Les Multiples Vies de Leo Davis – Introduction (version définitive)

Bienvenue, ô lecteur, dans les Multiples Vies de Leo Davis. L’histoire qui suit a été imaginée en 2013 et écrite en 2014. Et, à l’occasion du troisième anniversaire de la publication de la première version du Prologue, j’ai décidé de mettre en ligne la dernière version du véritable prologue du premier tome, car il s’avère que je comptais garder la surprise jusqu’au bout, mais par pure envie de communiquer les véritables intensions du livre et je voulais que vous puissiez avoir un meilleur aperçu de ce que vous réservera cette série.

Sans plus attendre et parce que ce paragraphe ne servait en fait véritablement qu’à éviter que vous ne voyiez la nature de ce prologue dans les aperçus générés par les thumbnails Twitter/Facebook, je vous laisse apprécier le début de l’oeuvre d’une vie parmi tant d’autres.

Bonne lecture,

Benjamin Beziat




ÉPISODE 12

CE QUI A ÉTÉ PERDU

Leo sentit son visage assailli par quelque chose de frais et humide. Il… Pleut ? Puis il entendit des voix. Beaucoup de voix. « Est-ce qu’il va bien ? », « Ne restez pas là ! On s’occupe de lui ! » Leo ouvrit les yeux et vit un ciel grisâtre bloqué par un homme en uniforme d’infirmier « Ah ! Il se réveille ! »

Ses collègues se précipitèrent autour de lui. « Restez avec nous, tout va bien se passer ! » Je suis blessé ? Il tenta de se redresser, sous le regard surpris des passants. L’un des infirmiers paniqua « Ne bougez pas ! Vous allez vous faire mal ! »

Leo ne sentit aucune douleur particulière. « Ne vous inquiétez pas, je vais bien. » Le garçon jeta un œil à ses mains, couvertes de sang. Toute trace de fatigue disparut en un instant alors qu’il sentit son souffle se couper. Qu’est-ce qu’il s’est passé !? Il se retourna et vit une voiture arrêtée à deux mètres de lui. Il observa ses alentours et reconnut immédiatement la rue Sainte-Catherine. Il faisait froid. Un froid hivernal.

Une voiture. La rue Sainte-Catherine. Un jour d’hiver et visiblement un accident dont il avait été la victime. Tout cela n’a été qu’un… Rêve ?

Pourtant, le garçon était habillé différemment : il portait une simple veste noire couvrant une chemise blanche… Enfin, rouge, au vu du sang qui la recouvrait. La dernière fois qu’il la portait c’était quand… Quand… Un torrent d’images lui revint en tête. La victoire de son père à l’Euromillions de par l’utilisation de ses pouvoirs de manipulation temporelle. Son arrivée dans la maison des dieux avec les multiples Stan et la punition qu’il avait décidé de recevoir. Était-ce ça, sa punition ? Un retour dans le passé !?

Il observa la foule, qui le regardait avec une grande inquiétude, puis son regard se posa vers un des infirmiers, attentif à chacun des mouvements du garçon. « Excusez-moi, mais quand sommes nous ? »

L’infirmier fut surpris par une telle question. « Euh… Quand sommes nous ? Nous sommes le 13 Janvier…

De quelle année ? » Leo demanda immédiatement. Il savait qu’il n’allait probablement pas aimer la réponse.

L’homme eut l’air d’avoir compris quelque chose d’important « Nous sommes en 2015. »

L’espace d’un instant, le garçon crut qu’il allait disjoncter. Deux-mille… Deux-mille… « Deux-mille…

Deux-mille quinze, oui. » L’infirmier se tourna vers un de ses collègues. « On a un amnésique, les gars ! », puis il s’adressa à nouveau au garçon « Vous vous souvenez de votre nom ? »

Leo, n’aimant pas être traité d’amnésique, répondit immédiatement et sèchement « Leo Davis, monsieur. »

Des voix s’élevèrent dans la foule. « Leo Davis ? » « Ce ne serait pas le garçon qui aurait disparu ? » « Le garçon du journal télé ! »

Disparu ? Hein ? Quoi ? L’infirmier le regarda avec des yeux ronds. « Leo Davis ? En êtes-vous certain ? »

L’espace d’un instant, le garçon hésita « Euh… Eh bien oui. Pourquoi est-ce que je ne me souviendrais pas de qui je suis ? »

L’infirmier fut pris d’un doute, mais n’oublia pas pourquoi il était là. « Non… Pour rien. Vous semblez ne pas avoir mal… Rien du tout ? »

Leo bougea légèrement ses bras et ses jambes couvertes de sang. « Nope, je n’ai pas mal. » Voyant l’expression plus qu’inquiète de son interlocuteur, il rajouta « Du tout. » Il était difficile de savoir qui de l’homme, du garçon ou de la foule était le plus confus. « C’est un miracle ! » « Mais qu’est-ce qui se passe ? » « Maman, est-ce que le monsieur va bien ? »

L’infirmier donna quelques instructions à ses collègues, qui se mirent à aller en direction de l’ambulance pour chercher un brancard. Leo fit un signe à l’homme, qui ne le lâchait pas des yeux. « Laissez. Je pense que je peux me lever sans problèmes. »

Il s’appuya sur ses deux mains et réussit à se lever sous les regards choqués des passants. Il observa de façon plus claire l’état de ses vêtements. Rien à faire, ils étaient bons pour la poubelle. Sa manche droite était en charpie et le côté droit de son pantalon légèrement déchiré. Et quand bien même il aurait pu les rafistoler, le sang encore collant et froid avait totalement imprégné le tissu. Dans tous les cas, marcher avec tout ça allait être assez pénible. Surtout avec ce froid glacial.

Il vit la voiture qui venait de le heurter : une Chevrolet Spark de couleur rouge était arrêtée sur la route. Son pare-choc était légèrement déformé et avait été légèrement repeint avec le sang du garçon. Le conducteur était en état de choc. Un infirmier s’adressait à lui et la terreur la plus terrible s’empara de l’homme lorsqu’il vit que le garçon qu’il avait accidentellement heurté était debout et le fixait. Il le pointa du doigt. L’infirmier tourna la tête avant de lui-aussi être terrifié.

Les brancardiers s’étaient apprêtés à sortir leur matériel lorsqu’ils regardèrent en arrière et virent la victime sur ses deux jambes, et, comme l’infirmier aux côtés de Leo, ils furent paralysés par la peur et l’incompréhension. Leo regarda l’homme le plus proche de lui avec un air interrogateur, ce qui ne manqua pas de le réveiller. « Oh… Euh… Eh bien, on va vous emmener à l’hôpital pour… Vous examiner. » Puis, se rappelant de l’identité de la victime. « Et on va aussi appeler la police pour vérifier votre identité avant de contacter vos parents. »

Le garçon accepta de manière un peu confuse et tous deux se dirigèrent vers l’ambulance. Ils quittèrent les lieux et le voyage vers l’hôpital se fit en majeure partie dans un silence des plus inconfortables, aussi bien physiquement pour le garçon que pour les infirmiers, qui ne savaient comment réagir face à ce miracle. Leo repensa à ce qu’il venait de se passer et sentit encore du sang couler sur son torse. Bizarre, le sang a généralement tendance à s’arrêter de couler au bout d’un moment.

Du dos de la main, le garçon recueillit un peu de ce sang visqueux. Il le renifla sous le regard à la fois surpris et dégoûté de son escorte et à sa grande surprise, le liquide était sucré. Il le lécha. Le goût était aussi ferreux que le sang, mais il y avait autre chose. Quelque chose de sucré, comme si un fruit avait éclaté au moment de l’impact. Le garçon tira sur la poche de son veston et y vit une peau de fruit éclaté, tout aussi rouge que son sang. Il tenta de réfléchir. Jamais un fruit n’avait une telle couleur, ni une telle consistance. De plus, ce goût était assez unique si on le séparait de celui du sang.

L’accident, la date, le sang, son absence de souvenirs… Il n’y avait qu’une seule explication logique : il avait remonté le temps sur lui-même à cause de l’accident. Mais pourquoi de presque six mois !? Ça coïncidait pile avec le jour où ses pouvoirs lui avaient été retirés, pour le coup… Ce qui expliquait encore moins le fait qu’il les aie récupérés, et ne résolvait en rien la question concernant le fait que tout le monde l’avait considéré disparu durant tout ce temps.

Qu’est-ce que Stan lui avait fait ? Leo était totalement perdu. La seule chose qu’il désirait à ce moment-là était de revoir son père et sa mère.

***

Leo s’observa dans le miroir de la chambre d’hôpital. Malgré le fait que les examens qu’il venait de subir pendant deux heures était peu demandants, il pouvait voir la fatigue sur son visage légèrement rond et ses yeux verts, soutenus par les cernes qui résultaient des aventures de ces derniers mois – et aussi ses nuits passées à traîner sur Internet pour discuter avec ses amis.

À la grande surprise des infirmiers, le garçon n’avait absolument rien. Les différents spécialistes se suivirent les uns après les autres, curieux de voir la personne qui dans tout l’hôpital était désormais connue sous le nom du ‘Paradoxe Miraculeux’.

Peu de temps après qu’il eut l’occasion de se laver et de se changer pour quelque chose de certes très sommaire, mais bien plus agréable et moins collant, Leo reçut la visite d’un policier, qui se présenta comme étant le Commissaire Beaumont, de la cellule chargée des personnes disparues. Il lui expliqua que ses parents avaient tout fait pendant ces six derniers mois pour tenter de le retrouver, même offrir une grande récompense à quiconque le retrouverait.

Leo était choqué. Il avait bel et bien disparu pendant tout ce temps ! Mais pourquoi ?

Nombreux furent les agents dépêchés sur l’enquête continua l’enquêteur, mais le nombre diminua au fil des semaines, pour ne laisser plus qu’une poignée d’agents actifs. Il raconta au garçon que ses parents avaient reçu des faux témoignages et de fausses demandes de rançons de gens malhonnêtes, qui n’avaient pas manqué d’être vite retrouvés et arrêtés. Elsa et Hugh avaient très mal vécu ces moments.

Puis il lui demanda quelle était la dernière chose dont il se souvenait.

Leo lui répondit « Eh bien… Suite à notre victoire à l’Euromillions, j’ai décidé de faire un tour dans la rue Sainte-Catherine pour voir ce que je pourrais acheter avec tout cet argent. J’ai traversé la rue et puis… » Il hésita. Il n’allait pas non plus lui raconter qu’il avait traversé un portail menant à une dimension où un dieu de la mort ayant désormais les traits d’un grand chat noir anthropomorphe a décidé de lui faire… Quelque chose. L’agent ne le croirait pas de toutes manières. « Plus rien. L’instant suivant, j’étais allongé dans le carrefour, visiblement heurté par une voiture. »

Le commissaire observa les expressions du garçon et voyait qu’il ne mentait pas. Une question lui traversa la tête « Vous ne vous souviendriez pas d’avoir révélé votre fortune à qui que ce soit, non ?

À part des membres de la famille, non. On venait tout juste de gagner et on n’avait même pas encore retiré nos gains… » Et sans plus attendre, Leo posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis déjà trop longtemps. « Où sont mes parents ? Je veux les voir tout de suite ! »

Le commissaire se voulut rassurant. « Ne vous inquiétez pas, nous les contacterons une fois que nous serons totalement sûrs qu’il s’agit bien de vous. Je vais vous poser quelques questions que vous seul devriez être en mesure de répondre. »

L’interrogatoire dura une dizaine de minutes, ce après quoi l’agent, satisfait, déclara au garçon qu’il allait bientôt pouvoir revoir sa famille. L’homme s’absenta et laissa le garçon avec un infirmier, qui lui fit la conversation, histoire de l’occuper et ne pas le faire stresser.

Et ce fut au bout d’une longue heure que Leo entendit des bruits de pas dans les couloirs. Deux personnes semblaient marcher très vite et il se mit à regarder la porte de son lit. Nerveusement, il les entendit s’approcher, puis il vit sa mère dans l’encadrement, qui s’arrêta net. Son père arriva deux secondes plus tard. Tous deux furent paralysés.

Le garçon eut un peu de mal à les reconnaître tant ils avaient perdu du poids : Elsa portait un manteau assez luxueux, mais relativement simple. Ses cheveux avaient blanchi par endroits et cela donnait un résultat assez choquant. Les cernes qui avaient pas mal creusé son visage n’arrangeaient rien.

Hugh aussi avait des cernes assez imposantes et ses rides s’étaient assez significativement creusées. Il portait un ensemble assez chic, mais là aussi assez simple. Il avait à la main le sac que le garçon utilisait à l’école, contenant des vêtements de rechange tels que le commissaire leur avait demandé. Des larmes commencèrent à monter, puis Elsa se précipita sur son fils, le serrant fort entre ses bras pendant une bonne minute, dans le silence le plus total. Elle recula et laissa son mari faire de même. « On avait cru qu’on t’avait perdu ! » dit-il l’émotion étouffant la moitié des mots.

« Vous m’avez manqué ! » Dit le garçon, qui avait assez mal vécu ces dernières heures sans eux.

Puis ses parents lui expliquèrent ce qui s’était passé durant les derniers mois. Ils avaient passé tout leur temps à essayer de le retrouver et n’avaient jamais abandonné. Ils furent surpris d’entendre que leur fils avait véritablement oublié ce qui s’était passé, puis furent horrifiés lorsque le commissaire leur expliqua comment et où il avait été retrouvé. Le garçon tenta de les rassurer tant bien que mal, leur expliquant que tout allait bien et qu’il ne fallait pas s’inquiéter, mais les deux minutes qui suivirent furent assez gênantes, Elsa s’excusant maintes et maintes fois de l’avoir serré aussi fort.

Peu de temps après, Hugh donna le sac à Leo, qui y vit des vêtements propres. Il demanda à tout le monde de partir, le temps de se changer, puis une fois cela fait, le commissaire leur annonça que la presse était arrivée et que quelques journalistes attendaient en bas du bâtiment. Il leur proposa soit de passer par devant et d’accepter de lâcher quelques mots à la presse, ou bien de sortir discrètement par derrière. Elsa décida de les confronter, car cela faisait bien trop de temps qu’elle n’était pas passée devant une caméra pour annoncer une bonne nouvelle. De plus, elle savait que beaucoup de gens s’étaient inquiétés et elle préférait les prévenir directement plutôt que de voir quelqu’un d’autre le faire à sa place.

Après concertation, il fut décidé d’éviter d’évoquer tout de suite les circonstances de sa réapparition, car ils souhaitaient tout de même rentrer chez eux au plus vite et prévenir leur entourage. Ils remplirent les quelques papiers nécessaires à la sortie de Leo du bâtiment, puis sortirent par l’entrée principale.

Une poignée de journalistes les attendait et tous se mirent à se précipiter sur le garçon pour lui demander un mot. Les caméras furent braquées sur lui, mais ce fut Elsa qui prit la parole, remerciant tout le monde de les avoir soutenu et déclarant qu’ils allaient passer un bon moment tranquillement ensemble. Avec l’aide du commissaire, ils se frayèrent un chemin dans la foule, puis ils entrèrent dans la voiture, qui avait pas mal changé depuis la dernière fois. La Renault Clio bleue avait laissé place à une Gran Torino noire, témoin de l’amour de Hugh pour les séries américaines des années 70. Ils démarrèrent, puis sortirent du parking sous les flashs des photographes.

***

À la grande surprise du garçon, lorsqu’ils arrivèrent à la maison, il constata que ses parents n’avaient pas déménagé. Ils étaient restés dans la même maison, à Gradignan. « Vous n’avez pas… »

Son père avait deviné que la question allait être posée. « Non Leo. On s’était dit que l’on ne pouvait pas changer de maison sans toi. De plus, si jamais tu avais pu retrouver le chemin de la maison et que l’on n’avait pas été là, comment aurais-tu pu nous retrouver ? »

Ils se sont empêchés de vivre… Pour moi ? Leo sentit l’émotion remonter, mais se retint de le montrer. « Et qu’en est-il de…

L’argent ? On l’a récupéré et mis de côté. On ne pouvait se résoudre de commencer véritablement les festivités sans toi. » Elsa lui dit, avec une joie perceptible.

Leo ne put s’empêcher de sourire.

« Allez ! On y va ? » lui demanda son père.

Ils descendirent tous trois de la voiture, puis entrèrent dans la maison. Leo constata que très peu de choses avaient changé. Mis à part quelques meubles qui avaient été remplacés à cause de leur grand âge, la maison était restée la même. Sur indication de son père, Leo entra dans sa chambre et vit que tout était resté comme avant. « La police a bien évidemment fouillé ta chambre de fond en comble pour essayer de trouver un éventuel indice, mais après qu’ils soient partis, on a décidé de tout remettre comme c’était le jour où tu as… Disparu. » Le mot eu du mal à sortir, et Leo se doutait bien que les six derniers mois avaient été bien plus durs pour eux que ne l’ont été les dernières heures pour lui.

Sa mère ne le lâcha pas d’une semelle pour le restant de la soirée, tandis que son père passait différents appels aux différents membres de la famille, les invitant à venir dans la semaine pour fêter les retrouvailles. Le repas se fit non sans échanges de paroles et d’anecdotes plus ou moins heureuses. Leo voyait très clairement la joie et le soulagement que ses parents dégageaient.

À 22 heures, le garçon décida d’allumer son ordinateur pour annoncer son retour au reste du monde. Ce fut une erreur assez grossière, puisque à peine eut-il posté le message sur Facebook, qu’il fut envahi de messages d’amis et de connaissances. Il reçut une vingtaine de notifications Skype lorsque celui-ci s’alluma sans qu’il le veuille et il se sentit obligé de répondre à tout le monde jusqu’à une heure du matin, sous le regard amusé de ses parents.

Épuisé, Leo décida d’aller se coucher. Il hésita un instant à aller voir une certaine divinité pour obtenir des explications en bonne et due forme, mais se disant qu’il ne tiendrait pas debout, il préféra attendre le lendemain.

***

Leo se réveilla à 8h42, légèrement énervé. Il avait eu du mal à trouver le sommeil, taraudé par les différentes questions qu’il allait poser à Stan, mais avait réussi à dormir suffisamment bien pour ne pas se sentir fatigué. La journée allait être très longue et il le savait. C’est pourquoi à peine eut-il enfilé des vêtements convenables qu’il invoqua le dieu en prononçant son nom trois fois. Le temps s’arrêta, puis un portail apparut. Le garçon n’hésita pas une seule seconde et entra dedans.

Il constata que le jardin céleste avait retrouvé un agencement convenable et lorsqu’il frappa à la porte, Stan la lui ouvrit, souriant. « Ah le héros ! Justement, on parlait de toi ! »

Leo ne prit pas le temps de saluer le dieu, qui était désormais bel et bien devenu un chat noir anthropomorphe légèrement plus grand que la garçon, mais toujours habillé avec autant de classe que d’habitude. « Stan, que s’est-il passé ces six derniers mois ? »

La divinité fut surprise par une telle question. « Ces six derniers… Mais de quoi parles-tu ? »

Leo s’énerva et entra « Je parle du fait que j’ai totalement oublié ce qu’il s’est passé depuis que vous… » Il s’arrêta net en entendantle son d’une tasse en porcelaine posée sur une coupelle. Tournant la tête vers la droite, il vit un lapin en costume blanc et aux cheveux blancs, ainsi qu’un furet avec un costume et des cheveux marrons tout aussi chics assis dans un troisième fauteuil autour d’une petite table ronde. Tous deux regardaient la scène avec curiosité. Un silence gênant prit place l’espace de cinq secondes, puis le furet lui fit un salut timide de la main. Leo se ressaisit « Oh… Euh. Bonjour ? »

Stan saisit cette ouverture pour prendre la parole. Il présenta le lapin blanc « Leo, voici Lucien-Ferdinand, Lucien-Ferdinand, voilà Leo. », puis le furet « Edgar, voici Leo, Leo, voilà Edgar. »

Edgar fut surpris par ces présentations. « Stan, tu n’étais pas obligé de me… »

Stan regarda l’expression confuse et paralysée du garçon et interrompit son convive « Il a visiblement oublié votre identité. »

Le furet semblait perdu. « Oh… Attends… Quoi ? »

Lucien-Ferdinand posa sa tasse et se leva. « Alors c’est lui qui a… »

Stan hocha de la tête « En effet, c’est lui. »

Le lapin observa les vêtements chics et classe du garçon, puis sourit « Je vois que tu as déteint sur lui, ça lui va très bien tout ça ! »

Stan fut gêné du compliment « Roh, voyons, ce n’est pas l’heure des flatteries. » Puis il se tourna vers le garçon, toujours aussi choqué de voir un lapin blanc et un furet géants prendre le thé. « Leo ? Leo ! » Le garçon se ressaisit, puis regarda le chat noir « Je dois t’avouer que je ne comprends pas tout ce qui se passe, mais tu dis avoir oublié… Tout oublié ? »

L’énervement du garçon avait totalement disparu « Eh bien… Oui. La dernière chose dont je me souviens, c’est lorsque vous avez décidé de me retirer mes pouvoirs… »

La divinité leva un sourcil marqué par un trait de fourrure blanche, déformant la tâche en étoile située sur son front. « Ah ? Curieux. Attends une seconde. » Il se dirigea vers la bibliothèque et prit le livre du garçon. Il le feuilleta et arriva au passage concerné, laissant s’échapper un « Oh non… » Le dieu referma le livre et regarda le garçon d’un air inquiet. « Tu as toujours ta montre en argent ? »

Leo fut surpris d’une telle question. « Euh… Non. Je n’ai pas pensé à la chercher. Quand je me suis réveillé hier, je ne l’avais pas. »

Stan poussa un soupir de soulagement « Tant mieux ! »

Tant mieux ? Leo ne comprit pas « Mais pourtant, n’aviez-vous pas dit que…

Si, mais si tu ne l’as plus, cela veut dire que tu es resté Pur malgré tout ! »

Le garçon sentit son cœur s’arrêter l’espace d’un instant. « Je… Quoi ? »

Les deux autres divinités se rapprochèrent. Lucien-Ferdinand ne comprit pas « Ce garçon a réussi à devenir Pur ? Mais comment ? »

Edgar leva un doigt pour intervenir. « Eh bien en fait, c’est bien simple… »

Stan l’arrêta. « Non Edgar, je ne te laisserai pas tout raconter. Il faut que Leo la revive ! »

Leo regarda les dieux, l’air interrogateur. « La revivre ? Mais comment ? »

Stan lui tendit l’épais livre en cuir consignant minute après minute sa vie après y avoir à nouveau jeté un coup d’œil. « Avec ça. »

Lucien-Ferdinand leva un doigt pour poser une question « Et n’y a-t-il moyen pour que nous puissions le vivre, nous aussi ? Non parce que je dis ça, mais il va mettre du temps à tout lire. »

Stan le regarda, puis lâcha d’un air sarcastique « Si un studio d’animation en faisait un film ou une série, alors oui, tu pourrais. »

Le lapin grogna. « Bon, eh bien… » Il se tourna vers le furet. « Cela vous dirait une partie d’échecs ? »

Ce dernier accepta volontiers. Ils se redirigèrent vers leurs fauteuils et invoquèrent un plateau d’échecs, qu’ils posèrent sur la table.

Stan posa sa main sur l’épaule du garçon. « Je crois qu’il est temps pour toi de découvrir la vérité. Tu es prêt à lire ton livre ? »

Le garçon fut quelque peu hésitant, mais l’idée de le savoir pur le motivait à connaître la vérité. Il prit le livre dans ses mains, mais hésita à l’ouvrir. Jamais il n’avait eu l’occasion de le consulter. Ça faisait… Bizarre.

« Je crois que je vais aller dans votre chambre… Si ça ne vous dérange pas. »

Stan secoua gentiment la tête. « Ne t’inquiètes pas. Tu peux y aller. Tu peux même te poser sur mon lit si jamais ça te permet de plus confortablement le lire, parce que crois-moi, il s’en est passé, des trucs ! »

La curiosité rongeait de plus en plus Leo. « Tant que ça ? »

Le furet se mit à rire d’un rire faussement dramatique. « Tu n’as pas idée… Héros ! »

Le garçon tourna la tête. « Hein ? »

Stan adressa à Edgar un regard désapprobateur, avant de s’adresser à nouveau à Leo. « Vaudrait mieux que tu files pour éviter de tout savoir de tierce main.

… Erm, okay. »

Le dieu tapota sa main sur l’épaule du garçon. « Allez, bonne lecture ! »

Leo adressa un sourire gêné au félin, puis se dirigea vers la porte située au fond à gauche du salon, puis l’ouvrit.

Il entra dans la chambre du dieu. Elle était très sobrement meublée, avec un simple lit, ainsi qu’une table de chevet et rien de plus. Leo referma la porte, puis contempla la couverture simple de son livre.

Puis il entendit un claquement de doigts sur sa gauche.

« Yo ! »

Le garçon fit un bond. Il eut l’impression que son cœur allait lâcher.

« Faut pas abuser, non plus ! »

Leo se retourna et vit une créature que jamais il n’avait vu auparavant.

« Créature… Sympa. » répondit la personne. « Mieux. » d’une voix à la fois masculine et féminine.

Leo leva et baissa les yeux, incapable de comprendre ce qu’il était en train de se passer. La personne fit un geste rassurant. « T’inquiètes, je m’adresse juste au narrateur. » Il fixa d’un regard intense le vide. « Là tu me fais juste passer pour un idiot. Continue la description au lieu de papillonner ! »

Si Leo devait utiliser tous les points de comparaison possibles et imaginables, il aurait dit que l’individu qui se tenait face à lui ressemblait à un panda roux mélangé à un petit et un renard ours roux, noir et blanc avec un motif en cercles de part et d’autre de son cou, sur chacune de ses deux oreilles pointues et sa queue de raton-laveur « Ainsi qu’à d’autres endroits, si tu veux savoir, mais j’ai pas envie de me faire arrêter pour exhibitionnisme. »

Plus curieux encore était son physique, notamment sa corne tordue trônant fièrement à côté de son oreille gauche. Son œil droit était normal « Plutôt standard », mais son œil gauche était noir, ne laissant entrevoir qu’un simple iris doré perdu au milieu de cet océan rétinien de ténèbres. « Ooooh, joli ! Par contre, tu peux arrêter de regarder des vidéos sur YouTube pendant que tu écris ? C’est vraiment pas poli ! »

… Le haut de son torse était aussi plat que celui d’un homme, tandis que ses hanches avaient toute la grâce de celles de la plus ravissante des femmes du Royaume-Uni. L’individu leva un sourcil, intrigué par le fait que le narrateur commençait à être exaspéré par un exercice à priori simple, mais rendu ô combien imprévisible par un Originel qui commençait à lui courir sur le haricot à force de vouloir briser le quatrième mur à coup de pelleteuse. « SPOILERS, BORDEL ! »

Leo observait l’individu, choqué. « Qui… Qui êtes-vous ? »

L’être surnaturel fixa le vide quelques secondes avant de regarder le garçon. « Hum ? Moi ? Boh, juste un personnage important au quatrième tome qui passait par là parce que la balance du continuum littéraire avait été rompu pour ajouter un peu plus de tension dramatique. » Il fixa avec insistance et mécontentement le vide.

Leo regardait l’être étrange comme s’il voyait un fou.

« Bon, si tu veux un indice, appelle-moi juste le Roi Pourpre. C’est tout ce que je peux dire pour l’instant, mais là n’est pas la raison de ma venue dans tous les cas… Non, parce que en fait, on a commencé l’histoire par l’Épisode 12, et je suis plus ou moins sûr que les lecteurs ne savent pas qui tu es, ce que tu foutais étalé sur une voiture au beau milieu de Bordeaux et encore moins pourquoi est-ce qu’il y a des chats et des furets géants… Et Lucien-Ferdinand.

Les lecteurs ? » demanda Leo, perdu.

« T’occupe. De toutes façons, dès que je serai parti, tu ne te souviendras plus de moi et tu ne me reverras plus avant au moins le tome quatre, si ce n’est le cinq, parce que bons dieux que l’homme qui écrit ton histoire aime les petits détails ! » L’œil noir du Roi Pourpre me fixait avec amusement. Un frisson me parcourut.

« Enfin bref, je suis désolé de te l’annoncer, mais il va falloir que tu lises ton histoire depuis le début… Enfin… Le début de là où ça devient important. Non pas pour dire que ta vie était barbante avant, mais… Ouais, bon, si, quand même un peu. »

Leo ne comprenait rien. « Depuis le début ? Mais je connais ma propre vie, quand même !

Mais pas les lecteurs. » Le sourire du Roi Pourpre s’élargit. « Alors oui, pendant cette partie de l’histoire, tu risques de trouver les choses un peu redondantes, mais je suis sûr que tu as toi aussi oublié des détails importants qui pourraient avoir des ramifications beaucoup plus importantes que tu ne le penses. » Il fixa le vide. « D’ailleurs, toi qui lis ces lignes, sache que oui, il y a beaucoup de détails à priori insignifiants qui auront énormément d’importance par la suite, donc sois attentif, car à ta seconde relecture, ton esprit va juste bouillonner ♫ »

Leo voyait déjà où ça allait aller. « Je suppose que je n’ai pas le choix, hein ? »

Le Roi Pourpre ne prit pas la peine de baisser la tête et ne se contenta que de fixer le garçon d’un œil, arborant un très large sourire inquiétant. « En voilàààà un garçon compréhensif ! C’est bien, ça ! Non, tu n’as pas le choix et j’en suis bien désolé pour toi, mais le lecteur a vraiment besoin de contexte et que les bases soient posées au même rythme que toi tu aies pu les vivre. Imagine qu’ils soient projetés dans un univers aussi complexe que le tien sans aucune idée de ce qu’est le Passage ou bien le Multivers. J’ai lu des livres qui faisaient juste ça et bons dieux que j’ai parfois eu du mal à accrocher. Non pas qu’ils n’étaient pas intéressants à lire, mais… C’est comme manger double dose de tartiflette en une journée. Ton estomac aimera bien sur le moment, mais il trouvera ça d’un lourd… »

Leo fixa son livre, circonspect. « Du coup, je commence par où ? »

Le Roi Pourpre claqua ses doigts, réduisant de manière drastique le nombre de pages. « Par l’Épisode 1, pardi ! » Il fixa une montre qui venait de se matérialiser à son poignet. « Enfin, ce n’est pas tout ça, mais je vais peut-être filer. J’ai bien envie d’aller embêter Ulnafyndir. » Il vit le sourcil levé de Leo. « Ne t’inquiètes pas, c’est juste un Originel… Tu verras ça dans la Saison Deux. Bref, à bientôt ! »

Le Roi Pourpre claqua des doigts et disparût.

L’espace d’un instant, Leo eut la sensation que quelque chose d’incroyable venait de se passer, puis sentit sa tête tourner. Son regard se balada dans la pièce. Rien. C’était comme s’il avait eu une absence. Pourquoi ? Il ne savait plus. Tout ce qu’il avait en tête, c’était de lire le livre posé confortablement sur le lit, mais de commencer non pas par la partie qui l’intéressait directement, mais par le début. Il avait la sensation que ça allait être redondant, mais quelque chose au fond de lui lui dictait que c’était nécessaire.

Pris d’un doute, le garçon ouvrit le livre à la première page, puis commença à lire.

[Prologue]

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s