heure qu’il est ? »

Yûzô hésita à répondre, car il pouvait s’agir d’un piège, mais vu que ni Jun ni Mamoru n’étaient pas avec eux, il était difficle de mentir sans offenser quiconque. Il hocha la tête.

Ryû semblait déçu. « Dommage. Je voulais lui parler de ça pour lui dire qu’il n’avait pas à s’en vouloir… »

Yukito était en train de faire des gestes de plus en plus évidents pour dire à son fils de la fermer. Voyant que son fils en était incapable, Yukito se mit à crier. « Ryû ! »

Le jeune hundini se tourna vers son père. Yûzô vit le père lancer des regards peu discrets en direction des villageois. Le garçon grimaça.

Yukito remarqua que Yûzô avait remarqué. Il se rapprocha de son frère et lui murmura. « Il faut que vous partiez maintenaient. Si les villageois commencent à penser que l’on est compatissants, mon image va être ruinée.

— Hein ? Mais…

— Et même si je t’en veux personnellement pour ce que tu m’as dit sur Tarô tout à l’heure, je veux que tu saches que tu seras libre de revenir ici quand je te le dirai. Pas avant. Ma menace reste effective… » Il fronça les sourcils lorsqu’il vit Naomi se rapprocher pour essayer d’écouter la conversation. « Toi, t’as intérêt à ne rien dire, d’accord ? Allez, file ! »

Yûzô grogna en voyant son frère faire reculer Naomi, puis demanda. « Et pour Mamoru ? »

Yukito fit rouler ses yeux. « Tu penses vraiment que j’ai envie de tuer un enfant ? Si je ne l’avais pas menacé, qu’est-ce que ceux qui avaient attendu à l’extérieur de l’école auraient pensé de moi ? »

C’est alors que toutes les pièces du puzzle tombèrent parfaitement en place. Les yeux de Yûzô s’écarquillèrent. « Alors tout ça…

— Vaste mise en scène, bien évidemment. Et c’est pour ça qu’il faut que tu te casses si je veux que mon plan fonctionne.

— Ton plan ? »

Yukito lança un regard en direction des villageois, qui devaient commencer à trouver cette conversation de plus en plus suspecte. « On en reparlera au port, si tu veux quand Iori sera transférée à Gêmukyo… Dans tous les cas, mes troupes veilleront discrètement à la sécurité de ton fils. Et erm… Je peux… Te frapper dans le ventre ?

— Pour la mise en scène ? »

Yukito hocha faiblement la tête. « Et aussi par rapport à mes fils. Ça me défoulera.

— Pas trop fort, hein… »

Yûzô sentit un assez faible coup de poing l’atteindre au niveau de l’estomac. Il fit semblant de s’en prendre un plus gros. « Gwargh !

— ET ÇA, C’EST POUR AVOIR MANQUÉ DE RESPECT AU CLAN ET À MON FILS ! » tonna Yukito pour que le reste des villageois l’entendent.

Naomi fonça sur son mari. « Chéri ! Ça va ? »

Il vit qu’elle n’avait pas compris le numéro de son frère. Tant pis, il lui expliquerait dans le dirigeable. « Ghnnn… Oui… Ça va… »

Naomi se tourna vers Yukito, furieuse. « Tu n’as pas honte !? »

Le chef du clan Saski se retourna et déclama d’un ton théâtral. « Honte !? Mais c’est VOUS qui devriez avoir honte ! Maintenant partez, si vous ne voulez pas subir plus que la raison ne me permets de commettre ! »

Naomi se prépara à foncer sur le hundini. « Non, chérie ! Laisse… Il n’en vaut pas la peine. »

Naomi grogna, puis se dirigea vers les sacs.

Yûzô sut qu’il fallait en rajouter une dernière couche. « Tu me le paieras, Yukito ! »

Le regard du chef de clan s’embrasa. « Hah ! Bon courage pour ça, Yûzô l’Exilé !

— Je me vengerai ! »

Yukito claqua des doigts pour que deux de ses femmes de main prennent Yûzô par les bras et le traînent à l’intérieur du dirigeable.

Lentement, les portes du dirigeable se refermèrent. « YUKITOOOOOOOOO !!!! »

Le dirigeable décolla, puis les femmes de main lâchèrent le hundini, qui remit son kimono calmement en place en souriant. « Merci, mesdames.

— Il n’y a pas de quoi. »

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